‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses etChapitre 152 sur 173 · CHAPITRE IIL 38l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL 38l

La même impuissance se déc^ dans la création et dans toute la destinée de l'homme que forma le démiurge. L'homme est, à la vérité, son plus bel ouvrage ; il est fait à l'image de son maître; il doit le révéler, le représenter sur la terre : mais il a fallu le Étire de matière, et il n'a pas été possible à son créateur de lui communiquer assez de force pour résister à ce que la matière renfenne de vicieux.

Le. démiurge n'a pu éloigner de son monde le principe du mal; l'homme ne peut pas éloigner de lui l'influence des mauvais élémens dont est formé son corps.

Les âmes des premiers hommes étaient de la pure essence. du démiurge^; mais le créateur luimême leur ayant donné un commandemait trop sévère, et le génie du mal les ayant engagés, sous la forme du serpent, à manger du fruit défendu, leur nature primitive fut altérée, et la rigoureuse justice de leur maître fit peser sur eux des maux physiques et moraux inefiables. •

Marcion, d'accord avec les orthodoxes sur

1 Ailleurs le démiurge ne forme que le corps ; le Dieu suprême lui communique leTrvtv/jLot* Voj. ci-dessus, Philon, les kabbalistes; et ci-dessous, les opbites, les sabiens^ etc.

58a SECTION II.

l'épreuve qui ametia et le démon qui précipita la chute de Thomme, en différait totalement dans le jugement qu'il portait sur le créateur. Le dé^ miurge, disait-il , avait donné à ses créatures un commandement qu'elles n'avaient pas la force d'observer; il ne les défendit pas contre une séduction que leur nature elle-même rendait déjà si puissante ^ ; il agit donc envers elles avec autant de faiblesse que de dureté : s'il eût été sage, il eût prévu leur chute ; s'il eût été bon , il l'eût empêchée.

Les générations qui succédèrent aux premiers hommes, sujets à la puissance des démons et de la matière, ne pouvaient guère valoir mieux que leurs pères. Il s'en trouva pourtant un petit nombre qui furent fidèles au démiurge, tels qu'Abel, Hénoch, Noé, Abraham, Isaac et Jacob, qui, fuyant la commune idolâtrie, observèrent les commandemens du créateur et en furent adoptés, avec leurs &milles , comme son peuple de prédilection. Il leur prodigua toutes sortes de &r veurs terrestres, telles qu'il en pouvait accorder; mais sa rigoureuse justice les courba néanmoins sous les dures lois de Moïse , qu'il changea plu-

1 TertttlL^ Adç. Marcionem, II ^ c» 4> 5.

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