AU CONCILE DE TRKNTE
Jérôme, interprétée par Gajétan, fut la formule exacte et certaine de cette inégalité. Il est inconcevable qu'un livre inspiré qui contient des éléments doctrinaux n'ait pas d'autorité dogmatique ; il est inspiré pour être tout ce quMl est; par suite, il a une autorité souveraine en tout ce qu'il contient, selon la nature du contenu. « La condition de protocanonique n*est pas liée nécessairement avec la qualité d'ouvrage dogmatique, ni la condition de deutérocanonique avec la qualité d'oeuvre édifiante : pour ce motif, le concile a montré la plus grande sagesse en refusant d'affirmer par la disposition de son catalogue l'existence d'un pareil rapport. » {Hist, du canon de VA. T, 236), La théorie de Gajétan ne serait soutenable que si l'objet des protocanoniques était exclusivement le dogme ou les faits historiques important au dogme, et si l'objet des deutérocanoniques était purement moral, conseils édifiants ou légendes pieuses. Or on ne peut pas dire que certains protocanoniques, tels que Ruth, les Lamentations, Esther, soient des écrits de première importance pour le dogme ou l'histoire de la révélation, ni que des vérités dogmatiques ne se rencontrent pas dans les deutérocanoniques ou qu'elles y soient toujours exposées moins clairement. Toutefois, à prendre les choses dans l'ensemble, on peut dire que les protocanoniques, c'est-à-dire la grande collection historico prophétique qui constitue la partie principale de la Bible hébraïque, est particulièrement importante pour l'histoire du dogme et de la religion, tandis que la plupart des deutérocanoniques ont été écrits en vue de l'édification privée.
L'ancienne opinion des Pères orientaux et de saint Jérôme n'est donc pas admissible dans sa détermination rigoureuse. Dégagée de ses particularités, réduite au principe de la différence et de l'inégalité des ressources que les livres de l'Écriture offrent à l'Église pour l'enseignement des fidèles, non seulement elle est soutenable, mais elle ne saurait être
2îiO LA QUESTION DU CANOK DES ÉCRITURES
contestée. Sans doute l'opinion de saint Âthanase,de Rufin, de saint Jérôme, ne s'appuyait pas directement sur ce principe et nous avons trouvé ailleurs les causes historiqw^ff des divergences que présente la tradition chrétienne touchant le canon de l'Ancien Testament; mais il n'en est pas moins vrai que les Pères grecs ont tenu grand compte de la valeur respective des Livres saints et qu'ils ont souvent essayé de justifier par là les distinctions qu'ils introduisaient dans leurs catalogues. On ne peut les faire parler comme les théologiens modernes sans dénaturer leurs opinions. Resterait à dire que ces vénérables représentants de l'antiquité chrétienne et tous les auteurs occidentaux qui les ont suivis, depuis saint Grégoire le Grand jusqu'à Cajétan, se sont trompés du tout au tout, qu'ils ont erré sur le principe même de la valeur inégale des livres ou parties de l'Écriture, et non seulement sur telle ou telle application de ce principe, admis implicitement pour toute la tradition chrétienne. Il doit être permis de se tenir entre ces deux partis extrêmes, aussi périlleux l'un que Tautre.
Ainsi donc Topinion de lahn, pour autant qu'il s'agit d'une opinion théologique absolue et non de Tappréciation historique des faits, est rejetée à bon droit par les théologiens modernes. lahn « se trompe quand il fait dépendre le plus ou moins d'autorité qui appartient aux livres inspirés, de l'acceptation générale ou partielle dont ces livres ont joui anciennement » (ffist. du can. de VA, T- 234). Les deutérocanoniques tirent de leur inspiration la même autorité divine que les protocanoniques. Supposons qu'un auteur s'avise de formuler le système suivant : Tous les livres de la Bible sont inspirés et canoniques; mais la tradition des Pères, attestée par saint Athanase, saint Cyrille de Jérusalem, etc., nous apprend qu'il y a deux sortes de livres inspirés, les uns (protocanoniques) servant à prouver la foi, les autres (deutérocanoniques) servapt à l'édification