‹ Histoire critique du texte et des versions de la BibleChapitre 23 sur 37 · HISTOIRE CRTIQUE DU TEXTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE CRTIQUE DU TEXTE

comme primitif. Mais il s'agira d'apprécier les divergences. Nous avons déjà dit que dans les cas de simples variantes qui ne sont pas des fautes de copiste, la leçon la moins conforme à Thébreu actuel ou qui suppose une lecture différente, est celle qui a le plus de chance d'être originale, parce que les modifications introduites de propos délibéré dans le texte des Septante ont eu généralement pour but de rendre la version plus conforme à l'hébreu.

Ce n'est pas que la critique puisse jamais rétablir avec une entière certitude dans les détails la forme primitive de la version grecque. Pendant longtemps le texte de cette version a été traité avec une liberté dont il est maintenant impossible de contrôler tous les effets. Mais la comparaison des recensions fournira déjà quelques lumières sur les divergences qui existaient dans le texte non revisé. Ces données seront éclaircies et complétées par celles que peuvent fournir les anciens auteurs qui ont cité les Septante. On a vu précédemment les coïncidences tout à fait inattendues qui existent entre les citations de saint Cyprien et le texte de Lucien. Les citations des anciens auteurs, tels que Philon et Josèphe, les écrivains du Nouveau Testament, les Pères apostoliques et les apologistes, Clément d'Alexandrie et les anciens Pères latins, ce qui nous est parvenu de Tancienne Vulgate, les fragments de la version coptosahidique fournissent à la critique de nombreux et utiles renseignements.

E. Hatch, dans ses Essays in biblical Greek (p. 138 et suiv.) a consacré une étude fort intéressante aux anciennes citations des Septante, en examinant les variantes des auteurs qui citent certains passages de la Genèse, et en étudiant les citations des Psaumes et dlsaïe qui sont faites par Philon, Clément Romain^

Fauteur de l'Épître dite de saint Barnabe, saint Justin. Là encore on peut voir que les divergences des recensions et des manuscrils ont souvent leurs racines dans l'antiquité. On se fera une idée des résultats que donnent ces comparaisons par les exemples suivants pris dans le livre d'Isaïe, où nous indiquerons les variantes de saint Clément, Barnabe, saint Justin, saint Cyprien relativement au texte hexaplaire traduit par saint Jérôme.

Is, LUI, 1. Domine, quis crêdidit auditui noUro et brachium Domini cui revelalum est ?

2. Annuntiavimus quasi parvulum in conspectu ejuSy sicut radix in terra sitienti.

Non est ei species neque gloria, et vidimus eum^ et non habebat speclem neque décor em ; 3, sed species ejus inhonorata, et déficiens prse fdiis hominum,

Homo in plaga, et sciens ferre infirmitattm^ quia aversa est faciès ejus y despecta et non reputata,

4. Me peccata noslra portai , et pro nobis dolet, et nos reputavimus eum esse in dolore, et in plaga et in afflictione,

5. Ipse autem vulneratus est propter peccata nostra, et infir-

S. Cyprien : Et brachium Dei (Harlel, 1. 77.)

toc Traioiov evavT'Iov auxoo (B), evavTtov auxou (b; Tuatotov (A, S, et autres manuscrits, Clément, I Cor. 16; s. Justin, lAp, 50; c. l'ryph. 13, 42).

S. Cyprien (ibid.) : coram ipso sicut pueri.

exXsTttov Tiapà Toù; uloù; tcov àvÔpwTTtov (B). Tuapà TiàvTa; àv- Bptoiiouc (A). Tiapà To sTooç xwv àvOpoWoiv (Clément). Deficiens praeter ceieros hommes (Cyprien).

àvGpWTTOÇ £V IiXtQY^ ^'' [^*'- T^'^VOj]

(Clément). L'addition xatirovcp vient probablement du v. 4.

Hic peccata nostra portât et pro nobis dolety et nos pu* tavimus esse illum in dolore et in plaga et in vexatione (Cyprien).

8ià Ta; àfjiapxia; ....3ià xà*; àvo- {jitas (B). Ipse autem vulnera*

malus est propter iniquitates iusest propierfacinoranostra

nostras. Disciplina pacis nostrœ super eum : livore ejus-sanati sumus,

6. Omnes quasi oves erravimus, homo in via sua erravit. Et Dominus tradidit eum propter iniquitates nostras, 7. et ipse propttr afflictionem non aperuit os suum,

7. Sicut avis ad victimam ductus est, et sicut agnus coram tondente mutus, sic non aperuit os suum,

8. In humilltate judicium ejus sublatum est, Generationem illins quis enarrabit ? Quia tolletur de terra vita ejus. Àb iniquitatibus popuU mei ductus est ad moriem.

9 FA dabo pessimos pro sepuliura ejus, et divites pro morte illius ; quia Iniquitatem non fecit, neque dolum in are sua ; 10.

et Dominus vult muniare eum a plaça.

Si dederitis pro peccato, anima veU'a videbit senien longaeuum.

Et vult Dominus an ferre de dolore unimnm ejus. 11. ostendere ei lucem et formare intelliyentiam, juslificare justum bene servientem multis ; et peccata eorum ipse portabit.

et infirmatus est propter peecata nostra (Gyprien). oià z%^ àvofjiiaç ....otà xà; àjjiap-ia; (A et autres manuscrits).

-TtapiâtoxEv auTOv i^.q, àfxap-ctat^ ^,fjiu)v (tous les manuscrits).

uitèp Twv à{jiapTtwv (Clément).

Et Deus tradidit illum pro peccatis nostris (Cyprien).

IvavTiov Tou xeipovTo; (B) auTOV (A).xetpàvTo; (Clément) Coram tondente (Cyprien, flartel I, 80).

V^ÔT) sic Oàvaxov (Justin, c.

Tryph. 43 ; A, B, S, et la plupart des manuscrits), t^xei sic Ôàvatov (Clément, Justin ;I A/}.

51, c. Tryph. 43; quelques cursifs). A facinoribus populi met abductus est ad mortem (Cyprien). /

[O'jol Ô6Xov| SV Ttj) TZÔ[XTZl auTOu

(B). o'jôs t\i^i^T^ ooXoç (Clément ; Justin I Ap. 51, c. Tryph. 13 ; A et beaucoup d'autres manuscrits). Quia facinus non fecit neque insidias ore suo (Cyprien).

xat ^ouXsTai x'jpio^ (A, B). xai xjpto; So'jXsTai (S, Clément).

12. Pr optera ip^e possidebit multos, et fortium dividet spolia; pro eo qiiod contaminata (?) est *n morte anima ejm, et cum iniguis reputatus est y et ipse peccata multorum suscepit^ et propter iniquitates eorum tradiius est,

h. LVIllj 4. Quid mihi jejunatis sicut hodie ut audiatur in clamore vox vestra ?

