‹ Histoire critique du texte et des versions de la BibleChapitre 28 sur 37 · JI · texte numérisé non relu

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palestinien plus développé ; ce targum palestinien s'est modifié encore après la rédaction de celui d'Onkeios, s'enrichissant de variantes, de notes, de commentaires nouveaux. Nous le possédons sous une forme fragmentaire, sans que Ton puisse dire laquelle de ces deux rédactions, toutes deux postérieures à celle d'Onkelos, est plus ancienne que l'autre. Supposé que la rédaction du targum fragmentaire soit antérieure à la rédaction définitive du targum complet, il est invraisemblable que celui-ci soit sorti de Pautre, la paraphrase chaldaïque du Pentateuque tout entier ayant certainementété rédigée en Palestine à une époque relativement ancienne, avant le Targum.jdit de Jérusalem, et même avant celui d'Onkelos (1).

On trouve dans les targnms palestiniens la même aversion pour les anthropomorphismes que dans les targums babyloniens, et cette aversion se manifeste de la même manière. Assez souvent les actions que le texte original rapporte à Dieu sont imputées aux anges. Les explications Ugendsives (hagada) qui sont mêlées à la traduction du texte n'ont pas été inventées par les interprètes. Elles proviennent de la tradition exégétique, et on les rencontre soit dans le Talmud et les anciens écrits rabbiniques, soit dans les apocryphes de l'Ancien Testament et jusque dans Josèphe. Le pseudo-Jonathan dit que la femme de Moïse (Nombr, XII, 1) avait été reine d'Ethiopie : Josèphe [Ant. II, 10 1-2) raconte la môme chose. Uénoch devient le premier des anges, le métatrône; comme le livre apocryphe d'Hénoch, le targum connaît par leurs noms un grand nombre d'anges: Il connaît même les anciens géants. Soixante-

(1) Cf« lUihl, lor. iil, ; Volck, art, clt, 372 3/3*

196 HISTOIRE CRITIQUE Dt TBXTfî

dix anges accompagnaient le Seigneur quand il visita la tour de Babel. Des millions d'anges exterminateurs vinrent avec lui pour faire périr les premiers-nés des Égyptiens. Tous les genres d'interprétation allégorique se rencontrent dans les targums, avec celte couleur bizarre qui est propre à l'imagination rabbinique. On prend des leçons morales dans les récits historiques, ou bien on s'élève à des considérations de métaphysique religieuse, on développe des aperçus eschatologiques. La Loi a été créée avant le commencement du monde, et pareillement l'Éden, le paradis où seront les justes, et la Géhenne, l'enfer où seront les pécheurs. Le Messie se révélera à la fin, dans un grand jugement^^ après que Gog aura été vaincu (1). Les interprétations messianiques se rencontrent plus fréquemment que chez Onkelos ; elles se rapprochent, par certains cotés, de celles qui ont été données par les Pères ; mais elles contiennent aussi des idées tout à fait singulières, et « il ne parait pas qu'il soit fort avantageux à la religion chrétienne de s'en servir même contre les Juifs (2). »

Le targum du pseudo-Jonathan a été édité à Venise, en 1591, et reproduit dans la Polyglotte de Wallon; on lien connaît à l'heure présente aucun manuscrit. Le targum de Jérusalem a été publié pour la première fois en 1318, dans la Bible rabbinique de Bomberg. Il est aussi dans la Polyglotte de Londres. 11 en existe trois

(1) Volck, art. cit. 37 i-à7Z.

(2) R. Simon, Hist. cnt. du V. 2\ 305. - Verum quidem esieum Interpretem) seplemdecim in locis Messiam nominare vel ejus xtaiem.. ; erraret autem qui locos istos contra Jud^eos urgere jûeltet, idque eo magis qui'i etiam cum eo rabbinicum figmentum dupticis Mes- ^Ise admiitere cogevelur^qui alter, liliuH Ephraim vel Josephy pauper et vllis sed strenuus sit belll dux, alter filius Darld, magnificus et gloriosus regni Israël rex, Gornely, op. cit. I, 400.

Digrtized by VjOOQ IC

manuscrits: Fun au Vatican, Taulre à Nuremberg Cl) et le troisième à Paris (2).

Les targums palestiniens des Prophètes ne nous ont pas été conservés. On les connaît seulement par les citations des rabbins du moyen âge et par les gloses marginales de certains manuscrits (3). Leur caractère était le même que celui des largums de la Loi (4).

Les targums des Hagiographes sont tous de provenance palestinienne (5). Tous les Hagiographes, sauf Daniel et Esdras, dont l'original est araméen pour une partie, en ont été pourvus, et le livre d'Esther en a plusieurs. Ce sont des œuvres privées, émanant d'auteurs différents, et qui n'ont jamais eu de caraclère officiel. Ils sont tous de date relativement récente, quoique des éléments anciens aient pu y trouver place, et ils sont loin d'avoir été rédigés suivant les mêmes principes.

Le targum des Proverbes est le plus littéral. On peut dire que, dans l'ensemble, il suit de très près l'original hébreu. Un étroit rapport existe entre ce targum et la version syriaque (Peschito) du même livre des Proverbes. Quoi qu on en ait dit, ce rapport ne s'explique pas suffisamment parle caraclère liltéral des deux versions et l'affinité de l'idionoc (6). Le targum dépend de la version syriaque : tous deux s'écartent aux mêmes endroits du texte massorétique, contiennent les mêmes additions; certaines gloses du targum semblent faites sur

(1) Buhl, op, cit., \Si.

(2) Catal. des mss. héhr. de la DibL nat. n. 110 {XV° sièclo). Nombreuses variantes et emprunts à une autre paraphrasj\

(3) Notamment du C. Reuchlini(inm,sup)\ cit.

(4) Buhl, loc. cit.

(5) Buhl, op. dM83.

(6) Opinion de Haevernick.

le syriaque (1). En d'autres endroits, il est vrai, le targum s'écarte de la Peschito pour suivre Thébreu. Tout s'expliquera aisément si Ton admet que la version syriaque est à la base du targum, mais qu'elle a été revisée par l'interprète soit directement sur le texte hébreu, soit sur d'autres traductions. Le targum des Proverbes est d'ailleurs une œuvre palestinienne, apparentée avec le targum de Job et des Psaumes, bien qu'elle ne soit probablement pas du môme rédacteur et qu'elle semble être plus ancienne. Ne nous lassons pas de répéter que ces paraphrases araméennes n'ont pour ainsi dire pas de date ; elles remontent très haut pour le fond et elles n'ont pas cessé d'être retouchées et glosées. Les manuscrits des Proverbes, de Job et dés Psaumes présentent quelquefois plusieurs traductions du même passage, mais assez souvent, dans les Psaumes, avec la note : « autre interprétation » (ninK DWn) (2).

Le targum des Psaumes est généralement littéral ; mais il tombe de temps en temps dans la paraphrase et dans des interprétations fantaisistes (3). Pour la langue, les targums des Psaumes, des Proverbes et de Job ont une grande affinité avec le targum de Jérusalem, et doivent être à peu près du même temps (4).

Le targum de Job est plus chargé d'explications allégoriques ou hagadiques que celui des Psaumes (8). Mait

(i) V. Volck, art. cit. 374 (d'après Nœldeke).

(2) Id. ihid.

J3) Paf ex. P5.LVII, 3 : O^aho coramBeoaliimmo et forti qui accersivit araneam ut perficeret in ore speluncae telam propter me. Le Ps. LXVIU est appliqué tout entier à la sortie d'Egypte et au passage delà mer Rouge. On lit au v. 26 : Pracvenerunt et dixerunt eanticum post Moysen et et .ia'^on, qui modulibantur ante eos^ in medio mulierum justarum cum Maria tympana pulsantium.

(4) VfP-VlIlo siècle, en observant que certaines gloses peuvent être encore plus récentes.

(fî) Ex., Joh, m, 17 19 : Ihi impii qui egerunt pœnitentiam ce^sa-

ma

dans certains endroits où il y a double interprétation, Tune littérale et l'autre hagadique, il semble que la seconde a été surajoutée (2). Le targum de Job et celui des Psaumes se ressemblent tellement pour la méthode exégétique et la langue qu'on a pu avec quelque vraisemblance les attribuer au même rédacteur (3).

Le targum des cinq Meghilloth est l'œuvre d'une même école, sinon d'un même rédacteur. Dans sa forme actuelle il doit être de beaucoup postérieur à l'âge talmudique. Il est écrit dans un dialecte qui tient le milieu entre Taraméen occidental des targums de Job, des Psaumes et des Proverbes, et Taraméen oriental du Talmud de Babylone. C'est moins une traduction qu'un commentaire hagadique plus ou moins développé. Le targum de Ruth est relativement sobre ; celui du Cantique des cantiques est purement allégorique et très ample (4), bien que Ton s'attache d'ailleurs à suivre exac-

verunt a tumuHu gehmme^ et ïbi quieverunt discipuH quorum virlus lahoravit in lege.

Simul mncti in gymnasiis quieverunt ; non audierunt parvuli in domo magistri vocem doctoris.

Jacob j qui vocatus eU parruny et Abraham^ qui vocatus est vituSj ibi sunt, et Isaae, servun Dominiy qui egreasua est liber ah alligatione a fade Domini dominatoria sui,

(2) Ex. Job, XIV, 18 : Verumiamen mons cadens defluet et petra transferetur de loco suo. Targum aliud : Verumtamen Lot, qui separaim e&t ab Abraham^ qui similis erat monii exceho, diffluxit, et fortis sustulit gloriam majestatia suae de Soiom, qui locua ejus erat.

(3) Volck, art, cit. 374.

(4) On en jugera par ce début, Cant , I, i, 3-5 : Cantica et laudes quae dixit Salomon propheta,rex Israël, per spiritum sanctum, coi^am Domino, dominatore totius sœculi. Decem cantica dicta fuerunt in seculo isio et hoc canticum laudabilius est omnibus «7/ù. Suit Ténumération des dix cantiques ; cantique d'Adam (il s'agit d'un Psaume), de Moïse (Ex. XV), etc.

Dixit Salomon propheta : Benedieium nomen Domini qui dédit nobis Legem per manum Moysis scribwmagni, scriptam in duahus tabu-

tement la marche indiquée par le texte original. Les targums des Lamentations, de TEcclésiaste, d'Esther (II) occupent un rang intermédiaire (1). Ces targums et celui du Cantique renferment beaucoup de fables rabbiniques. Le dernier, remarquable par les anachronismes qu'il contient (2), est un panégyrique du peuple juif.

On a imprimé trois targums d'Esther. Les deux premiers n'en font en réalité qu'un seul, celui qui est dit le

lU lapideis, et loquehaiur nobiscum fade ad faciem^ skut vir qui osculatw socium suuniy quia dilexit nos tnagis quant sepiuaginta nationes.

A voce miraculorum et poientiae tnœ quœ fecisti populo iuo, domui Israël, conimoti sunt omncs populi qui audierunt famam potentiœ tuœ et signorum tuorum bonorum ; et nomen tuum sanctum auditum est in universa terra, quod est electum magis quam oleum unctionis qvo ungunlur capita regum et sacerdotum ; et ideo dilexerunt justi ambulare post viam bonitatis iux ut possideant seculum hoc et seculum venturum,., ...

Quando fecerunt domus Israël vitulum^ denigratœ sunt faciès eorum sicut filiorum Mthiopix qui morantur in tabernaeulis Cedar ; et quando egerunt pœnitentiam et dimissum fuit eis peccatum, multiplicatus fuit splendor gloriœ vultus eorum sicut vultus angelorum, eo quod fecerunt cortinas tabernaculi et resedit in medio eorum majestas Domini. Moyses autem magister eorum ascendit ad sethera et posuit pacem inter eos et regem eorum.

