CHAPITRE M. l
k une opinion gnostiqpe^ et dans le langage même du gnosdcisme.
Ce langage est, sans doute, une espèce de pro-*
blême dans le disciple chéri de Jésus-Christ En
effet, d'où le tient-il? Tout nou^ fait voir que ce
n'est point de Philon, que ce n'est point de l'école
d'Alexandrie. S. Jean n'a pas visité le Musée; il
n'en a pas lu les écrits ; il n'est pas élève des Juifs
hdléaistes : il est le plus docile, le plus sensible,
le plus G&er et le plus éloquent des disciples de
son maître. U n'a suivi aucune autre école. C'est
le cœur, c'est la conviction, c'est l'enthousiasme
le plus pur qui parle dans, ses ouvrages,; ce n'est
pas le dogmatisme , ce n'est pas le raisonnement ,
ce n'est pas la spéculation dans le sens de l'Occir
dent : c'est la méditative contemplation et le bru-:
lant amour théosôphique de l'Orient Cependant
cette sublime direction des- plus belles Êtcultés
de son être, cette identification avec l'ame et,
pour ainsi dire, avec la divinité de son maître,
tout en modifiant son langage, n'a pas, seule, pu
lui donner le cachet qu'il porte, cette ressema
blance si frappante avec la gnosis, et renfermant
néanmoins une tendance apologétique pour uii
tout autre système. Quel est donc le mot qui nous
explique cette éni^e? 3'il fiiut essayer de l'ex*
l56 SECTION I.
pliquer, dans Fétat actuel de nos connaissances sur les derniers temps de cet apôtre, son séjour dans Éphèse, ville si riche en spéculations reli- ^euses de divers genres, paraît seul pouvoir nous fournir la solution. Peut-être faut-il joindre encore , pour cette époque , aux trésors reli^eux déjà signalés dans cette ville ^, les opinions des disciples de S. Jean-Baptiste, qui paraissent s'être trouvés en nombre à Éphèse^. En effet, ni la société judaïque de Jérusalem, ni la société hellénique, qu'il pouvait rencontrer dans ses excursions en Asie mineure, n'ont pu imprimer à son langage cette direction qui nous étonne. L'Asie et la Grèce, là Palestine et l'Egypte, représentées et confondues dans Éphèse, nous semblent mieux expliquer ce phénomène.
Les gnostiques, qui,* vingt à trente ans après la mort de S. Jean , furent assez nombreux pour former plusieurs écoles, et dont, par conséquent, les précurseurs ont été indubitablement ses contemporains; les gnostiques, pour résoudre les grands problèmes de la création d'un monde ma-
X Yoj. ci-dessus 9 p. iSj.
3 Actorwn 19» v. i à 7. Vbj. ci«deS90iis Sàbéens.
térid par im être mimatériel, la chute, la corporisation, la rédemption et la repristination des e|> prits appdiés hommes, admettaient divers principes et diverses intelligences, ainsi que diverses opérations spirituelles qu'ils désignaient sous les noms de «f5j^, hoyoçy fÀOvoysviiSi ^(wy, (^oùs et de -nvsviMt* S. lean, dès le commencement de son évangile » montre que c'est Jésus-Christ qui a existé sv âf%^; que c'est lui qui est le Aoyof de Dieu , par qui tout a été fait ; que c'est lui qui est le juovoysvtjç , la iûoii et le (poiç, qui répand parmi les hommes ItTrysô/xèCy la vie et la Imnière divine. Les Simoniens, les Dokètes et d'autres gnostiques, marchant sur les traces du judaïsme postérieur, enseignaient que Féon Jésus-Christ n'avait pas été revêtu réellement d'un corps humain, qu'il n'en avait eu que Tappar^ice : S. Jean leur répond que le logos est réellement devenu chair, et que l'on a pu contempler toute sa gloire j que le véritable plérôme, ainsi que la Vérité et la Grâce (deux éons gnostiques), étaient en lui^ que lui seul, étant venu du sein de l'Etre-sûpréme, a pu le Élire connaître^. Les disciples de S. Jean-Baptiste
1 Gh. i, r* i4 et suivaas. Herder^ dazis Taa do ses pr«»
l58 SBCtION t.
s'étaient attaches exclusivement à c6 précuneur 4^ Christ ; ils s'étaient contentés de sa monic et de son initiation lustrale, sans reconnadtre la mission du Sauveur : S. Jean l'évangéliste leur montre que Jésus-Christ était bien supérieur k leur maître; ^e ce dernier n'avait donné que le symbole de la purification, le baptême de l'eau, lustrabOB si
mîers ouvrages, Erlâuterungen zum N» T. aus morgenlàri-
dîschen Quelîen, donne quelquefois des rues très-belles et
trés-ëlevëes sar les rapports qui existent entre le toroâê-
tlisme, le magisme, le philonisme et la gnosis, d'un côté|
et révangile de S. Jean, de Tautre. Cependant il est difiBcile
de se faire une idëe précise de ce qu'il en pense au fond : il
j suit sa marche ordinaire, qui ya par sauts et par bonds^
avec assez de critique, beaucoup d'érudition, une pompé
infinie et des images du plus grand effet ;* mais rarement
on obtient de lut la scduiioo de l'énigme. Malgré notre
admiration pour Herder (vojez notre Notice sur sa rie et
ses ouvrages. Bibliothèque allemande, roi. H, p. 4^9)9
nous ne pouvons qu'étendre ce jugement sur son livre Die
àliesie Vrkunde êtes Menschengeschléchies. C'est le Zend-
Avesta,. qu'il venait de recevoir > qui explique tout S, Jûn
i Herder. Cependant les idées du Zcnd-Aves|a avaient fait
bien des migrations^ et elles avaient subt bien des modifi*
cations dans l'intervalle de l'exil à la rédaction de cet écrit.
S. Jean attache, si peu de prix à la Perse ou 4 la C b ald éa ^
qu'il ne rapporte pas même la curieuse tradition de la vi-
she^es troié maiges.* - ;•.,.,:. j ..