TrapeooOT) ûq Oàvaxov (tous les manuscrits; Clément). Tradita est ad mortem anima ejus (Cyprien). ajxo; àjjLapxia^ iroX- Xwv z*!\r^^z xai toi; àvojjio'.c e^i* Xàdsxat (Justin, I Ap, 50).

vr^Tcs'JSTS to; jvifjispov (tous les manuscrits). vr^rcs-jeTs, X^Yst xjpio;, w; (TTîfjispov (Barnabe, 3).

Ut quid mihi jejunatis ut hodie audiatur vox vestra in clamore (Cyprien, Hartel I, 108).

è^sXeÇàjjir^v (B, la plupart des manuscrits), syto IÇsXe^àjjnrjv (Barnabe; plusieurs cursifs).

Non hoc jejunium quod ego elegi (Cyprien). è$£X£$dc|jLY]v, >iY£i5t'jpioç(Barnabé;quelques manuscrits), xai i,|jL£pav Tairstvouv av6pto7iov xiriv 4^uyTr;v a'jxou (tous les manuscrits), oùx av- OpoiTTOv Tairsivouvra Tr,v 4'^'/.^i'^ a'JTO'j (Barnabe). xà{Jn]>Yi; ....xov Tpâ/vjXov ao'j (tous les manus-

crils). xà[JHJ;rjT£ ....TOVTpà^^TjXoV

6[JLtôv (Barnabe), xai aàxxov xai aTTooov (tous les manuscrits), xa'. adxxov èvO'jarjaOs, xat airooov (Barnabe).

oùy '. TO'.a'jT'/^v vr^aTEtav 2?£X35^-

IJLTjV (B). è^W £$£X£$à{JLr;V (A,

grand nombre de cursifs).

e^eXeUh^t^iv (Barnabe ; Clément d'Alexandrie, Paed. III, 12).

o. iVon taie jejunium elegi, et diem humiliare hominem animam suam. Negue si incurvaveris quasi circulum collum tuum, et ciiicium et cinerem suhstraveriSj nec sic vocabUis jejunium acceptahjle.

6. Nonne taie jejunium elegi^ dicit Dominus ? sed solve omnem colligaturam iniquitatis ; dissolve obligationes violeniarum cautionum ; dimitte fractos inremissionem, et omnem scripturam iniquam consdnde.

7. Frange esurienti panem tuum, et pauperes sine tecto indue in domum tuam. Si videris nudum^ operi, et domesticos seminis lui ne despexeris.

Barnabe ajoute oûx avôpwTtov

TaTTStvouvTa ttjv ^I'u^tqv aùxou, répété du V. 5. Non talejejunium ele^i (Cyprien).

ireivwvTi (tous les manuscrits),

irstvoxjiv (Barnabe), xal yu^AVÔv

èàv t8ri<; TrEpipaXe; à<ji:i^o\>^ tidoi^^t lU Tov oTxov Œou, xal èàv 187^; TacTTSivov, Q\iy^\jTztp6^r^ aÙTf5v ouôs aTTo Twv otxeitov xou j7uâp{JiaToç

aoj (Barnabe, qui se trouve donner une double traduction du même membre de phrase).

Ta îà(jiaTà <yo> (tous les manuscrits, sauf le cursif 147).

Ta IfJiàTià <jou (Barnabe; cursif 147 ; de seconde main dans S et derux cursifs). Ft vestimenta (1) tua cito orientur (Cyprien). otxaioajvYj <jo'j (tous les manuscrits). 8i>caio- <TJv7j (Barnabe). Justitia {Cyprien).

TGV apTov (B, la plupart des manuscrits), tov apTov aou (A; cursifs 26, 49, 106; Barnabe).

S.Tuncerumpet maiutinum lumen tuum, el sanitates tuœ cito orientuTy et p^œibit in conspeetu tuojustitia tva,et gloria Dei circumdabit te.

10. Tune clamabis et Deus exaudiet te, Adhuc loquente ie, dicet : Ecce adsum.

Si abstuleris a te colligationemy et ordinationem et verbum murmurationis, 10. et dedcris esurienti panem tuum ex animo tuo,

et animam humiliatam satura- ejjLirXr^^; (les manuscrits).

^^''^"'- sXsrîaTi; (Barnabe).

(1) Par son origine, la leçon IjjiàTia est une simple faute de copiste, comme le remarque saint Jérôme {in h. loc, ; P. 1. 24, 568) : Pro eo quod Septuaginta translulerunt zk là^aià <jou, id est, sanitates tuœ, latini interprètes ductinominissimililudine l{jidtTta, idest, vestimenta

Comme on le voit, les variantes des textes anciens, pour être assez nombreuse^ dans les morceaux que nous venons de citer, ne sont pas de première importance, et quelques^-unes, surtout dans l'Épître de Barnabe, peuvent être imputées à la liberté de la citation. Mais les divergences sont parfois plus considérables entre les citations du texte ancien et le texte plus récent.

C'est ainsi que la citation suivante de saint Cypricn (Hartel 1, 108, 182) permet d'apprécier Tétat primitif de l'ancienne version latine et du grec d*où elle procède, dans un passage de Job (ch. XXIX, 12-16), ainsi que les additions, omissions et autres transformations qu il a subies :

Conseroaoi egenum de manu potentis, et pupillo eut non erat adjutor auxiliatus sum ; os viduœ benedixit me, cum essem oculus cœcorum, pes quoque clodorum ego essem et invalidorum pater.

Ce qui suppose dans le grec :

otsaoxra (y^p) ittio^ov èx ytipoi; ôuvàarro'j, xal opcpavt}) tji oux tJv ^07)60^ èpoTfîOr^da. jT6(jLa )^rîpa; ^\)'k6^T^fsi^ [jls, jôTt] 6cp6aX[JLÔ^ ■^ij^"';'' T^'->«pXwVj

[xal] iraTTQp àûuvaTWv.

Après les deux premières lignes, on a maintenant dans les Septante (B) :

[EuXoyia àT:oXXi)(JiÉvo'j è7c' i[t.ï eXOoi] (JTojJLa [Se] X."'5p^'» (^^ £uXoYï]<T£v,

[8txaio<juv7)v 8è iv8e§uxetv,

posuerunt. Unde multi translationis falsitate decepti, ad resurrectionem corporis comprobandam hoc utuniur testimoniOf quo scilicet vestimentum animœ corpus accipt velint, quod in die reswrectionis oriatuVé

iQîJLCpiaaâ[jiTjv 8e xpi{jia taa otirXoioi,]

iro'jç 8e ytoXwv.

