CHAPITRE II
visible, ils en gouvernent les diverses parties, et cette variété de gouvemans explique les diver-* gences qui nous frappent partout dans la création*
Ici Saturnin se rapprochait de Simon , tout en corrigeant ses opinions sur la révolte des anges contre la sophia, dogme ou mythe que le thécH sophe d'Antioche rejette coiiime trop contraire au christianisme.
Les sept anges étaient si peu des esprits médians, qu'ils créèrent Je monde visible uniquement pour enlever à l'empire des ténèbres un terrain indépendant d'où ils pussent mieux le combattre.
Ils n'étaient pourtant pas de purs génies de lumière , se trouvant sur le dernier échelon du monde supérieur. U leur arriva même de se séparer entièrement de Dieu, et de détacher de cette source de bien toutes les existenci^ visibles 1 -y en sorte qu'il ne tombait plus . sur euxmêmes qu'un faible reflet de lumière. Ce reflet leur inspira néanmoins le désir de rentcer dans le domaine de la lumière, et, ne pouvant y réussir
1 Cest ici le contraire des amabaspands de la Perte et des archanges de la Judée, qui entretenaient la oommu« lûcation entre les deux mondes.
isolément^ ils réunirent leurs efforts ^ pour fixer ces reflets dans un ouvrage de leurs mains, et dont ils fussent les nudtres^. Us ne produisirent pourtant qu'un ver rampant avec peine sur la terre, et ne pouvant s'élever jusqu'à Dieu : c'était Y homme. Heureusement pour cette triste créature, la puissance supérieure, à l'image de laqueUe l'homme était fait, eut pitié de lui, et lui envoya un rayon de vie divine, qui \ anima. Depuis ce moment l'homme eut une ame.
Ce mythe, quelque singulier qu'il paraisse, est dans le Êtit d'une grande beauté, si la vérité est belle, et si les vérités religieuses sont plus belles que les autres. Il était né d'une idée que quelque prédécesseur de Saturnin, dans des temps reculés, avait exprimée d'une manière allégorique, et dont Saturnin fit la base de son anthropologie. Cette
1 n j a ici différence radicale entre les sept anges de Saturnin, qui veulent le bien, et ceux de Simon, qui n'en ont pas le moindre dësir.
2 Suivant le système de Manès ( Episiola fiindamenti, c. 46), ce sont les princes des ténèbres qui réunissent tout ce qu'ils ont ravi de lumière, afin de reléguer dans leur empire Pimage de l'homme céleste. Gela explique ce qne veut dire Saturnin, en parlant, de l'homme fait à l'image 4e la puissance supérieure.