HISTOIRE CRITIQUE DES VERSIONS DE L'ANCIEN TESTAMENT
Pour le critique l'importance des versions de la Bible est en raison directe de leur antiquité et du rapport où elles se trouvent avec le texte original. Une version de TAncien Testament faite sur l'hébreu a plus de valeur qu'une version dérivée d'une autre version. De même, une version faite sur le texte hébreu avant l'époque de sa fixation définitive a plus de valeur qu'une version composée depuis que la tradition juive a surveillé minutieusement la transcription des Livres saints. Il suit de là que, parmi toutes les versions de l'Ancien Testament, celle qui mérite le plus d'être étudiée pour servir ensuite à la correction du texte hébreu traditionnel est l'ancienne version grecque, dite version des Septante ; car cette traduction est antérieure à l'ère
chrétienne, et elle a été faite, du moins en grande partie, dans un temps où l'uniformité ne régnait pas encore dans les copies de la Bible hébraïque (1).
Mais la version des Septante n'a pas seulement une importance majeure pour la critique du texte hébreu. Elle a été la Bible officielle de TEglise primitive et Ton peut dire que, jusqu'au v® et au vi* siècle, elle n'a pas cessé d'être, soit par elle-même, soit par l'ancienne Vulgâte latine, la Bible de l'Église universelle. L'Église romaine, en adoptant exclusivement à partir du VII® siècle, la Vulgate de saint Jérôme, n'a pas pour cela rejeté l'ancienne version, qui demeurait la Bible de l'Église grecque. Il est vrai que l'ancienne Vulgate latine est graduellement tombée dans l'oubli et que la version des Septante a été peu consultée durant le moyen âge. Mais la tradition occidentale n'en gardait pas moins un profond sentiment de vénération pour l'ancienne Bible de l'Église. Lorsqu'on proposa au concile de Trente de déclarer authentique la Vulgate latine, on eut soin d'observer que le privilège conféré à la Vulgate ne devait porter aucune atteinte à l'autorité des Septante (2). La Bible grecque est un texte ecclésiastique, ayant une autorité traditionnelle, et Sixte V a voulu en donner une édition authentique. C'est cette Bible qui, après avoir servi aux auteurs du Nouveau Testament, a été commentée par Origène, saint Athanase, saint Basile, saint Jean Chrysostôme, Théodoret ; c'est d'elle que dérive la Bible latine commentée par saint Cyprien et saint Augustin. Après l'original même des Livres saints, il n'est pas de texte plus vénérable.
(1) V. HisL du texte de VA. T., p. 107 et suiv.
(2) Non detrahendo tamen auctoritati purœ et verae interpretationis Septuaginta interpretum. Theiner, Acta authentica^ I, 64. V. Hist. du canon du N» T., p. 265.
ET DES VERSIONS DE LA BlBLË à
A ces différents titres, rancienne version grecque mérite d'être étudiée plus longuement et de plus près que les autres versions de l'Ancien Testament. C'est pourquoi, partageant le présent livre en deux chapitres, nous attribuerons le premier à la version des Septante, le second aux autres versions.