‹ Histoire critique du texte et des versions de la BibleChapitre 7 sur 37 · LA. VERSION DES SEPTANTE · texte numérisé non relu

LA. VERSION DES SEPTANTE

L'Ancien Testament grec a une histoire assez longue et compliquée. Son texte nous est parvenu dans un état peu satisfaisant. Suivant le plan que nous avons adopté précédemment pour l'étude du texte hébreu, nous exposerons d'abord l'histoire du texte des Septante, puis nous ferons une critique sommaire de cette version.

Section 1'*. — Histoire de la version des Septante.

La version des Septante est la plus ancienne version grecque de l'Ancien Testament ; mais on ne caractérise pas suffisamment la langue des Septante en la qualifiant d'hellénique. Le grec des Septante n'est pas le grec classique, ni le grec vulgaire des siècles qui avoisinent le commencement de notre ère : c'est un idiome particulier auquel on a donné le nom d'hellénistique et qu'il vaut mieux appeler tout simplement le grec biblique^ puisque cet idiome est la langue de l'Ancien Testament grec et, à l'imitation des Septante, celle du Nouveau Testament. Après avoir indiqué les traits essentiels du grec biblique, comme préambule à l'histoire du texte des Septante, nous dirons ce que Ton sait des origines

de cette version et de la conservation de son texte jusqu'au temps d'Origène ; des travaux critiques du grand docteur alexandrin ; de la conservation du texte depuis la fin du 111° siècle jusqu'à Tépoque de la Renaissance. Nous signalerons en dernier lieu les principales éditions des Septante et ce que la critique a fait, depuis le xvii^ siècle jusqu'à nos jours, pour rétablir le texte primitif de l'ancienne version grecque.

§ I. Le grec biblique

Le grec des Septante et du Nouveau Testament n'est pas le grec classique ou le dialecte attique, soit pur, soit enrichi d'éléments empruntés aux autres dialectes, comme on le trouve dans les auteurs qui ont écrit après Aristote. C'est une forme très spéciale du grec vulgaire que les conquêtes d'Alexandre répandirent dans l'Asie occidentale et en Egypte. Dans ce grec populaire les formes du dialecte attique ne conservent pas la prééminence qu'elles ont retenu dans le grec classique, et le vocabulaire est aussi très mêlé. Des mots étrangers s'y introduisent tout naturellement en plus ou moins grand nombre, dans les pays conquis. Mais ce qui caractérise proprement le grec biblique, ce qui en fait comme un idiome à part et dont une connaissance générale de la langue grecque ne donne pas la clef, c'est que ce grec n'est pas l'expression dé la pensée hellénique, et qu'il sert à traduire tant bien que mal des livres et des idées sémitiques.

On conçoit que cette circonstance ait modifié profondément le langage importé en Orient par Alexandre et ses successeurs. Les interprètes de l'Ancien Testament et presque tous les auteurs du Nouveau sont des fils de Sèm qui essaient d'écrire une langue de Japhet ; ils

pensent en sémitique et ils parlent grec. Les disciples de Moïse et des prophètes avaient sur la nature, sur la vie humaine et sur Dieu, des idées tellement différentes de celles des Grecs, qu'ils devaient être amenés à créer des mots nouveaux ou à changer l'acception de ceux que le vocabulaire hellénique leur fournissait. Il ne s'agit pas, en effet, d'emprunter des idées ; car l'influence des idées grecques ne se fait guère sentir dans la plupart des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament : il s'agit d'adapter aux idées religieuses d'Israël et à l'ensemble de tous ses souvenirs le langage d^une autre race. Voilà pourquoi le grec biblique demande à être étudié pour lui-même.

