‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses etChapitre 10 sur 173 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

cations qu'après uiie preuve prolongée S donnait déjà au mot de ymaiç une acception particulière, celle de contemplation et d'étude de \ infini j de \éterneh

Pythagore, qui avjait voyagé en Egypte, peut^ être même dans l'Asie centrale \ et qui ayait trouvé

1 Qu'on se rappelle sa maxime : M» i7vett ttooç ftdvTot/ç 'TrivTtt fijULetret.. La doctrine de Dieu était, suivant Procl us, le principal élément des Xoyos elzroDùnTOi» C'était aussi le grand mjstére des gnostiques.

a Diaprés les traditions grecques, il a successivement viûté l'Egypte^ la Phénicie, la Judée, la Perse et llnde. Nous rejetons ordinairement ces traditions avec beaucoup de légèreté ; nous ne concevons plus aujourd'hui de longs Tojages entrepris uniquement pour acquérir des idées. Le témoignage des anciens mériterait pourtant un peu plus d'^^ards. Ils n'attribuent pas indistinctement ces courses philosophiques à tous leurs sages : ils font voyager en Asie l^thagore et Platon, dont les idées coïncident si souvent avec les systèmes de la Perse et de l'Inde, ils n'j envoient ni Empédocles, ni Socrate, ni Epicure, dont les doctrines appartiexinent à l'Occident. '

Lorsque les opinions d'un sage viennent ainsi déposer ^les-mémes en faveur des faits que l'on rapporte sur son compte, on a tort de vouloir réfuter le tout par les étroits calculs de nos prétendues probabilités. ( M. Abel Remusat faitdans ses Mélanges asiatiques, vol. I, p. 96^ des observations analogues sur les vojages d'un philosophe chinois. )

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partout la barrière anciennement élevée entre la science du peuple et celle des sages, appelait la partie spéculative ou transcendante de la philosophie BTti^^iiiJifj ou yvoûfTiÇ tSvovrûùv^'fet Platon, qui avait hérité, d'un côté, de la doctrine de Pythagore, et qui, d'un autre côté , avait été puiser aux mêmes sources que lui ^, la nomme un peu plus expHcitement yj/wa^ ou gTr/ç^/u^ rZ)f oùKf\6£v ^ ovro?^ ovTtwv'. Or, pour Platon, les choses vérîtatables, les choses réelles , ce sont les idées ou les types ^ les intelligences d'après lesquelles ont été créées toutes lés choses visibles , qui ne sont qu'autant de phénomènes, transitoires. La seule véritable philosophie est donc, selon lui, la con-

1 Diog. Laertius, lih, 8, Pythagoras. Cf. Thomasîus, Orig. hîst. philos, (à Halle, 1699), %» \i.

2 Platon aiyait été également en Egypte, et s'il n'en rap* porta point la science des sanctuaires du pajs, il j trouva au naoins la grande distinction entre cette science et celle du vulgaire. D'après les traditions grecques, les guerres seules empêchèrent Platon de continuer ses voyages en Asie. Apuleius, De dogmate Plaionisy edit» Blponi., vol. 2, p. 1 Sq.

3 Voj. le 6.* livre de la République ; les dialogues Protagoras, Phédrus «t Théétète. Dans la République (V), Platon .nomme la philosophie, la science qui apprend ro ov yvetveu

dç ^X^y définition qui doit désespérer les philosophes.

naissance du monde intellectuel, et c'est absolument ainsi que les gnosûquès définissent leur science. Ainsi que Platon, ils s'occupent principalement du 0V9 de celui qui est par lui-même, étemel, immuable, seul parfait j et de ses déploiemens ou de ses émanations, en un mot, de ses Eons qui répondent aux idées de Platon. ^

