CHAPITRE I
Le peuple d'Israël descendant d'une famille cpii a conservé dams leur pureté le premier $acerdoce et rimage de Dieu empreinte à l'homme , l'Etre suprême l'a choisi pour lui doiiner sa loi. ^
Les âmes qui se purifient par tous ces secours s'élèvent vers les région& supérieures pour y jouir d'une par&ite félicité ; celles qui persévèrent dans le mal passent de corps en corps, sièges de passions et de mauvais désirs. Mais ici il faut laisser parler le poète philosophe hii-méme , car c'est ici qu| son génie prend le vol le plus audacieux, et que son langage revêt les formes les plus sublimes : ici Philon est un autre Platon 2. La région éthérée, dit-il, n'est pas, seule dans l'univers, un désert immense; elle est plutôt une ville populeuse, remplie de citoyens d'uHe ame immortelle, incorrupiible , et aussi nombreux que les astres du ciel. Quelques-upes de ces âmes , plus voisines de la terre et plus attachées à ses plaisirs , y descendent pour s'unir aux corps mortels qu'elles
1 Philpn n'osa pas dire^ comme l'ont fait les gnostiques après lui, que la loi fût donnée par des esprits infërieura; mais il leur prépara la voie, en dédaignant, comme ïU ont fait après lui , le sens naturel qu'elle présente^
2 DeSûmniis^^^. 5S6,
yO ftiîGTION I^
chérissent ^ D'autres s'en séparent, au contraire, pour s'élever plus haut , après le terme fixé par la nature : cependant il en est de celles-ci que les désirs de la vie terrestre y ramènent de nouveau. D'autres encore, dégo^tée8 de ses vanités, fuient ce corps comme un sépulcre ou conune une prison, et, s'élançant avec leurs ailes légères vers les régions aériennes, elles y passent le temps de leur existence^. Les plus pures et les meilleures de toutes^ conduites par des pensées plus sages, plus divines, dédaignant tout ce qu^ peut offrjr la terre, se font les ministres du Dieu suprême lilrs yeux et les oreilles du grand Roi, voyant tout, entendant tout Lés philosophes les nomment démons; les codes sacrés les appellent i^nges ou envoyés divizis, d'un nom plus juste, /ear elles transmettent aux enfans les ordres du père , et au père les prières de ses en&ns; elles descendent vers la terre et remontent aux cieux , non que celui qui sait tout ait besoin de rapports ,
1 Philon à peut-être mUndic cette idée à un fait raconté 411118 la Genéfie, eelul de l^aftîcm étsfils dé Dieu apec ies flhs des hommes; ce que tous tes interprètes mystiques ont entendu des anges.
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mais parce qu'il est bon que les mortels aient de» médiateurs et des interprètes, afin qu'ils révèrent davantage le suprême arbitre de leurs desr tiiiées.
On voit que les auteurs du moyen âge ont en tort de ne pas consulter Philon polir la compo^ sltion de leurs hiérarchies célestes : les ^ostiques, plus rapprochés de lui, en ont adopté les plus belles idées.
En effet, tout cet ensemble d'opinions : que l'Etre suprême est un foyer de lumières dont les rayons ou les émanations pénètrent l'univers; que les lumières et les ténèbres , principes «inemis de tout temps , luttent continuellement ensemble pour s'arracher la domination du monde ; que le monde a été créé, non par l'Être suprême, mais par un agent secondaire ,^ qui n'est autre chose ({ue sa parole, et suivant des types qui ne sont autre chose que ^ts idées, et avec une intelligence, une sophia qui n'est autre chose qu'un de s«s attributs ; que le monde visible est l'image du monde invisible; que la plus pure essence de Tame humaine est l'image de Dieu ; cjue l'ame a préexisté au corps; que le but de son existence terrestre n'est autre que celui de se dégager du corps, qui n'est que sa prison ou son sépulcre^
et qu'elle s'élèvera dans les région» supérieures dès qu'elle sera purifiée par cette existence : tout cet ensemble d'opinions, qui certes ne manquent ni de hardiesse ni de séduction, Philon les a léguées aux gnostiques. Si ce philosophe en a trouvé les élémens dans les systèmes de Zoroastre, de Platon et de Pythagore , dans les codes sacrés des Juifs et dans les traditions mystérieuses de la Grèce et de TÉgypte, il en a fait du moins un corps de doctrine supérieur à tout ce qu'il trouvait ailleurs. Philon n'est pas un .simple compilateur, il n'adopte pas aveuglément les opinions des autres* il les modifie suivant les besoins de son système, car il est en possession, comme il dit lui-même, d'une science supérieure, d'une source de vérités une et universelle, dont Im autres doctrines peuvent être des ruisseaux détachés, mais dout elles ne sont que les tributaires.
Cétait là suivre fidèlement les traces d'Aristobule, c'est à cette science supérieure que ce philosophe avait soumis la philosophie et les codes hébreux. Cétait en général une manière de voir dominante à Alexandrie, et c'est dans ce sens qu'est composé un autre écrit judaïque, beaucoup plus court que les traités de Philon , mais non moins remarquable dans l'histoire de la littérature