CHAPITRE II
Les doctrines gnosdques fixèrent son attention plus que toutes les autres. Celles de Marcion ayant causé la plus vive agitation par leur hardiesse, et leur ascétisme sévère pouvant «entraîner beaucoup de chrétiens, B^rdesanes les combattit vivement Il avait, pour les discussions de la philosophie, des talens si distingués, uneâoquence si riche et si entraînante, que son opposition contre un système ne pouvait que produire une forte sensation. Le caractère de l'auteur imprimait d'ailleurs une haute autorité à* ses ouvrages. Il était d'une. piété sincère, profonde et dévouée à la cause chrédenne. Il la plaida avec chaleur sous les décrets de Marc-Aurèle et de Lucius Vérus, tous deux fils d'un philosophe, philosophes euxrmèmes, et pourtant persécuteurs. H déploya une égale fermeté dans ses entretiens avec Apollonius ^ philosophe courtisan qui accompagnait Lucius Yérus dans son voyage en Orient, et qui avait flatté l'empereur, à ce qu'il paraît, de la conquètie, pour le paganisme , du plus illustre des chrédens de la
1 Stoïcien^ qui fut d'abord le maitre et ensuite le iroufoç de l'empereur, et qu'il ne faut pas confondre avec Apollonius de Tjane. Eusebius, in Chronico- Eutropius^ /i^. VIII, t. 6,
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Syrie. Apoilomus le pressait, au nom de Vérus, de renier le chriarianisme : « Je ne crains pas la (( mort , répondit Bardessnes ; je sais bien qm fc je ne r^viterak pas, mtaie en cédant à rempe- « rear. * Das» les circonstances où die £at prononcée, le glaive étant «ai^endn sur la lèie des chrétiens, ceitie réponse fut «uUîme, et eUe l'était en effet; «Ue égalait Baidesscnes auK, confesseurs y qui avaient prof^sé la rdigioa -au péril de leur vie. Ses cont^raiporains ^enorgueiUtrent également de ses écrits. H publia sueneBBÎFcment des Commentaires sur Tinde, des Dialogmes sur h destin^ des Ap^Jogies, et plusieurs autres our nirages que S. Théodoret aTait imcore sous ses yeux. *
Les Commentaires stnr Finde étaient récËgés sur les communications des ambassadeurs de ee pays, qui étaient Tenus troufer l'esi^peieur Vérus. Il nous en reste deux fra^ens; Ton dans le Trdté de TabstineBee, de Porphyre; l'autre dans le fragment d'un Tcaité du Styx^ du même philosophe ^« Le premier parle des deux classes
1 Théodoret., Hœrei. fahuî., Uh. I, p. ^09. Easeb., a Porphjrius, De Ahstinentia^ Uh. IV; edit. Béer,
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des ^pomosophistes de l'Inde^ des iiraclimiœés ou des aBaoborèi^s, et des «amanéens on des oéDofatfès; l'amie traite de Teau d'qiMteuYfe uskée chez les Indiens , et d'une statue menreilleuse qui se trottvak dans ime gnotle dn pajrB. Dans Tun et l'autre on entrevok qtidqnes analogies arec le drtstîamsme et avec le gnostîeisme.
Les dialogaes de Bardesanes, dont il nous reste également un eurieiix fragment i, atftes^ tent une intime eonnaissanœ des études chal*déennes, et en général des moeurs de différenties nations :: ils étaient dirigés <^ntre le philos0{die Ahtdas^. Baffdesanes, admicaeteur des Grecs, parait a¥oir aimé la forme du dialogue. Il doit en avoir composé plusieurs, non-seulement contre Marcion , mais encore contre d'autres ^chefs. Ses discales les traduisirâit ^n ayrien en grec. ^
Cependant celles des compositions de Bardesanes 4^ l'illustrèrent le {dus aux yeuK de scb coiuemporains , ce forent ses hymnes religieux^ qtà msérûent notre attention, d'autant plus que
Virecht, 1767, iiï-4.'* Sobott, Ohstrv. humanar. lib. V, C' 20, p, 229, Hanoçiœ, j6i5«
1 EitsehU PrcBp, eçang., lib. VI y c, \o»
2 Epiph., Hœns.y 56.
Thistoire du gnosticisme, qui est lui*mème une poésie de la plus grande richesse, nous offre peu d'autres poèmes. En Egypte, Yalentîn et son disciple Marcus sont les seuls gnostiques (jui aient révélé eu vers les mystères de leur doctrine. Le premier composa des psaumes ; le second , un poème où les éons étaient eux -mteies les interprètes de la gnose ^ Bardesanes, pliis fécond que Tun et Fautre, produisit cent cinquante hymnes j et ouvrit amsi aux Syriens le champ, de la poésie religieuse. C'était, en effet, de la véritable poésie. EUle plaisait autant par le choix des expressions que par la mélodie du rhythme ; elle charmait surtout par les brillantes images sous lesquelles Bardesanes cachait le mysticisme entraînant de la gnose. Le poète exerçait lui-inème au chant la jeunesse que captivaient ses bieaux vers, et le poison que renfermaient ces magiques compositions, se glissait ainsi dans les coeurs plus promptement et plus profondément C'était, en effet, du poison: ce n'était pas le christianisme apostoUque; c'était un gnosticisme que Bardesanes avait rapporté du vaste domaine des doctrines
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i TertuUien^ De came Christi, c. 20.