CHAPITRE II. SsS
associé à la matière, ni Satan, sorti d'elle, n'étaient libres ^, et cela par la singulière raison que Dieu, en donnant le libre arbitre , serait auteur du mal qui en résulterait, n'ayant ni prévu ni empêché cet abus. Il ajoutait pourtant, inconséquent avec lui-même et rentrant dans la doctrine du maître^ que l'homme et Satan seraient jugés pour avoir obéi au mal.^
Bardesanes, après tout, abaissait peut-être trop la condition de l'ame, en enseignant que par ellemême, quoiqu'elle soit émanée du plérôme, elle n'a aucune connaissance de sa nature céleste \ Il fallut venir à son secours. Plusieurs éons étaient déjà venus apporter des lois aux hommes 4,' enfin
1 DiaL de rectafidcy p. 858. '
2 Ihid» , p» 839.
3 On voit que ceUe idée, coïncide avec celle de S. Augustin sur rétat de dégradation de l'homme 5 elle a passâ de Bardesanes aux manichéen&j et du manichéisme en. Afrique.
4 C'est ainsi que Bardesanes expliquait les théophanies et les angélophanies de l'Ancien Testament. Il se rencon<> trait avec d'autres gnostiques dans l'hypothèse > que le& anges ayaient rendu quelques-unes àes lois du mosaïsme^ mais ces. anges étaient des êtres divins. Le système de Bar* desanes est^ sous tous les rapports^ l'un des plus beauj^ du gnosticisme^
526 SECTION Ilr
Christos , fils du Dieu vivant , vint lui-méniê leur apprendre leur haute origine, leur ouvrir la perspective de leurs sublimes destinées, et les dégager du fardeau qui pesait sur leur vie. Il naquit d'une femme vierge j mais il ne reçut d'elle rien d'hylique; il était revêtu d'un corps céleste, qui ne fit que traverser la naissance terrestre ^ ; il apparut aux homme comme il avait apparu aux patriarches dans les anciens temps, et il retourna dans le plérôme après avoir rempli sa mission, et souffert la seule mort qu'il pouvait souffrir, une mort d'apparence.
Bardesanes adoptait ici le dokéti^me des écoles samaritaines, kabbalistiques et philoniennes, dont les apôtres avaient déjà con^battu les partisans dans le sein de leurs conununautés primitives. ^
Cette doctrine n'était donc pas nouvelle; mais elle choquait vivement les orthodoxes, parce qu'en niant la réalité des souffrances et de la mort du Sauveur, elle en semblait détruire le mérite expiatoire, et qu'elle contredisait formel-
1 Ces termes adoucifisent les siens. Vojez Theodoreti Epîst.', i45. L'hjpothèse de Fimmaculée conception se rattacbe à cette idée.
a Voj. ci-dessus, p. i5i.
lement le premier chapitre de la théosophie bior graphique de S. Jean : hoyoç es trâç^ kyevslo. Or, Bardfîsanes niait formellement que le Christos fut devenu ra^^; il ne lui attribuait qu'un c^S/juc ov^iviovy une forme de corps céleste.
Marinus, le plus docte des disciples de Bardesanes, fit tous ses efforts pour prouver aux orthodoxes qu'ils étaient dans l'erreur. Il leur faisait observer qu'il était inconvenant d'attribuer une chair humaine à l'être le plus pur, et de prétendre qu'il avait reçu cette chair de la femme, c[ue lui-même avait formée de matière terrestre y concurremment avec son père; que, d'ailleurs , les saintes écritures enseignaient clairement qu'il portait un corps céleste, et que les mots de S. Jean, £(rx^â)afiv £v ht^tvy U habitait parmi nous ^ ne disaient pas autre chose; que ceux de hiyoç aecç^ayévsjo l'indiquaient d'une manière émdente, signifiant que le Logos lui-même des^int ehcUr.y et non pas qu'il prit chair du dehors. Or, le Logos transformé en chair ne pouvait être qu'une forme de corps céleste *. S. Paul lui-même a com i pris la chose de la même manière; il parle de
1 Ephrœm., /. c^, p. 85o, D^E*
corps célestes , (TOûfÀuJoc knovçocvioc , STfiysfet * : ce sont là les corps que Jésus-Christ avait déjà revêtus en apparaissant aux patriarches; qu'il a revêtus comme Sauveur; que notre ame, née des éons, revêtira également, ainsi que les anges en som revêtus. Dans ce sens, Bardesanes et ses disciples pouvaient, avec leur prédécesseur, Saturnin, appeler le Sauveur ccyévffjov ; ils accordaient bien qu'il était né Stcc Mccçiocç^ mais non g» Mccçictç, pdt Marie, non de Marie. Ils opposaient à l'objection, que Jésus-Christ était de la race de David, c^trque JDai^id lui-même appelait le Christ son maître , et noiï pas son fils 2. Si ces réponses étaient des sophismes, il faut convenir que jamais lart sophistique n'a été plus ingénieux que dans la bouche des bardesanites.
S. Épiphane en appelle de ce dokétisme au témoignage de Joseph d'Arimathée, et à celui dés saintes femmes qui vinrent enseveHr le corps du Sauveur, apportant pour leur pieux dessein des baumes et cent livres d'aloès, dont on n'aurait pas eu besoin pour une apparence de corps. Les gnostiques ne s'arrêtaient pas à de tels faits.
1 Epître I.'*' aux Corinthiens^ ch. i5^ y. 40' 9 MaUh.^ 22y ^2 k 45.