Le témoignage de saint Cyprien est confirmé par la version sahidique pour l'omission de sùXoyia xtX., mais non pour celle du distique Sixaioo-uvirjv xta.. On pourrait relever aussi de's particularités notables dans les citations que le même Père a faites de Daniel et de Tobie. Mais ces exemples suffisent à faire comprendre les ressources dont la critique dispose pour apprécier l'état du texte des Septante avant Origène, les difficultés que présente l'usage de ces ressources et la signification de leurs données. On arrivera par tous ces moyens à se faire une idée plus juste et plus précise de l'état du texte ecclésiastique pendant le second siècle de notre ère. Quant à rétablir avec une entière exactitude le texte primitif des Septante, c'est ce qui est parfaitement impossible, puisque, depuis son origine et durant des siècles, ce texte n'a jamais cessé d'être retouché plus ou moins dans plusieurs de ses parties.

§ 2. Caractère et mleur de la version des Septante.

Pour juger sainement la version des Septante, il faut se rappeler d'abord l'époque et les circonstances où elle a été faite. Les premiers interprèles de la Bible hébraïque n'ont pas eu de modèles, et ils ont grandement facilité la tâche de ceux qui ont travaillé après eux. Les difficultés de leur œuvre étaient immenses: différence de génie entre l'hébreu et le grec, comme entre la sagesse hébraïque et la sagesse hellénique; absence de tradition interprétative pour un assez grand nombre de

Et DES VERSIONS DE LA BIBLE l27

livres; pour les autres, tradition exégétique procédant plutôt de principes abstraits que d'une étude réfléchie de l'hébreu, langue déjà morte quand les interprètes commencèrent leur travail. On leur a souvent reproché de n'avoir pas bien su Thébreu, et quelques-uns d'entre eux, en effet, n'étaient peut-être pas assez familiarisés avec la langue sainte ; mais ceux-ci même étaient plutôt maladroits qu'ignorants. En général, les lecteurs de l'ancienne version grecque savaient l'hébreu et l'expliquaient comme on le savait et l'expliquait de leur temps. Les défauts de leur méthode et ceux de leur œuvre sont imputables à leur époque plutôt qu'à eux-mêmes.

On doit tenir compte aussi de leur but, qui n'était pas précisément celui qu'on poursuit aujourd'hui lorsqu'on traduit un livre en vue d'un intérêt scientifique. Quand nous essayons d'interpréter en langage moderne une œuvre antique, nous lâchons d'abord de comprendre le plus exactement possible la pensée de l'auteur, puis nous cherchons les moyens de rendre cette pensée parfaitement intelligible dans l'idiome où nous voulons la faire passer.

Les Septante, et l'on pourrait en dire autant de tous les autres interprètes anciens, n'ont pas visé à tant d'exactitude. Ils avaient un but pratique, ils voulaient faire servir leur œuvre à l'insiruclion religieuse de leurs contemporains, et sans chercher autrement à modifier la pensée originale, ils l'ont néanmoins conçue et interprétée conformément aux idées qui avaient cours dans le monde juif durant les trois derniers siècles avant l'ère chrétienne. C'est en grande partie pour cela que leur traduction nous paraît inégale dans le môme livre, tantôt attachée à la lettre jusqu'à la servilité, puis libre et paraphrastique dans des cas où il était facile de rester littéral sans être obscur. Ces différences, conime nous

le verrons tout à l'heure, proviennent souvent de scrupules théologiques. Au lieu d'avoir pour cause la négligence des traducteurs, elles sont plutôt un fruit de leur réflexion.

Un autre point qu'on oublie trop souvent lorsqu'on veut porter un jugement sur les Septante, c'est que, si Ton veut juger cette version comme version, comme interprétation des livres saints de la Bible hébraïque, bien que Ton emploie nécessairement à celte fin le texte massorétique et le grec des manuscrits ou des éditions modernes, ces deux textes ne sont pas les vrais termes de comparaison. Il faudrait pouvoir mettre en parallèle le texte primitif des Septante avec le texte hébreu d'où il procède, car notre texte grec n'est pas le texte pri • mitif de la version, et la version n'a* pas été faite sur le texte hébreu massorétique.

On s'est trop habitué à considérer ce dernier comme le témoin unique et infaillible des anciens livres hébreux. Partant de là, on a regardé toutes les divergences que présente le grec, additions, omissions, transpositions, lectures différentes, comme des défauts de la version. C'est là une grande erreur. Tout ce qui est primitif dans le grec en fait d'additions, omissions, transpositions d'une réelle importance, ne vient pas des traducteurs, mais des manuscrits dont ils se sont servis. Dans les passages qui supposent une autre lecture que celle de la Massore, il n'y a pas toujours eu bévue de Tinterprète ; mais la variante qu'il traduit est souvent une variante réelle, quelquefois une variante préférable à la leçon massorétique. Pour ces cas la responsabilité des traducteurs n'est pas en jeu. Aux critiques de juger si les manuscrits que les interprètes ont eu à leur disposition étaient meilleurs que ceux de la Massore. Mais on n'a pas le droit d'accuser, par exemple, le traduc-

leur de Jérémie d'avoir bouleversé Tordre du livre et pratiqué de notables coupures dans le texte primitif. L'ordre suivi par le grec vient d'un manuscrit hébreu (1 ), et il paraît bien aussi que les omissions un peu étendues ne sont pas le fait de Tinterprète.

D'autre part il y a dans notre texte grec quantité de choses qui ne sont point primitives. Les retouches qu'il a subies sont loin de l'avoir amélioré. Les copistes lui ont fait du mal et les recenseurs lui on ont fait encore davantage. Ces derniers, parmi lesquels on doit compter tous ceux qui, de propos délibéré, ont touché à l'ancien texte grec pour le rendre conforme à l'hébreu plus récent, peuvent^avoir donné plus d^exactitude à la traduction dans certains détails. Mais leur intervention a été d*une manière générale beaucoup plus nuisible qu'utile. C'est à eux que remontent la plupart des doubles traductions qui sont maintenant dans le grec soit juxtaposées, soit amalgamées ; c'est à eux encore qu'il faut attribuer l'incohérence et l'obscurité de nombreux passages où des interpolations plus ou moins considérables ont été pratiquées au détriment du sens primitif, en sorte que la vraie leçon, claire en elle-même et meilleure peut-être que celle de Fhébreu traditionnel, se trouve noyée maintenant dans un texte qui ne correspond exactement ni à l'hébreu de la vejsion primitive, ni à celui de la Massore.