Il doit être étudié d'abord et principalement dans la version des Septante. La langue du Nouveau Testament est, dans l'ensemble, la même que celle de la version ; les écrivains de l'âge apostolique se sont formés à l'école des anciens traducteurs ; par suite la comparaison des Septante et du Nouveau Testament ne peut qu'être avantageuse à l'interprétation de celui-ci. Mais les Septante s'offrent au philologue dans des conditions qui permettent de fixer beaucoup plus aisément le sens de leur vocabulaire. Le grec des Septante est traduit de l'hébreu. Pour déterminer l'acception des mots inconnus au grec classique ou les acceptions nouvelles des mots anciens qui sont détournés de leur sens ordinaire, on peut, moyennant certaines précautions, se servir de l'hébreu comme s'il était la traduction d'un livre dont les Septante seraient l'original. La liberté avec laquelle les interprètes ont parfois traité leur texte, au lieu d'être ici un inconvénient, est à régarder plutôt comme une ressource. Les paraphrases, les substitutions ou suppressions de métaphores, l'emploi de différents mots grecs pour rendre un même mot hébreu

OU d'un même mot grec pour rendre différents mots de Toriginal sont autant d'indications fournies par les traducteurs eux-mêmes sur telle ou telle partie de leur lexique. Les autres versions grecques plus récentes, dont il nous reste des fragments, complètent sur certains points les données des Septante. Ainsi tel mot nouveau ou rare, qui se trouve dans le Nouveau Testament sans être dans les Septante, se rencontre dans les fragments d'Aquila, de Symmaque, de Théodotion(l).

L'étude du grec biblique a encore beaucoup de progrès à réaliser, principalement en ce qui regarde la lexicographie. Nous nous bornons à reproduire ici les conclusions formulées par E. Hatch (2) touchant les divers éléments qui sont entrés dans le vocabulaire des Septante et du Nouveau Testament, et la marche à suivre pour fixer le sens des mots.

t*^ « Il y a certains mots qui sont communs au grec biblique et au grec profane de la même époque, et qui, étant l'expression d'idées concrètes, n'ont pas été sensiblement affectés (dans leur signification) par le fait que le grec biblique est le grec d'une race sémitique. La preuve de leur sens est à chercher dans les documents contemporains, mais spécialement dans ceux qui reflètent le grec vulgaire plutôt que le grec littéraire et artificiel de l'époque (3).

(1) V. plusieurs exemples dans E. Hatch, Essays in Biblical Greek (Oxford, 1889), p. 25-29. Les variantes qu'on trouve dans les mss. des Septante, par substitution de synonymes sont pareillement à noter pour établir Téquivalence de tel ou tel mot.

(2) Op. cit, 34-35.

(3) Ex. : à^'^ap&utiy^ dans le grec classique, s'emploie exclusivement en parlant du système de courriers persans décrit par Hérodote etXénophon. Sous les Grecs et les Romains l'ancien système postal fait place à un service de réquisitions, et le mot reste pour désigner le transport forcé du bagage militaire par les habitants des lieux que

« Il existe (de mènie) certains mots qui sont communs au grec biblique et au grec profane de la même époque, touchant lesquels, bien qu'ils soient Texpression d'idées abstraites et non d'idées concrètes, il y a présomption que leur usage biblique ne s'écarte pas sensiblement de leur usage profane, attendu qu'ils se rencontrent dans les parties du Nouveau Testament les moins imprégnées de conceptions et d'idiotismes sémitiques. Le sens de ces mots peut être établi par les témoignages contemporains bibliques ou profanes (1).

S*" « La grande majorité des mots du Nouveau Testament, bien qu'ils soient, pour la plupart, communs au grec biblique et au grec profane de la même époque, expriment dans leur usage biblique les conceptions d'une race sémitique et doivent être étudiés à la lumière des documents apparentés (au Nouveau Testament), qui forment la Bible des Septante.

« Ces mots sont tellement nombreux et l'interprète est si fréquemment déçu par sa familiarité avec leur usage classique, que c'est une sage règle de ne laisser passer aucun mot, même le plus simple, dans le Nouveau Testament, sans mettre en question lo sens qui lui est attribué. La méthode à suivre consiste premièrement à vérifier l'usage classique du.mot ; secondement, à constater si des faits relatifs à son emploi dans la Bible donnent à présumer que son acception classique

traverse une armée. Le même mot se rencontre dans l'Évangile {Matth, XXVII, 32. Marc xv, 21), à propos de Simon le Gyrénéen, que les soldats romains obligent à porter la croix de Jésus. Cf. Matth. V, 41. Hatch, op. cit. 38.

