‹ Histoire critique du texte et des versions de la BibleChapitre 26 sur 37 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Autres versions de l'Ancien Testament

Ces versions se partagent naturellement en deux groupes, selon qu'elles procèdent directement de Phébreu, ou bien qu'elles ont été faites sur une autre version.

i64 Histoire crtique du texte

Section /". — Versions qui dérivent immédiatement de Vhébreu.

Nous nous occuperons seulement ici des versions anciennes, les seules qui aient une importance pour la critique du texte hébreu. Les traductions plus récentes intéressent plutôt l'histoire de Texégèse que l'histoire du texte de l'Ancien Testament. Nous parlerons donc des anciennes versions grecques autres que la version des Septante, des paraphrases chaldaïques ou targums, de la version syriaque dite Peschito, et des autres versions orienlales dérivées de l'hébreu.

§ 1. Versiom grecques postérieures aux Septante.

On a vu plus haut comment les Juifs prirent en haine la version des Septante. Comme ils ne pouvaient d'ailleurs se passer d'une version en dialecte hellénique, puisque beaucoup d'entre eux parlaient le grec et ne comprenaient pas l'hébreu, une traduction nouvelle était indispensable.. Pas plus qu^à Alexandrie pour la version des Septante, cette nécessité ne fut satisfaite par une traduction ayant un caractère officiel ou garantie par une autorité quelconque. Des particuliers s'appliquèrent à traduire de nouveau la Bible hébraïque, soit en négligeant l'ancienne version, soit au contraire en s'en rapprochant dans la mesure que permettait une correspondance plus ou moins exacte avec le texte hébreu tel qu'il existait au second siècle de l'ère chrétienne. De nouvelles traductions se produisirent aussi chez les chrétiens, ce qui montre bien que les versions plus récentes ne procédaient pas uniquement d'un esprit de controverse théo-

logique mais d'une tendance générale à se rapprocher le plus possible du texte original. On pourrait dire aussi que le travail complexe d'oîi est sorti ce que ndus appelons la version des Septante n'était pas encore terminé au premier siècle de notre ère et qu'il se continua sous des formes nouvelles et dans un esprit moins large durant le second siècle. Ces versions ne nous sont connues que par les Hexaples, c'est-à-dire d'une façon très fragmentaire puisqu'il ne reste presque rien du travail d'Origène ; et les renseignements que les écrivains ecclésiastiques nous donnent touchant leurs auteurs sont aussi fort incomplets.

La plus originale, la plus curieuse et sans doute ausçi la plus ancienne des traductions grecques dont nous parlons, est celle d'Aquila, Non seulement son auteur s'est attaché au canon palestinien et à la forme palestinienne des écritures hébraïques, mais il a voulu reproduire dans sa version les moindres particularités de l'original, de ifaçon que les deux textes se correspondissent aussi exactement que possible. Il va sans dire que le génie de la langue grecque est ici éclipsé encore plus que dans les Septante. Le littéralisme d'Aquila va jusqu'à traduire la particule hébraïque hk, qui marque l'accusatif. Comme il n'avait. pas pour cela d'équivalent en grec et que la même particule hébraïque riN s'emploie en hébreu pour la préposition « avec », il remplace invariablement nx par o-ùv. On lisait ainsi dans Aquila le premier verset de la Genèse : h xscpaAaiw èW- 73V 6 Oeo; o-'jv tov oupœ^o'/ xal o-'jv ttjV yy^v. Il traduit 1DN*S par Tw Xsys'^v ; il représente le n local par os, nTSix « à Ophir» 'Qîpsipos; il suit les idiotismes de l'hébreu au point de négliger les règles d'accord et la déclinaison, disant £vvax6cria sto^, parce que, dans l'hébreu, r?;3\Z7 reste au singulier après le nom de nombre, et 'h irpoo-poî^toT'.; o-TotjLaTa,