Voici, par exemple, un passage de la Genèse qui n'est aujourd'hui satisfaisant ni dans l'hébreu ni dans le grec. Il s'agit des dieux volés à Laban par Rachel (Gen. XXXI, 32-33). Jacob dit à Laban :

t Celui chez qui tu trouveras tes dieux ne subsistera point devant nos frères. Regarde ce que je puis avoir

(1) V. Hist, du texte hébreu, p. ii5 et suiv.

chez moi etprends-lô. » Or Jacob ne savait pas que Raclicl avait volé (les dieux de son père) . Et Laban entra dans la tente de Jacob, et dans la tente de Lia, et dans la tente des deux servantes, et il ne trouva rien. Et il sorlit de la tente de Lia, et il entra dans la tente de Rachel. »

Telle est la teneur du récit mussorétique, et il faut avouer que la marche de la narration n'est pas très satisfaisante. On sent comme un parti pris d'abréger. Laban visite quatre tentes et il se trouve passer directement de celle qu'il est censé visiter la deuxième dans celle qu'il visite en cinquième lieu. On lit à présent dans le grec :

« Et Jacob lui dit : a Celui chez qui tu trouveras tes dieux ne subsistera point devant nos frères. Regarde ce qu'il peut y avoir chez moi de ce qui t'appartient et prends-le. » Et il ne trouva rien chez Zw/. Or Jacob ne savait pas que Rachel, sa femme, avait volé (les dieux de son père). Et Laban étant entré dans la tente de Lia, la fouilla sans rien trouver ; et sortant de la tente de Lia, il fouilla dans la tente de Jacob et dans la tente des deux servantes, sans lien trouver. Puis il entra dans la tente de Rachel. »

L'ordre delà narration est meilleur ici que dans Thébreu. Mais il y a une contradiction visible en ce que la tente de Jacob se trouve deux fois visitée. Cette tente n'a été visitée qu'une fois, comme l'hébreu le donne à entendre i mais elle a été visitée la première, comnie il est dit positivement dans le grec. On peut croire que la tente de Jacob se trouve mentionnée une seconde fois avec la tente des deux servantes par suite d'une ancienne interpolation faite d'après l'hébreu. En supprimant dans le grec les mots tU ^oy oixov 'laxwfi xai au verset 33, on obtient une suite excellente, qui doit

être celle du grec primitif. Rien n'est plus facile que de rétablir Thébreu supposé pBr la version dans ces deux versets.

De même, au livre de Job, dans le troisième discours d'Éliphaz [Job. XXII, 12-17), on trouve maintetenant dans le grec et même dans le manuscrit du Vatican :

Celui qui habite les hauteurs ne voit-il pas,

Et n'humilie-t-il pas les insolents ?

Et tu dis : rju^en sait le fort ?

Juge-t'il à travers les ténèbres t

Les nuages le couvrent et il est invisible ;

// se promène sur la voûte du firmament,

i\e suivras-tu pas l'étemel chemin

Que foulèrent les hommes justes

Qui ont été enlevés prématurément ?

Leurs fondements étaient un fleuve débordant.

Qui disent : que nous fera le Seigneur?

Que nous amènera le Tout-Puissant ?

Les deux premières et les deux dernières lignes de cette citation signifient quelque chose quand on les rapproche. L'ensemble, tel qu'il se lit maintenant, est d'une parfaite incohérence. C'est que tout le passage compris entre le premier distique et le dernier a été interpolé dans le grec d'après l'hébreu. Il est certain qu'il manquait dans les Septante avant Origène. Seulement, comme le texte du premier distique a été modifié dans rhébreu, le texte massorétique se trouve parfaitement un :

Dieu n'est-il pas plus élevé que les cieux ? Regarde à quel hauteur sont les plus lointaines

[étoiles 1 Et tu dis, etc.

132 HISTOlKliî CRITIQUE DU TEXTE

Linlerprèle grec avait certainement un texte différent de rhébreu actuel, et ce texte est très satisfaisant. La combinaison du texte ancien, représenté par la version primitive, avec le texte nouveau, représenté par l'interpolation, adonné ce que nous lisons aujourd'hui. Il est clair que pour apprécier la traduction de ce passage et de tous les autres passages semblables, il faut les rétablir dans leur forme première et les comparer avec rhébreu qu'ils supposent, non avec le texte de la Massore.

Nous n'insisterons pas davantage sur ce sujet. Il est trop évident que les défectuosités introduites dont le grec actuel par le fait des recenseurs ne fournisf^nt pas le moindre grief contre les traducteurs, et que ceux-ci sont responsables seulement de la façon dont ils ont traité leur texte. Nous pourrions nous occuper ici du rapport qui existe entre le texte hébreu des Septante et celui de la Massore. Mais nous avons traité cette question d'une manière générale dans l'histoire du texte hébreu. Uexamen de détail est mieux placé dans rintroduction particulière à chaque livre, puisqu'il est nécessaire de fixer dans cette introduction les ressources que la version des Septan^te fournit à la critique du texte hébreu traditionnel. On ne peut pas dire que, dans l'ensemble, les manucrits employés par les interprètes grecs aient été moins bons que ceux qui ont servi de base à la recension massorélique. Pour certains livres et sur des points particuliers très nombreux, ils étaient meilleurs. Mais ce qui nous intéresse actuellement, c'est le parti que les traducteurs en ont tiré.

La version des Septante est, en général, une version littérale, mais d'un littéralisme passablement inégal et sujet à dérogation dans des cas relativement nombreux.

Nous avons signalé, en parlant du grec biblique, l'influence considérable de l'hébreu sur la langue des Septante en ce qui regarde le vocabulaire et la grammaire, et nous avons vu que Tancienne version, précisément parce qu'elle était, à beaucoup d'égards, une sorte do décalque plutôt qu'une traduction grecque des livres hébreux, n'était presque pas intelligible pour quiconque n'avait pas été élevé au sein du judaïsme. Il nous reste à mettre en relief les libertés relatives de la traduction.

Il est arrivé très fréquemment que les interprètes ont traduit certains mots par conjecture et d'après le contexte, en sorte que le même sens ne leur est pas toujours attribué dans le même livre et quelquefois dans le même passage. C'est ainsi que, dans la Genèse, à propos des brebis de Laban, les mêmes formules sont traduites de manière différente d'un vers et à l'autre (G^^n. XXX, 41- 42) : miupan ]Kîrn est traduit d'abord par ri Tipo^axa ev -sacrrpl Xa[ji[3àvovTa , et au verset suivant, le mot Dniu;pn est rendu parTaeTrfer/ijjLa ; de même l^yn s^^wnii est traduit d'abord par T,vixa yap etsxov toc apo^aTa, et dans le même verset, D''S"Te:rn est rendu par '^à aa-r^jjLa. Le passage est du reste assez obscur; mais si l'interprète est excusable de s'être permis une conjecture, il n'aurait pas dû en faire deux sur le même mot ot dans le même contexte.

