CHAPITRE m
aux Laodicéens, ne subit que peu de mutilations. Cepâ[idant 9 au verset neuf du chapitre trois , disant que Dieu a tout créé par Jésus-Christ, Atar* cion retrancha les mots j/^ 'lifo'ou X^i^ov^ le Dieu parfait et son Christos n'ayant rien créé de sensible, ^
Par la même raison , le verset seize du premier chapitre de la lettre aux Colossiens, attribuant au même Dieu la création des deux mondes, fut retranché.
U en fut de même d'une idée de la seconde épitre aux Thessaloniciens, chapitre premier, verset huit, qui annonce que le Sauveur viendra, au milieu des flanm^es, se venger de ses ennemis : Marcion retrancha les mots éif ttvçI Çhoyiç* ^
Les épîtres à Philémon et aux PhiUppifms étaient tellement altérées, au jugem^it de Sk Épiphane, que cet évéque n'a rien voulu en signaler particuUèrement.
Celle aux Philippiens était la dixième, et par conséquent la dernière qu'adoptait Marcion; il
1 S. Épiphane est si indigné des nombreuses mutilations qu'avaient subies les épitiesaux Thessaioniciens^ qu'il- n'ett veut rapporter aucune.
rejetait tout le reste ^ TertulKen dit donc avec raison que, dans sa critique aussi capricieuse que violente, Marcion s'était moins servi du stylé que de Tépée, et qu'il avait mis cette épée au service de son système. 3,
En faisant connaître avec quelque détail les sources de ce système, ou plutôt les sources que Marcion s'arrangea pour ce système , nous en avons déjà indiqué les dogmes les plus essentiels, et quelques traits en vont achever le tableau.
Au premier aspect, Marcion parsdt avoir admis trois principes de toutes choses : une matière qui est étemelle, et qui est le principe du mal^ une intelligence d'une sagesse, d'une puissance et d'une bonté très^bomées, mais d'une rigoureuse justice; enfin, un Dieu par&it, PÉUre suprême^ qui, par sa nature, n'a et ne peut avoir aucun rapport avec la matière.
1 Epiphane, Hœres., 4a* SchdHng, DeMareiûhe episto* lantm Pauiinarum emerèdatort ; Tubingœ, 1795. Néander, Genêt. Eniwickelung, ^ P'^^7 ^' Hahn^ DasEçangeL Mormons, p. 5o sq, Dewette^ Einleit. ins N. T», p. i6o.
2 De prœscripU, c. ^y* Marcion enim exeriê et paban wuuhœra non siib usus ^st , quoniam ad maieriam suûm çœdem scripturarum conficit.
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Gependant ce serait là une hypothèse toute neuve dans le gnosticisme^ Ordinairement la gnose ne connaît que deux principes; l'Orient n'en avait jamais admis que deux; la Kabhale n'en connaissait pas davantage; le platonisme philonien n'allait pas non plus au-delà. Il n'est donc pas à présumer que Marcion , seul , ait pu admettre trois principes divers et coéternels; il faut croire, au contraire, ou que nous ne savons plus, à ce sujet, la pensée toute entière de ce théosophe, ou qu'il ne la développait guère luimême. Le démiurge ou l'intelligence secondaire de son système n'a pu exister, dans sa croyance, de toute éternité. Il a dû se rattacher, d'une manière quelconque, à l'Etre suprême, sous la domination duquel il se trouve , et qui prend le droit et la peine de lui enlever ses créatures , les hommes. Dans tous les autres systèmes, le démiurge est, en dernière analyse, une intelligence détachée du père inconnu; il en tient encore quelque chose, fût'-il m^me placé sur le dernier degré des émanations. Il est à l'Etre par-? £dt, mais en raison inverse,. ce que Satan est à la matière. En somme, il n'y a jamai» que deux principes : d'un côté, la matière ou le mal, dont la partie la plu$ intraitable , la plus méchante ,
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la plus agissante, est Satan; d'un autre c6té, l'intelligence suprême ou le bien , dont la partie la moins parfaite, la plus extérieure, quant au plérome , est le créateur et le gouverneur du monde visible. U n'est point de troisième possible. Marcion n^a pas pu, non plus, en admettre. Il paraît bien que, dans sa haine contre le dieu des Juifs ou le démiurge, il a évité de le mettre en rapport avec l'Etre suprême, et a laissé croire qu'il lui était tout-à-fkit étranger ; mais il paraît aussi qu'il ne lui a pas assigné d'origine indépendante,
Cétait là, sans doute, une lacune dans son système; mais ses disciples le sentirent sitôt, qu'ils s'empressèrent de la remplir d'une noanière conforme aux antiques doctrines.
Apelles, successeur de Marcion, enseignait déjà que le démiurge était une puissance , un ange du Dieu parfait i. U est vrai que TertulHen peint cet enseignement comme une déviation de la doctrine du maître , et semble attester par là . que Marcion donnait une origine différente au Créateur; cependant le maître lui-même avait indiqué la voie au disciple , en comparant , en quelque
1 Tertull., De prœscripi* adp. imnt., r. 34*