I1I8T01EE CRITIQUE DU TEXTE
XI, 7; etc.). Qu'ils aient traduit peut-être nn:'^»^ par oaT'jTzo'j; au lieu de /.avw;, à cause des princes Lagides, c'est là un fait qui ne tire pas à conséquence. On peut dire que certains indices purement extérieurs trahissent le lieu où furent traduits en grec la plupart des livres de l'Ancien Testament, mais que Tinfluence du génie égyptien sur les traducteurs a été à peu près nulle.
Faut-il en dire autant de la philosophie grecque ? Il ne répugnerait nullement en soi que les idées grecques eussent impressionné les traducteui's de l'Ancien Testament, puisqu'elles ont laissé des traces incontestables dans le livre de la Sagesse, composé vers le temps où les livres les plus récents du canon hébreu ont été traduits. On doit reconnaître néanmoins que l'influence de la philosophie grecque sur la version des Septante n'est pas facile à discerner. Les opinions des critiques varient beaucoup sur ce sujet. Les uns contestent toute influence, sauf peut-être dans le choix de certains mots, comme àopaTo; xal àxaxaTXciiaîTTo; au premier chapitre de la Genèse : la version des Septante serait une œuvre purement juive et ses auteurs n'auraient été atteints que très superficiellement par les idées grecques. Il semble en effet que les mots ^^x^^ "^^^Çi (ppowio-i-ç et autres semblables n'ont pas la même signification dans la Bible que chez les philosophes grecs ou même dans Philon. Dans l'ensemble, la philosophie et la psychologie des Septante sont bien celles de l'Ancien Testament et leur vocabulaire est plutôt à expliquer par Thébreu que, par le grec classique. Cependant il y a des détails singuliers sur lesquels insistent ceux qui affirment, en l'exagérant peut-être, l'influence des idées grecques sur la version des Septante. « Les deux récits de la création, nous diton, sont traduits de manière à faire croire que le premier se rapporte à cette création idéale, invisible, qui,
selon Platon, avait eu lieu d'abord dans la pensée divine, et d'après laquelle avaient été formés plus tard les objets matériels. Ainsi, ils écrivent : La terre était invisible [Geri. 1, 2). Dieu se reposa de toutes les œuvres qu'il avait commencé' k faire (Gen. 11, 3). Quand Dieu fit le ciel et la terre et toute herbe des champs avant qu'elle fût sur la terre; et toute plante des champs avant quelle eût poussé [Gen. II, 4-5). Et Dieu fit pousser encore de la terre tout arbre {Gen. II, 9. Et il forma encore de la terre toutes les bêtes {Gen, II, 19). C'est précisément la manière dont Philon interprète ces endroits. Dans Isaïe le même procédé se retrouve. Là où le texte original porte : « Dieu a créé ces choses. Qui a formé la terre ? » (/s. XL, 26 ; XLV, 18), la traduction donne : « Qui a montré toutes ces choses? Dieu, qui a montré la terre et qui Pa faite. » Le traducteur veut indiquer par là que Dieu n'a fait que manifester au dehors un monde qui existait déjà dans sa pensée (1) .»
Une argumentation fondée sur des passages détachés et susceptibles d'interprétations diverses est difficilement concluante. Le traducteur d'Isaïe n'est pas fort exact. Dans les passages où l'on trouve du platonisme il n'y a peut-être que de la maladresse. Il traduit Nil ^n nSi^ (/s. XL, 26), par tk xaTé3£i.Çe xaijTa Tcàvxa ; ym"l lï"» (/s. XLV, 18) par 6 xaraSsi^a; t/^v yriv ; mais il est si peu préoccupé du système qu'on lui prête, que dans le même contexte (/s. XLV, 18) il traduit D'^Dun nii par 6 irio^^ac Tov oùpavov, et ailleurs yi^n mïp KIII par 6 xaTao-xeuaTorç toc àxpa Tf^ç yr^q. Comment échafauder une théorie philosophique sur ces diverses traductions du verbe Nil? La comparaison de tous ces passages donnerait à penser qu'il a employé le verbe xaTaôeuvujjii. dans le sens d'éta-
(1 ) Trpchon, Introduction, l, 372.
e^ qrjî ^opp^riie :*r |:]iî'>c:*2s>?. L"arsiii3<r:ît tiré desdeox pffrfr,I>r* fh^çATK^ 4e îm <i*-a^*^ parait f 'os spécieux.