Les mots hébreux non traduits et simplement transcrits dans le grec se rencontrent de temps en temps, comme nous l'avons remarqué, dans la version des Septante. Mais il arrive aussi que le même mot est tantôt transcrit, tantôt traduit. Ainsi la formule ^iivi est représentée dans le Deuléronome et dans Josué, ici par eirl o'jTjjLwv, Tupoç outjxic^ [Deut. I, 1 ; XI, 30 ; Jos. XI, 16), là par 'Apa^à [Deut. I, 7 ; II, 8 ; III, 17 ; IV, 49 ;

Jos. 111,16; XII, 8). Plusieurs cas de ce genre sont peut être imputables à des retouches partielles de la traduction primitive. Quant aux mots hébreux non traduits et aux noms propres qui n'appartenaient pas à des lieux ou à des personnages connus par la tradition, ils ont élé fort maltraités parles copistes grecs.

Bien qu'ils aient retenu très souvent les idiotismes de l'hébreu, les interprètes ne laissent pas de mettre une assez grande variété, variété réclamée pour l'exactitude et la vérité de l'interprétation, dans la façon de traiter les prépositions préfixes de Thébreu et de la conjonction 1. La préposition s est rendue, suivant les cas, par £v, £iç, eizi, S',à, [jLSTà, Ix, xaTa. Le choix de la préposition grecque n'est pas toujours heureux ; mais les emplois de la préposition hébraïque sont tellement variés que l'usage d'une seule préposition grecque, de la particule £v, par exemple, aurait présenté de graves inconvénients. Les différents traducteurs ne s'accordent pas toujours dans la façon de rendre la même formule. Frankel [Vorstudien, 152) cite la locution hébraïque n:us r\T^ « annuellement », qui est traduite par eviauTov £^ evia'jTOj dans le Lévitique (XXV, S3) et le Deutéronome (XV, 20) ; par Iv.ajTov xax' Iviaurov dans le premier livre de Samuel (I, 7), dans les Chroniques (II Chron., XXIV, S) et dans Néhémie (X, 3S) ; par xay 'IviauTov ÈviauTov dans un autre passage du premier livre de Samuel (Vil, 16) ; et par xaT 'EviajTov £v'.ajTw dans le premier livre des Rois (X, 25). Il ne faut pas blâmer les interprètes d'avoir eu recours parfois à une périphrase ou h une tournure différente, surtout quand la préposition :: est suivie d'un infinitif. La traduction du fameux passage de TExode (VI, 3) : « Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob en (qualité de) El-Saddaï » (nu Sni), n'est pas exacte dans les Septante : xal oicpOT^v 6£o;

tov auTcov ; mais elle est encore bien préférable à la traduction d'Aquila, qui est pourtant littérale : xalcopàSriv... £v Ô£(o l/.avô). On ne saurait blâmer les interprètes d'avoir traduit ^m^ni (Ex. XII, 13) par oTav tzolUo ; DDN*iaa (Léo. X, 9) par Yivixa sav s'.TTropcjTjTOî ; DiTid (Léi9. XI, 31), par aÙTwv TcÔvr.xoTtov. De même la préposition "^ est traduite par le datif ou le génitif, ou par sU, -soi, xaxà, etc. La particule "j'^ est rendue le plus souvent par àîro ou sx; quand elle exprime le comparatif, par Tcapà, Orép, Tj, ou le génitif sans préposition (xal y,v 6 àv9pto7ro^ Ixswos sùycVTji; Tcôv i'^* 7,AÎo'j àvaTOAcov. Jo6 1, 3). Le T COpulatif est traduit ordinairement par xal et oé, quelquefois par Y], ïva, oiro); ou (oç, à).Aà, yàp, suivant le sens (1). On peut dire que, dans l'ensemble, toutes ces particules ont été traduites avec une variété que réclamaient le sens même de l'original et le génie du grec. Nonobstant les erreurs de détail qu'elle entraînait presque nécessairement, cette liberté d'interprétation n'a rien que de louable et l'on reprocherait plutôt aux anciens traducteurs de n'en avoir pas suffisamment usé.

Le? interprètes n'avaient pas la prétention d'être clairs, mais ils ont voulu toujours donner un sens et l'exprimer d'une manière suffisante. Pas plus que les anciens targumistes, ils ne se sont fait scrupule d'introduire quelques changements dans la personne et le nombre des pronoms ou des verbes, de substituer Pactif au passif et réciproquement, quand le sens paraissait y gagner. Mais tous ces changements ne sont pas imputables aux traducteurs : il en est certainement qui viennent de leurs manuscrits hébreux, d'autres qui sont le fait des

(l)Pour tous ces détails, voir Frankel (op. cit., i3^t-163), en observant que l'idéal de cet auteur paraît être le littéral isme étroit d'Aquila.

copistes grecs, travaillant à unifier leur texte. Dans le récit du déluge, le Seigneur dit à Noé {Gen. IX, 6) : « Quiconque versera le sang d*un autre homme, son propre^ sang sera répandu, oti Iv suov», OeoG ètioLt^tol tov avôpwTTov. » On a dans l'hébreu nu:r : « Parce que Dieu a faitrhomme à son image, o La leçon du Ngrec est plus naturelle; mais il est permis de se demander si le traducteur lisait Ti^TO dans son manuscrit, ce qui est peu probable ; oubien s'il a jugé bonde substituer la première personne à la troisième pour la régularité de la phrase, ce qui est très admissible et n'aurait rien que de légitime ; ou bien si la substitution a été faite après coup par un copiste, ce qui n*a rien d'invraisemblable.

Certaines traductions qui sentent la paraphrase sont à expliquer de la même manière. Exemples :

Ps, II, 12. xal àiTOAsTdôe i^ ôSou [8ixa(aç]. Prov. I, 11. xpu^^o^iJLsv 8s [zU Y^v avSpa] Sixaiov àS(xojc. Prov. I, 22. à(j£p£"i; [yevojxsvoi] èfiiOTjçjav aiaOr^aiv, Prov. I, 23. l^oh TTpoyÎŒOfjiat ufxTv è[jL-^<; tuvo^ç [pvjdiv],

Job. III, 15. •?) llZzà àp^OVTWV, WV [tToX'Jç] Ô ^pUŒOÇ

Job. III, 16. âxei àaepsTç èÇsTcauTav [O'jjjlov] ôpy^ç.

Is, VIIl, 1. Xàp£ (j£auT(|> TOfJiov [xaivôvl j-ti^av,

Is, VIII, 2. xat ijiàpT'jpa; ixoi irofYjŒov ttktto'j; [ocvGpoWouc].