au lieu de r^ r.poT^ôltsXTK; twv TTo;jiàTo)v, parce qu'on a dans rhébreulaformule irrégulière D"'E n-»^3r2n(IRoisXIIT,21); ilrend*par autant de prépositions grecques les prépositions composées de l'hébreu, p"ini^^ par si; i^o jjiaxpô- Osv ; il fabrique même. des mots grecs en suivant Tétymologie des mots hébreux, par exemple ottsouv pour qtj (assem) • ronger les os », ottsïvoç pour n^Tj « fort » , oorépour wo-i; r\i^:rj « forcé », parce qu'il rattache ces mots à Dï^ (esem) « os », en grec oorlov ; il fait un verbe Ôwpeoiïv pour traduire 'j:a « protéger )),à cause de pa « bouclier», en grec Ojpsoç ; il s'amuse à traduire certains mots selon des étymologies singulières, SïSï, « bruit strident » par o-xià o-xià {Is. XVIII, 1), comme s'il y avait byS3r;nsrorS « en dérision», par sl^ ovoua ptiicoi*, comme s'il y avait n^y duS î enfin il aime, quand cela se peut, à retenir les mots hébreux sous une forme grecque (1), mettant llç à la place de ir^h, ce qui est un jeu innocent ; aùXwv pour ]*iSk « chêne », ce qui est moins heureux ; xi.x£tov pour ]''ip''p (au lieu de xixi., ricin), ce qui ne signifie plus rien du tout (2). Aquila est d'ailleurs si habile dans le maniement de la langue grecque, si parfaitement instruit des termes poétiques et rares, que les barbarismes et les singularités de sa traduction ne doivent pas être imputés à l'ignorance, mais à un parti pris fondé sur les principes de son exégèse.

Aquila est mentionné pour la première fois dans le traité de saint Irénéo contre les Hérésies (175-189), à propos du fameux passage d'Isaïe Vil, 16, où les nou^ veaux traducteurs (saint Irénée cite Aquila et Théodo-

(1) U ne s*agit pas ici de la simple transcription d'un mot hébreu en caractères grecs, comme il arrive souvent dans les Septante et dans Tliéodotion, quelquefois aussi dans Aquila.

(2) Tous ces exemples sont tirés de Field, Hexapta I, xxi-xxiii, où l'on peut encore en trouver d'autres.

ÉMi

tion) mettaient veavK; au lieu de 7rapOÊVO(;(l). Le même auteur dit qu'Aquila était un prosélyte du Pont (2), et saint Epiphane (3) ajoute qu'il était de Sinope. La biographie d'Aquila dan* saint Epiphane semble du reste tout à fait légendaire (4). On doit en retenir seulement qu'Aquila était contemporain de l'empereur Adrien. Saint Jérôme (S) et le Talmud de Jérusalem (6) en font un disciple d'Akiba. Rien n'est plus vraisemblable. Les principes exégétiques d'Akiba sont justement ceux que nous voyons appliqués par Aquila. De même qu'Akiba attachait un sens profond aux minuties de récriture, à de simples particules comme nx, d:i, etc., Aquila s'ingénie à représenter tout cela sans sa version, pour ne rien perdre de l'original. Il ne faut donc pas s'étonner que la version d'Aquila ait été en grand crédit chez les Juifs, ainsi que l'attestent Origène, saint Jérôme et un décret de Justinien(7). Saint Justin la vise peut-être îndirecte-

(1) Haer. 111,24 (Eusèbe, Hist. eccL v, 8, 10) : wc; eeoSoxiwv •^pjjlévs'jjsv 6 'Ecpi^io; xal 'AxoXaç 6 IÏ'^vtixo;, à[JL(p(5xepot 'louSaTot itpoiniî-

(2) Loc. cit. Cette donnée peut résulter d*une confusion avec un autre Aquila. Cf. Act. xviii, 2.