En effet, cette coïncidence si remarquable entre Platon et les gnostiques n'est pas seulement dans les définitions de la science, elle est dans les choses. Les doctrines dominantes dans le platonisme se retrouvent dans le gnostioisme. Tell^ sont celles de l'émanation des intelligences du sein de la divinité; de l'égarement et des souffrances des esprits , aussi long-temps qu'ils sont éloignés de Dieu et emprisonnés dans la matière^; des vains et longs efforts qu'ils font pour parvenir à la connaissance de la vérité et pour rentrer dans

i Platon nomme ses idées i fixait t principes ^ ivetS^ç ott fjLoviiS)ÈÇj unités, d'après lesquelles ont été faits les multiples, froXXet. Nous Terrons quelques gnostiques lui emprunter ce langage particulier. Il en est de même des mots de WÉtTu^Tow ^fltvToç, fjuirnç rov Trdvroçj KOffjJioç vonriç^ etc.

2 Kflt/ ffifjut Tiviç ^dtrtv dvro {vSiaùl) rîfç -^v^ç. Platon^ dans le dialogue Craiylus, ed, Bipont., vol. m^ p. 264< .

5o SECTION I. .

leur primitive union avec ITEtre suprême^; <ïe l'alliance d'une ame pure et divine avec une ame irrationnelle qui est' le siège des mauvais désirs; de Pexistence des anges où démons qui habitent et gouvernent les planètes, n'ayant qu'unie connaissance imparfaite des idées qui ont présidé à la création; de la régénération de tous les êtres par leur retour vers le Koafjcoç votfloç et son chef, l'Etre suprême, seule voie. possible pour le rétablissement de la primitive hantionie de la création toute entière, harmonie qui paraît répondre à la musique sphérique du système de Pythagore.

Cest donc chez Pythagore et chez Platon que nous trouvons, en Grèce, les premières trrfces du

' langage et des idées du gnosticisme. Cependant la distinction entre la science du vulgaire et la science supérieure est plus ancienne encore, et peut-être découvrirons-nous aussi, en remontant plus haut, quelques germes plus anciens des doctrines gnostiques.

En effet, si le mot de yvStjtç n'eut pas, avant Pythagore et Platon, l'acception particuHère de

1 Comparez Fétat de Pâme dans ce monde d'après le

dialogue Phédon avec Tétat de la Scfhia. dam ses éffsrt*

Ttunsp d'après les gnostiqnes.

€HA9^ITRE I.

science mysteneuse, cette science «au naOïns exista chez les Grecs avant ces deux philosophes. Trèsanciennement l'Afrique et l'Asie leur avaient communiqué leurs jtnystères, et ces nxy stères, s'étaient perpétués, sur les divers points de la Grèce, comme autant de doctrines secrètes accessibles aux seuls initiés. Bieptôt la tradition générale des Grecs avait attribué une science supérieure non-'SeuIement aux sanctuaires de la Thrace et de la Samothrace, ainsi qu'à ceux d'Eleusis, mais encore à toute la chaîne des' poètes sacrés , que Ton considérait conmie les successeurs d'Orphée. Dans les temps postérieurs, on comprit même Hésiode et Homère parmi ces dépositaires d'mie antique et sublime sagesse, et l'on ne nianqua point de trouver, dans leurs tradition^ et dans leurs mythes, les mystères de la théosQphie la plus profonde. *

1 Homère et Hésiode méritaient^ en partie^ cette vénératioD. « A cette époque > dit M. Creuzer (voj. Symboliques^ « abrégés par^M. Moser^ p. 385), tout ce qui restait de l'an- « cienne poésie symbolique était concentré dans les mjs* « teres, et si Ton voit dans Homère et dans Hésiode la preuye « qu'ils ne comprenaient plus entièrement les antiques tra- % aidons, orï-^ trôUVe aussi celle qu'ils n'étaient pas igno«