//r>r/r De'yJtj d'ei >y^jyr^.o, 'i: '^j l'i i/-^ cessac^fToi
ah off'jd op<re î^ao q-jic4 -^-rr^crfr Z>t:^* î- * fa-^eret. I$tœ H'int (ferieratioue^ f:œli ex -^rrœ qa'^ido creata suni. in die q'jo ferit Dortrn'ii Dei-^ e<eli.m et îerram, et omne tirquU.umaari au*:equam oi^,retur in terra, omn/^mqm l^erbam reaionis priusquara gerrninaret [Gen. Il, 3-3 - f>s passages ne se prêlenl-îls pas à la même irïtcq>rétatîon que les Seplante ? On ne Toit pas cependant que saint Jérôme ait considéré le premier chapitre de la Genèse comme décrivant la création du monde idéal. O qui est incontestable, c'est que les interprètes ont toujours été fort embarrassés d'accorder le second récit avec le premier. Les frv du second chapitre supposent plutôt que le premier chapitre a été entendu de la création matérielle : si Dieu fait encore des arbres et des animaux, c'est qu il en a déjà fait. L'interprète indiquerait une création spéciale après la création générale. Son système philosophique, s*il en avait un, ne se dégage pas nettement de la traduction telle qu'elle nous est parvenue. Les mots àopaTo; xal àxaTaTXcjaTToç, platonisme à part, sont une bonne interprétation de "insi nn. L'influence des idées grecques sur la version des Septante dans les cas particuliers que nous venons de signaler n'est donc pas incontestable. Ajoutons cependant qu'elle est possible dans ces cas et dans d'autres. Ce qui est certain, c'est que l'œuvre de traduction prise dans son ensemble n'a pas été dominée par un principe philosophique étranger à la Bible. Que telle doctrine particulière ait influencé la traduction de tel passage, soit dès l'abord, soit par des corrections introduites après
coup dans la version, c'est ce qu'il ne faut pas s'empresser de nier. Une étude plus approfondie du vocabulaire des Septante permettrait d'apprécier la juste portée de cette influence et la réduirait sans doute le plus souvent à une imitation superficielle, les emprunts, s'il y en a eu, ayant porté plutôt sur les mots que sur le fond des doctrines.
On parle aujourd'hui librement des contre-sens contenus dans la version des Septante, et on. serait plutôt porté à en exagérer le nombre qu'à le diminuer. Nous avons déjà dit que les circonstances historiques dans lesquelles la version a été faite peuvent excuser bien des imperfections et que la tradition exégétique de la Massore, que l'on oppose volontiers aux Septante comme une règle infaillible, est loin d'être solidement établie sur tous les points. Pour la traduction des livres les plus difficiles, les livres sapientiaux et les livres prophétiques, les interprètes étaient, dans une certaine mesure, abandonnés à eux mêmes. La tradition interprétative de ces livres s'est affermie plus tard chez les Juifs ; mais à la base de cette tradition il y a un texte souvent défectueuxetbeaucoup d'interprétations hypothétiquescomme celles des Septante. La traduction des livres historiques laisse peu à désirer. On ne voit pas en quoi la version du Pentateuque dans la Bible grecque serait inférieure à la Vulgate de saint Jérôme. Certains livres des autres catégories, par exemple les Proverbes et Ezéchiel, sont également traduits d'une manière satisfaisante. Si Ton tient compte des difficultés et de l'incorrection du texte, on trouvera que la version des Psaumes (1) n'est pas
(1) Philon s'en est servi. Cet auteur emploie en citant les Psaumes le motu|jLvo<; et ses dérivés, non ^%Xii6q. La rubrique qui se trouve à la fin du Ps. LXXf (hébr. LXXII) a été traduite par l'ancien inter-
trop mal réussie, bien qu'on puisse lui reprocher d'être trop littérale et dénuée d'esprit poétiqujB, La traduction d'Isaïe est très défectueuse ; celle de Daniel l'était plus encore et nous savons qu'elle a été de bonne heure abandonnée par l'Église. La traduction de Job est médiocre dans les parties poétiques ; mais on a eu tort de penser que l'interprète avait omis volontairement les passages de l'hébreu traditionnel qui ne sont pas dans les Septante. Les traductions de Job, de Jérémie, des livres de Samuel et des Rois ont été faites sur des manuscrits hébreux qui différaient notablement de ceux qui ont été employés pour la reccnsion définitive de la Bible hébraïque. La traduction d'Estherest assez libre, sans compter les additions qui ont été surajoutées à la traduction. Celle de l'Ecclésiastique est littérale et doit être suffisamment exacte. Il est beaucoup plus difficile d'apprécier la traduction de livres tels que Tobie et Judith, non seulement parce que l'original est perdu, mais parce que leur rédaction était plus flottante. Les diverses recensions grecques de Tobie pourraient être en rapport avec des recensions hébraïques ou araméennes qui différaient les unes des autres.