(i) Ex., Lamentations I, 1 : Dixit Jeremias propketa et sacerdos magnum : Quomodo decretum est super Jérusalem et super populum ejus ut damnarelur exiliis et ut fieret planctus ? Quomodo ? Quemadmodum judicati sunt Adam et Eva, qui ejecti sunt de paradiso voluptatis et lamentatus est dominator seculi super eis. Quomodo? Respondit mensura judicii et sic ait : Pr opter multitudinem peccatorum ejus et conjurationum quœ sunt in medio ejus^ ideo habitabit sola, sicut vir in cujus carne est plaga leprœ^ qui solus habitat. Et civitas quae erat plena turbis et populis multis evacuata est ab eis et facta est similis vidux ; et quae erat magnifica inter populos et dominabatur provinciiSf qui reddebunt ei tributa, conversa est ut sit depressa detque eis iribuium posihac.

(2) Ex. Can^, VI, 8, confusion d'Alexandre le Grand avec Antiochus Épiphane.

premier n'étant qu'un abrège du second. Le premier, qui est dans la Polyglotte dWnvers et dans celle de Paris, est à peu près littéral. Le second, chargé de digressions et de fables, a été publié pour la première fois dans la Bible rabbinique de Bomberg (1518) ; il se trouve dans la Polyglotte de Londres. Un troisième targum, plus libre encore et plus développé que le second a été traduit par Tayler (1). D'autres paraphrases du même livre sont inédites.

Tous ces targums des Hagiographes (pour Esther, le second seulement) se trouvaient dans la première Bible rabbinique de Bomberg (1518). Cette édition a été reproduite de nos jours par P. de Lagarde (2).

Le targum des Chroniques est resté longtemps inconnu. Il fut découvert au XYIP siècle par Beck, dans un manuscrit de la bibliothèque d'Erfurt, et publié par lui (1680-1683). Wilkins en a donné une nouvelle édition à Amsterdam, en 1715, d'après un manuscrit de Cambridge plus complet que celui d'Erfurt. Ce sont deux recensions, avec développements hagadiques, d'un targum beaucoup plus ancien et identique, semble-t-il, à la version araméenne des Chroniques conservée dans la Peschito. Le targum édité par Beck et Wilkins fait de larges emprunts au targum de Jérusalem sur le Pentateuque. On rapporte au milieu du VHP siècle la rédaction contenue dans le manuscrit d'Erfurt, et au commencement du IX^ siècle celle du manuscrit de Cambridge. C'est un targum palestinien (3). La rédaclion première, qui est entrée dans la Bible syriaque, serait

(i) Thargum prius (celui qui est dit le second) et postcrius (troisième) in Esther y nunc primum in linguam latinam translatum studits et op. Fr, Taileri (Londres, lG.oo).

(2) Hagiographa chaldaice {iS13) .

(3) Voick, art. cit , 375.

Tœuvre d'un juif d^Édesse et remonterait au IIP siècle de Tère chrétienne (1).

Munk (2) a pensé retrouver un targum de Daniel dans une histoire légendaire de ce prophète, qui suit, dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale (3j, le texte hébreu de Daniel avec traduction persane. L'histoire est écrite en persan mêlé d'hébreu, sauf la première phrase, qui est en chaldéen. Cette circonstance a fait supposer qu'il avait existé un targum dont la rédaction persane serait une tradu^ction. Que cette hypothèse soit fondée ou non, le document dont il s'agit n'a pas grande importance, car il ne remonte pas plus haut que le XII® siècle (4).

On peut rattacher à la littérature des targums la version samaritaine du Pentateuque. Cette version, écrite dans le dialecte samaritain (5), a été faite sur le texte hébreu-samaritain du Pentateuque aune époque relativement ancienne. Les opinions les plus diverses ont été émises touchant sa date, mais elle ne doit pas être plus récente que le second ou le IIP siècle de notre ère (6). Elle est plus littérale que les targums juifs, mais elle évite avec le même soin les anthropomorphismes et se sert aussi de circonlocutions pour traduire les noms divins. Les mêmes scrupules théologiques se manifestent dans certaines traductions. Ainsi, le serpent dit à la femme {Gen. III, 5) : « Vous serez comme de^ anges » ;

(i) Fraenkel, Jahrbiicher f. prot. Théologie, 1879, p. 508 et suiv. (2) Notice sur jR. Saadia (Paris, i838). 87. (3'Ms. I28(anc. 45),

(4) On lit dans le Talmud que Daniel n'a pas de targum parce que le temps de la venue du Messie est révélé dans ce livre. Cette raison a dû être imaginée après coup. Le livre d'Esd ras-Né h émie n'a pas non plus de targum et il est impossible d'alléguer le même motif,

(5) V. Hist. du texte hébreu ^ 28.

(6)Kautzsch, dans Herzog, R, Encyd. XIII, 350.

l'homme a été créé « à Tirnage des anges » {Gen. V, 1) ; c'est aussi un ange qui enlève Hénoch {Gen, V, 24), et non pas Dieu. Cette version aurait une certaine importance pour la critique du Pentateuque ; mais son texte nous est parvenu en mauvais état. Celui qu^on trouve dans les Polyglottes de Paris et de Londres a été revisé sur la traduction arabe d'Abu-Saïd (XI«-XI1« siècles). Les manuscrits qui n'ont pas été altérés de cette manière sont divisés par le dernier éditeur du targum samaritain (1) en deux groupes, groupe aramaïsant et groupe hébraïsant.

§. 3. Venion Peschito.

Le mot Peschito (Nni2U2) signifie « simple ». On le trouve appliqué à la plus ancienne version syriaque des Ecritures dans des manuscrits du IX« et du X* siècle. La même épithète se trouve employée en ce sens par un écrivain syrien du X® siècle, Moïse Bar-Céphas (f 913) : « Il faut savoir, écrit-il, qu'il existe dans notre langue syrienne deux versions de TAncien Testament : Tune appelée simple (peschito), celle que nous lisons, a été traduite de l'hébreu en syriaque ; l'autre, celle des Septante, a été traduite sur le grec. La simple^ qui a été traduite de l'hébreu, a été faite au temps du roi Abgar, selon ce que dit Mar Jacques d'Edesse {j- 708). Mar Jacques dit en effet que Papôtre Addaï et le fidèle Abgar envoyèrent à Jérusalem et en Palestine des hommes qui

(1) Voiler s, Pentateuchus SamarUanus (1872-1891). Les deux premiers fascicules ont été édités par Petermann (Berlin, 1872, 188ÏÎ) ; les trois derniers par Vollers (188^, 1885, l89l). « Cette édition. . . est évidemment bien supérieure à ses devancières, mais elle ne peut être considérée comme une édition critique définitive. » Rubens Du- \Si\, dams \sl Revue critique du 26 octobre 1891. Sur les éditions précédentes, v. Buhl. op. cit , 18.')-186.

traduisirent rancien Testament de Thébreu en syriaque. La version des Septante a été traduite du gi^ec en syriaque par Paul, évêque de Tella-Mauzalet (1). »

Le nom de « simple » n^a pas été donné à Tancicnne version syriaque « parce qu'elle est la traduction pure et simple du texte original, sans aucuns développements ou paraphrases targumiques (2) » ; îii parce que les versions syriaques plus récentes « sont plus travaillées, plus littérales, plus serviles, par conséquent moins simples que la Peschito (3) i ; ni par opposition à la version hexaplaire de Paul de Telia, parce que le texte de cette version était compliqué ou altéré par les signes diacritiques d'Origène (4); mais plutôt parce que la Peschito représente le texte simple de l'hébreu, tandis que la version hexaplaire ne donne pas simplement la traduction de l'Ancien Testament, mais une traduction annotée, complétée comme dans les Hexaples. Le mot Peschito a donc la même signification que le grec kiOS. employé pour désigner les manuscrits qui contenaient uniquement le texte des Septante, par opposition aux Hexaples ou aux manuscrits hexaplaires (5). Appliqué

(1) Passage du commentaire de Bar-Céphas sur rHexaméron, cité par Tabbé Martin (întrod. à la critique textuelle du N. T. I, 101) d'après un ms. de la Bibliothèque nationale (syr. 241).

(2) Trochon, Introd. I, 4'9 (après Gesenius, Hirzel, Haevernick, etc.)

(3) Martin, op. cit. I, 98.

(4) Hypothèse de Gornely, op. cit. I, 409.

(5) Nœldeke, Field. Gf. supr. p. 34. Nestlé entend par « version simple » la a version ordinaire », comme qui dirait la Vulgate ; mais '.< simple » et « commKU » ne sont pas synonymes. Une fausse traduction d'un passage de Har-Hebraeus (Hist. dynastiarum ; éd. Pococke, Oxford, 1663, p. 100) a exercé longtemps l'imagination des critiques. On lisait à propos des deux grandes versions syriaques : Occidentales [Syri) duas habent versiones, simplicem, quae ex hebrxo in syriacum translata est tempoi'e kddxi apostoli, vel ut alii dicunt,

ET DES VERSIONS DE LA BÎBLE 2(fô

d'abord à T Ancien Testament, il a servi ensuite à désigner toute la Bible.

Il n'est pas nécessaire de discuter les données purement légendaires qui font traduire TAncien Testament en syriaque au temps de^Salomon ou à Tépoque du roi d'Assyrie Asarhaddon. La conversion du roi Abgar, au premier siècle de notre ère, est aussi un fait bien incertain (1) : par suite il est douteux que l'Ancien Testament hébreu ait été traduit par le -soins d'Abgar et de Tapôtre Addaï. Toutes ces opinions ne sont que des hypothèses ou des fictions. Au commencement du V° siècle, Théodore de Mopsueste, qui était syrien d'origine et qui connaissait bien la Peschito, dit qu'on ignore Fauteur de cette version (2). Il est certain d'ailleurs que la Peschito existait alors depuis longtemps et qu'elle a dû être aux mains de l'Église chrétienne de Syrie à l'époque de son organisation définitive, dans la dernière moitié du second siècle.

La Peschito est Toeuvre de plusieurs traducteurs : les assertions de saint Éphrem et de Jacques d'Édesse, qui supposent plusieurs interprètes, sont confirmées par l'examen de la version. Il est certain que la tradition juive a exercé une influence sur la constitution de la Bible syrienne : les livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament n'y figuraient pas au commencement; certaines parties de la Peschito sont des œuvres juives, à savoir la version des Chroniques, targum juif qui fut joint d'assez bonne heure à la Bible des chrétiens de Syrie,

tempore Salomonis filii Davidis^ et Hiram, et. Figuratam. secmidum Septuagintaye grœco in syriàcum traduciam. Il aurait fallu traduire : et Hiram régis Tyri, et iSeptuagintaviralem, etc.

(1) V. Tixeront, Les origines de P Église d'Édesse, et Revue critique du :ijuiii 1889.

(2) Dans Mai, Patrum nova bibliothecay VU, 252.

puisque Aphraates et saint Éphrem le citent (1), mais qui ne parvint, semble-t-il, qu'assez tard aux honneurs de la canoûicité (2), et probablement aussi la version des Proverbes, qui n^aurait pas trouvé place parmi les targums des Hagiographes si c'eût été une œuvre chrétienne.