Les mots entre crochets ne sont pas dans Thébreu. Ces traductions plus libres ne se rencontrent pas seulement dans les livres didactiques et prophétiques, mais dans les simples récits :

• Gen. JX, 20. avBpwTroç [^e^pYoç] ^f^<;,

Gen, XXXIV, 10. xallSoî) -^ y^ [-riXaTsTa] èvavTiov ôfxwv. Fx. IV, 10. àcp' ou [^îp^to] XaXsTv (hébreu : Depuis que tu parles); etc.

Par contre, certains passages sont plus concis dans la version que dans l'original :

Gen. XLVI,3. syto sljjit 6 Ô£o<; -cwv TiaTspwv ao'j {yiH mSn SîsN"'},

Ex. IL 3. eiptv (KDa nsn),

^37. XVI, 35. sU [Jiipo.ç T'?;ç '^olV':xr^ç (]5?:3 y"'^< nyp Sn); etc.

Parmi les additions plus étendues que celles dont nous venons de parler, il faut distinguer celles qui peuvent compléter plus ou moins heureusement le texte hébreu actuel, les développements empruntés à des passages parallèles, les additions qui ont le caractère de gloses explicatives ou de doubles traductions. Ces dernières ne proviennent pas généralement des traducteurs, mais bien des recenseurs et des copistes. Il y en a maintenant un très grand nombre dans le grec :

Ainsi, Gen. I, 11 et 12, la formule xaTa yevo; [sU 6[jioi6T/iTaJ,JtaTàY£voç [xal xaO' 6[JL0t.0TriTa], semble être une double traduction de ^Tdi « selon son espèce. »

Gen. XV, 11. xaré^Y^ 3s opvsa éul toc TtbjjiaTa, [toc 3t.yo- T0[ji7][jiaTa a'jT(ov]. On a voulu expliquer par une glose le mot a"(0[jiaTa.

Gen. XXII, 13. xal ISo'j xpio; t\^ xaTcyojJLSvo; £v ['f'->'^w) Ta^àx Ttov xspaTtov. L'hébreu "jSDS a dû être simplement transcrit par l'ancien interprèle : sv o-ajSsx ; puis un correcteur aura inséré la traduction h cpjTw. La réunion des deux leçons a donné h outw Tajîlx.

I Sam, II, 10. K'jpio; àjôsvTJ irotY^fTei àvxiSixov auTou, [Kupio; à'Y'-o;.

(jLTj xauyà(j6to 6 cppovt[jio? iv Tri cppovTrJaEi auToO, xal fjLTj xauyàaOto 6 Savaxoç èv xri ouvàfjiEi aÙTO^, xat [i.Y) xauyàaÔoj ô ttXojœioç Iv tw tcXojtoj auto-j,

7,7.1 TcoisTv xpifjLa xai Sixatojuvrjv èv {jiijco Tf,< Y'!*?» Kjp'.o;] àviQr^ sî^ oOpavoù; xai i^povTy^usv.

Voilà une glose importante par son étendue et qui se trouve dans tous les manuscrits. Mais le traducteur n'y est pour rien. Le passage interpolé, qui est une citation assez libre de Jérémie, se trouve compris dans ;jir] xai^yaTOto.. ev [xso-o) tt,t y?!;; non seulement il n'a pas été rattaché au contexte, ce qui serait arrivé si la glose venait du traducteur, mais il le dérange visiblement : les mots 'AÙpioq àyio^ restent suspendus en avant du passage interpolé, qui a dû être ajouté d'abord à la marge d'un manuscrit, puis incorporé dans le texte. On lisait simplement dans la version primitive la première et la dernière ligne de notre citation. La répétition de xyp'.os, l'addition de ayio;, résultent de la confusion introduite dans le texte par l'interpolation.

On Irouve dans le Psaume XIII (hébreu XIV), v. 3, une interpolation du même genre, qui s'est maintenue dans notre Vulgalo et dans la plupart dos manuscrits

oùx IVriv cpojâoç ^tou àîuévavT», twv O'^OaXjjiwv auxtov.

Tout le passage se retrouve dans TÉpître aux Romains (III, 13-18) : c'est une citation formée parla combinaison de divers passages de l'Ancien Testament pris dans la version grecque {Ps, V, 10 c-d : Ps. CXXXIX, hébr. CXL, l b ; Ps, IX, 38 a, hébr. X, 7 a ; Is. LIX, 7-8 ; Ps. XXXV, hébr. XXXVI, ^2 b). Le manuscrit A et beaucoup de cursifs n'ont pas cette addition. Il paraît

très probable qu'elle a été introduite dans le Psaume XIII pour donner une référence à la citation de saint Paul (i).

Le début du Psaume XXVIII (hébreu XXIX) :

'KvsYxaTs Tw x'jpûo, 'jIoI QsoG,

svivxaTS Tw x'jpu.) 'Jioùc xp'.wv, i . - • il • i '

contient une double traduction du même vers hébreu, D^Sk ^n étant traduit ici par « fils de Dieu )î , là par » fils des béliers ». Une seule de ces interprétations est primitive, et comme les interprètes plus récents préfèrent la seconde, il est à croire que la première est originale.

Nous savons que le livre de Job a été interpolé systématiquement et que nul manuscrit, pas même le manuscrit B, n'a échappé à la contagion. Innombrables sont les interpolations petites et grandes qui ont été pratiquées dans le texte des Septante. Les limites et les effets de ces interpolations, leur existence même ne sont pas toujours faciles à établir. Souvent aussi l'on peut se demander si Ton est en présence d'une interpolation véritable ou bien d'une traduction très libre, ou d'un développement qui provient d'un original

(1) Arbitror.. non tam apostolum de psalmo tertio decimo sumpsisse quodin hebraico non kabelur, quam eos qui artem contexendarum inter se Scnpturarum apostoH nesciebant, quœsisse aptum locum ubi assîimptum ab eo ponereni tesiimonium, quod absque auc~ ioritate in Scriptura posiium non putabant. Deniqne omnes Grœciœ tractatores qui nobis eruditionis suœ in Psalmos commentarios reliquerunt hos verslculos veru annotant atque prœtereunt (le passage est analysé sans observalion par s. Anathase, Expos, in Ps. XUI : P. g. 27, 97), liquido confitentes in hebraico non haberiy nec esse in Septuaginta interpretibus, sed in editione vulgata, qun' grœce xoivr, dicitur, et in toto orbe diversa est. S. Jérôme, In Is. 1. XVI (P. /. 5t4,548).

hébreu. Le dernier cas se produit beaucoup plus souvent que la plupart des exégètes n'étaient disposés à Tadmettre jusqu'à ces derniers temps.

