‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses etChapitre 153 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sieurs fois assez arbitrairement, et dont il n'adou* cit le joug qu'en accordant aux Hébreux l'un des pays les plus fertiles, et en les appelant, après leur mort , dans le Schéol, au sein d'Abraham ; tandis cp'il abandonnait toutes les autres nations au pouvoir de la matière et des démons , les pur nissant même rigoureusement pour leurs fautes. Cest ainsi qu'il traita particulièrement les Égyptiens et les ûmaanites, les habitans de Sodopie et de Gomorrhe, et qu'au déluge il allait &ire périr le genre humain presque tout entier.

Les Juifs furent donc, tout malheureux qu'on les croie, les bienheureux de la terre, en compasraison des autres peuples. Pour les récompenser du peu de fidéUté qu'ils montraient à son culte cérémoniel et pénible , leur Dieu forma le plan d'étendre un jour leur domination sur la terre; cependant il ne parvint pas à réaliser un projet qui flattait son amour-propre autant que le leur.

Il ne fut guère plus heureux dans l'accomplissement d'une prophétie encore plus importante, avec laquelle il tâcha de consoler leurs peines. Son fils devait leur apparaître, un jour, revêtu d'une haute puissance ^ ; il devait réunir leurs

1 Marcion réunissait, dans ses idées sur le Messie du dé-

tribus éparses ; fonder pour elles un seul empire sur toute la terre; juger sévèrement les payens, qm méprisaient son autorité; étendre sur le monde entier la domination du Dieu juste, et, au terme de la carrière terrestre, conduire tous les siens dans le sein d'Abraham.

La plus cruelle et la plus injuste des calamités allait peser sur la* foule des nations auxquelles rien n'avait parlé au nom du démiurge, encore moins au nom du Dieu suprême ^ Ce Dieu d'amour et de perfection ne put souffrir un tel désordre. Soit compassion pour la création du démiurge, qui jusqu'alors lui avait été entièrement

miuige^ celles des Juifs, celles de' quelques autres sectes gnos tiques , et une partie de celles que donne rérangile. Ce Messie devait arriver après les plus violentes commotions dans l'ordre moral et phjsique. Marcion avait ici en vue le tableau prophétique que Jésus-Christ trace luimême au chapitre vingt-quatre de l'évangile de S. Matthieu, et en même temps il se conformait à l'idée de Simon ^ d'après laquelle il s'agissait, pour le Rédempteur, de corriger de grands désordres phjsiques et moraux.

1 Marcion expliquait la faiblesse des anciens systèmes de théologie, par la circonstance que l'Être suprême ne s'était point révélé avant l'apparition de Jésus -Christ. Tertull.,^*. Marc.f I, i8, i^ylV, 4> aS.

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étrangère, soit sentiment de justice, il résolut d'appeler le genre humain tout entier à de. plus hautes destinées, de se révéler lui-même aux hommes, et, loin de les éprouver encore ime fois, comme le démiurge, par des lois pénibles', il voulut communiquer à tous ceux qui l'accueilleraient, sa sainteté et son bonheur.

Entièrement inconnu aux hommes ^, il ne pouvait s'intro(kiire parmi eux qu'en prenant une forme humaine avec le nom et le caractère du Sauveuf annoncé aux Juifs 2. Cependant il ne se revêtit point réellement d'un corps tiré de la matière; il ne naquit point d'une vierge, pas même en apparence , une telle entrée dans le monde étant d'abord contraire à la nature des choses, et ensuite peu digne du Dieu des perfections^. Il quitta les cieux suprêmes, traversa ceux du démiurge, et se montra subitement 4anS

1 C'est absolument le Trappû etyveùÇ'ûç des autres systèmes. Marcion lui donnait même l'ëpithéte de l^ivoç-, et quelquefois celle de BTrêp^o/JUVOç»

2 Ui per soUnne apud Judœos et fiamUare nomen in eo^ rum fidem irrepereU Tertull., Adç. Meux., III, iS.

3 Tertull.^ Adç. Mare., IV, 19; v^ s. de came Chrisii, tf. 7, 8.

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la synagogue de Caphernaûm , la quinzi^e anr née du règne de Tibère. *

Esprit pur et salutaire^, il s'annonça comme le fils, l'envoyé, le rédempt^eur ou le Christos du Dieu bon et inconnu ^ 9 et s« légkinia par des miracles, ne pouvant ni ne voulant en appeler aux prophéties inspflrées par le démiurge, qui se rapportaient au Christ de ce dernier, dont il venait précisément renverser la tyi^mnique domination.

1 Ainsi tombait tout ce que relatent les évangiles apostoliques sur la naissance et les premières années de Jésus- Christ.

2 Ilvîv jLict fxovoVf £piph.^ ^2, p. 342. Spiritus salutarîs, TertulI.^I^ 19.

3 Marcion n'admettait qu'un seul Dieu^ et Ton voit bien que 9 dans son opinion^ le Christos n'est que la manifestation terrestre de l'Être suprême. Cependant il donna à cette manifestation méme^ à ce Dieu révélant Dieu y le nom de fils, â^ençcyé de Dieu, de Jésus et de Christos» D se flattait peut-être d'éviter ainsi quelques accusations d'hétérodoxie. On lui reprocha pourtant bientôt cette identité; cette non-distinction du père et du fils; on le considéra comme le précurseur de Praxéas et de Noétus^ et^ en général, décès Patripassiens , qui, ne distinguant pas assez le père du fils^ semblaient enseigner que le père avait souffert.

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