Certains auteurs ont pensé que la Peschito tout entière était une œuvre juive, parce qu'elle a été faite sur rhébreu et qu'elle semble être parfois dans la dépendance de la tradition exégétique des Juifs telle qu'elle est consignée dans les targums. Mais la tradition juive ne sait rien d'une version de l'Ancien Testament qui aurait été faite pour l'usage des Juifs de Syrie, et les chrétiens de ce pays regardaient la Peschito comme leur version propre. Les affinités que l'on constate entre la Peschito et les targums peuvent très bien venir de la coopération directe ou indirecte de savants juifs (3), soit de ce que les traducteurs étaient des Juifs convertis au christianisme. Beaucoup de passages ont un sens purement chrétien, ' et, par suite, l'origine chrétienne de la version considérée dans son ensemble ne prêterait pas au moindre doute si Ton était sur que le texte n'a pas été retouché.

L'origine chrétienne de la Peschito étant admise, cette

(1) S. Éphrem ne l'a pas commenté. Cf. Hist. du canondeVA. T., liO, sur Tattitude des. Éphrem à Tégard des deutérocanoniques

(2) 11 est difficile de dire pourquoi le livre des Chroniques manqua d'abord dans la Bible syrienne. Le canon de l'Église d'Édesse paraît avoir été établi dans des conditions tout à fait particulières (cf. Hist du canon du N. T. 58 61). L'autorité de Théodore de Mopsueste put contribuer à maintenir ce livre (ainsi qu'Esdras-Néhémie et Esther) hors du canon nestorien ; mais il semble que les monophysites eux-mêmes ne le recevraient pas tous. Nestlé, Syr, Bibelûbersetzungen, dans Herzog H, Encycl XV, 196.

(3) On peut parler, dans le même sens, de l'influence exercée indirectement sur la Vulgale hiéronymienne par l'exégèse rabbinique.

version né peut guère être antérieure à Tau 130 ni postérieure à Tan 200. Si la version citée par Méliton de Sardes sous le nom de o Supo; doit être identifiée à la Peschito (1), il faudrait dire que celle-ci existait déjà vers Tan 170. On a vu plus haut (2) que ce ^ùpoç mentionné par les Pères a des chances d'être réellement une version syriaque identique à celle qui est employée par les écrivains syriens du IV® siècle et que les écrivains postérieurs désignent sous le nom de Peschito. Les auteurs syriens, tels qu'Aphraates et Jacques d Edesse, étant, à beaucoup d'égards, dépendants de la tradition juive dans leurs explications de l'Ancien Testament, il n'y a pas lieu de s'étonner que la version elle-même relève de cette tradition par certains côtés (3).

Bien que la Peschito ait été faite sur l'hébreu et sur un texte très semblable à celui de la Massore, elle se rapproche tellement des Septante en certains endroits et pour certains livres, qu'il faut admettre aussi de ce côté un rapport de dépendance. 11 est beaucoup plus difficile de dire si les traducteurs des livres ou l'on remarque ces rapprochements se sont aidés de la version grecque dans leur travail, ou bien si le texte de la Peschito a été révisé après coup sur les Septante. Les ressemblances dont nous parlons se rencontrent dans tous les manuscrits et déjà même dans les citations d'Aphraates. La révision, si elle a eu lieu, remonterait donc à une époque très ancienne (4). Rien ne s'oppose à ce que des interprètes chrétiens aient mis à contribution la version des Septante (5) comme il est naturel aussi, dans Thypo-

(1) Cf. Martin op. cit. 1, i08 ; Nestlé, art. ciL 195,

(2) V. supr. 34-35.

(3) Nestlé, art, cit. 197.

(4>Buhl, op. cit. 188.

(o) La version des Chroniques, simple largum juif, n*a aucun rapport avec les Septanle.

thèse ou ces interprètes auraient été des juifs convertis, qu'ils aient consulté la tradition de la synagogue (1). Ajoutons queThistoire de la Pescbito, surtout en ce qui regarde l'Ancien Testament est peu connue et n'a guère été étudiée. Le peu qu'on en sait montre que les origines de cette version, sans être aussi complexes que celles des Septante ou des targums, ne se résument pas, comme celles de la Vulgate hiéronymienne dans le travail d'un homme et la simple traduction de l'original hébreu. Enfin si Ihypothèse de révisions totales ou partielles de la Peschito après le IV** siècle ou la première moitié du V® paraît inadmissible, elle est très admissible au contraire pour la période antérieure. Il semble, en effet, démontré, comme nous le verrons plus tard, que la Peschito du nouveau Testament a été révisée avant l'époque de saint Éphrem.

La Peschito tient un rang très honorable parmi les anciennes traductions de l'Ecriture. Bien qu'elle ne soit peut-être pas tout à fait « la reina des versions », comme les syriacisants se plaisent à le dire, et que, pour les parties poétiques de l'Ancien Testament, il soit permis de la trouver un peu plate, c'est une version suffisamment exacte et très littérale (2) comparativement

(1) Gorniil {Ezeckiel, lo4-l55j démontre par plusieurs exemples la dépendance de la version syriaque d'Ézéchiel à l'égard du targum : certaines leçons caractéristiques se rencontrent de part et d'autre; de même l'emploi de périphrases dans le cas où le targum s'en sert. Cependant Gorniil ne pense pas que le traducteur syrien ait eu sous les yeux un targum écrit.

(Z) Sauf pour la version des Chroniques. Voici, par exemple, le targum de I Chro7i. XII, 1-2 dans la Peschito : Omnes isti Davidi^ heroes aderant cumcoinbello^ et istiingressisunt cum Davide civita' tem Senaklag (Siklag) cum fugeret a compectu Saulis filii Cis ; hi cum fortitudine aderant omnes Davidi ; qui si voluisset, occidissent Saulem filium Cis^ cum gigantes essent et viri bello assueti; sed nolUit David permittere eis ul occiderent Saulem. krcus enim laeva,

aux targums. Elle ne vaut pas les Septante dans leurs meilleures parties, mais elle est bien supérieure à leurs parties défectueuses. Presque partout elle présente un sens intelligible, quand même ce ne serait pas celui de l'original (1); beaucoup de passages sont très heureusement traduits, soit que les interprètes aient été soutenus par une bonne tradition, soit qu'ils aient bien deviné (2).

Dans le Pentateuque, Ézéchiel et les Proverbes, la Peschito suit de très près le texte hébreu. Les interprètes de la Loi et d*Ézéchiel ont été pour le moins inlluencés par l'exégèse juive : de là vient qu'ils sont apparentés avec les targums babyloniens (3). Le traducteur des Proverbes était probablement un juif (4).

Isaïe et les petits Prophètes sont dans un rapport plus étroit avec les Septante.

Job est traduit mot à mot (5).

Le reste des Psaumes paraît avoir été plus altéré que celui des autres livres, sans doute par suite de la multi-

gladm dextera sua tenehant; et arcus eorum Imtructi erant sagittis, Nolùit autem David, occidere Saulem eo quod esset caput ac princeps tribus Benjaminitarum.

(1) Ex. Job XIX, 25-27: Ego quidam scio quod salvator meus vivit et in fine super terram apparebit ; et pellem meam circumsteterunt haec et carnem meam. Si viderint oculi mei Deum, videbunt lumen, lienes enim mei omnino perierunt de loco mec.

(2) Buhl, op. cit, 192.

(3j Comparer avec Onkelos supr, cit. p. 83, la traduction de Gen» XLIX, 10 : No7i deficiet sceptrum deJuda et legislator de medio pedum ejus donec veniat is cujus illud est, et ipsum cxpectabunt gentes.

Sur le rapport de la Peschito d'Ezéchiel avec le targum de Jonathan; V. Gornill, loc. cit,

(4) Cependant le texte actuel accuse Tinfluence des Septante.

(5) Gomme particularité de la version de Job, nous avons relevé remploi de ><:iDn « fort » ou de nmSn « Dieu j> pour traduire le nom divin 'JTU ou nu Sk. Dans le Pentateuque, dans Ruth, le mot hébreu est conservé,

plication des copies. Les titres de Thébreu ont disparu ou ont élé modifiés, tout ce qui regarde Texécution musicale étant supprimé, ainsi que les indications historiques, pour faire place à des indications plus développées concernant l'objet du Psaume. *< L'origine de ce changement vient sans doute de ce qu'autrefois on mettait au commencement de la plupart des livres de l'Ecriture des sommaires ou chapitres (x£îpàXai.a) de ce qui y était contenu... Par exemple, oiinous lisons avec les Juifs dans le titre du Psaume III: Psaume de David lorsquil fuyait de devant son fils Absalom ; il y a dans la version syriaque : Psaume de David touchant la béatitude future. Et cela est observé dans les autres Psaumes, môme dans ceux qui sont sans titre ou inscription dans rhébrcu. C'est de cette manière que le premier Psaume a pour titre dans la version syriaque : Discours touchant la manière de bien vivre, conformément à la règle des neuf béatitudes rapportées par saint Mathieu ; et le second Psaume est intitulé : De la vocation des rjentils. Prophétiè'de la passion du Messie(\),

La traduction de Ruth incline vers la paraphrase.

Dans la traduction de l'Ecclésiaste et dans celle du Cantique on observe une coïncidence assez curieuse avec la version des Septante, l'emploi de la particule n^ (2) pour représenter le UN* hébreu de l'accusatif, comme le traducteur grec a mis tjv.

(1) R. Simon, Hist. crit. du V. 1\ 276.

(2) En dehors de ces livres, la particule H"' ne se rencontre que dans Gen. I, 1, et I Cliron. IV, 41. Il y a lieu sans doute de reconnaître ici Tinfluence d'Aquila, mais une intluence indirecte, les interprètes syriens, ayant eu à leur disposition la version grecque des Septante, qui, pour le Cantique et rEcclésiaste, est dans le rapport le plus étroit avec Aquila. Celte particularité confirmerait l'hypothèse d'après laquelle la version syriaque, au moins pour un certain nombre de livres, aurait été faite sur l'hébreu avec Taidedes Septante.

ÎCT DÈS VERSIONS DE LA BlBLE 21 1

Les deutérocanoniques de rAncien Teslameiit, d'après Topinion commune des critiques, auraient tous été traduits sur le grec. Il y a lieu néanmoins de faire une exception pour TEcclésiastique, ce livreayant élé traduit sur l'hébreu par un interprète qui connaissait la version grecque (1). Cette traduction se lit probablement assez longtemps après celle des livres protocanoniqueâ Tous les deutérocanoniques existaient en syriaque au temps de saint Ephrem ( ^^^ 378) ; mais il est douteux qu'Apliraates (vers 340), en ait connu d'autres que les deux premiers livres des Machabées (2). On peut donc penser que les deutérocanoniques auront été traduits en syriaque pendant le IV^ siècle. Dans certains livres la version est plus littérale, dans d'autres plus libre. Ces traductions, sauf celle de TEcclésiastique, n'ont qu'une utilité médiocre pour la critique du texte biblique.

« Toutes les fractions dans lesquelles l'Église syrienne s'est partagée à partir du V** siècle et pendant le cours du moyen âge se servent de la version Simple dans leurs offices, leurs livres liturgiques et leurs commentaires. Nestoriens, Jacobites, Maronites, tous l'admettent également. C'est par exception seulement que Tune ou l'autre de ces Églises a employé conjointement avec la version Simple une autre version... ; mais les quatre groupes d'Églis9S que nous venons de nommer, ont toujours retenu l'usage de la version que leur ont léguée les premiers siècles du christianisme, .... Aujourd'hui encore, cette version demeure la plus répan-

(1) De Lagarde, Bickell. Micha3lis avait pensé à tort que le premier livre des Machabées était traduit de l'iiébreu. Le texte ordinaire de la Pescliito est apparenté aux mss. qui représententlarecension deLucieu. Le G. Ambrosiaims (B. 21), dont il sera question plus loin, contient pour les ch. XI -XIV un texte qui se rapproche du grec ordinaire.

