‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses etChapitre 139 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sophique n'approchait de celui des chrétiens, parce que le Dieu de bonté et de charité qu'a fait connaître le Sauveur s'est révélé par lui seulj qu'il ne s'était manifesté ainsi ni dans la nature , ni dans le judaïsme, ni dans le paganisme.. Seu*lement il falls^t, aux yeux de Marcion, rétablir cette sublime révélation dans sa primitive pureté , et la dégager des ad'ditions et des altérations qu'y avaient jointes ceux des £^ôtres que leurs préventions judaïques avaient empêchés de.compren-r dre entièrement le Sauveur.

C'était là presser un principe jusque dans ses dernières conséquences. Les docteurs orthodoxes convenaient aussi que les idées judaïques des apôr très les empêchèrent Jtong-temps de comprendre le Sauveur ; qu'elles ne permirent à ce chef de leur en communiquer d'autres qu'à mesure qu'il parvenait à les arracher aux opinions dominantes, et qu'elles le mirent dans le cas de leur dire, même dans les derniers temps, qu^ il aurait encore beaur coup de choses à leur communiquer j mais quHls étaient incapables de les saisir. Cependant ces mêmes docte,urs admettaient qu'après la mort de Jésus^Christ et la communication du\ pneuma y ses disciples le comprirent parfaitement,'' et yî/r^n< introduits y par ces don^ spirituels j dans toute^

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les vérUésy comme il le leur avait annoncé. Mais c'était là ce que niait' Marcion , en s'appuyant sur les] opinions dudiiliasme et de la nocçovtTM rdu %^/?ot7, qu'ils lui paraissaient avoir conservées jusque dans les derniers temps, et qu'ils' lui semblaient allier, en général, alvec un attachement pour le judaïsme qu'il ne pardonnait à personne. Marcion alla encore plus loin ; il reprocha aux successeurs des apôtres d'avoir altéré, à leur tour, l'impar&ite doctrine qu'ils en avaient reçue.

En procédant ainsi, avec une indépendance d'opinion que les écrivains modernes les plus téméraires ne professent qu'en balbutiant, Marcion se distinguait aussi des gnostiques les plus hardis de son temps. Sans prétendre posséder, comme eux, des traditions secrètes qui le missent au-dessus des opinions reçues, il se borna aux volumes sacrés des chrétiens. Mais il les vou- >Jait authentiques, ces volumes. Il rejeta, sans la moindre* hésitation, ceux qui n'étaient ou qui ne lui paraissaient point tels, et il corrigea, d'une main vigoureuse, ceux qu'il croyait altérés. Ses contemporains ont dû s'élever vivement contre ces procédés; l'Église apostolique, ayant à lutter à la fois contre le peuple et les philosophes du paganisme, contre les Juifs, qu'elle avait quittés.

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et les hérétiques, qui se séparaient d'elle, a dû juger avec rigueur des tendances qui déchiraient son sein^ mais nous, que n'agitent ni le même enthousiasme ni les mêmes craintes , nous devons plus de justice à Marcîon. Vouloir distinguer le vrai du faux à une époqpae où les divers partis des chrétiens répandaient tant d'écrits pseudonymes sur les fondateurs du christianisme et sous leurs noms, était une entreprise des plus méritoires. Les écoles grecques et judaïques, et surtout celle d'Egypte, s'étaient, pour ainsi dire, décréditées, en voulant se surpasser dans la fa* hrication de ces sortes d'ouvrages ^ Déjà les chrétiens marchaient sur les traces des unes et dès autres avec une pieuse imprudence^ déjà ils ne se bornaient plus à publier des œuvres sous les noms que vénéraient le paganisme et le judaïsme; déjà, la Sibylle de Cumes et les Patriarches de Canaan ne leur suffisant plus, ils mettaient leurs opinions et leurs récits légendaires dans la bouche de leurs ^lus saints prédécesseurs, et vendaient à la crédulité des évangiles et des actes qui altéraient au même degré la foi et l'histoire :

1 Notre Essai historique suri'école d'Alexandrie^ 11^ Soi,

dans ces circonstances, n'était-il pas louable de porter le flambeau de la critique sur tout ce que Ton attribuait aux évangélistes et aux apôtres *? Marcion voulut saisir ce flambeau de la critique, il n^en prit malheureusement que la torche incendiaire; mais son égarement se justifie par les considérations mêmes qui le trompèrent.

Il avait remarqué que S. Paul, dans son ^ître aux Galates^, s'était plaint de quelques faux apôtres qui altéraient la vérité de l'évangile par des opinions judaïques; il supposa que, dans ce passage , l'apôtre des gentils entendait ou des rivaux de l'apostolat, ou ses collègues eux-mêm€s, et qu'il reprochait aux uns ou aux autres d'ébranler, par ces altératiojpis historiques ou dogmatir . ques, l'authenticité des véritables évangiles.^

Dans l'un et l'autre cas, Marcion tirait de ce reproche l'induction que la publication de &ux

1 Pour mieux faire remarquer ce qu'il j avait de louable dans l'entreprise de Marcion ^ on n'a qu'à se rappeler la foule des écrits anonymes et pseudonymes des premiers siècles ; dont Fabricius a publié des recueils ^ et dont M. Thilo va donner une collection beaucoup plus riche.

a Ch. 2; V. 4 tipassim,

. 3 Tertollien^ C Marcionem, I/^o) IV, 5,

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