‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses etChapitre 136 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

d'ardeur, et déjà la confiance publique avait Honoré l'austérité de ses mœurs du rang de presbyter ou d'ancien, lorsqu'une faute grave, jointe a des erreurs que l'on regardait comme dangereuses , le fît exclure de son église.

Sa faute fut une liaison suspecte avec ime vierge qui avait feit vœu de continence, et avec laquelle u s était lié, sans doute à causé de l'analogie de leurs principes ascétiques.

Les erreurs qu'il a pu professer à Sinope sont plus diBSciles à déterminer.

Son ame religieuse paraît avoir été saisie, en quittant les doctrines pajennes, d'un tel entJiousiasme pour ses nouvelles croyances, et surtout pour la morale chrétienne, qu'il a voulu, d'un coté, pratiquer cette morale dans toutes ses su- Wimes rigueurs, et qu'il a pu croire, d'un autre ,coté , que riSt» d'analojgùe au christianisme ne s était jamais révélé aux hommes. Il se voua, par conséquent, à cette continence que l'on pouvait déduire de quelques préceptes et dfe quelques exemples du Nouveau-Testament, et il considéra toute l'institution des nouveaux mystères religieux comme une chose qui ne se liait à aucune autre, S^i n'était préparée par aucune autre. Rien dans 1^ nature, rien dans les croyances grecques ovl

asiatiques, rien dans le judaïsme, ne lui paraissait homogène avec les enseignemens de Jésus- Christ. La doctrine chrétienne et son code lui semblaient constituer une antithèse formelle contre le code judaïque et sa doctrine. Sans doute ce ne fut là d'abord qu'une pensée isolée, ne s'attachant qu'à la morale, ou ne se portant guère sur les dogmes ; mais bientôt elle se dévdoppa , et Marcion conçut l'idée, que le dieu du Nouveau^ Testament était tout autre que celui de l'ancien. Dès-lors tout fut antithèse, à ses yeux, en somme et en détail, entre le judaïsme et le christianisme. LHnterprétation littérale que Marcion, différant de tous les théosophes de son temps, avait adoptée, jointe à l'ignorance qui dominait sur les bords du Pont>-Euxin , ne pouvait que le confirmer dans son système. Cette interprétation littérale, si contraire au génie de l'Orfènt, et tenant si peu de compte des conceptions de la raison humaine dans les temps primitifs, lui montrait, dans les anciens textes parlant de Dieu, les anthropomorphismes les plus grossiers, et dès-lors il ne pouvait plus se persuader que Jéhovah jaloux et vindicatif, repentant et cruel, fàt le même être que ce Dieu d'amour et de charité que révéla jç Sauveur.

GRàPITRE ITT. 343

U y a plus, cette ignorance du Pont-Euxm tirait, de quelques expressions et de. quelques images du Nouveau-Testament, des inductions qui déplaisaient au tendre et sublime mysticisme de Marcion autant que le judaïsme des anciens. Ce n'était , en effet , qu'un nouveau judaïsme^ avec des espérances toutes chamelles, que devait réaliser ce rêve du règne de mille ans, qu'une superstition judaïque avait communiqué à Timagination de quelques chrétiens, et qu'une fausse exégèse découvrait jusque dans les saints codes.

Marcion, adversaire de ce rêve, pieusement orné au profit de la sensualité,' et bientôt proscrit par l'Église, sous le nom de chiliasmcy n'était pas meilleur interprète que ses concitoyens; mais il était chrétien plus moral , plus délicat Ne pouvant adopter des livres qui enseignaient, à ses yeux, des doctrines inconciliables avec des sentimens chrétiens, il conçut, pour la première fois^ l'idée que ces écrits pouvaient être ou falsifiés ou totalement fiiux, et^ dès ce moment, il se crut appelé non -seulement à défendre le christianisme dans toute sa pureté , mais encore à rétablir ses véritables sources elles-mêmes dans leur primitive condition.

A partir de cette époque^ Marcion avait une

double lutté à soutenir dans Sinope, et sa position y devenait assez pénible pour qu'il dût désirer en sortir, même sans que son propre père l'eût exclu de sa communauté, soit pour ses opinions, soit pour la faiblesse qu'on lui reproche, et que son ascétisme se reprochait, sans doute, le plus vivement lui-même.

Marcion se rendit à Rome. L'espoir d'y être mieux compris qu'il ne l'était à Smope, a pu être l'un des motifs qui déterminèrent ce voyage. Rome, en effet, était plus instruite que la province de Pont, quoiqu'elle demeurât plus longtemps que d'autres villes sans école chrétieniie. Les chrétiens de Rome suivaient aussi une ligne antijudaïque, que leur recommandaient les mœurs de Rome payenne, et ils différaient notamment des chrétiens judàisans dans la célébration de Pâques. Cette particularité était alors assez remarquable pour qu'il en fût question dan^ toutes les églises chrétiennes, et il était, à la vérité, assez singulier qu'une trentaine d'années après la mort du dernier des apôtres, on ne fût plus d'accord sur un objet de cette nature.

Quoi qu'il en soit, Marcion vint à Rome à l'époque où ce débat s'agitait entre S. Polycarpe, l'élève* immédiat de S. Jean, et Anicet, le neu-

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