‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses etChapitre 162 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lions : les chrétiens purs et les chrétiens yWaisans. La doctrine de Marcion était donc préparée. Cependant elle était encore neuve, car Marcion fit un pas immense au-delà des idées de tous ses prédécesseurs, en admettant que les deux religions n'avaient rien de commun l'une avec l'autre; que leurs auteurs mêmes étaient des divinités entièrement différentes j que le fondateur de la seconde, loin d'être l'envoyé de celui qui avait donné la première , lui: était inconnu ^ et était son adversaire sous tous les rapports.

Quelques docteurs ghostiques avaient eu, avant Marcion, l'idée que lé Dieu des Juifs n'était qu'une divinité secondaire, le chef des anges créateurs et gouverneurs du monde j mais aucun de ces théosophes n'avait fait de cette hypothèse ce qu'en fit Marcion; aucun ne l'avait choisie pour la base de torut son système; aucun n'en avait tiré les mênies résultats; aucun ne l'avait présentée avec une telle conséquence. Marcion dédaigna leurs opinions^; il se fit un système à

1 S. Thcodoret, I, 24, rapporte que Cerdon enseignait des choses analogues ; mais nous ayons déjà dit que nous considérons comme un seuLsjstéme les doctrines de ces deux gnostiques.

4o4 SECTION II.

lui, un éçangile et un aposiolùs pour ce système, et exécuta tout cela avec une telle fidélité à son principe fondamental, avec un tel mépris pour tout ce qui contrariait ses vues, que Thistoire des systèmes n'offre rien d'analogue à ce phénomène.

L'idée profonde qui dominait sa vie toute entière , celle que la vie elle-même n'est qu'un combat où il s'agit de vaincre l'auteur de nos )Ours et les hommes dont il nous environne, li^ inspirait ce courage, cette hardiesse qui ne se démentirent jamais. ^

Cette hardiesse, cette conséquence, cette nouveauté de doctrine, ne seraient pourtant que des torts , même aux yeux de la postérité , si la piété la plus déUcate et la plus pure n'eût guidé chacune des spéculations de ce docteur. Les spéculations ftirent proprement ce qu'il poursuivait le moins; il s'y laissait conduire comme à des conséquences, à des résultats inévitables; mais c'était moins par des besoins d'esprit que par des besoins de cœur.

1 C'est peut-être ce stoïcisme de conduite qui a fait dire à Tertullien que Marcion étudia la philosophie du portique^ et surtout la dialectique ; pour mieux établir son schisme. De praescripU, 3o.

» . CHAPITRE III. 4p^

Si tel fat renseignement de Marcion , on conçoit qu'il se soit fait un grand nombre de partisans sans autre séduction que celle de sa personne * ; ce que Ton ne conçoit pas, c'est que Marcion ait pu devenir infidèle à »son système. Tertullien dit néanmoins formellement, qu'il promit plusieurs fois de renoncer à ses erreurs; que plusieurs foi* il fat rétabli dans la communauté chrétienne, et qu'^ifin il venait de promettre d'y ramener ses disciples, lorsque la mort termina sa carrière.^

Il feut croire, si ce n'est pas là une tradition dénuée de fondement, que Marcion, ainsi que Bardesaneâ et plusieurs autres gnostiques, était persuadé que la grande communauté chrétienne n'était pas encore assez mûre pour comprendre sa doctrine, et qu'en attendant il fallait demeurer dans son sein, pour lui conserver des hommes

1 L'enseignement de Marcion est celui de tous qui se concilie le moins avec des moyens vulgaires de séduction. Il réfute par lui-même le reproche fait à son auteur d'avoir envojé, avant lui à Home^ une femme, pour j préparer le$ esprits. Hieronjrm., EpisU ad Qesiph,, /. II, p. 2 55.

2 TertulL, De prœscript,, 3o. On peut comparer les Annales de Baronius, aux années 147, 167^ les Mémoire» pour servir à l'Histoire ecclésiastique, par Tillemont, vol. V> p. 181 5 et le Dictionnaire de Bajle, au mot MardoniiUK

4o6 SPCTION IL

qui pussent Tinitier un jour dans des mystères plus élevés.

Hardoniies. Les marcionites ne réalisèrent point ce projet de leur chef, si tant est qu'il l'eût formé. On pourrait dire , dans ce cas , qu'ils furent plus fidèles que lui-même à l'opposition qu'il avait élevée. Us ne s'attachèrent pourtant pas en esclaves à sa doctrine; ils la modifièrent, au contraire, avec la plus entière indépendance, jusque dans ses dogmes les plus essentiels. Marcion ne s'étant attaché qu'à la partie pratique du système, ils durent songer nécessairement à remplir les lacunes de la partie spéculative.

D'abord, quelques -uns d'entre eux pensaient que sa critique n'avait procédé, dans les saints codes, ni avec assez de rigueur ni avec assez de conséquence, et qu'U avait conservé dans son recueil des paroles que l'on pouvait citer contre ses opinions. Ils supprimèrent ces passages ^. Us s'aperçurent ensuite que les évangiles rejetés par leur maître renfermaient des récits qui se conciliaient mieux avec leur système que les récits

1 TertulL, Adç. Marc», IV,. S» Orig.^ Contra Celsum, liL II, gap. 27. DiaL de rtcia fide, pag. 867. Ephnem., Hymn. ai.

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