Frankel (o/>. cit, 166) reproche aux Septante d'avoir comblé mainte lacune apparente de l'original, et il cite en exemple divers passages qui ne sont nullement concluants. L'addition 5u).6co[jl£v elç to neSiov, au chapitre IV de la Genèse (v. 8) a peu de chance d'être une restitution hypothétique (v. Histoire du texte hébreu, p. 262) ; mais ce serait toujours une restitution très probable, car le texte hébreu est certainement fautif en cet endroit. Au chapitre XLIV(v. 4-5), lorque Joseph envoie son intendant à la poursuite de ses frères, afin de redemander la coupe divinatoire qu'ils ont emportée, il lui dit d'après l'hébreu : « Lève-toi, poursuis ces hommes, et quand tu les auras atteints, tu leur diras : Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien. Est-ce que mon maître ne boit pas dedans et ne s'en sert pas pour la divination? Vous avez très mal agi. » Le grec est plus explicite : « Lève-toi, etc. : Pourquoi îîi'avez vous rendu le mal pour le bien? D'où vient que vous m'avez volé la coupe d'argent? N'est-ce pas celle où boit mon maître et dont il se sert pour la divination. » Les commentateurs admirent volontiers la concision de l'hébreu, la promptitude et l'énergie du discours adressé par l'intendant aux frères de Joseph. En vérité, cette concision est si rapide et si forte qu'elle dépasse un peu la mesure. Les gens interpellés n'ont pas dû comprendre aisément ce qu'on leur voulait. Des cas du même genre où la leçon de l'hébreu est plus courte, trop courte, se rencontrent assez fréquemment dans la Genèse et dans l'Exode. Est-il bien sûr que la forme de récit la plus abrégée soit toujours la plus ancienne? Il y a de fort bons exemples du contraire dans le premier livre de

Samuel (V. Histoire du texte hébreu^ p. 263). Après tout, le passage allégué par Frankel peut aussi bien avoir été omis dans l'hébreu qu'ajouté dans le grec. Toute addition qui, sans être glose ou doublet, se laisse remettre en hébreu, est à prendre en considération, car elle a chance de représenter une variante du texte traditionnel. On ne doit pas oublier d'ailleurs que l'influence des passages parallèles a causé diverses additions dans le texte. Nous en avons donné plus haut des exemples remarquables. Mais, encore une fois, ces additions sont le fait des copistes et non des premiers traducteurs.

Les Septante, comme les targumistes, suppriment volontiers les termes métaphoriques et se bornent à retenir le sens. Ainsi, DTis^Si:; « incirconcis de lèvres » est traduit par àAoyo; elfjii [Ex, VI, 12) ; onan ^D « les eaux d'amertume », par to îiowp tou eXe^ixoiï {Nombr. V, 18) ; "iw (( séparation, consécration du nazir », par eù^r, {Nombr, VI, 1 et suiv.) ; "inu; ^ï^'i^ï^':^ « les paupières de l'aurore », par ecoo-çopoç àvaTiXAcov (/o6. III, 9), etc. Certaines traductions sont de véritables euphémismes : ôç e^eXeiio-sTai ex crou, pour yVID'D N2n\-; (Gen, XV, 4) ; if|You[xevoç £x Twy [JiTipwv aÙTOU, pour vSaI yXQ pplHD*) [Gen. XLIX, 10) ; xa);ù(j^£t.s T71V ào^^r^ |jlo<tÙv7iv <tou, pour nn^D^T "HNiTiN (Deut, XXIII, 14, grec 13) ; xai àv7|p eTepo; IÇet. auTTlv, pour HjSaunnN uw (De^a^. XXVIII, 30). Mais tous les interprètes n'ont pas les mêmes scrupules. Celui de Jérémie traduit une formule analogue à celle qui vient d'être citée, nS^ï/ nS ns^N, par Ttoû ooyl eÇecpùpÔrjs {Jér. 111,2; cf. XIII, 16). Les traductions atténuées dont nous venons de parler (1) ont leurs analogues dans quelques keris de la Massore.

(1) Exemples cités par Frankel, op. dt,, l72.

Les tendances Ihéologiques de Tépoque se manifestent dans la suppression de certains anthropomorphismesou anthropopathismes . Cependantles interprètes grecs sont beaucoup moins méticuleux à cet égard que les targumistes, et ils ne le sont pas tous autant Tun que Tautre. Voici quelques exemples :

Geii, VI, 2. olàyY^Aoi (1) TO'j ÔeoO, pour « les fils de Dieu». Même traduction dans /o6, I, 6 ; II, \. Cependant l'interprète du Psaume XXVIII [supr. cit,) garde « les fils de Dieu ».

Ge/i.Nl^9. 'zoi Ôew £'jy,p£a-TY,a-£v N(o£, au lieu de « Et Noé avait commerce avec Dieu. » Même locution employée à propos d'Hénoch, Gen. V, 24.

Gen. XVIII, 25. Abraham dit à lahvé : |jiyiOa[X(I)ç <t\j 7toiri(Ttiq lo; To prIjji.aTouTo. L'expression hébraïque "|S nS^Sn est bien plus forte que [jj^oyj^Co^. De même au v. 30," Mv) Ti, xjpi.£, remplace l'hébreu : « Que mon Seigneur ne se fâche pas », non que les interprètes se fassent ordinairement scrupule d'attribuer la colère à Dieu, mais sans doute parce que le langage d'Abraham a paru beaucoup trop familier.

Ex. IV, 24. cruv7iv-rjT£v c^ù-zo) ay^'cAo; xjptoj. Dans l'hébreu, c'est lahvé en personne qui se présente- pour tuer Moïse. On s'explique aisément qu'on ait voulu substituer ici Viinge du Seigneur au Seigneur lui-même.

Ex. XXIV, 10. Xal £loOV TÔV TOTTOV O'J ['TTf^y.^l 6 ôeOÇ TO'J

'lo-pa/jA. V. 11. xal Twv EUi.AéxTwv to'j 'lTpar,X oO oi.£<p(i)VY|(j£V oùùt tlq' xal ojcpÔTjO-av £V Tco totucj) to'j Ô£0'J, xal Icpayov xal tKioy, On a dans l'original : « Et ils virent le Dieu d'Israël... Et il ne leva pas la main sur les chefs des lils dls-

(1) La plupart des manuscrits ont j'ioî ici et au v. 4; mais l'Alexandrin et bon nombre de témoignages anciens garantissent la leçon a^vcXoi.

rael ; et ils virent Dieu », etc. L'interprète ne veut pas que les anciens d'Israël aient vu Dieu : ils n'ont vu que la place où il était assis ; ce sont les anciens qui ont été vus dans le séjour de Dieu. On n'a pas voulu dire que Dieu s'était abstenu de les frapper ; on dit qu'aucun d'eux n'expira.