(3) De mens, et pond. 13-17 (P. g. 43,264)

(4) Aquila aurait été beau-frère d'Adrien, chargé des travaux d'Mlia Gapitolina, converti au christianisme, puis chassé de l'Eglise pour astrologie, et enfin prosélyte juif. Judœos quidem ea quae ad majorem Aquilœ dlgnitatem ^pédant,,, fabulatos esse credibile est ; Christianis vero^ quitus magni Intererat de fama interpretis sibi^ ut putabanty infensissimi detrahere^ narrationern de accessu ejus ad Ecclesiam et subsequenti ex ea expulsione imputandam esse non longe a vei'O abhon^ere lidetur. Field, op. cit. 1, xvi.

(èf) In Is. VIII, 14 (P.l. 24, 119) : Scribae et Pharisaei^ quorum scholam suscepit AcibaSy quem magistrum Aquilœ proselyti autumant.

(6) Kiddus. l, 59». Dans Mtgil. 71«, on le présente comme disciple de R. Éliézer et de R. Josué, contemporains d'Akiba. Buhl, op. cit.

(7) Origène, Ad Afric. (Pg. 11,52); Justinien, Novel. 146, où Ton prescrit aux Juifs parlant grec l'usage des Septante, en permet

ment dans le passage du dialogue avecTryphon (1) où il critique l'interprétation donnée parles docteurs juifs à la prophétie d'Isaïe, YII, 16. En tout cas la traduction d'Aquila a dû être composée vers Tan 130-140.

C'était une œuvre très soignée. Saint Jérôme dit qu'Aquila donna une seconde édition de sa version, sans doute parce qu'il revit au moins une partie de son travail et le retoucha sur certains points. Il n'y a pas lieu de penser qu'il ait fait deux traductions (2). Son exactitude, plutôt que ses tendances antichrétiennes, lui a valu d'être loué par les talmudistes. Il paraît certain que, dans certains passages, il a évité d'employer des termes qui auraient pu favoriser les interprétations messianiques des chrétiens (3). Mais c'est à tort que certains Pères l'ont accusé d'avoir faussé délibérément le sens du texte. Tous les exemples qui ont été allégués à ce sujet ou bien l'ont été sans raison, ou bien se justifient par le procédé ordinaire du traducteur, qui a trouvé moyen d'écarter l'interprétation chrétienne

tant néanmoins la lecture dMquiia, etû ille extranem sit, et in lectlonibus quibusdam Mer ipsam (versionem) et LXX interprètes non modica sit dissonantia. Dans Buhl, op. cit^ 155. (4) C. Tnjph. 71. 83 (P. g. 6, 644, 673.)

(2) Field op. cit I, xxv, conlve Montfaucon [Hexapla^ prœlim. 47, 48) qui admettait deux versions distinctes, on exagérant la portée de ce qui est dit par s. Jérôme {In Ez. III, P. 1. 25, 39) touchant la seconde édition, quam Hebrœi xax' àxpip&iav nominant.

(3) Tel est probabablement le cas pour l'emploi de veàvi; au lieu de irapôivoç. On doit noter cependant qu'il traduit aussi par veôcvi? le mot nSini {Deut. xxii^ 28), qui signifie certainement vierge. Le mot noS^T, sur lequel on a tant discuté, se trouve traduit ailleurs (Gen. XXIV, 43), en vertu d'une interprétation étymologique, par aTToxpucpoi; . «Aquila n'emploie pas non plus le mot yptaxo? pour traduire rT'U^D ; comme il traduit nUD par àXsicpto, il se sert du participe TjXei{ji[ji£voç. Ce ne sont pas là des interprétations fausses. Les autres exemples cités par les Pères ont encore moins de portée. V, Field, op. cit. i xix-xx.

