CHAPITRE III
se disait ni dieu^ ni puissance de Dieu, ni messie^ ni prophète; seulement, suivant Eusèbe, il s'attribuait des révélations de la part Mes anges ^, ce qui était une opinion très -modeste pour son temps. ' '
Originaire de la Judée, il avait habité l'Egypte, et s'y était fiuniliarisé avec l'école allégorique de Philon 3. Ces études déterminèrent son ampur pour les rites du mosaïsme, auxquels l'allégorie prétait des idées si profondes. U en désirait la conservation dans le christianisme, et ce* désir parait l'avoir entraîné dans quelque résistance contre les chefs de la nouvelle doctrine , avec lesquels il doit s'être rencontré, soit en Palestipe, soit à Éphèse^. Peut-être fut-ce son opposition en Palestine qui le conduisit dans l'Asie proconsulaire. Il espérait là plus de liberté; car, cpioiqu'on doive le considérer comme chrétien judaïsant , il se plaçait trop^ au-dessus du vulgaire, pour vouloir se rattacher à ce parti, d'ailleurs nombreux en Palestine.» ^phèse , qui servait de relhge aux disciples de S. Jean , aux opinions de
1 Euseb., Hisi. eccles», lih* 5, ^. a8.
a Theodoret. , II, ci 3.
3 Theodoret.^ I, c. i. Epiph.^ Ha^r., ^8.
la Grèce et de l'Asie, lui offrait l'asile le plus convenable, depuis qu'il avait quitté Alexandrie, dont l'hellénisme pouvait Itii déplaire. Si quelques anciens rapportent qu'il fut exclus de la communauté chrétienne pour son attachement aux rites mosaïques, c'est une donnée bien incomplète.
Non- seulement à cette époque, niais encore à celle de Justin le martyr, un grand nombre de chrétiens observaient une partie de ces rites. ^ Long-temps les ébionites et les nazaréens, qui li'étaient que des chrétiens de ces rites , furent considérés comme frères par les chrétiens orthodoxes. Mais Cérinthe déviait du christianisme apostolique et du judaïsme des derniers temps beaucoup plus que des deu:^ sectes , avec lesquelles il partageait quelques opinions. Il y joignait des principes de l'école d'Egypte et de la philosophie orientale, c'est-à-dire des principes de la gnosis. L'esprit gnostique, que respire sa doctrine, montre peut-être mieux que telle opinion spéciale, la raison qui l'éloigna de la société apostolique. * *
Avec Philon, la Kabbale, le Zend-Avesta et
i Diahg* cum Tryph., p. 265 et 266^ cd. Cohn.