(2) V. Hist du canon de VA. T, 109-fiO.

due, sinon la seule en usage parmi les chrétiens dont Taraméen est la langue liturgique. Après avoir été portée aux Indes, dans la Chine, dans le Turkestan etc., elle est en ce moment entre les rtlains des chrétiens du Malabar, des Nestoriens de la Perse, des Chaldéens du Kurdistan, des Syriens de la Mésopotamie, des Jacobites et des Melchites de la Syrie, même des Maronites du Liban (t). »

Il est très remarquable que le texte de la Peschito. ainsi conservé dans des familles religieuses très divisées entre elles, présente relativement peu de variantes. Si Ton fait abstraction des variantes d'orthographe et de prononciation, « nulle version ne présente- moins de leçons diverses. Cette fixité du texte syriaque tient sans doute à la grande vénération dont la Peschito a été environnée mais aussi au caractère de l'écriture sémitique (2) » où les variations et les différences de prononciation ne se trouvent pas exprimées. On peut soupçonner aussi que cette uniformité relative delà Peschito vient de ce que la Bible syriaque tout entière aurait été soumise au IV° siècle à une révision oflicielle (faite principalement ou uniquement sur des manuscrits grecs), qui aurait supprimé toutes les divergences des anciens témoins.

Les deux principales recensions de la Peschito sont la recension nestorienne ou orientale, et la recension occidentale. La première recension se trouve dans la lîiblc d'Ourmiah, éditée par les missionnaires (protestants) américains en 1832. La recension occidentale (3)

(i;P. Martin, op. cit, 106.

(^) Id, ihid. 106.

(3) Les témoins occidentaux se partagent en trois groupes : jacohile, melchile, et maronite. V. Rahlfs, Zeits.d» alttestamentliche Wissenschaft ^S89y 464-240.

est représentée par le texte que Gabriel Sionite prépara pour la Polyglotte de Paris. Le même texte, coilationné avec quelques manuscrits, a été reproduit dans la Polyglotte de Londres et dans l'édition préparée par S. Lee pour la Société biblique (1823). Les Pères dominicains de Mossoul ont aussi publié en 1888 une Bible syriaque. P. de Lagarde a publié séparément les deutérocanoniques, d'après la Polyglotte de Londres, avec la collation de six manuscrits du Musée britannique. (1)

Les livres de TAncien Testament syriaque sont distribués d'une façon particulière : après la Loi (Nnmx) vient comme seconde partie « le livre des séances » (NimD nm nifid), qui comprend Job, Josué, les Juges, les livres de Samuel et des Rois, les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiastique, FEcclésiaste, Ruth et le Cantique des Cantiques; la troisième partie est formée des livres prophétiques, à savoir Isaïe, puis ordinairement les petits Prophètes, Jérémie, Ezéchiel, Daniel. Par une singularité que nous avons signalée précédemment, certaiiis livres protocanoniques ont été exclus de la Bible sy- ] ienne (surtout de la Bible des nestoriens) ; et d'autre part, on trouve souvent dans les manuscrits, non seulement les deutérocanoniques de l'Ancien Testament, mais des livres apocryphes. Ainsi le Codex Ambrosianus{B 21), publié par M. Ceriani (2), contient les livres

{i)Libri y. t. apocryphi syriuee (Leipzig, 1861).

(2) Translalio syra Petcitto V. T. ex cod. kmbrosiano see, fere VI, photolithographice édita. Milan, 1876-1883. Cornill {op. cit., 145), après avoir collationné ce ms. avec les autres éditions pour le livre d'Ézéchiel. constate que les variantes réelles qu'il contient relativement aux autres témoins s'accordent avec le texte massorétique; d'où il suit que cems. représenterait un texte corrigé largement sur l'hébreu, ce qui diminuerait sa valeur comme témoin delà Peschilo. Ce jugement est combattu par Rahlfs, op. cit. 181 et suiv.

suivants : Pentateuque, Job, Josué, Juges, Samuel, Psaumes, Rois, Proverbes, Sagesse, Ecclésiaste, Cantique, Isaïe,. Jérémie avec les Lamentations, l'Épître de Jérémie et les deux Épîtres de Baruch, Kzéchiel, les petits Prophètes, Daniel avec l'histoire de Bel et du llragon, Ruth, Susanne, Esther, Judith, TEcclésiastique, les Paralipomënes, l'Apocalypse de Baruch, un premier livre d'Esdras qui est pour nous le quatrième, Esdras- Néhémie, enfin cinq livres des Machabées. On trouve donc dans ce manuscrit jacobite du VP siècle tous les deulérocanoniques de la Bible grecque, sauf ïobie, le IIP livre d'Esdras et la prière de Manassé; et Ton a, en fait d'apocryphes, la seconde Epître de Baruch (1), les Apocalypses de Baruch et d'Esdras, les III®, IV° et Y* livres des Machabées (2).

l ne édition critique de la Peschito reste encore à faire. Les matériaux cependant ne manquent pas. « Les bibliothèques les plus riches en manucrits représentant le texte de la Peschito sont celles de Rome (Vaticane et Propagande), de Florence (Laurentienne), de Paris (Bibl. nationale), de Londres (Musée britannique) j d'Oxford (Bodléienne) (3). » Le livre des Psaumes est celui dont il existe le plus grand nombre de manuscrits. Le plus ancien manuscrit daté de la Peschito est un Pentateuque de Tan 464, conservé à Londres. Par la comparaison des manuscrits orientaux et occidentaux il serait facile de rétablir le texte de la Bible syrienne tel

(1) La première esl noire livre de Baruch. La seconde Épître est originairement une partie de l'Apocalypse apocryphe et se trouve ainsi deux fois dans le C. Ambrofsianua. Cf. Histoire du canon de VA, T. 245.

(>) Le Vo livre des Machabées est tout simplement Josèphe, De iftUoJudaico,\l,

(3) P. Martin, op.cit. IM.

qu'il existait au V° siècle, avant la séparation des ÉgUses. On pourrait consulter aussi les écrivains syr!*'n?î, les versions arabes dérivées de la Peschito et surtout ti^s manuscrits massorétiques de cetle version (1), Il y mirait lieu ensuite de comparer le texte ainsi obtenu a ver les citations plus anciennes d'Aphraates et de h-aiiiL Éphrem (2).

Tout ce travail ne nous rendrait pas le texte primitif de la Peschito, mais celui de la recension officiello qui a été faite au IV ou V* siècle, si une telle recensioTi n existé. Il restera toujours difficile sinon impossible (Ti^îpprécier rigoureusement les modifications que le texte a pusubir du II® au IV^ siècle. La liberté avec laquelle on a traité un peu partout les textes bibliques durant celte période, autorise à soupçonner que la Bible syriaqui' n'a pas été plus que les autres à Tabi'i des remaniemeTits. Mais, à naoins d'une découverte imprévue, comme crll+i de la version dite de Cureton pour le nouveau T</sta-

(1) MaQuscrits du IX-XI'' siècle, d'origine soit nestorienni^ ^t'û monophysite. A rimitation des massorètes juifs, les Syri^iir; s*' livrèrent à un travail de critique pour fixer la lecture et la prononciation du texte sacré. Les origines de ce travail sont plus ancinines que les mss. où ses résiiltats ont été consignés ; elles remon ïfïi li sans doute jusqu'au Vll° siècle et même plus haut. Cette niiï^r^nt^^ est appelée dans les mss. <i tradition karkaphienne «. On ii cru pendant longtemps n l'existence d'une version particulièrn, ûiU' « karkaphienne » ou « montagnarde ». Cette version n'a jum^is existé. Karhalta estlenom du couvent qui fut au 1X<^ siècle le ci^iHn' des travaux massorétiques dont nous parlons. Le couvent de kia'kafla était dans la haute Mésopotamie, \ovî^ la région appelée Tni-- Ahdin -, mais le site n'en est pas autrement déterminé. Sur la iim>sore syrienne et les mss. massorétiques, v. P. Martin, La Mm^^arû cher, les Syriens ^Paris 1870; Journal aslnli'/ue 1869, XIV, 24p>37îJ) eilntrod. à la crit. textuelle du JV. T. I, 276 et suiv.; Cwitlr^in* The materials for ihe Grlticism of the Pefihitio Neiv TeHameni, duns Studia hlblica,m (Oxford, 1891).

(2) Buh', op. cit. 19 i.

ment (1), on ne sera pas en mesure de déterminer avec précision l'étendue et le caractère de ces transformations.

Il est évident que la valeur critique de la Peschito pour la correction du texte massorétique serait beaucoup plus considérable si la version syriaque n'avait aucunement subi l'influence des Septante. Quand la Peschito ^'accorde avec le grec contre l'hébreu, on n'est pas toujours sûr d'avoir deux témoins contre un, puisque la leçon actuelle du syriaque, ad lieu de représenter une leçon hébraïque autre que celle de la Massore, peut venir de ce que l'interprète a mieux aimé suivre les Septante, ou bien de ce que la version primitive a été corrigée après coup sur le grec. Néanmoins, dans l'hypothèse la plus défavorable, la Peschito ne laisse pas de confirmer la lecture du grec et son témoignage garde encore quelque valeur (2). Ajoutons que certaines leçons propres h la Peschito peuvent servir à corriger utilement le texte massorétique (3).

§ 4. Autres versions orientales.

Nous n'avons guère à signaler ici que des versions arabes relativement récentes et par conséquent d'une utilité médiocre ou nulle pour la critique du texte.

Parmi ces versions, la plus importante est celle du gaon Saadia(f 942), originaire du Fayoum, en Egypte,

(1) Nous parlerons de cette version dans l'histoire du texte et des versions du N. T.

(2) Il est clair que Taccord de la Peschito avec les Septante ne saurait diminuer l'autorité d'une leçon recommandée parla version grecque ; mais cette leçon est moins garantie comme leçon de l'hébreu que si l'indépendance mutuelle des deux versions était certaine dans touà les cas.

(3) Gornill, op. cit., 156.

et célèbre comme grammairien. La version de Saadia est plutôt une paraphrase qu'une traduction proprement dite. Elle offre un certain intérêt pour l'histoire de Texégèse. Le Pentatwque (en caractères hébreux) a été publié en 1646, à Constantinople (9). Il a été réédité d'après d'autres manuscrits dans les Polyglottes de Paris et de Londres. P. de Lagarde a publié la Genèse et TExode d'après un manuscrit de Leyde (2). La version d'Isaïe a été éditée, assez imparfaitement d'ailleurs, par Paulus en 1790-1791 (3). Le livre de Job a été imprimé intégralement pour la première fois à Altona en 1889, parles soins du D*" J. Cohn (4). Saadia avait joint à sa traduction un certain nombre de notes explicatives dont quelques-unes sont fort curieuses, par exemple celle qu'on trouve au commencement de la version de Job, et où l'interprète s'efforce de prouver que Satan n'était pas un ange, mais un hoigpme, ennemi du patriarche.

La traduction des Psaumes, qui existe en manuscrit (S), est encore inédite. Saadia avait traduit tout l'Ancien Testament ; mais il semble que certaines parties de sa version soient perdues pour toujours.

(i) Pentat. hebr. chald. per s. - arab, Yoïci en version latine les premiers versets de la Genèse d'après Saadia : Primum quod créavit Deus (fuit) cœlum et terra.

Eratque terra Abyssis cooperta^ obruta mari ; et tenehrœ super faciem abyssi, etventi Dei stabant super faciem aquœ,

Voluitque Deus ut esset Lux, et fuit lux.

« Il (Saadia) traduit quelquefois son texte plutôt selon ses préjugés que selon la vérité, » R Simon, op. cit. 3C6.

('/)Materialien zur kritik und Geschicfite des Pentateuchs, I (Leipzig, 1867).

(3) Une édition meilleure a été donnée depuis par J. Derenbourg, dans Zeits. d. alttest. Wissenschaft, 1889, 1-64.

