‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses etChapitre 148 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Au cliapitre dix* sept il retrancha les verset^ cinq à dix, comme renfermant des détails peu ascétiques et peu dignes du christianisme. Le Samaritain reconnaissant du verset seize devint pour Marcion le prétexte d'une nouvelle censure du judaïsme et de ses lois.

Les versets trente-un à trente-quatre du chapitre dix-huit, où le Sauveur parait en appeler aux prophéties des codes judaïques, furent supprimés , et les versets trente-huit à quarante-trois fournirent à Marcion une antithèse entre Jésus- Christ, qui guérissait les aveugles, et David, qui les maltraitait. ^

Dans le chapitre dix-neuf, les versets vingt-neuf à quarante-six, relatant l'entrée de Jésus-^Christ dans Jérusalem , Taccomplissement • d'une prophétie et d'autres circonstances, furent ef&cés.

Les versets neuf à dix-huit du chapitre vingt subirent la même proscription.

Au chapitre vingt-un, ce furent le verset dixhuit , qui étend les soins de la ProvidencQ^ jusque sur les cheveux de l'homme, et les versets vingtun et vingt -deux, qui parlent de l'accomphsse- ^ent d'une prophétie, qu'il fit disparaître.

i Q.* livre de Samuel» ch. 5, y* 6 à 8.

SyÔ SECTION II.

Le verset trois du chapitre vingt- deux (iit changé, parce qu'il attribuait à Satan Faction d'avoir séduit Judas, tandis que c'était le démiurge qui voulait ainsi anéantir son puissant adversaire j le .verset seize (ut aussi supprimé , Jésus -Christ n'ayant pas mangé réelhmeni l'ar gneau pascal; les versets trente -cinq à trentehuit, quarante-deux à cpiarante- quatre et quarante-neuf à cinquante -un eurent le même sort

Au chapitre vingt- trois , Marcion ne rejeta que les versets quarante-sept à quarante-neuf

Il laissa aussi subsister le verset trente -neuf du dernier chapitre, quoiqu'il fût contraire à son dokétisme, relatant que le Sauveur s'était fait toucher pour convaincre les siens de la réalité de sa présence. Il avait pourtant soin de mettre le mot de (pavJctafÀec au lieu de celui de TTifeufÀcc.

Cétait l'un des passages que les adversaire* de Maroion , et surtout TertuUien , pressaient le plus , poiu* le réfuter même par cet évangile mutilé; engagement qu'avait déjà pris S. Irénée, que TeituUien prit à son tour, et qu'il rappelle plusieurs fois dans sa polénûque contre Marcion.

En ^fiet, quelque soin qu'eût pris Marcion d'émonder S. I41C, il restai! toujours quelques

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passages qui, dans les idées d'un homme élevé pour la dogmatique de Tertullien , déposaient contre son système, mais qui pourtant manquaient de toute force probante pour un homme d'une dogmatique contraire. C'est, en général ^ un grand reproche qu'encourt la critique des premiers siècles ^ que d'être presque toujours au service de la dogmatique.

Quant aux travaux critiques de Marcion, il ré« suite évidemment de ce que nous venons de voir, qu'ils furent dirigés par ses opinions ; qu'il se fit d'abord un système, et qu'ensuite il s'arrangea un évangile. U se fût créé moins d'embarras, s'il avait pu se. résoudre, au lieu d'emprunter son évangile des communautés apostoliques, d'en composer un tout nouveau. Cétait cependant la chose impossible, non parce que tous ses contemporains se seraient élevés contre un tel faussaire ^ mais parce qu'une telle fraude était incompatible avec la bonne foi de Marcion ; car nous pensons que, s'il résulte quelque chose de tout ce que l'on nous rapporte sur ses opinions religieuses, c'est qu'il erra de bonne foi, par. suite d'un ascétisme exagéré et d'une mystique délicatesse , qui s'af- franchissait de la lettre avep cette audace qu'a toujours le mysticisme.

Marcion porta la même assurance dans T'épu* ration de son Aposiolos. « Il a, dit S. ÉpiphaneS « les dix épîtres du saint apôtre, qui sont les K seules dont il se serve : il n'admet pourtant pas « tout ce qui s'y trouve ; il retranche dans quel- (t ques chapitres , il en change quelques autres. *

Les épîtres auraient dû embarrasser sa critique encore plus que les évangiles. Ici, il avait pu choisir parmi quatre rédactions différentes sur les mêmes événemens; là, il n'existait qu'une seule rédaction, et les épîtres étaient, la plupart, adressées à des communautés entières : il était donc réduit à les recevoir ou à braver plusieurs ÉgUses. Cependant, étranger à toute crainte et résolu à tout combat , il rejeta d'abord les épîtres . de S. Jean, de S. Pierre et de S. Jacques, et traita ensuite celles de S. Paul comme il avait traité l'évangile de S. Luc.

L'épître aux Romsâns ^ , après avoir subi les

^ Hœns,, ^2, p. 509.

2 Cette épitre était la quatrième dans la collection de Marcion. Ses dix ëpitres se suivaient dans cet ordre : aux Galates, I.'* aux Corinthiens, H.* aux Corinthiens, aux Romains, L" et II.' aux Thessaloniciens , aux.Éphésiens, ftux Colossiens, à Philémon^ aux Philippiens. Yoj. Épipb.^ Hœres., ^2, p. 35o sq. ^

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