CHAPITRE III
vième évêque de Rome. L'opinion d'Anicet, contraire aux usages judaïques, était de bon augure pour Marcion, et pouvait le consoler de la sainte rudesse avec laquelle l'évêque de Smyme doit bientôt l'avoir traité. ^
Quelques écrivains rapportent néanmoins qu'à la demande de son père,Marcion fut excommunié à Rome , dès son arrivée , comme il Tétait à Sinope, et d autres mettent le zèle et le dévouement qui animaient ce père, à côté de la grandeur d'ame qu'a eu occasion de déployer le premier consul de Rome : ce fait est pourtant très-problématique. Marcion paraît, au contraire, avoir été reçu dans la communauté de Rome. Il est certain qu'il lui a fait un don considérable^, et
1 S. Philastre (DDE, 5) rapporte ^ue Marcioii se rendit d'abord à Ephése, où régnaient diverses doctrines; qu'il s'j entretint avec les disciples de S. Jean (dont il pouvait le mieux apprendre quel était l'auteur de l'Apocaljrpse ) j que , repoussé par eux, il se rendit à Rome; qu'ajant rencontré S. Poljcarpe dans cette cité, et lui ajant demandé s'il le reconnaissait, cet évéque lui répondit : Oui, je te reconnais pour le fils de Satan, Le fait étant possible et se conciliant avec la chronologie , nous l'adoptons , quoiqu'il pût bien n'être qu'un pendant à la légende sur S. Pierre et Simon le magicien.
2 TertuH.^ De prœscript,, c. 3o.
546 " SEGTIOFC IL
l'Église de Rome n'aurait pas accepté ce don dé la part d'un homme qu'elle venait de rejeter de son sein. Marcion doit même avoir demandé un grade dans cette Église, et ne s'en être séparé qu'à cause du refus qu'il avait essuyé. Mais cette explication banale de tous les schismes doit obtenir peu de foi, surtout quand il s'agit d'un homme d'une trempe de caractère aussi forte.
Marcion , admis ou non aux assemblées des chrétiens de Rome, ne put pas long- temps se &ire illusion sur les sentimens qui les dominaient. Voulant sonder leurs docteurs sur les rapports quHls établissaient entre le christianisme et le judaïsme, il leur demanda comment ils entendaient ces paroies du Sauveur : On ne met point le nouveau vin (ians de vieux vaisseaux. ^ Les docteurs de Rome lui répondirent simplement que -cela voulait dire, que les cœurs pervertis des pharisiens et des scribes n'étaient pas dignes de recevoir la doctrine ^de l'évangile. ^ Cette réponse fit voir à Marcion qu'on était aussi
I S. Matthieu, ch. 9, t. 17.
a Epiph., Hœres., 4^^ c. 2, Oa yoit qu*îci Marcion sait parfaitement distinguer, dans la Bible ^ ce qui est allégorie de ce qui ne l'est pas ; aussi conyenait-ii qa'il