(4) V. la critique de cette édition par Neubauer,TA^ Jewish Quart \ Reviewy II, 192, et parR. Duval, Revue critique, XXVIII, 409.

(5) A Munich et à Oxford. R. Kimchi cite la traduction d'Osée. Fritzsche, art. Bibelubersetzungen dans Herzog, H. Encycl. II, 445.

La version arabe de Josué qui est imprimée dans les Polyglottes de Paris et de Londres, a été faite sur Thébreu; elle est assez littérale. Roediger (1) a démontré qu'une partie de la version arabe des livres des Rois, imprimée dans lés mêmes Polyglottes, à savoir I (III) Rois XII-II (IV) Rois XII, 16 a été faite par un juif du X'' ou du XI» siècle; de même, la plus grande partie du livre de Néhémie (I-IX, 27) a été traduite sur Thébreu par un juif et interpolée ensuite d'après la Peschito par un chrétien.

« Erpenius a publié (2) une autre version arabe du Pentateuque, faite par un Juif d'Afrique (au XIIP siècle), laquelle est beaucoup plus littérale que celle de Saadias : aussi est-elle d'un style plus rude et plus barbare. L'interprète s'attache entièrement à la lettre^ et il traduit les paroles du texte hébreu mot pour mot, selon la coutume des Juifs dans leurs écoles ou synagogues, afin d'instruire mieux le peuple louchant la signification propre des mots hébreux ; de sorte qu'il faut être juif ou au moins savoir parfaitement la langue hébraïque pour entendre ces sortes de traductions (3). »

Nous avons mentionné plus haut la version arabe du Pentateuque faite au XP ou au XIP siècle parle samaritain Abu-Saïd, sur le texte hébreu samaritain. Abu- Saïd s'est servi de la version de Saadia. Plusieurs savants ont pensé qu'il avait employé aussi la version samaritaine ; mais il semble plus probable que cette version a été corrigée sur la version d'Abu-Saïd (4).

fl) De orig et indole arabicœ lihr.V. T. historicoruminlerprelntionis libri duo (Halle, l8:9).

(2) A Leyde, en 16^2. Cette version est appelée communément l'arabe d'Erpenius.

(3)R. Simon, op. «7. 307.

Ci) S.Kohn, Zur Sprache^ Literatur u Dogmatik der Samaritaner

Kuenen a édité la Genèse, TExode et le Lévitique {h Leyde, 1851, 1834).

La version persane des cinq livres de Moïse, impriaiéci dans le Pentateuque polyglotte deConstanlinople (1340, en caractères hébreux), et rééditée dans la Polyglotte de Londres (en caractères persans), a été composée tout exprès pour l'édition de Constantinople par le ralihin Jacob bon Joseph Taus (1). La traduction faite ^nr U* texte hébreu est très littérale ; elle paraît dépendre aussi d'Onkelos et de Saadia (2).

Comme les versions nous intéressent ici au point di^ la critique textuelle de Fhébreu massorétique, nous n'insistons pas davantage sur ces traductions récentes. Nous ne parlerons pas non plus des versions modernns de TAncien Testament, même de celles qui ont été failt's directement sur Thébreu. Ces versions ontplus ou moins de valeur et ont eu aussi plus ou moins de crédit, Nnu*^ signalerons les plus importantes en temps opportun, lorsque nous raconterons l'histoire de l'exégèse liililique (3).

(Leipzig, 1876), 124 Biihî, lyupr. cit. Sur d'autres versions aialM»^ dont on a pulilié seulement des fragments, v. Bickcll, Z^w/s. f, kathol, Tkeolorjic 1875, p. 386 et suiv.

(1) Ou « le Paon». Ce nom ne vient pas, comme on l'avail riu, de ce que R Jacob était originaire de la la ville de ïus dtui- W Khorasan A Koliul. Krit. Belenrhhnig d. pera. Pnitntmch-rrltet'se/i.W7îf7 (Leipzig, 1871).

(2) Les niss. hébreux 116-118 de la Hibliotbèque national"^ \'\mtiennent une traduction persane jointe au texte hébreu des Pio\rpbes.'du Ganti(|ue, de Rulh, de l'Ecclésiaste, d'Esther, de Job rt dK^ Lamentations. La même traduction de Job, avec de nombreu!=r*^ vuriantes, se retrouve presque entière dans le ms. 120 et IragniPiifiLiri* dans le ms. 121 Le ms. 127 contient une traduction persane dlCsther. Nous avons signalé précédemment la version de Daniel i*n^h'nue dans le ms 128.

('\) Sur les versions modernes, on i:»eut consulter Trochon, lnfn)duntion. 1, 456466, eiWgouvoux, Manuel Uibliqne, A. T. \,2M-th^\

Sectiofi IP. — Versions faites sur une autre version.

Au point de vue de la critique textuelle, ces versions ont une valeur comme témoins, non du texte original, mais du texte de la version d'où elles procèdent. Leur importance est donc proportionnée d'abord à leur antiquité et à leur fidélité, mais aussi Qt surtout à l'importance de leur original pour la critique du texte hébreu. C'est dire que, parmi les versions de version, nous nous occuperons surtout de celles qui ont été faites sur les Septante et qui sont les témoins de l'ancienne version grecque. Nous laissons de côté toutes les versions modernes qui ont été faites sur la Vulgate hiéronymienne. L'ancienne Vulgate est pour la version des Septante un témoin de premier ordre mais difficile à interroger. Nous en parlerons dans Thistoire de la Bible latine. Il nous reste à faire connaître et à juger sommairement Iqs versions coptes, éthiopienne, arménienne, syriaques, arabes, gothique et slave.

§ 1 . Les Versions coptes

Le copte est l'ancien égyptien (1), modifié au cours des siècles et demeuré la langue populaire au moins dans les campagnes de la basse Egypte et dans la haute Egypte. Tant que l'Église chrétienne ne s'étendit pas en dehors de la basse Egypte et qu'elle se recruta parmi les Juifs hellénistes ou la population grecque, le besoin d'une version de l'Écriture dans la langue du pays n'e se

pour les versions du XVP-XVIl'^ siècle, R. Simon, op. cit. l. II, c.

xx-xxv.

(l)Goptus, arabice vtrnaculo sermone Qihi, pronuntiatione ccn*ruptdy ex Y'JTcxioç vel zuTr-cato; (nous sommes obligés d'employer ici les caractères grecs au lieu de caractères coptes) derivari sokt pro a{^^jT:xf.o(; = JCgyptius. Ciasca, Fragmenta copto-sahidica^ I, pr. I.

fit pas sentir. Mais, à partir du IIP siècle, les exigences de l'enseignement ecclésiastique amenèrent la rédaclion de versions en langue vulgaire, sans doute après qu on se fût contenté durant quelque temps d'interpnHei* oralement la lecture faite en grec dans le service religieux. Trois versions nous sont parvenues, écrites chacune dans un dialecte différent: la version sahidique (1) ou thébaine, écrite dans le dialecte de la haute Egypte et principalement de la province de Thèbes ; la version bohérique (2) ou memphitique, écrite dans le dialecte de la basse Egypte ou de la région du Delta ; enfin la version basmurique (3), qu'on croit avoir été rédigée dans l'Egypte moyenne. Il paraît certain que deux au moins de ces versions, la version thébaine et la version memphitique existaient vers la fin du IIP siècle (i). La version thébaine est probablement antérieure à la version memphitique, car elle représente pour certaine livres, par exemple pour Job, un texte grec plus anciiMi que la version memphitique. Les deux versions ont pu d'ailleurs être revisées après coup sur, les manuscrits grecs. Comme elles sont indépendantes l'une de l'autre, on peut croire que la plus récente n'est pas de beaucoup postérieure à la plus ancienne. La version sahidiqut^ a été faite sur le texte primitif des Septante avant les recensions qui ont introduit dans ce texte un si grand nombre d'interpolations et d'altérations de tout genre,

(1) D'un nom arabe signifiant « le haut pays », la hauic Egypte.

(2) Du nom arabe désignant la province du Delta.

(3) On a beaucoup discuté sur l'emplacement de Basmur, la justesse de Tappellation, l'existence même du dialecte, depuis lun^;temps disparu. Nous suivons l'opinion du P. Ciasca, supr, cit.

(4) Au temps de s. Antoine (251-356) et de s. Pacôme (29MJ4n;i. V. Cornely, op. cit. I, 374.

c'esl-à-dire vers le milieu du IIP siècle, et elle pourrait même remonter uu peu plus haut. La version Lasmurique se rapproche beaucoup de la version Ihébaine et doit en dépendre par son origine. Le dialecte basmurique ressemble plus au thébain qu'au memphilique. Ces deux derniers sont nettement caractérisés (1). Le memphitique est plus littéraire que le thébain. Comme il a été étudié le premier en Europe, on le désigne volontiers sous le nom de copte, qui convient aussi bien aux deiix autres dialectes.

Ces versions de la Bible en égyptien vulgaire ne fu rent pas rédigées dans Tancienne écriture de l'Egypte ; mais on se servit de Talphabet grec augmenté de six caractères que Ton avait empruntés à l'écriture démotique (2) égyptienne. On a pensé que Talphabot copte serait d'origine chrétienne et qu'il aurait été inventé pour éviter l'emploi d'une écriture chargée d'emblèmes idolàtriques. L'écriture démotique égyptienne ne présente rien de choquant pour le sens religieux et moral de qui que ce soit ; mais pour des gens accoutumés au grec et entreprenant d'écrire en égyptien vulgaire ou copte (c'est ainsi qu'il faut évidemment se représenter les traducteurs de la lîible), cette écriture était souverainement incommode parce qu'elle était trop compliquée et peu lisible. Il .paraît d'ailleurs assez probable que l'adaptation de l'alphabet grec à l'expression du langage égyptien est antérieure aux versions de l'Écriture sainte et qu'elle n'est pas d'origine chrétienne (3).

(1) V. Peyron, Grammatlca linguœ copticœ, (Turin, 184tj 13-19.

(2) Ecriture populaire employée dans les contrais depuis^ la fin du VllI^ siècle av. J.~C. « L'étude du démolique, observe M. Maspero (Hist, ancienne des peuples de lOrient, ¥ éd. 743) a été négligée à cause des difficultés que présente le déchiffrement et de l'aridité des textes connus jusqu'à présent. »

(3J Le plus ancien document qui existe en écriture copte, horos-

Les versions coptes ont été faites sur le grec des Septante, sauf pour le livre de Daniel où elles suivent Théodotion. Leur langue est toute mélangée de mois grecs et surtout de particules que les interprètes ont transportés dans leur version, soit qu'ils n'aient pas eu dans l'égyptien vulgaire le moyen de les exprimer, soit que ces mots grecs fussent entrés dans l'usage, car il arrive aux traducteurs de remplacer le mot grec des Septante par un autre mot grec. Il va sans dire que les mots hébreux retenus dans le grec se retrouvent sous la même forme dans les versions coptes. Ces versions suivent de très près le grec et il est très facile de rétablir le texte qui leur a servi d'original.