Les interprètes n'ont pas toujours bien lu le texte non ponctué ; c'est ainsi que, lisant mattéhu au lieu de mittâ (G^n.XLVIL 31), ils disent que Jacob s'inclina devant le bâton de Joseph (l'Épitre aux Hébreux XI, 2i, leur a emprunté ce passage), alors qu'il fallait traduire ; « Et Israël s'inclina vers le chevet du lit. » Comme tous les anciens traducteurs, y compris saint Jérôme, ils font aisément des confusions eatre les mots dont les racines
prête : è^iXiirov ol 'jjjlvoi (n*lSnn, au lieu de r.*lSsn) AaDE'.o Tovi ulou 'i£(T!Ta(. Il semble donc probable que le mot {jfjivoi a été employé d'abord pour désigner les Psaumes et que le mot <];aXfjLoc est entré plus tard dans l'usap^e Hatch, Essays, Mh,
se ressemblent, par exemple iï> et iïj, w et V5^ Dli et nai : « Leur langue n'est que fraude (.tdi) dans leur bouche», dit Michée (VI, 12); son interprète lui fait dire : « Leur langue s*est élevée (ÙiJ^wOt), nai) dans leur bouche. » En général ils sont trop disposés à choisir une leçon commune et facile à la place d'un mot plus rate. Toutes les erreurs de lecture qu'on trouve chez eux ne sont certainement pas imputables à leurs manuscrits, mais beaucoup ne sont que des conjectures, assez médiocres parfois, sur un texte vaguement compris.
On pourra se faire une idée juste des imperfections de la version grecque dans ses moins bonnes parties par la traduction du chapitre XL d'Isaïe, que nous allons reproduire en la faisant précéder d'une version faite sur l'hébreu.
Is. XL, 1-2. — Consolez, consolez mon peuple, — dit votre Dieu, —
Rassurez Jérusalem et annoncez lui
Que sa peine est finie, que sa faute est pardonnée.
Qu'elle a reçu de la main de lahvé une punition double pour tous ses péchés.
Septante. > — Consolammi, consolamini populum meum[V\x\' gâte hiéronyniemme : popule meus), dicit Deus.
Saceî'dotes, loquirnini ad cor Jérusalem; consolamini eam, quia repleta est humilitas ejus (La Vulgate a maintenant malitia; mais saint Jérôme avait sans doute traduit HNiy par militia ejus), Solutum est peccaium illhis, quia recepit de manu Domini duplicia peccata sua.
Is, XL, 3-5. Une voix crie : Frayez dans le désert le chemin de lahvé,
Aplanissez dans la solitude une route pour
notre Dieu I Toute vallée sera élevée ; toute montagne et
toute colline seront abaissées.
Le coteau sç changera en plaine et les rochers
en vallons ; Et la gloire de lahvé apparaîtra, et tous les
hommes ensemble (la) verront, Car la bouche de lahvé Ta dit.
Septante. — Vox clamantis in deserio: Pnrate viam Domini; rectas facife semitas Dei nostri.
Omnis vallis implebitur, et omnis mons et collis humiliabitur, et erunt prava in directa, et aspera in campos ; Et apparebit gloria Domini ; et videbit omnis caro salutare Dei, quia Dominus locutus est (Vulg. hiéronymienne : Et videbit omnis caro pariter quod os Domini locûtum est).
h. XL, 6-8. Une voix dit : Annonce I — Et je (1) dis : Qu*annoncerai-je ?