Nombr. XII, 8. xal t/iv o6;av xjpioj tlovK II s'agit de Moïse, qui parle à Dieu bouche à bouche, et la traduction littérale de l'hébreu serait : « Et il a vu la forme de lahvé. »

Dans le prologue du livre de Job, Satan, au lieu de parler « à lahvé », parle ivx/riov toiï xupioj [Job^ I, 9 ; H, 2, £v(Ô7rt.ov ToG xupîoj). lahvé ne lui dit pas (Jo6, II, 3) : « Tu m'as excité à frapper Job », mais tj oï siTua; Ta •jTcàpyovTa aùxou o»,7. xîv^^ aTroAsa-ai.

L'interprétation singulière des mots^^Sx danslePentateuque vient de ce que les interprètes ont voulu éviter l'emploi du nom propre. Le mot "i*ijf « rocher », employé fréquemment en parlant de Dieu et presque comme un nom divin, est remplacé par Oso^ dans le cantique du Deutéronorae (XXXII, 4, 13, 18, 30). Dans les Psaumes, le même mot est traduit par [:ioT,66;, et c'est ainsi qu'il est traduit au Psaume XVII (hébreu. XVIII, v. 3 et 32). Le traducteur de ce Psaume, dans le second livre de Samuel (XXII) rend 1*1^ par çjAa; (Lucien Tc^àonri^) et xTtTT-ri;. Le mot p^ « bouclier », si souvent employé dans les Psaumes en parlant de Dieu, est traduit par àvTiAr^uTOjp ou 'JTrepaTTT'.OTYiç.

La substitution du nom divin ^J"Tt<, que l'on traduit par xiipio^ au nom de nw, apparlient à la tradition judéo-alexandrine comme à la tradition judéo-palestinienne. De part et d'autre, le nom ineffable était compris de la même manière, ainsi qu'en fait foi la traduction du passage de PExode (III, 14) ;

'Ey<u eljjit, 6 oiv. xal eÏTiev OSxco; spsïç toTç uloïç 'lapaTiX '0 (îiv aTréoraXxév jjlc Tcpo^ Ojxàç. Cependant le mot ûv n'est jamais employé comme nom divin en dehors de ce passage. Les endroits de Jérémii) (I, 6 ; XIV, 13 ; XXXIX, hébreu XXXII, 17) où on lit 6 wv xtipu, 6 wv Sèo-TtoTa xiipie, sont altérés. Il y a dans Thébreu l'interjection *^î^^ que rinterprète avait représentée par (o dont on a fait 6 fi)v. Saint Jérôme signale comme leçon des Septante dans le premier de ces passages (1,6): 0 Domine Deus ; pour les deux autres : Qui es, Domine Deus {In Jer. P. 1. 24, 685, 772, 892). Un quatrième passage (IV, 10), où l'on rencontre la même locution mn^ wk hhk, donne simplement w. Il est donc vraisemblable que cette leçon se trouvait partout à Torigine. Le mot wv n'a pas été pour les Septante un nom divin, et s'ils y ont vu la véritable interprétation du mot ^"\*^\ ils ne paraissent pas avoir médité philosophiquement ce sujet. Pour euxnw est surtout le nom ineffable. Dans le fameux passage de l'Exode (VI, 3) : xal oicpôriv Tipoç 'Appaàjji xal 'lo-aàx xal 'laxtop, 6e oç wv aùxwv, xal to ovojxà [xou Kiipioç otix eSviXuxTa auTolç, le mot wv, dans la formule qui répond à ^T^ ^^y n'a aucune portée ; il manque dans saint Justin {Dial. c. Tryph, 126) et pourrait bien n'être pas primitif. Le mot xtipio^, qui se trouve maiutenant dans tous les manuscrits (à Texception des cursifs 25 et 32), représente mn"». L'insertion de -/.ùpioç en cet endroit constitue un véritable contre-sens. 11 semble que les anciens ne la faisaient pas. Philon {De mut. nom. 2) et saint Justin {loc. cit.) citent la finale comme il suit : xo ovojxà [xoy otix sSvJAwTa auToIç (1).

(1) Il est vrai (Jue Philon, paraphrasant ensuite 'le même texte, dit : ovo|jià |jLou tô xuptov oùx sSY^Xtocia auxoTç. Mais cette formule signifie simplement : « Je ne leur ai pas révélé mon nom propre. » Gela ne prouve nullement que le mot xuptoç fût dans le texte de Philon.

On sait que les anciens manuscrits des Septante retenaient le nom de lahvé en lettres hébraïques. Le mot xùpio; a été introduit dans notre passage quand on substitua uniformément le mot grec aux caractères hébreux. Un seul manuscrit (le cursif 118) a xupioç wv, leçon double, où le mot wv esta considérer comme glose.

L'exégèse du temps a influencé la traduction de certains endroits. On cite un passage de Josué (XIII, 22) : xal xàv ^oîkaLk^ tov tou ^ewp tov [xàvriv àuéxxeivav ev t^ poTOp. Telle paraît être, en effet, la leçon primitive des Septante. La correction ev ^ojjiçpai^, conforme àThébreu uni vient des Hexaples. La leçon du grec est à expliquer par la donnée hagadique (Frankel, op, cit, 187) selon laquelle Balaam, s*étant élevé dans les airs au moyen d'un procédé magique, serait tombé par les prières de Pinhas. 11 est possible aussi que la singulière traduction du passage relatif à l'évocation de Samuel : "AvSpa opOtov àva^aivovTa ex tti; y^ç, « Je vois un homme qui monte droit de la terre », soit en rapport avec l'opinion vulgaire d'après laquelle les morts évoqués par les nécromants apparaissaient la tête en bas (Frankel, Zoc. cit.)^ et qu'on ait voulu faire une exception pour Samuel. Le titre de roi, attribué aux amis de Job, est emprunté à la tradition exégétique ; de même certains traits de la description de Béhémoth et de Léviathan, où Thébreu est traduit de la façon la plus libre (v. Le livre de Jobj 18-19).

L'influence particulière des idées et des choses égyptiennes est à peine sensible. Dans les passages concernant rÉgypte, les interprètes se montrent, comme il est tout naturel, au courant des particularités du pays où ils habitent. Us ont emprunté quelques mots au vocabulaire égyptien (àyei« gazon »,Gen. XLI, 2, Jér. XIX, 7; Otpw « corbeille en roseaux », Ex. II, 3 ; ï^tç, Léo.

Page 1