De là leur importance capitale dans la critique du texte des Septante. Il faut observer néanmoins que certains défauts de l'idiome gênent sur plusieurs points le travail de comparaison. L'expression du verbe est assez défectueuse en égyptien : souvent on ne saurait dire si l'interprète avait dans son texte un participe ou un verbe à un mode personnel. Comme il n'y a pas de voix passive, on emploie pour traduire les formes passives du grec le verbe actif à la troisième personne du pluriel. Par exemple, au lieu de dire avec le grec {Gen. III, 19) : « Jusqu'à ce que tu retournes à la- terre, d'où tu as été pris », le copte traduit : « Jusqu'à ce que tu retournes à la terre d'où ils t'ont pris », c'est-à-dire, « d'où Ton t'a pris. » C'est surtout parles versions coptes que l'on pourra connaître la recension d'Hésychius, le texte alexandrin des Septante au IV* siècle. On peut même espérer d'atteindre par ce moyen, du moins pour certaines parties de l'Anciett Testament, le texte des Sep-

cope rapporté à Tan 154 de notre ère, n'est pas un document chrétien. Cf. Cabas, Mélanges égyptologiques, 2* sér. 294 et suiv. et Révilioutj Mélanges d^ archéologie égyptienne et assyrienne^ 40 .

tante tel qu^on le lisait en Egypte au III* siècle, avant les travaux systématiques des recenseurs.

A l'heure présente, on possède une grande partie de version memphilique, des morceaux considérables de la version thébaine, et quelques fragments de la version basmuriqae.

Le Pentateuque de la version memphitique a été édité en 1731, àLondres, par David Wilkins (1), et en 1867, à Leipzig, par P. de Lagarde (2). Le même savant a publié en 1879, à Gœttingue, quelques fragments de Josué, des Juges, des Rois, des Paralipomènes, de l'Ecclésiastique, des Proverbes (3). Uae partie notable des Proverbes (I-XIV, 26) a été imprimée à Paris, en 1882(4). H. Tattam a édité le livre de Job, àLondres, en 1846(5). Le Psautier, édité d'abord à Rome par Tuki en 1744, a été réédité depuis par Ideler (6), Schwartze (7), P. de Lagarde (8). ïattam a édité les petits Prophètes (9) en

(1) Quinque libri Moysis prophetœ in lingua œgyptia ex mss. vaticanOj parisiensi et bodlejano descripsit ac latine vertit D. Wilkins.

(2) Der Pentateuck koptisch. On trouve quelques chapitres de la Genèse dans A. Fallet. La version cophte du Pentateuque. Paris, i854.

(3) Orientalia, ï, 63 et suiv. Indication des fragments dansCiasca, op. cit, I, pr. VI.

(4 Recueil de travaux relatil's à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, Ili, 130-147.

(5) The ancient coptic version of thebook of Job the just, translatée into english and edited,

(6) Psalterium coptice. Ad codicum fidemrecensuit^ leciionls varie' tatem etpsalmos apocryphos sahidica dialecto conscriptos etc, adjecit J. L. Ideler. Berlin, 1837.

(7) Psalterium in dialectum copticœ linguœ memphiticam transla^ ium, ad fidem trium codicum etc, edidit notisque criticiset grammaticis instruxit yi . G Schwartze. Leipzig, 1843.

(8) Psalterii versio memphitica e recopnitione P. de Lagarde (en caractères romains). Gœttingue, 1875.

(9) Duodecim Prophetarum mlnornm Ubros, etc. ex. ms, Parisiensi descriptos etc. latine edidit H. Tattam.

fet bES VÊRàiONS 1>È LA ËlfiLB 225

1836, et les grands Prophètes (1) en 1832, à Oxford. Daniel (2) a paru à Pise, en 1849, et Barucli (3) à Rome, en 1870.

Jusqu'à ces dernières années, la version sahidiquc n était connue que par des fragments assez nombreux mais peu étendus, publiés par divers auteurs depuis la fin du siècle dernier (4). La Bibliothèque de la Propagande contenait des fragments beaucoup plus considérables, provenant de la bibliothèque du cardinal Élienne Borgia (f 1804) ; d'autres fragments qui avaient appartenu à la même collection se trouvaient à Naples. Sous les auspices de S. S. Léon XIII, le P. Ciasca a entrepris de publier tous ces morceaux de la version thébaine. Deux volumes contenant les fragments de TAncien Testa^ment sont sortis des presses de la Propagande (o). Tout dernièrement la publication du P. Ciasca recevait un complément de grande importance par l'édition d'un nombre assez'respectabîe d'autres fragments découverts en Egypte en 1883 et publiés par M. Maspero (6). Certains livres, tels que Job, se trouvent reconstitués presque intégralement ; mais il s'en faut bien que la version thébaine soit complète à l'heure qu'il est.

Voici, par exemple, ce qu'on a de la Genèse : II, 9-23 ; III, 8-2i ; V, 5-27 ; VI, 5-22 ; VlII-IX, 1 ; IX, 8-11 ; XI,

(1) Prophetas majores, etc. Edidit cum venione ialina Henricus Tattam.

(2) J . Bardelli. Daniel copia mempkitice.

(3) Bsciai, Liher Baruch prophetœ , Imprimerie de la Propagande.

(4) Indication des fragments et des éditeurs dans Ciasca, op. cit. Ijprœf. VllMX;ll, praef. LVI.

(5) Sacfonim Biblionim fragmenta copto-sahidica Musœi Borgiani. 1,1885; 11,1889.

(6) Mémoires publiés par les membres de la mission archéologique française au Caire, VI, i®"" fasc. Ce premier fascicule contient seulement les fragments du Pentateuque, Josué, Juges et Ruth , 1 Rois.

9.XIV, 2; XIV, I7-XVI, S; XVIII, 1-31 ; XXI, U-21 ; XXII, 1-19 ; XXV, o-H ; XXVIII, 6-XXlX, 19 ; XXIX, 2o-XXX, 11 ; XXX, 13-17, 20, 24-XXXIV, 25 ; XXXV, 4-19; XXXIX, 6-XL, 9; XLI, 42 io, 53 53;XLII, 13; XLIIl, 2-12, 16 27 ; XLVI, 19-XLVII, 2 ; XLVII, 24-27 ; XLVIII, 1-19 ; XLIX. 29-30; L, 2-26. Les passages qui se trouvent à la fois dans la publication du P. Cîasca et dans celle de M. jjfaspero présentent un si grand nombre de variantes qu'on peut se demander si Ton n^est pas en présence de versions distinctes. Mais des différences très notables'semblent provenir uniquement de la liberté que certains copistes se sont donnée dans la transcription. La traduction de Gen, Vlll, 1, est ainsi connue dans le texte du P. Ciasca : « Après cela, Dieu se souvint de iNoé et de tout ce qui était avec lui dans Tarche : le Seigneur Dieu envoya un vent sur la terre », etc. ; et dans le texte de M. Maspero : « Et Dieu se souvint de Noé, ainsi que de toutes les bêtes et des animaux, et des reptiles qui étaient avec lui dans Parche : Dieu envoya un vent sur la terre », etc. La dernière traduction est plus conforme au grec et sans doute aussi plus conforme que Tautre au texte primitif de la version thébaine ; mais l'omission qu'on remarque dans la première vient de ce que le scribe a voulu abréger, ou peut-être de ce q^i'il a transcrit son texte avec négligence, de même que les additions légères « Après cela », et « le Seigneur » semblent être des licences de copie.

On a observé (1) que, pour le livre des Juges, les fragments de la version sahidique suivaient généralement le manuscrit du Vatican dans les endroits où il diffère du manuscrit Alexandrin : ce qui n'empêche pas certaines leçons de l'Alexandrin d'être confirmées par

(J^ De Lagarde, H(i)txin{jlnia''Stu(iien^ nupr rit'

les versions coptes. Ainsi, au chapitre V; 3, on lit dans le manuscrit du Vatican :

•iaÂco Tto x'jpuo 7(0 Osw iTpaV' A.

Le manuscrit Alexandrin ajoute «îjvaTol (1) après Ta-rpaTTai, porte simplement à la seconde ligne : syo) tw x'jpi(») (^a-oixat, et omet t(J3 xjpuo dans la troisième. La version thébaine (2) suppose le mot ouvaTol dans la première ligne, deux fois syw sIjjl». dans la seconde, et Tw xjp'lw dans la troisième.

Dans les livres de Samuel, la version sahidique ne conlient pas généralement les passages que lesSeptanle n'avaient pas d*abord et qui sont ajoutés dans le manuscrit Alexandrin. A cet égard, la version Ihébaine est conforme au manuscrit du Vatican, tout en confirmant parfois les leçons de l'Alexandrin ou en présentant des leçons qui lui sont propres (3).

La version thébaine du livre de Job mérite particulièrement l'attention, parce qu'elle a été faite sur le texte des Septante non interpolé, tel qu'il existait avant les travaux d'Origène,et qu'elle n'a pas été gravement modifiée depuis. La critique trouve là, pour rétablir le texte des Septante tel qu'il était dans la première moitié du IIP siècle, un moyen beaucoup plus sûr que la comparaison des documents qui représentent le texte hexaplaire avec les signes diacritiques et les additions d'Origène. Ces documents (deux manuscrits grecs, deux latins et un syriaque dont nous parlerons bientôt) con-

{{) Double traduction du même mot hébreu.

(2) fragment publié par M. Maspero, op.cit,

(3) V. SMpr. p. 107-111.

228 mSTOlttE CHITIQUË DU TBXtB

servent néanmoins leur valeur pour le contrôle des données fournies par la version Ihébaine, où il y a quelques omissions accidentelles, et un tout petit nombre d'inlerpolalions (1). Observons qu'un fragment de Job (XXIX, 21-XXX, 8), édité par Erman d'après un raa- ■ nuscrit d'Oxford, contient les additions hexaplaires (2). La version sahidique n*a donc pas échappé tout à fait ajx mains des recenseurs.

Le Psautier thébain est reconstitué en majeure partie (3) et se présente dans les mêmes conditions que les livres précédents. La version des Psaumes doit être au moins aussi ancienne que celle de Job et remonte par conséquent à la première moitié du IIP siècle, peut-être mémo un peu plus haut.

La traduction des Proverbes, de TEcclésiaste, d'Ezéchiel a été faite sur le texte antéhoxaplaire et a subi ensuite Tinfluence des Hexaples. La version de Daniel faite sur le texte de Théodotion s'accorde généralement avec le manuscrit du Vatican. Certaines leçons de la version des petits Prophètes donneraient à penser que cette version a été corrigée çà et là sur l'hébreu (4) ou sur une version plus conforme à Thébreu <jue les Septante, par exemple celle d'Aquila.

La version sahidique n'est pas encore suffisamment connue pour qu'il soit possible de raconter plus minutieusement son histoire et de déterminer exactement son rapport avec la rocension d'Hésychius (5). Anté-

(1) Bickell, Wientr Zdtsnh. f. </ Kunded. Morgenl. VI, 1:37. (i) hruchstiicke der obcraegijpt. Uebcrsetzung d. A. T. (Gœttingue, 1880) .

(3) Fragments publiés par P. de Lagarde, Peyron, TukijMaspero, Schwarlze ; le tout réuni et complété par Ciasea, op. cit. II.

(4) Ciasea, op vit. II, prœf. LV.

(o) Ex huciii^que dirtis evidenter,ni fallory coUigitur versionem sahidicam quoad alitjuos saU.em libros a codiribus anteorigenianis esse

rieure à celle i ecorision, elle a dû en subir Tinflaence après coup. Mais il est impossible pour le moment de fixer l'étendue des altérations de la version sahidique et la part qui revient dans ces altérations soit à l'influence dllésychius soit à Finfluence directe du lexte hexaplaire.

On n'a jusqu'à présent que dos fragments peu étendus de la version basmurique, publiés au commencement de ce siècle par Zoega(l) elEngelbrolli (2), et plus récemment par les membres de la mission archéologique française au Caire (3). Tant qu'on n'aura pas reconstitué une partie notable de cette version il sera impossible de se prononcer sur les services qu'elle peut rendre à la critique des Septante.

§ 2. — La version ètliiopienne.