Toute chair est herbe et son éclat est comme
la fleur des champs.
L'herbe sèche, la fleur se fane, parce que le
souffle de lahvé Ta touchée (2).
L'herbe sèche, la fleur se fane ; et la parole de notre Dieu demeure éternellement.
Septante, — Vox dicentis : Clama, et dixi : Quid clamabo ? Omnis caro fœnum, et omnis gloria hominis
quasi flos fœni Aruit fœnum e cecidit flos. Verbum autem Dei nostri manet in sempiternum,
(i) On lit dans Thébreu massorétique : « Et il dit », que Ton rapporte à un prophète idéal. Mieux vaut, ce semble, lire avec les Septante ia>i*i au lieu de 1DN^*1.
(2) L'hébreu ajoute : >) Certes le peuple est herbe. » Ces mots, qui manquent dans le grec, ont l'air d'être une glose.
ET DBS VERSIONS DE LA BIBLE t53
Is. XL, 9-11. Va-t-en sur une haute montagne, toi qui annonces le bonheur à Sion !
Élève la voix avec force, toi qui annonces le bonheur à Jérusalem !
Élève la voix sans crainte.
Dis aux villes de Juda : Voici votre Dieu.
Voici le Seigneur lahvé qui vient dans la puissance, avec son bras dominateur,
Voici venir avec lui son paîment.
Et sa récompense marche devant lui.
Comme un berger, il fait paître son troupeau :
Il recueille les agneaux dans ses bras
Et il les porte sur son sein ;
Il garde les brebis qui allaitent.
Septante. — Super montera excelsum ascendequi evangelhas Sîon !
Kxalta in fortitudinevocem tnam qui evangelizas Jérusalem !
Exalta, noli timere (1). Die civitutibus Juda : Fcce Deus v ester.
Ecce Dominus Deus cum virtute venietj et brachium cum dominatione,
Ecce merces ejus cum eo, et opus (Vulgate hiéronymienne : opus %llius) in conspeclu illius, Sicut pasior pascet populum{^) siium et in brachio suo congregabit agnos, et prœgnantes consolabitur.
/s. XL, 12-14. Qui a mesuré les eaijx dans le creux de sa main.
Réglé avec les doigts la dimension des cieux. Évalué au boisseau la poussière de la terre,
(1) Nous donnons la traduction du texte hexaplaire par s. Jérôme. Tous les manuscrits ont u^/wjaxs |JLT) çpopeT<j05,
(2) Les manuscrits, to 7toi[jLviov.
154 HiSTOmS CRTIQUE DU TEXTE
Pesé le^ montagnes au crochet.
Et les collines avec la balance ?
Qui a réglé l'esprit de lahvé ?
Qui a été son conseiller pour Tinstmire ? Avec qui s est-il concerté pourqu'on Téclairât, Q'on lui enseignât le droit chemin, Qu'on lui apprît la science, Et quon lui fit connallre la voie de la sagesse ? Septante. — Quis mensus est manu aquam, et cœlurn paltno,
et omnem terram pugillo (i) ?
Quh statuit montes pondère et rupes sfatera ? Quis cognovit mentem Domini, aut quis const-
liarius ejus fuit ?.
Quis docuit eum ? Cujus accepit consilium et
instruxit illum ? Vel quis ostendit ei judi-
civm, et viani intelligent ijs quis ostendit
/«.XL, 15-17. Les nations sont comme la goutte au seau ;
Elles sont pareilles au grain de poussière sur
la balance ; Les îles sont comme l'atome qui s'envole. Le Liban ne peut suffire aux bûchers, Ni les animaux qu'il contient aux holocaustes. Toutes les nations sont comme rien devant
lui; Elles sont pour lui comme le néant et le vide. Septante. — Si omnes génies sicut stilla situlae ((sioL^oyy à-TTo xàoou), et quasi momentum siaterae (poirr, ^uyou) reputatae sunt et quasi saliva reputaiae suntl
Lihanus non suffîcit ad comburendum, et omnia quadrupedianon sufficiunt ad holocaustum ; et cunctâe génies quasi nihili suni ei in nihilum reputatœ sunt.
(1) Vulgate hiéronymienne : Quis appendit tribus digitis molem ierr3P ?
ET DES VERSIONS DE LA BIBLE t55