(1) Ex. : 8ei(Tt8a(fjitov, SsKjtSaijJiovta. Dans le grec classique (Xénophon, Aristote), sens favorable : « pieux, piété ». Dans le grec plus récent (Philon, Josèphe, Plutarque), sens défavorable : « superstition ». C'est dans le dernier sens qu'on trouve ces mots employés Act. xvii, 22, XXV, 19.

a été modifiée. L'existence de ces faits est manifestée en partie par le contexte où le mot se trouve, mais principalement par le rapport de ce mot avec les termes hébreux dont il est la traduction ordinaire.

« Il est clair que la détermination de ce rapport est une besogne fort difficile. L'étendue de la Bible des Septante, les différences (qui existent entre ses parties), la liberté que les interprètes se sont donnée, l'existence de recensions diverses, nécessitent, dans Tétude de cette version, l'emploi d'une méthode attentive et prudente. Jusqu^ici, on n'a pas formulé de règles à ce sujet». De telles règles ne pourraient trouver maintenant leur expression définitive que si l'état des investigations était plus avancé.

« Deux règles cependant peuvent être considérées comme évidentes :

a. Un mot qui est employé constamment, ou avec des exceptions peu nombreuses et facilement explicables, pour traduire le même mot hébreu, doit être regardé comme ayant dans le grec biblique la signification de ce mot hébreu (1).

b. Les mots qui sont employés indifféremment pour traduire le même mot hébreu ou un groupe de mots apparentés entre eux (pour le sens), doivent être regardés comme ayant en grec une signification analogue ou virtuellement identique (2).»

Les mots sémitiques retenus dans le grec biblique et pourvus simplement d'une désinence grecque, gardent

(l)Ex. : (iTzo^^-^io^y « bête de somme ». Dans les Septante, traduction ordinaire de nDH ; signifie par conséquent « âne » ; est employé dans cette acception spéciale Matth. xxi, 5 ; II Fier, ii, 16.

(2) Ex. : àfxapTU)Xô(; et àde^TJ;, équivalents de y^zn (v. Pu, xxxvi, héb. xxxvii) ; ixxXyjd^a et aruvaYa>Yïî, équivalents de Snp ; etc.

leur sens primitif. Il suffit de citer les mots MewCaç,

On doit remarquer aussi qu'un même mot grec, servant à traduire un mot hébreu qui s'emploie dans des acceptions diverses, prend dans le grec biblique les acceptions du mot hébreu. C'est ainsi que ^îjixa, traduisant un {dabar), signifie « parole » et a chose », aicépixa traduisant yiT (z^ra), signifie « semence» et « postérité ». L'acception figurée de certains mots ou de certaines phrases a été ainsi transportée d'une langue à l'autre : 68oç s'emploie dans tous les sens de ^M{dérek), « chemin, conduite, secte » ; iraé^a aapÇ, traduction de luab, signifiera a tout homme » ; Xaix^oveiv wpédwxov, signifiera « faire acception de personnes » , comme Kizrj D^:9 ; etc.

Le grec biblique a un assez grand nombre de mots dérivés ou composés qui lui appartiennent en propre et dont le sens est déterminé par celui des mots hébreux qu'ils représentent. Ainsi àvàOeixa est l'équivalent de Din; (ixpoPu(jT(a, de nSiy ; xp(i)T0T6xta, de rrn^i ; (jxàvSaXov de Sl^sD ; etc.

Nombre de constructions grammaticales, véritables solécismes relativement au grec classique, ont été calquées sur l'hébreu et demandent à être expliquées par l'hébreu. Exemples : {Gen, I, 4) xal îtexwptaev è ôeoç ovi [jiiaov Tou 9(i)TÔç xal âvi |xé(Jov tou (jxotouç. {Gen, III, 8) èxpupTQaav ...àxo xpoa(ixou xup(ou. {Gen. IV, 2) xal xpodéôiQxev (E3a) Texëtv. {Gen. VI, 20) 8uo 8i5o cl:xôxavT(i)y(deux animaux de chaque espèce). ( Gen. II, 17) eavorw àxoÔaveTdÔe. {Gen. III, 16) xXv)ôi5va)v xXv)6uvo) Taç Xtjxaç aou. ((r^n. V, 4, 7, etc.) {jL£Tà To YsvvYJijau {Gen, XI, 2) xat ey^veio àv tco xtv^aat aixo-jç àxo âvaioXûv. {Ibid. V. 4) xpo loîi Siaaxapfjvai. L'emploi fréquent d'un substantif complément du nom, au lieu d'un adjectif, appartient au même ordre de faits : oc]^r^