La tradition de l'Église chrétienne d'Abyssinie attribue la version de la Bible en langue ghee^ (4) soit à Abba Salama (Frumenlius), le premier évêque du pajs, contemporain de saint Athanase, soit aux « neuf saints »

conf-ectam^ licel in quibusdam eonnnAem libronim rnannscriptis haud desint Hexaplorum veHligia. Quod quldem laculenler ostewiit ecdesiam mperioriA Mgypii aerius omnino recenmmem 5s. librorum habuis$e\ qux etsi nnivermlia non evaserif^... du ejus tamen in pierisque libris existentia dubitari nequit. Utrum vero liaed recensio Hesychii ait, quem Klexendria et Mgyptvs laudant aiictoretn, ut refert Hieronymm, judicent viri docii. Ciasca, op. cit. II. prsef.

(i) Catalogua cod, copticorum mss. qui in Museo Borgiano Veiitris adservantur. Rome, 1810.

(2) Fragmenta Baschmiirica, Copenhague, 181 i.

(3) Mémoires publiés par les membres de la mission archéol.^ etc. 2® fasc Paris, 1885. Recueil de travaux relatifs à la philologie et a l'archéologie, VIII, fasc. 3-4. Indication des fragments dans Ciasca, op. cit. II, LVI.

(4) V. Hist. du texte hébreu, 30.

230 mSTOIRK CRITIQUE DU TEXTE

OU moines qui vinrent d'Egypte vers la fin du V* siècle et qui achevèrent la conversion et Torganisation religieuse de rÉthiopie. Il est vrai que la même tradition dit que la version fut faite sur l'arabe, ce qui est certainement fiux. Mais il paraît probable que la version delà Bible hit pour le moins commencée au temps de saint Frumence, vers le milieu du I V« siècle et qu'elle existait tout entière au VP siècle. Cette version est encore employée aujourd'hui par les chrétiens d'Abyssinie, et la traduction de TAncien Testament est adoptée aussi par les Juifs du pays (Falaschas).

La version éthiopienne a été faite sur le texte grec dont l'Église d'Alexandrie se servait au IV« et au V^ siècle. Elle est assez littérale et exacte dans l'ensemble. Il y a eu divers interprètespour les différentes partiesde l'Écriture, et il semble aussi que tous les livres n'ont pas été traduits en même temps. Les interprètes n'avaient pas une connaissance approfondie du grec, et la langue éthiopienne était d'ailleurs impuissante à rendre exactement certaines idées ou expressions de l'original, ta version primitive a subi au cours des temps de nombreuses altérations de détail. Les variantes des manuscrits accusent souvent une tendance à se conformer au génie et à Pusage de l'éthiopien. On y rencontre, c^mme ailleurs, des gloses explicatives. Les livres les moins lus sont les mieux conservés. II est possible que les versions coptes et surtout les versions arabes aient exercé sur la tradition du texte une fâcheuse influence. Mais l'hypothèse de P. de Lagarde, qui fait dépendre entièrement de ces versions la version éthiopienne est à bon droit réputée insoutenable (S).

(o) Dilimann, dans Herzog. R. Encycl. I, 203-?05. J. Bachraann, podekapropheton ^thiopicuinf I, 7.

OT DBS VBRSXONS DK tX BÏBW 831

Dillmann, qui a édité une grande partie de l'Ancien Testament éthiopien, a constaté dans les manuscrits trois états du texte : dans un petit nombre de témoins, la traduction primitive plus ou moins altérée parles copistes ; dans la majorité des manuscrits, un texte revu et complété sur le grec ; dans des manuscrits plus récents un t.exte corrigé sur rhébreu(6). Enfin, il existe pour certains livres, par exemple pour Job, des versions paraphrastiques faites à une date relativement moderne et qui sont de nulle valeur pour la critique. Il y a donc lieu d'examiner attentivement les manuscrits de la Bible éthiopienne avant de s'en servir pour fixer le texte primitif de la version. Les difficultés que ce discernement présente n autorisent nullement à nier l'importance de la version éthiopienne pour la critique des Septante.

Nous avons déjà signalé l'absence des livres des Machabées dans la Bible éthiopienne. Cette Bible contient d'ailleurs tous les protocanoniques et deutérocanoniques de l'Ancien Testament, avec des apocryphes. Le Psautier et le Cantique des cantiques, imprimés par les soins de Jean Po!ken(Rome, 1513; Cologne, 1518), ont été reproduits dans la Polyglotte de Londres. Dillmann a commencé une édition critique de l'Ancien Testament : l'Octateuque (Pentateuque, Josué, Juges, Ruth) a paru à Leipzig, en 1853 ; les quatre livres des Rois, en 1871. Tout récemment le D' J. Bachmann a publié la version éthiopienne d'Abdias (Halle, 1892), en annonçant l'édition des autres petits Prophètes et d'Isaïe. L'Ascension dTsaie et le IV^ livre d'Esdras ont été édités par Laurence, à Londres, en 1819 et 1820 ; le livre d'Hénoch et le livre des Jubilés par Dillmann, à Leipzig, en 1851 et

(1) On peut clouter que cette révision ait ét^ faite directement sur rhébreu.

232 HISTOIRR G^ITIQUR DU TKXTE

§ 3. — La version arménienne.

La version arménienne a élé faite dans la première moitié du V^ siècle par saint Mesrob, l'inventeur de Talphahet arménien (1-441) et ses disciples, sous la direction du patriarche Isaac (f 440). On raconte que Mesrob avait d'abord traduit la Bible sur la version syriaque, n'ayant pas de manuscrits grecs ;pilis que deux de ses disciples rapportèrent du concile d'Ephèse (431) une Bible grecque complète, sur laquelle on fit une version nouvelle. La première version est perdue ; mais peut-èlre certaines affinités de la version arménienne avec la Peschito sont-elles à expliquer par l'influence de bette première version faite sur le syriaque. Moïse de Chorène et deux autres disciples de Mesrob se rendirent en Palestine et à Alexandrie, d'autres encore à Athènes, pour se perfectionner dans la connaissance du grec, el mirent ensuite la dernière main à la version des Écritures.

L'œuvre de Mesrob et de ses disciples est très estimée. La version de l'Ancien Testament serre de très près le grec et le traduit avec élégance. H est probable que le manuscrit rapporté d'Ephèse par les disciples de Mesrob était un manuscrit hexaplaire, caria version arménienne, bien que faite sur les Septante, suit pour le livre de Jérémie l'ordre de l'hébreu et non celui du grec ; mais il y a des mélanges de textes facilementexplicables par les circonstances où la version fut faite. « La première édition de la Bible arménienne a paru à Amsterdam, en 1666, par les soins d'Oscan, archevêque d'Érivan, qui avait été envoyé tout exprès en Europe pour publier les Livres saints. Depuis cette époque, les éditions se so»t multipliées, à Co^stantinople,

à Jérusalem, surtout à Vienne et à Venise, grâce... au zèle... des religieux Méchitaristes. Les deux éditions de Venise (1789 et 1805), dont Zohrab fut chargé, jouissent d'une assez grande estime, parce que ce savant collationna une vingtaine de manuscrits anciens (1). «Oscan a retouché un certain nombre de passages pour rendre la version arménienne phis conforme à la Vulgate latine. L'édition donnée par Zolirab, à Venise, en 1803, contient le IIP livre desMachabées,leIIl«et le IV° livre d'Esdras; elle n'a pas TÉpître de Jérémie ni rEcclésiastique, dont Zohrab n'avait pu découvrir la traduction primitive. Ces deux livres se trouvent dans l'édition publiée à Venise, en 1859.

« On a prétendu qu'à l'époque où les Arméniens étaient entrés en rapport avec les Occidentaux, surtout avec la France et avec l'Italie, on avait revisé le texte arménien sur celui de la Vulgate. On a même fixé une époque précise et rapporté cette révision au ' règne d'Haitho, roi^ de Cilicie (1224-1270) ; mais on n'a cité à l'appui aucun document historique, aucun témoignage concluant (2) ». Une telle révision n'avait aucune raison d'être et cette hypothèse est abandonnée par plusieurs critiques modernes (3).

Il suffit de mentionner ici la version géorgienne, faite à ce qu'il semble sur les Septante, au VP sièle. Quand on Ta imprimée à Moscou, en 1743, on l'a corrigée sur la version slave, ce qui lui enlève une partie de sa valeur critique. On a supposé qu'elle pourrait ne pas remonter plus haut que le VHP siècle et avoir été faite sur la version arménienne. Les livres des Machabées et

(1) P. Martin, Introduction à la critique texlnetle du N. T. i,

(2) Id. op. cit. 332.

(3) V. Cornely Intrçductio, I, 387,

23d HISTOIRE GHITIQUE Dt TBXTE

TEcclésiastique ont été traduits du slave pour l'édition de 1743 (1). L'absence de l'Ecclésiastique dans la Bible géorgienne est peut-être en rapport avec l'espèce d'éclipse que ce livre a subie dans la Bible arménienne.

^4. — Lfs renions syriagnea,

La Peschito n'a jamais cessé d'être employée par les différentes Églises de Syrie. Mais le crédit dont jouissaient les Septante auprès des Églises orientales de langue grecque détermina chez les Syriens toute une série de travaux sur celte version.

Moïse d'Aghel (en Mésopotamie), qui traduisit en sytlaque certains ouvrages de saint Cyrille d'Alexandrie, vers Tan 5o0, dit que le chorévêque Polycarpe avait traduit en grec (vers S08), sur l'ordre deXénaias fPhiloxène), évoque monophysite de Mabug, lesÉvangilesetles Psaumes. La version des Psaumes n'a pas été retrouvée jusqu'à présent. Un manuscrit de Milan (C. Ambroisianus syrohexaplaris) cite la version philoxénîenne d'Isaïe, dans une scolie se rapportant à la version syro hexaplaire de ce prophète, c. IX, 6. Polycarpe n'avait donc pas traduit seulement les Psaumes. Quelques fragments d'une version syriaque d'Isaïe, faite sur le grec et, à ce qulil semble, sur le grec de Lucien, qui ont été édités d'après un manuscrit du Musée britannique (Ad. 17106) par Ceriani [Monumenta sacra et profana. V) sont attribués par ce savant à la version de Polycarpe. L'auteur s'est beaucoup servi de la Peschito et la suit souvent de préférence au texte de Lucien (2).

(i; Cornely, op. cit. I, 3«9.

(2) V. Field. Hexapla, I, XGIl. Le témoignage de Moïse d'Aghel pst reproduit par P, Martin, op. ctt, I, i36.

On ne voit pas qu'il soit rien resté d'une version (1) qui a été faite par le patriarche nestorien Mar Abba (t5S2).

La plus importante des versions syriaques dérivées du grec est celle qui fut faite sur le texte hexaplaire, en t>16-6n, à Alexandrie, par Paul de Telia, à-Finstigationd'Athanase,patriarchedesmonophysites syriens (2), L'existence de cette version fut signalée, vers la fin du XVP siècle, par Masius, dans son commentaire sur Josué ri574). Le manuscrit de Masius contenait une partie du Deutéronome, Josué, les Juges, Rutli, les Rois, les Paralipomènes, les deux livres d'Esdras, Esther, Judith et une partie de Tobie : on ne sait pas ce que ce manuscrit est devenu. Au commencement du XVIP siècle, la Bibliothèque an^brosienne à Milan acquit un manuscrit syriaque du VHP siècle, provenant du monastère de Sainte-Marie au désert de Scété, en Egypte. Ce manuscrit contenait les Psaumes, Job, les Proverbes, TEcclésiaste, le Cantique, la Sagesse, rEcclésiatique,les Prophètes avec Baruch, TEpître deJérémieet les fragments deulérocanoniques de Daniel. Pour ce prophète, rinterprëte avait traduit le grec des Septante et non celui

(l)Assemani Bill. Orient AU. 1,75.

