CHAPITRE III
loin de comprendre ses délicatesses que de partager ses opinions. Bientôt il manifesta plus clairement les unes et les autres, et dès-lors il fut excommunié.
Dès-lors aussi il fallut songer à défendre ses idées et à les présenter avec suite, avec méthode, c'est-à-dire qu'il fut obligé de se faire un système, et qu'il dut tacher d'avoir des partisans. Il se distingua pourtant toujours de la plupart des autres gnostiques, en dédaignant tout ce qui lui paraissait de pure spéculation; ce ne fut que pour répondre aux besoins de son cœur religieux et à ses sentimens moraux, qu'il cherchait des solutions que ne lui offrait pas l'orthodoxie. La lutte qu'il fallut entreprendre contre elle l'affligea, mais ne l'effraya pas. Il regardait la vie comme un combat continuel; il souffrait d'être combattu; mais il se faisait un tel mérite de ses souffrances , que ses adversaires eussent dû, en bonne guerre, le lui ravir. On ne conçoit pas, d'ailleurs, qu'ils aient eu le courage d'affliger un homme qui jetait
fallait prendre allégoriquement tout ce qu'elle donne ellemême pour allégorie, surtout les paraboles de JésusrChrist. Quant aux préceptes moraux du Saureur, il les suiyait tous littéralement.
sur la vie des regards si tristes , et qui se croyait obligé de venger les si^is, par des sentimens si tendres , de la haine dont ils pouvaient être l'objet >
Jusque-là Marcion n'avait embrassé qu'une ou deux idées qui l'éloignaient de l'Église; mais ces idées étaient fondamentales; elles répondaient d'ailleurs à celles de Cerdon, qu'il rencontra dans Rome, et entre les mains de qui le conduisit la communauté de leur infortune religieuse.
Leurs communications réciproques les amenèrent à un système qui, parmi tous ceux que professent les écoles gnostiques, est à la fois le plus orthodoxe et le plus ascétique. Nous avons déjà dit qu'on l'attribue ordinairement à^ Marcion, celui d'entre eux qui joignait le plus d'activité et de talent à l'ascétisme le plus remarquable.
Loin de partager avec d'autres gnostiques la prétention de compléter ou d'embellir le christianisme par les doctrines de la Grèce, de l'Egypte ou de la Perse, Marcion professa hautement l'opinion qu'aucun autre système religieux ou philo-
1 II les appelait ordinairement ffu/AfUffCvjjutvoi tuti nff~ TfleXfler7r«po/ , confrères de haine et d'infortune. TertolK, coni. Marc* , IV, 9.