OU simplement les termes reçus chez les chrétiens, en s'attachant au sens étymologique des mots. Saint Jérôme, qui avait étudié Aquila de près et qui l'a môme utilisé pour sa propre version, se permet quelquefois de l'accuser (1), comme d'autres Pères l'avaient fait avant lui ; mais il lui reconnaît aussi le mérite de l'exactitude, et il avoue dans Tintimilé que la version d'Aquila, loin d'être une œuvre antichrétienne, renferme au contraire beaucoup de choses très avantageuses pour la foi (2). Au fond la version d'Aquila n'était pas une œuvre de polémique : c'était simplement une œuvre juive.

On ne saurait trop regretter la perte de ce document. Il y aurait assurément peu de chose à en tirer pour l'interprétation vraie des passages obscurs de l'Ancien Testament ; mais le texte complet d'Aquila, s'il nous avait été conservé, serait l'équivalent d'un manuscrit hébreu du second siècle et permettrait d'apprécier en toute rigueur les changements qui ont pu s'introduire dans le texte biblique depuis cette époque. Son témoignage serait aussi très important soit au point de vue du lexique et de l'étymologie des noms hébreux, soit pour la con-

(1) Par ex., Prœf. in Job : Aquila^ Symmachus et Tkeodotio..,, milita mysteria ^Salvatons subdola interpretatione celarunt. Dans les passages de ce genre, s. Jérôme, ainsi qu'il lui arrive souvent, se conforme aux opinions qui avaient cours parmi les chrétiens, sans les adopter pour son compte. V. Hist du canon de VA, T. 115- 120, son attitude à Tégard des Septante et des livres deutérocanoniques, et Hist. du texte hébreu de VA. T. 131, son témoignage touchant Taltération de la Bible hébraïque par les Juifs.

(2) Ep. 32, ad Marcel. (P. 1. à2, 446j Jampridem cum voluminibus Hebrxorum editionem Aquilx confero^ ne quid forsitan propter odium Christi aynagoga mutaverit ; et^ ut amicae menti fatear, quai ad nostram fîdem pertineant roborandam plura reperio. De môme, Ep, 36, ad Damas (P. 1. 22, 4o7; : Non content loshis, ut quidam putantf $ed studiosuia verbum interpretatur ad lerbum.

naissance détaillée des procédés exégétiques admis par les écoles juives de Palestine dans la première moitié du second siècle.

La version deThéodotion, que saint Irénée mentionne en même temps que celle d'Aquila, était conçue dans un esprit de conciliation : c'était presque une révision des Septante faite sur le texte hébreu du second siècle après Jésus-Christ. Théo dotion paraît avoir voulu se conformer à rhébreu tout en s'écartant le moins possible des anciens interprètes. Il corrige les fausses interprétations des Septante et comble les lacunes que Tancieime traduction présentait relativement an texte hébreu plus récent. 11^ retenu certains morceaux qui ne se trouvent pas dans la Bible hébraïque, les fragments deutérocanoniques de Daniel, la note complémentaire qui termine le Job des Septante, le livre de Baruch (1); mais il n'a pas gardé les fragments d'Esther. Sa version était chargée, plus que toutes les autres, de mots hébreux non traduits et transcrits simplement en lettres grecques (2), défaut qui doit être expliqué par une connaissance insuffisante du lexique hébreu.

C'est à cause de son étroit rapport et de sa plus grande conformité avec les Septante que celte version a joui d'un cerlaincrédit dans TÉglise chrétienne. Saint Irénée employait déjà le Daniel de Théodotion, qui a supplanté comme on sait, dans l'usage ecclésiastique, le Daniel des Septante. On conçoit qu'Origène ait employé de préférence Théodotion pour combler dans larecension hexaplaire les lacunes du texte ecclésiastique. D'autres peut-être l'avaient déjà fait avant lui. Le livre de Job nous est parvenu augmenté de quatre cent vers environ,

(1) Notes de la version syro-hexaplaire. Cf. Field, op. cH. I, LXX.

(2) Longue liste dans Field, op. cit. I, xl-xli.

qui proviennent de Théodotion. Cet interprète ne semble pas, au contraire, avoir été apprécié chez les Juifs, peut-être pour la raison qui lui valait la préférence des chrétiens.