(2) Voici là souscription d'un ms. decette version (Ms. syr. 27, Paris; contient le IV« livre des Rois ; la traduction que nous donnons est celle de Field, op. eit I, LXIX) : Vertit hune lihrum e lingua grœca in syriacameœ editione to)^ LXXUveneranduspater Mar Paulus, épiacopus fidelium, inurbe magna Alexandrie , j ussu et hortatione sancti et beati Mar Athanasii, patriarche' fideliuiriy in cœnobio Mar Zacchm Caltinicemis, cum degebant Alexandrie diebus cpiXoOio'j Mar Theodori^ archimandritx ejmdemcœnobii, anno 928 (617 de l'ère chrétienne; le ms. de Masius indiquait Tan 927 — 616), indictione quinta. Quicunque léger it oret pro(^i\oUtii Mar Thoma^ minisii^o et .<yncello sancti et beat i Mar Atkanasii patriarchx^ qui laboravit et curam habuif, et pro ceterifi eorum qui operam dederunt et laborU" verunt cum eo, etc

deThéodolion. Jéremie et Ézéchiel furent édités par le suédois Norberg (Lund, 1787) ; Bugati publia Daniel (Milan, 1788) et les Psaumes (rédition parut en 1820, après la mort de Bugali). Les autres livres prolocanoniques contenus dans le manuscrit furent édités par Middeldorpf {Berlin, 1835;. Dans ces derniers temps, le manuscrit tout entier a été photographié par les soins de Ceriani (Moniinienta^ VII, Milan, 1874;. Un manuscrit de Paris facile plus haut p 235 n. 2j contient le IV* livre des Rois : il a été édité par Middcldorpf dans la publication que nous venons de signaler. L? Musée britannique a acquis, en 1841 et dans les années suivantes, des manuscrits provenant comme \e codex Ambrosianus, du monastère de Sainte-Marie et qui contiennent une partie de la Genèse, l'Exode, la moitié des Nombres, la plus grande parlie de Josué, le livre des Juges, presque entier, Ruih, et une grande partie du IIP livre des Rois flj, Les Juges et Ruth ontété édités par Skat Rœrdam ( Copenhague, 1861J, les fragments de la Genèse et une partie de l'Kxode par Ceriani (Monnmenta^ II. Milan, 1863.)

. Nous savons déjà que cetle version syriaque, faite sur le texte hexaplaire, est un témoin de première importance pour la critique des Septante dans la recerision d'Origène, et que ses scolies ont fourni de nombreuses indicatiouS'Sur les autres versions grecques reproduites dans les Ilexaples. Paul do Telia suivait très minutieusement le texte grec. Comme on devait s'y attendre, la version syro hexaplaire s'accorde souvent avec le ma-

(1) Vient de paraîtr e : blbliothecai syriacai a V. de Layarde coUectœ quae udpliHologiam sacram pertinent (Gœttingue, I892j. Ce livre, que nous n'avons pas à notre disposition, est annoncé comme renfermant tout ce qui reste de la versjon syro-hexaplaire en dehors cju C. Ambrosianus.

Ml

nuscrit Alexandrin contre celui du Vatican, quelquefois avec celui-ci contre celui-là, ainsi que nous Tavons observé pour les traductions latines que saint Jérôme a faites sur le texte hexaplaire.

Vers 704-705, Jacques d'Edesse lit une recension'de l'Ancien Testament syriaque, en vue de mettre la Peschito d'accord avec les Septante. Le texte de la Peschito, pris pour base, est modifié d'après le grec, mais non pas, à ce qu'il semble, en suivant la version syro-hexaplaire, (1) comme on l'avait supposé (2). Le Pentateuque et Daniel, sont conservés dans deux manuscrits de Paris. Quelques fragments de Daniel ont été publiés par Bugati (dans son édition du Daniel syro-hexaplaire). Des fragments d'isaïe ont été édités par Ceriani {Monumenta V) d'après un manuscrit du Musée britanique. Il est clair que ce travail de Jacques d'Édesse ne peut être d'une grande utilité, ni pour la critique de la Peschito, ni pour celle des Septante.

On n'a découvert jusqu'à présent que des fragments de la version araméenne qu'on a appelée version hiérosolymitaine et qui a été employée chez certains chrétiens de Palestine, sans qu'on puisse dire au juste oii était l'Égli&e qui l'a employée ni à qu'elle époque on l'a faite. On croit qu'elle a été composée entre le IV* et le VF siècle. Nous aurons occasion, d'en parler plus tard, l'évangéliaire hiérosolymitain ayant une certaine importance pour la critique du texte du Nouveau Testament. Les courts fragments du Deutéronome, de Job, des Psaumes, des Proverbes, dTsaïe, qui se trouvent dans des manuscrits de Londres et de Saint-Pétersbourg ont été édités par Land (Anecdotasyriaca IV, 1875),

(1) La preuve est donnée par P. Mariin, op. cit, 296 et sjjiv» ,,

(2) Opinion de Ceriani souvent reproduite. ,

Autant qu'on en peut juger, le texte grec de cette version était celui delà recension hexaplairo.

§ .V Les reliions aivbes

Les versions arabes dont nous avons à nous occuper ici dérivent soit du grec, soit de la Peschito, soit de la version syro-hexaplaire.

La version arabe des livres poétiques (sauf Job) et prophétiques dans les Polyglottes de Paris et de Londres (1) a été faite sur le grec. Celle des Prophètes a été faite à Alexandrie, probablement après le X^ siècle ; elle a beaucoup d'affinités avec le texte du manuscrit Alexandrin.

Les versions des Psaumes sont très nombreuses et plusieurs ont été éditées. Dœderlein y a reconnu trois recensions, une syrienne (dans Justiniani, Psalterium octaplum, Gênes, 1510 et Gabriel Sionite Liber Psalmorum, Rome 1614) et une égyptienne (Psautier de& Polyglottes), procédant Tune et l'autre d'une ancienne version arabe faite sur le grec, puis interpolée, ici d'après les versions coptes, là d'après les versions syriaques ; enfin la recension melchite, très différente des précédentes, quia été faîte sans doute avant le XIP siècle, à Antioche, par Abdallah benFadhl (édition d'Alep, 1706, et autres).

On a signalé à Florence et à Oxford des versions arabes du Pentateuque, faites sur le grec (2).

[i) Gornill (Ëzecliiel, 49) dit que les éditeurs de la Polyglotte de Londres ont corrigé et complété le texte de la Polyglotte de Paris d'après un ms. d'Oxford qui contenait une version arabe faite sur la Peschito.

(2) Adler, Bibl. krit, Heise, 68, 179;. Paulus, Comment, crit exhibens e Bibl. Ox. Bodleiana specimina verss. Pentateucki septem. Cités par Fritzsche, Herzog 11. Encycl, TI, 446.

Toutes ces versions, composées à uiïe époque relativement récente, ne peuvent beaucoup servir à la critique des Septante ; mais elles pourraient aider à reconstituer rhistoire assez obscure et peu connue de la Bible grecque dans les Églises d'Orient pendant le moyen âge.

La version arabe de Job, des Chroniques, des Juges, deRuth, des livres de Samuel, des onze premiers chapitres du premier livre des Rois, du second livre à partir du chapitre XII, 17, de Néhémie à partir du chapitre IX, 27, dans les Polyglottes de Paris et de Londres, ont été faites sur la Peschito, durant le Xlli' ou le XIY' siècle, par des chrétiens de Syrie. Les Maronites se servent d'une version arabe du Psautier qui a été faite sur la Peschito; elle a été imprimée au mont Liban (1385 et 16J0) et rééditée par P. de Lagarde (Psalterium, Job, Proverbia arabice, 1876). Des versions du Pentateuque faites sur la Peschito sont indiquées par divers auteurs, mais on n'en a publié jusqu'ici que des fragments (Assemani, BibL Oneri^. 11,309; Schnûrrer, Dissertaiiones philologicœ, 203; Paul us op, cit.) Toutes ces traductions, qui ne sont pas anciennes, ne peuvent rendre que de médiocres services à la critique de la Peschito.

W. de Baudissin a édité les fragments d'une version de Job {Translationis antiquœ avabicœ L Jobi quœ super sunt ex apogr, cod,Musœi britannici, e^c. Leipzig 1870), et P. de Lagarde une version du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome (Materialien zur Kritik und Geschtchte des Pentateuchs I, d'après unmanuscrit deLeyde), qui paraissent dépendre de la version syrohexaplaire. Vers la fin du XV' siècle, Harethben Senan ben Sabat traduisit le Pentateuque et la Sagesse i^ur la version de Paul de Telia.. Le Pentateuque est conservé

240 HlSTOlftE dftltlCÎUÊ i)t) TRttÉ

dans deux manuscrits d'Oxford. On pourrait s*en servir pour combler les lacunes de la version syro-hexaplaire (1).

§ 6*. La version gothique et la vemon slave.

Ulphilàs, éveque des Gotlis, traduisit la Bible entière * sur le texte grec, vers Tan 330-360. Philostorge [Hist. eccL II, 5 ; P. g. 6"), 468) raconte quT Iphilas ne traduisit pas les livres des Rois pour ne pas exciler par des récits de guerres un peuple déjà Irop belliqueux. La valew^de cette a'iégation surprenante ne saurait être appréciée maintenant, car on ne connaît que des fragments peu nombreux de l'Ancien Testament dans la version gothique (Ps. LU, 2-3 : I Esdr. II, 8-i2 ;Néh, V, 13-i8; VI, 14-19 ; Vil. 1-3). Ces fragments ont été découverts au commencement de ce siècle dans des palimpsestes de la Bibliothèque ambrôsienne à Milan. On les trouve dans les éditions de la version gothique par H. de Gabelenlzell. Lœbe(F. et N. T. versionis goth. quœ supersunt, Leipzig 1843; reproduit dans Migne P.l. 18), par Massmann (Stuttgard 1835-1837) et Slamm (Paderborn, 1838; 6"^ éd. 1874). La version gothique de l'Ancien Testament a été faite sur un manuscrit qui contenait la recension de Lucien (2).

On regarde généralement comme dérivée des Septante

(1) Ne tamen nimis auxilii ex liac versione speremus obstat spécimen ejtis e rod (bodleiano) f il ab lïolmesio in Prœfatione ad Pentateuchum omni qua fieri potest cura et fide descriptum, Continet Num. XXIX in quo texius arabicus ad syrlacum exigi potest. Ex fxac collailone apparet Harelhum, prœtcr varietatis in vocahulis syriacis tran$fercndi$ studium imporluniim^ in tam brevi specimine plus semel e sensu arcfietypi sui non leviter aberrasse. Field, op, cit. I,

(2) P. de Lagarde, Libr, V, T. can.grœce I, pr. XIV.

ET DES VERSIONS DE LA BIBLE 'Ml

la version slave de TAncien Testament, et on Faltribne aux saints Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves vors le milieu du IX® siècle. Il est possible fjiie Cyritlo et Méthode n'aient pas traduit tout l'Ancien Tes Liimenl ot que Tœuvre de traduction n*ait été terminée qu'aprîis eux. Alter (dans Holmes, V. T. grœce, I praif. IV} soutient que la version slave est plus ancienne ([ue le IX* ^ècle et qu'elle a été faite sur rancionno Vulgale latine, puis corrigée sur les Septante à partir du lih siècle. Cette opinion est peu vraisemblable (i). Mais comme le texte a été retouché dans toutes les éditions modernes et qu'on n'a pas donné encore une édition de la version slave d'après les manuscrits les plus anciens, il n'est guère possible de s'en servir pour la critique des Septante.

(l) V. Corncly, op. cif. 1,392.

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