e5<i>S(aç, ôu(j(a StxatoaiJVYjç, 6 ^adtXelç tîjç SoÇîJç ; et dans le Nouveau Testament, o otxévoiAoç r^jç àStxCaç, è avôpcoxoç Tîjç ivoiAfaç, 1^ wXy)y^ toO ôavatou. La liste de ces irrégularités pourrait être développée indéfiniment.

Si les interprètes de TAncien Testament et les auteurs du Nouveau avaient mieux connu le grec, ils auraient pu employer un peu moins de mots nouveaux, donner à leurs phrases une tournure plus correcte. Mais les idées qu^ils avaient à faire valoir n^auraient pas laissé de leur imposer dans une certaine mesure la création d'un idiome particulier. 'Comme la plupart d'entre eux ne connaissaient pas littérairement le grec et restaient dominés par les habitudes de la pensée et du langage sémitiques, ils ont ignoré toutes les délicatesses du grec classique, ils ont ignoré surtout l'art de la période. C'est pour cela que leur grec manque presque entièrement de couleur hellénique.

Observons d'ailleurs qu'il y a de notables différences entre les diverses parties de la Bible grecque. Les livres du Nouveau Testament, la Sagesse et le second livre des Machabées,qui ont été composés en grec, se rapprochent beaucoup plus du grec profane que les livres de FAncien Testament qui ont été traduits de l'hébreu. Il y a pareillement des degrés à établir dans ces deux catégories, les auteurs bibliques qui ont écrit en grec étant plus ou moins pénétrés de l'influence sémitique, plus ou moins initiés à la connaissance du grec profane ; et de même les traducteurs, selon qu'ils ont serré de plus ou moins près l'original hébreu, qu'ils maniaient plus ou moins facilement la langue grecque, se servent d'une langue plus ou moins barbare. On doit tenir compte de cette circonstance en interprétant les Septante et le Nouveau Testament, les mêmes mots pouvant être employés en des sens différents: dans tel livre,

en un sens autorisé par le grec profane, et dans tel autre livre en un sens particulier au grec biblique. Ainsi pXa<T<p7)fjieTv a dans saint Paul (1) le sens de t diffamer », comme dans le grec profane ; dans les Septante et dans les Évangiles (2), le même mot signifie «traiter avec mépris le nom de Dieu (3). »

§ 2. — Origines de la version des Septante,

La version grecque de TAncien Testament, dite version des Septante, est le plus ancien exemple connu d^une littérature traduite dans une langue étrangère.. Ce fait est d^autant plus remarquable qu'il se lie étroitement à rhistoire de la révélation judéo-chrétienne et aux progrès de la religion monothéiste dans le monde ancien.

Malheureusement, on ne possède aucun renseignement assez précis ou digne de foi sur la date, le lieu, les circonstances où la plupart des livres de l'Ancien Testament furent traduits en grec, non plus que sur la personne des interprètes. Le prologue de l'Ecclésiastique, écrit par le traducteur vers l'an 130 avant Jésus- Christ, nous apprend que les livres du canon hébreu étaient, à cette époque, pourvus d'une version grecque : cela est certain du moins pour les. deux premières parties de la Bible hébraïque, la Loi et les Prophètes, et pour un certain nombre d^Hagiographes, l'auteur du prologue mentionnant expressément la Loi, les Prophètes et les autres livres. Par « les autres livres », il faut entendre assurément les principaux Hagiographes,

(1) Rom, ni, 8 ; Cor, x, 30. Même acception dans IPi^r.iv, 4.