On ne sait presque rien de sa vie, en dehors de ce que nous apprend le témoignage de saint Irénée (1). Théodotion était un prosélyte d'Ephèse ; il a dû écrire assez longtemps avant celui qui le cite. La donnée de saint Epiphane (2), qui le fait vivre sous Commode, est donc sujette à caution. Le même auteur en fait un marcionite du Pont qui aurait ensuite abandonné la secte de Marcion pour se faire juif; mais ce doit être là une légende pareille à celle que saint Epiphane a recueillie au sujet d'Aquila. Saint Jérôme, qui le cite parfois aussi comme ébionite, dit ailleurs que c'était une opinion courante et que Théodotion n'était pas chrétien (3). Il est très difficile de dire Tépoque précise oii fut faite la versionde Théodotion. Saintirénée, lorsqu'ilfait mention des deux interprètes j uifs à lui connus, nomme Théodotion le premier; mais cela peut venir de ce qu'il connaissait directement la version de Théodotion et celle d'Aquila seulement par ouï-dire. Il semble aussi que le Pasteur d'Hermas (4) fasse des emprunts au Daniel de Théodotion ; mais la date du Pasteur est fort controversée (S). On a dit que Théodotion n'aurait pas eu de raison d'être

(1) Supr. cit.

(2) De 7nens. et pond, i 7-18 *P. g. 43, 264).

[3] Ep.iV^adÀvgustin. {FA. 22, 928^. Mention de Théodotion comme d'un hominis Judxi atque blasphemi. De même, In Dan. prœf. (P. l. 25, 493) : Illud quoque lectorem admoneOy Danielem. non justa LXX interprètes sed juxta Theodotionem eedesias légère, qui utique post adventum Christi increduliis fuit, licct eum quidam dicunt ebioniiam, qui altero génère Judœus est.

(4) Cf. Vis. IV, 2. 4 et Dan. VI, 2t. V. Bludau, op. cit. 19.

(^} V. Hist. du canon du N. T. 18.

après Aquila (1). Cependant il n'est pas impossible que dans certains milieux juifs hors de Palestine, on n'ait pas admiré sans réserve Texégèse d'Àquila et qu'on ait songé à suivre une voie mitoyenne entre ce traducteur et les Septante. La question de priorité entre les deux interprètes peut donc être considérée comme indécise (2). Si Ton possédait le texte complet ou une partie notable des deux traductions, il serait plus facile de voir si Tune dépend de l'autre. On s'est habitué à regarder Théodotion comme le plus récent à raison de la place qu'il occupe dans les Hexaples. Or cette place n'est pas en rapport avec la date des textes. Il n'est pas impossible que Théodotion soit le plus ancien : le caractère de sa version, l'usage qui en a été fait de bonne heure dans l'Eglise chrétienne donnent même à cette opinion une certaine vraisemblance.

La version du Symmaque est la plus élégante des anciennes versions grecques. L'interprète a fait en sorte de ne rien mettre dans sa traduction qui ne pût être compris d'un lecteur grec ignorant l'hébreu. Le style de Théodotion ressemble encore beaucoup à celui des Septante, c'est-à-dire qu'il est empreint d'hébraïsmes, sans avoir pourtant la singularité barbare du style d' Aquila (3). Symmaque reste littéral à sa manière : il est très attentif à rendre exactementement le sens de l'original, mais il abandonne volontiers les constructions et les idiotismes de l'hébreu. Par l'emploi du participe au lieu du verbe avec la conjonction et^ du génilif ab-

(1) Schiirer, Gei>chichle des jiidmhen Volkei^, II, 708.

(2) Buhl, op. cit. 157.

