CHAPITRE I. 24s
h monde matériel, entre Dieu et l'homme, sur la création 9 la chute, la rédemption et la répristination du genre humain; toutes ces questions, que les prêtres des sanctuaires et les chê& des écoles avaioit si long-temps agitées, sans pouvoir lever le voite qui les avait couvertes , sont autant de jeux pour la gnosis ; elle n'hésite sur aucune d'elles , et désormais l'esprit humain, sous l'abri qu'elle offire, peut se reposer de toutes les anxiétés qui avaient tourmenté jadis ses stériles méditations!
Les gnostiques de toutes les écoles étaient d'accord à ce sujet; c'est à ce titre que nous les comprenons sous un même nom, et que le rationa-lisme peut le leur laisser y tout en s'inscrivant en Ëiux contre celui de leurs principes qui les dispense, de prouver les autres*
L'analogie des doctrines gnostiques ayant en-« traîné quelquefois les écrivains de nos premiers siècles à confondre ensemble les diverses sectes^ il est souvent difficile d'en distinguer et l'origine et la succession. Ce qui facilite ce travail, c'est l'analogie même ou la divergence de leurs principes. Ces données, jointes à celles de l'histoire^ nous fournissent les moyens de les classer avec le même degré de certitude que les autres écoles de l'antiquité.
244 SECTION ÎI.
On a essayé de distinguer tous les gnostiques «n sectes Judaïsantes j en sectes anii-judaïques et en sectes éclectiques ^ , et il est très-vrai que la grande question de savoir si le christianisme fut préparé par le judaïsme , ou bien s'il fut une révélation inattendue et indépendante de ce qui avait précédé, se fait sentir dans tous les systèmes gnostiques. Il est très-possible aussi qu'xme partie des gnostiques ait été entièrement étrangère au judaïsme* et élevée auparavant dans cette gnosis orientale qui était opposée aux croyances judaïques, comme elle l'était en général à toutes les croyances populaires. ^
Cependant cette classification, quoiqu'elle soit l'ouvrage de celui des écrivains modernes qui a répandu le plus de lumière sur le gnosticisme, est peut-être la plus vicieuse de toutes. Il est impossible de découvrir , dans les cinq premiers siècles de notre ère, des gnostiques entièrement
1 Néander, Geneiische Entwicklung ^ etc. Cf. le méme^ AUgemeine Gtschichte der christlichen Religion, p. 65o.
2 Les Sahiens (yoj. ci-dessQus) nous paraissent aussi; comme à M.. Néander, offrir un reste , quoique fort d^énéré, fort altéré par une autre doctrine ^ de cette ancienne gnosis orientale.
CHAPlTRï: I. 245
étrangers au judaïsme ; ils sont tous familiarisés avec cette doctrine par celle des chrétiens. Si les Sabiens, tels que nous les ponnaissons par des mônumens du huitième siècle, se caractérisent par une haine du judaïsme, encore plus prononcée que celle de Marcion, ont-ils eu la même tendance dans l'origine?
Aucune secte gnostique ne mérite la désign^ation d'éclectique; ce n'est jamais Véclecticismey c'est le syncrétisme qu'elles professent toutes*
Aucune ne semble mériter non plus celle de secte judaïsanïe. Aucune n'adopte la révélation pure et simple du mosaïsme ; aucune ne conserve les additioiv» faites à ce sytème par le judaïque des temps postérieurs.
Il y a plus , c'est le caractère distinctif du gnosticisme, dans toutes ses branches, d'enlever là création à l'Etre suprême , pour l'attribuer à un agent secondaire, au démiurge, ou bien à des esprits inférieurs; c'est, au contraire, le caractère essentiel du judaïsme, le principe qui le distingue de toutes les autres doctrines orientales,* qued'attribuer la création à l'Elire suprême. Dèslors toutes les sectes gnostiques méritent le titre d^ anti-judaïques , et dès-lors ce titre ne convient plus à aucune d'elles en particulier, quoi-
2^6 SECTION Ih
qu'elles puissent se rattacher plus ou moins au judaïsme.
Un exemple frappant va nous prouver l'incon* vénient de cette classification. Yalendn part, dans son système, le plus remarquable ou du moins le plus riche de tous, de quelques principes judaïques; les ophites, qui s'attachent à quelques doctrines valentiniennes au point de n'en former qu'une branche, sont, au contraire, les ennemis du judaïsme. Il résulterait donc de la classification proposée, qu'on ne pourrait pas ranger dans la même catégorie les sectes qui différent le moins les unes des autres. .
La seule méthode qui soit bonne i à suivre en histoire , est celle qu'indique la succession des événemens, et la seule bonne classification qu'on puisse adopter pour des sectes, est celle qui prend pour base les écoles auxquelles elles se rattachent Nous avons tiché de combiner ensemble ces deux principes, qui sont d'une extrême simplicité.
Les grandes écoles auxquelles se rattachent toutes les sectes gnostiques , sont celles de; la Syrie 9 de l'Egypte et de l'Asie mineure
Les élémens du gnosticisme fiirent répandus en Syrie aussi anciennement, et plus tôt peut-