CHAPITRE IIL
maux dont vous parles ^ Cest là le langage d'un enthousiaste, ce n'est pas celui d'un imposteur. Simon était, en effet, un enthousiaste philosophe tel que les Apollonius de Tyane et les Peregrinus Proteus^, et non pas un imposteur politique ,, tel que les Bar-Cochba et les autres feux messies. Avec cet esprit de syncrétisme, qui caractérise cette époque, il s'attacha à quelques-unes des idées, chrétiennes, tout en se plaçant hors de la société qui les professail;. Habitué à trouver des vérités partout, et la vérité nulle part, celles qu'il entrevit dans les enseignemens apostoliques excitèrent dans son ame crédule une fermentation qui finit par produire, avec les élémens que lui fournissaient la Kabbale, fiÉgypte,la Perse et la Grèce, un système où rien ne peut étonner, si ce n'est le rang que s'y
1 Actes des apôtres, ch. 8, r. 9 à 24.
2 Nous commettons, avec notre haute critique, l'anachronisme le plus ridicule, lorsque nous jugeons les sages ou, les fous de l'ancien Orient d'après les théories de notre métaphjsi^ue occidentale. Wieland me parait ayoir saisi parfaitement l'esprit qui caractérise quelques-uns des hommes les plus remarquables de l'époque qui nous occupe^ dans son Histoire secrète du philosophe Peregrinus ProteuSf abstraction faite des détails qui sont de pure fiction.
assigne l'auieur. Ce rang même ne devra pas surprendre ceux qui pardonnent à Pytliagore le récit de ses hauts faits au siège de Troyes,
Il est vrai que la pneumatologie moderne est tellement bornée, tellement pauvre, tellement détachée de la théologie et de l'anthropologie, que nous ne concevons plus la hardiesse de cdle des anciens, qui la mettaient dans les plus intimes rapports et qui la confondaient avec la théolo^e, l'anthropologie, et souvent avec la cosmologie, au point d'en feire un seul tout d'une richesse, d'une harmonie à laquelle nous n'en-' tendons [dus rien aujourd'hui, qumque nous soyons forcés de convenir, en principe, que l'univers forme un ensemble, et que le monde intellectuels, dont nous ne savons plus ria[i dire, en soit l'élément le plus essentiel U faut pourtant oubher un instant l'état actuel de la spéculation et se transporter dans les siècles des croyances et dans le pays des intuitions, pour comprendre ou du moins pour juger Simon*
L'idée que tout ce qui existe se rattache à un seul Être suprême , qui , élevé au-dessus de tous les autres, et ordinairement caché aux honunes, se révèle presque sans cesse, à ceux qui le chercheïit, sous des noms divers et sous diverses for^
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mes 9 était une des apinions les plus anciennes de rOmnt, et s'était communiquée aux régions de la Méditerranée ^ Elle s'était même renouvelée par les événemens dont l'une de ces régions venait d'être le théâtre. Simon, plus crédule et plus enthousiaste que d'autres, s'en persuada plus fortement que tout autre. U en fit la base de son système. On y pouvait joindre la croyante que, par la volonté de l'Etre suprême, qui est un, la vérité, qui est une aussi, se trouvait la même dans toutes les doctrines, quoiqu'elle fut revêtue de formes différentes. Simon admit encore ce principe. U lui permit d'envisager non*seulement tout le polythéisme, mais encore son cuite et ridolatrie toute entière, comme une chose permise par Dieu lui-même ^. C'était établir, sous un nom différent, un principe qu'un écrivain distingué de nos jours a fait valoir comme une maxime de la plus haute civilisatioii pohtique, et de la plus pure philosophie rehgieuse. ^
1 IxtDxus, Adçersus hœreses, I, c. 23, S* i*
2 Ongenes^ Contra Celsum, lih, VI, c.iy%,\i.Cf, îib, V,
3 C'est le sentiment religieux se conciliant ayec toutes les formes, suivant le système de M. Benjamin Constant
IQT SECTION I.
Né dans le judaïsme , dont les croyances conservaient sur son esprit la force des premières impressions, il leur subordonna l'un et Tautre de ces principes. Ainsi que plusieurs chrétiens judaïsans des premiers siècles, il pensait que les manifestations de l'Être suprême, comme Père ou Jéhovah , comme Fils ou Christ , et comme & jEl5/?riï, n'étaient qu'autant de modes d'existence ou de vertus (iwoôfjisiç) différentes du même Dieu ^ Plus cette manière de voir se rapprodbait du judaïsme et du christianisme, pour lesquels il se sentait une si profonde vénération, plus elle lui paraissait de nature a réunir les Juifs et les chrétiens , surtout à une époque oii beaucoup de Juifs, déjà reçus dans le sein de la société chrétienne, paraissaient vouloir s'en séparer de nouveau. Cependant il avait trouvé, dans ses rap ports avec les Grecs, avec les Égyptiens et les disciples des Perses répandus en Syrie, trop d'idées d'un ordre très-élevé , pour pouvoir s'expli-
1 Epiphanius^ Hœres., lib, II y t. II j p, Qi^f éd. Colon. L'évangile des Egyptiens renferme aussi cette opinion. Dans cette hjpothèse^ Simon se nommait la première puissance de Dieu; selon d'aulres^ il traitait le Dieu des Juifs d'ange subalterne 9 et se disait^ lui^ le père ou le dieu suprême.