« rans danis tout V;è'qti^enséignait l'ancienne théologie

« Les Ioniens connaissaient alors fort bien la Phénicie et

Il y a plus, tant qu'il a existé des Grecs, la distincticm entre les doctrines ésotériques et exo-* tériques s'est tcmjours conservée, et ceux de leurs philosophes qui ne l'établirent point dans leur enseignement, sont précisément ceux qui acquirent le moins de vénération. Ce peuple si frivole, si léger, si peu religieux; ce peuple qui ne semblait *se plaire que dans les intrigues de la politique, les jeux de la scène, lés enchantemens des arts et les pompes du culte, conserva pourtant toujours pour les doctrines mystiques un sentiment de prédilection intime. Bientôt on ne s'attacha plus qu'au pythagoréisme et au platonisme ; et tout ce que les Grecs, dans leurs rapports avec l'Orient, acquéraient d'idées profondes et religieuses, ils en firent honneur à Pythagore et à Platon. C'est dans cette situation que les gnostiques trouvèrent les doctrines et les esprits j et ils profitèrent des antiques et secrètes traditions de la Grèce avec d'autant plus de conséquence > qu'elles étaient Originairement émanées de l'Egypte, de' la Perse et de l'Inde , pays sacrés dont les spé-

« r£gjpte> ces sièges de sanctuaires^ et Homère se trou- « Vait là dans le voisinage d'Éphése^ dont le culte était f( tout asiatique. ^

CHAPITRIEZ h 65

coladons étaient précisément celles qu'ils croyaient devoir combiner avec le christianisme.

Cette déduction, appuyée sur des Êiits incontestables , montre combien est erronnée une opinion que l'on a établie, il y a quelque temps, sur l'emploi du mot de yvœtrtÇk. Pour distinguer, a-t-on dit, les opinions orientales des spéculations^ de la Gfèoe, qui étaifent d'une nature si différente, le» Grecs adoptèrent, pour la dé^gnation des premières, le mot de yvStnÇi qui' devitit ainsi l'équi^ valent de ceux de -noûsMioè (psT^o^piec et de ivecr roXiKTj (P/Aoao(p2« , que Fon rencontre ailleurs. * Ils indiquaient ainsi, ajoute-t-on, toute la vénération qu'ils professaient pour TOrient, toute la supériorité qu'ils attribyaient à ses doctrine» sur celles de Fancienne Grèce , et ce fut Fécole d'Alexandrie qui se servît la première de cette nouvelle terminologie, opposant la profonde gnosis de l'Asie à la simple philosophie de FEurope ' I

Rien ne saurait être plus arbitraire que cette hypothèse » dont Fautaiu' s'appuie, avec assez de

•SiP"

1 Porphjrius, in viia'Ploiim, £. t6.

Theod. Fragment, adealcemopp. démentis AhxandrinL a Hem, BiUische Gnosis, etc. : du Gnosticisme dan* U Sihle (HanoYite^ i8oS, i vol. Ux-8.% p. 85 )>

54 SECTION It

confusion, <f un côté, sur l'état des lettres sous les premiers Laides , d'un autre , sur S. Clément d'Alexandrie et Mr S. Chrys#stome, que tant de siècles s^arent des Ptolémées. Axxssk ni S. Clément d'Alexandrie ni S. Chrysostome ne disent-ils ce qu'on leur feit dire. Si le premier établit, que la YéiilahleymcTiç et les véritables yvws'iKoî se trouvent dans le christianisme, il ne nous a|^rend absolument rien $ur l'Origine du langage gnostique; il nous ipontre seulement que les chrétiens préféraient leur science i*eUgieuse à la gnosis grecque et à la gnosb orientale. Quant à S. Chiysostome, ilidit simplement que l'on donnait un nom particulier aux gnostiques , pafce qu'ils prétendaient erisavdlr plus que les autres, ^

Les écrivains d'Alexandrie, antérieurs au christianisme, n'ont jamais pUcé les spéculations (mentales au-dessus 46 celles de la Grèce ^ et ceUx qui leur ont succédé,' depuis ' l'ère chrétienne ,' se sont bornés à réunir en un seul corps de doctrines ce que les unes et les autres .avaient de plus élevé. C'est là le caractère général des écrivains chré-

1 S. Ghr^o$toiim8,.Homi7. i8ii» i t^ist* Tithoth*, t. YI^

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