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industrie il réhabilita les preuves de l'existence de Dieu, sans prévoir que cette réintégration pourrait servir un jour contre une nouvelle restauration de l'athéisme.
Nous nous écarterions de notre but, en parcourant les rangs des disciples. Constatons seulement qu'ils sont très divers et que, par cette diversité, ils se complètent et se redressent mutuellement. Les naturalistes Oken, Blasche et Klein ne prennent-ils pas, à quelques égards, le contre-pied des mystiques Schubert, Steffens et Baader, ainsi que des romantiques Novalis, Solger et Frédéric SchlegeP D'autres, tels que Schleiermacher, se font une place à part, font école a leur tour, avec non moins de succès. Quelle activité féconde répandit à Berlin la lutte brillante de Hegel avec Schleiermacher, la lutte du théologien de l'abstraction et des raisonnements contre le théologien d'une intuition dialectique, contre le continuateur de Jacobi et de Platon, contre le détenseur du (( sentiment de notre dépendance absolue à l'égard de Dieu, et de notre union vivante avec le Christ ! » Personne ne décrivit mieux que Schleiermacher les caractères et les éléments de la croyance individuelle, de la foi subjective, les états et les conditions de la piété intime, de la prière et de l'amour; les nécessités qu'entraîne la certitude de nos imperfections et de nos péchés, la conviction du besoin que nous avons d'ôtre affranchis et sauvés. D'autres combats, également soutenus par d'anciens élèves contre leurs maîtres, excitent des mouvements ou produisent des écrits dignes
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de souvenir. Les noms de Wagner et de Krause sont devenus européens, grâce surtout à la tendance d'allier les doctrines de Schelling avec les prédilections pratiques et industrielles de notre temps.
Mais, objecte-t-on, c'est à un matérialisme athée que se termine ce vaste travail d'idéalisme! A la vérité, M. Feuerbach et ses amis ont commencé par écouter Hegel. Mais ils n'ont pas continué à le suivre, puisqu'ils se sont mis à le contredire, à l'attaquer. Que lui reprochent-ils ? D'être spiritualiste et favorable à l'orthodoxie chrétienne. Cessons donc de les confondre avec celui qui les combattrait aujourd'hui de toutes ses forces.
Cessons aussi d'admettre que voilà les seuls disciples de Hegel. Ce n'en est que la minorité. La plupart de ses héritiers directs sont restés idéalistes, et se montrent de plus en plus disposés à accueillir les éléments négligés par leur maître, et capables de perfectionner le système commun. Si nous ne les nommons pas ici, c'est qu'ils sont très nombreux. Mais, quelque variés qu'ils soient, ils sont unanimes à regarder l'athéisme contemporain comme une excroissance, et non comme un fruit sain, de ce vigoureux arbre de la spéculation germanique, dont la sève est l'esprit de piété même, selon Gioberti, « lapietà connaturata aïï ingegno germanico ^ . »
Au surplus, M. Feuerbach, dont le sensualisme a retenu je ne sais quelle saveur de mysticité, gage d'un
V. Gioberti, Introduzzione allô studio délia filosofia^l. I, p. 144.
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retour désirable vers le spiritualisme, a réat^i heureusement sur ses anciens condisciples. Il les a contraints de sortir des régions du pur abstrait, inania regnay de rapporter davantage les études spéculatives aux intérêts moraux et sociaux, de faire cas de la science spéciale de l'homme, de ï anthropologie. En même temps qu'il signalait aux croyants l'infirmité de certaines idées ou pratiques chrétiennes, et surtout le danger que la religion fait courir à l'humanité, et à elle-même, en dégénérant en superstition ou en fanatisme, il obhgeaitles penseurs à scruter encore le fond de la religion, à mieux le discerner de ses accessoires et le détacher des formes qui en usurpent le titre.
Letude de l'homme et de son àme, l'anthropologie et la psychologie, furent aussi recommandées par plusieurs adversaires de Hegel, remarquables à d'autres titres encore. Herbart et Schopenhauer partaient de points différents, employaient des procédés contraires, mais opposaient tous les deux à l'abstraction idéaliste un élément concret, vivant et persistant. Herbart relève la personnalité, Schopenhauer la volonté. Le premier fait ressortir l'etfort de l'individu pour se conserver soi-même, le second découvre partout une certaine disposition à se déterminer soi-même. L'un et l'autre en appellent ainsi d'une dialectique exclusive à la psychologie, bien ou mal entendue. A côté d'eux, après eux, combien d'esprits distingués se servent, parfois plus habilement, des résultats psychologiques, pour deviner la nature de Dieu! MM. Beneke, Fortlage, Ernest Reinhold, Trendelenburg et leurs
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émules divers, marchent dans cette large voie avec indépendance.
Que si les traits distinctifs du mouvement germanique, celui surtout qui consiste dans une aversion constante pour le matérialisme athée, sont rapprochés des essais tentés autour de nous, en France et en Italie, sous l'impulsion d'une résistance entreprise par des organes dissemblables, on trouvera que la philosophie de notre temps n'est pas indigne de succéder à celle des deux derniers siècles. Saint-Martin et Lamennais, Joseph de Maistre et Louis de Bonald, Frayssinous et Affre, diffèrent sur mille points de l'école dont les chefs sont Maine de Biran et Royer-Collard, MM. Cousin et Jouffroy ; et même de cette école méridionale qui s'honore de suivre Galuppi, Gioberti, Rosmini, qui a pour anneaux extrêmes, à droite Balmès et le P. Ventura, à gauche le comte Térence Mamiani, le fondateur populaire de V Académie de philosophie italienne, un des ornements durables du courageux et solide Piémont. Mais ce qu'ils ont en commun, n'est-ce pas le spiritualisme même?
Aussi peuvent-ils attendre tranquillement l'arrêt de la postérité. Elle n'imitera point leurs détracteurs actuels, qui leur refusent puissance, profondeur, sincérité, élévation même et sagesse. La théodicée moderne a produit, peut-être, quelques sophistes^ mais elle possède certainement un grand nombre de philosophes véritables : elle ne mérite donc ni les censures amères, ni les dédains équivoques, par lesquels le caprice du jour affecte de l'écarter, ou même de la pulvériser.