‹ Histoire critique du gnosticisme..: et de son influence sur lessectes religieuses etChapitre 85 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tout rOrient, il admettait, entre l'Être suprême et le monde matériel , une distance et une antir pathie trop grande, potfr attribuer au premier la création du second. Une puissance inférieure % qui ne connaissait pas TÊtre suprême ^ ou qui du moins n'en avait pas cette connaissance complète qu'en a le logos, et qui en était séparée, sans doute, par une série d'éons, est le créateur du monde. ^ Épiphane , en rapportant que Céfrinthe attri^ buait la création aux anges, loin de contredire Irénée, complète ses rensei^emens, et nous Ëdt voir une analogie de plus entre Simon et Cerinthe. Ce dernier est seulement plus précis ^ il va plus loin. Simon avait considéré le judaïsme comme l'institution d'un esprit secondaire, d'un de ces anges auxquels Cérinthe attribua le monde;

i Cërinthe se rapproche ici de Simon , qui se disait la grande puissance de Dieu , et attribuait la création à une puissance inférieure à lui. C'est encore ce terme de puissance de S\jvetjj.iÇy de ni13^, que nous avons déjà fait remarquer dans plusieurs systèmes précurseurs jdu gnosticisme.

2 Âf^fi-i principalùas, suivant Irénée; c'est moins Ici J^ hovah de l'ancien Gode que le Vieu^ des jours de la Kabbale et le Zéro^iané-Akeréné du Zend^vesta.

3 Irenaeus^ lih* I, c, 25, Epiph.^ Hœres.f 8, ^8»

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Cérinthe regarda l'auteur du judaïsme non-seule-' ment comme un agent subalterne » mais comme un mauvais esprit

Quant aux livres saints^ Cérinthe lés considère comme une révélation d'un ordre inférieur, provenant d'esprits subalternes } , et. cette manière de voir est très-modérée auprès de celle de quelques gno$tiques postérieurs, qui représentaient le Jéhovah des codes judaïques comme un être aussi méchant que jaloux du bonheur et de la science des hommes, persécutant tous les honunes supérieurs, et souffrant avec peine ceux d'entre eux qui étaient les organes de, la sagesse divine , les enfans de la .céleste lumière^. Suivant ces doc* trines, tout était à rejeter dans les prophètes^ Cérinthe, au contraire, ayant appris dans Âlexai> drie l'art d'interpréter, convenait qu'il y avait de bonnes choses dans leurs livres. En admettant qu'un seul ange avait donné la législation mosaïque, tandis que d'autres avaient inspiré les pro-

1 Selon Épipbane^ Cérinthe les attribuait à Tan des anges.

2 Yoy. aussi l'opinion de Ptolëmée le gnostiqne. Epiph., Hceres. , 33/ S* 3 et suiv. } et Grabe^ SpicUig. Pair. U, p. 69^ 70, 71.

CIÎAl^ITllE lit. 22$

phètes, il ne feisait que développer ii^e opinion judaïque plus.ancienne, qui supposait une grande différence entre rinspimttoU de Moïse et celle ded écrivains postérieurs des ôodes judftïques;

<^ ,« nou,«,tt ood., ^ « rtdig«i,, pou, ainsi dire, sous ses yeux, Gérinthe, qui broyait que les^^ Juifs se trompaient superstitieusement sui^ la nature de Jéhovali et de ses organes, pensait aussi que les chrétiens et leurs chefs saisissaient mal h. nature de rÊtrê supérieur qui venait de se manifester aux Juifs pour perfectionner leurs lois religieuses, et il n'adopta qu'un évangile judaï^ sant» qui paraît avoir eu des analogies avec celui de S. Matthieu et cdui dit des Hébreux , compo-* sition judaïsante. Je crois même devoir révoquei* en doute une partie de cette donnée de S. Épipfaane ^ Gérinthe considérait probablement cet évangile comme le christianisme, et comme 1^ judaïsme en général; il y trouvait de bonnes c^ho-ses , et passait sur les autres. ^

3 C'est ce que S. Épiphane semble insinuer lui-mèmai, en disant que les chrétiens judaïsans^ arec lesquels il tango <2érinthe^ n'adoptaient Févangile de S* Mattbieu qu'en partie,

Il attribuait une naissance ordinaire et pourtant une haute mission à Jésus<-Clirist; il Ifi croyait fils de Joseph et de Marie : cependant il le considè* rait comme un être d'une origine ou d'une nature distinguée. Jésus^Christ, disait^l, par sa justice, sa prudence, sa sagesse, pouvait plus que les autres hommes. Il y a dans ce mot de pouvoir une légère rilusion , soit à la puissance magique ou théur^que, que les théosophes de cette époque regardaient comme la plus précieuse de toutes les facultés, soit à une opinion spéciale sur f ori^ gjuie des âmes, qi^e l'état fragmentaire de nos renseignonens sur le système de Cérinthe ne nous permet plus de deviner. Cette puissance et ces vertus qui caractérisaient l'homme Jésus , le ren* dsàent digne de recevoir, de l'Etre supràne h

communication du Christos, vertu intellectudle

qui s'est alliée avec Jésus $ au Baptême du Jourdain, jsous la figure d'une colombe.

On ignore si Chri^to^, aux yeux de Cérinthe, répondait à l'un des éons des autres gnostiques, ou au TrvsvfJtec uyiov des chrétiens. Je pencherais plutôt pour la première que pour la seconde de ces opinions. Le Christos étant venu de *Af%iy, étant retourné dans le plérôme après avoir achevé sa mission ( celle de faire connaître

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