(3) S. Jérôme a caractérisé fort exactement les trois interprètes Chronic. proœm.{^. l. 27, 35.) : Quamohrem Aquila et Symmachiis et Théodotion incitatif diversum pœne opus in codem opère prodiderunt ; alio nitente verbum de verbo exprimerez alio $emum poUus sequi, tertio non multnm a veteribus discrepare.

solu au lieu de la préposition i avec Tinfiiiitif, d'adverbes au lieu de locutions complexes, en variant la traduction des particules, en remplaçant par des équivalents les locutions métaphoriques propres à l'hébreu (1), Symmaque parvient à se rendre parfaitement intelligible et à donner à sa phrase une tournure grecque. Il adoucit les passages qui semblent prêter à Dieu des sentiments ou des actes peu dignes de sa majesté. Par exemple, il ne veut pas dire avec les Septante (Ps. XLIII, 24) : IvaTi uTcvoIç, xupie ; mais il dit : IvaTitoç ùttvcov si, Séo-TTOTa ; On lit au livr^ des Juges (IX^ 13) que « le vin réjouit les dieux et les hommes » ; Symmaque appelle simplement Je vin t/jv sùcppoTuvrjV twv àvOptoTrwv. Un préjugé théologique lui aura sans doute suggéré la traduction bizarre et fausse qu'il donne du passage de la Genèse: <( Dieu créa Thomme à son image, à Timage de Dieu il le créa », qui devient dans Symmaque : xal IxTiCcV 6 ôeOs.TOV àvÔptoTTOv £v elxôvi o(.a<p6p(o, ôpôiov 6 ôeoç £XTi(T£v auTov (2). Sou goût gour le beau style Ta fait aussi tomber quelquefois dans la paraphrase (2). Saint Jérôme l'appréciait beaucoup et Ta très souvent imité dans la Vulgate. Il parle quelquefois d'une seconde édition de Symmaque ; d'oiironpeul conclure que cet interprète avait fait une révision de son œuvre après la première publication.

(1) Nombreux exemples dans Field, op, cit. I, xxxi-xxxm. Signalons la locution a^ioç Ôavàxou au lieu de ulôç Ôavàxou (H Rois XII, 151; xà^etç auxouç àTroŒxpocpous au lieu de Otîœsk; auTO'j<; vwTov (Ps. XX, 13) ; £Ù8iavo7)To; (SdU niIlD) au lieu de à-{!x^ (Tuvédsi (I HoiSf XXV, 3) ; etc.

(2) Field. op.cit. I, 10.

(3) Field, op, cit. I, xxxiii, où l'on peut voir des exemples. Symmaque évite de transcrire les m'ots hébreux en caractères grecs, et il lui arrive même de traduire quelques noms propres ; ainsi, Gen. III. 2l, le nom d'Eve, ^wo^ôvoc;, etc. Field, op. cit. l, xxxiv.

Symmaque est moins ancien qu'Aquila. et il peut être aussi moins ancien que Théodotion, si ce dernier est postérieur à Aquila, puisque saint Irénée ne Ta pas connu. Eusèbe et saint Jérôme en font un ébionite. Eusèbe rapporte même qu'Origène avait eu en sa possession un écrit de Symmaque où la doctrine ébionite était soutenue par des témoignages empruntés à l'Évangile de saint Matthieu (1). Ces renseignements semblent mériter toute créance. Symmaque aurait écrit sans doute ver§ la fin du second siècle. Saint Épiphane, qui le place au temps de l'empereur Sévère (193- 21 1 ) peut être dans le vrai ; mais il est permis de croire qu'il a été mal informé lorsqu'il présente Symmaque comme un samaritain ambitieux qui se serait fait juif par dépit, et aurait cherché dans sa version de l'Ecriture à combattre les opinions de ses coreligionnaires (2). Cette légende, conçue dans le même goût que celles dont il a été question pour les deux précédents interprètes, ne semble pas avoir le moindre fondement dans la réalité (3). Il est bon de noter que la version de Symmaque, la seule des anciennes versions grecques qu'on puisse dire avoir été faite jusqu'à un certain point dans l'esprit des temps niodernes et avec une idée assez juste de ce que doit être une bonne traduction, n'est pas d'origine juive, bien qu'elle ait été composée en Palestine.

On est moins bien renseigné encore sur les autres versions grecques recueillies par Origène et connues

(1) Eusèbe, Hist, EccL VI, 17, et, d'après Eusèbe, s. Jérôme. CataL script, eccles. 54. (P. 1. 23, 665.)

(2) Démens, et pond, 16 (P. g. 43, 264).

(3) In Genesi Vy rationes ejus (Syrrimachi) chronologicœ cum textu et versione Samaritanorum, quales nos manu terimus, contra suppur tationem LXX viralem concordant* Field, op, cit. I,xxx.

'mÊÊM

,8ous le nom de cinquième, sixième et septième. Au dire d'Eusèbe (1), Origène les avait trouvées par hasard, la cinquième à Nicopolis, près d'Actium, et Tune des versions supplémentaires des Psaumes à Jéricho. Saint Epiphane (2), qui ne connaît pas la septième version, intervertit les données d'Eusèbe et fait découvrir la cinquième à Jéricho, la sixième à Nicopolis. Eusèbe d'ailleurs ne parle de V®, VP et VIP version que pour les Psaumes, et il ne dit pas que les deux versions jointes dans d'autres livres aux quatre versions principales proviennent respectivement des mêmes auteurs et des mêmes endroits que la V® et la VP version des Psaumes. Il est très probable, en effet, qu'il s'agit de versions partielles de l'Écriture sainte, qui n'avaient pas trouvé à se répandre dans le monde judéo-helléniste et chrétien.* Avec les fragments qui en restent il n'est guère possible de conjecturer leur âge et leur provenance, ni même de marquer précisément leur objet.

Field (3) a relevé des traces d'une V® version pour la Genèse, le IV* livre des Rois, Job, les Psaumes, les

(1) Le texte d*Eusèbe (Hist. eccL, VI, 16) n'est pas très clair :

ToffauTT) 81 el(nriY£xo z^> \Qpi^hm twv 6eitov Xo-^wv àir7)xpipa)|jL£vr) èÇéxoKJK; cbi; :..xat Tiva*; ïzipbi,^ Trapà Tà<; xa67)|JLaÇei»ji.4vaç lp(JLY)VÊia<; EvaXXaTTOuaaj;, ttjv *Ax'jXou xaî SufjL^jtà^^ou xai BsoSoxitovoç, ècpeupelv, ac oùx oT8' ÔTToôev ex Ttvtov (xu^wv tov itàXat Xavôavouaac ^povov sic cpax; àvt^veucra<; TtpovJYaY^^* ^* ^"^ ^'^ '^V àSr^XoxTjxa, xivoç ap' sTev OUX eî8à)ç, auxo xouxo [xovov £7r£(jy)[i.7Îvaxo, tb(; apa XTrjv (jlIv eî)pot èv X"ji irpôc 'Axx^otç NixoiroXei, xrjv 8à èv Ixipcji xottj)8e xoircj) * ev *(e {jltqv xoïc eÇaTtXoTç xa>v tjyaXfJiwv ixszà xàç Itzio^iiok)^ xéaaapac èx86<jetç où {JLovov TtéfXTtxTjv, àXXà xat exxïjv xai ip86[JL7)v itapaÔet; epfJiTjveCav, lizl [Xiaç auSic ff£<j7)[jLe(toxat w<; sv *Ï£ptyo"t 7)6p7)|jLivr|; èv irfôq), xaxà xoî>ç ypovou; 'Avxwvtvou xou 'jIoî> iiepYJpou. Cf. s. Jérôme, Origenis hom. in cant. proœm. (P. 1. 23, 1117).

(2) De mens, et pond. 17 (P. g. 43,265). S. Epiphane paraît avoir confondu les données d'Eusèbe.

(3) Op. cit. I, xLiii.

Page 1