(2) Il RoiSy XIX, 6, 22 ; Matih, xxvi, 65.

(3) Autres exemples dansHatch, op. cit, 7, 8.

et d'abord, ceux qui sont signalés dans le livre même de l'Ecclésiastique : les Psaumes, les Proverbes, Job (i). Il est vraisemblable, d'ailleurs, que la plupart des Hagiographes étaient alors traduits, bien que la version de tel ou tel livre ait été toute récente, ou puisse même être postérieure à celle de l'Ecclésiastique.

Les données légendaires sont beaucoup plus explicites. Un document fort ancien, puisqu'il a été connu de Philon et de l'historien Josèphe (2), la lettre d'Aristée, officier de Ptolémée Philadelphe (284-247 av. J.-C), à son frère Philocrates(3), raconte que le bibliothécaire du roi, Démétrius de Phalère, ayant conseillé à son maître de faire traduire en grec la Loi de Moïse, Ptolélémée, après avoir rendu la liberté à cent mille Juifs que son père avait emmenés captifs en Egypte, dépêcha Aristée à Jérusalem, vers Je grand-prêtre Eléazar, avec de riches présents, pour lui demander des interprètes. Le grand-prêtre en envoie soixante-douze avec un exemplaire de la Loi écrit en lettres d'or. Arrivés à Alexandrie, les soixante-douze interprètes ont, durant sept jours, des conférences avec le roi, et font d'admirables réponses à toutes les questions qu'on leur pose. Puis on les installe dans l'île de Pharos.Tous les jours, ils traduisent, chacun séparément, un morceau de la Loi, puis fixent ensemble la rédaction définitive. La besogne est achevée en soixante-douze jours. Les Juifs d'Alexandrie sont saisis d'admiration ; ils demandent

(1) V. Hist. du canon de VA. Testament, 43.

(2) Peut>étre même d'Aristobule, contemporain de Ptolémée Philométor (180-143 av. J. G.).

(3) Le texte de cette lettre a été souvent publié, notamment dans les œuvres de Josèphe (éd. Haverkamp) II, 103-132. Mor. Schmidt en a donné une édition critique en 1868 (Merx, krchiv. f, ivissench, Erforschunff d. A. TA, 253-310).

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une copie de la version et prononcent Tanathème contre quiconque se permettrait d'y rien changer. Enfin Ptolémée, plein d'enthousiasme pour la Loi de Moïse, renvoie chez eux les soixante*douze interprètes avec de jolis cadeaux.

Ce récit, déjà trop merveilleux, a été encore embelli dans la tradition postérieure. Philon, suivant en cela son principe de Tinspiration divine communiquée à tous les sages (1), n'hésite pas à présenter les soixante-douze interprètes comme les organes du Saint-Esprit : leurs traductions auraient été absolument uniformes, en sorte que le texte grec du Pentateuque serait la version de chaque interprète et celle de tous» Plus tard, pour compléter ce dernier miracle, on supposa que les interprètes avaient travaillé dans des cellules séparées. Saint Justin (ou l'auteur de l'Exhortation aux Grecs), dit avoir vu les cellules dont il s'agit (2). Le Talmud mentionne ces détails extraordinaires. On se persuada également que les mêmes interprètes avaient traduit tout l'Ancien Testament. La chose était d'autant plus facile à croire qu'on ne savait pas en réalité par qui avaient été traduits les livres de la Bible hébraïque ; que le mot de Loi pouvait se prendre dans un sens large, embrassant l'Ancien Testament tout entier ; enfin qu'une telle opinion était avantageuse pour autoriser la version et ensuite pour la défendre quand elle tomba en discrédit chez les Juifs. Beaucoup de Pères ont cru à l'inspiration des Septante et attribué aux mêmes interprètes divinement assistés la traduction de toute la Bible hébraïque. Saint Jérôme seul a contesté vivement

(1) V. Hist, du canon de TA. T. 63.

(2) Cohort. ad. Grœcos. 13 (Migne, Patrol. gr. 6, 265). S. Épiphane {De pond, et mens, 3. P. g. 43, 241) met deux interprètes dans chaque cellule.

le caractère divin de la version grecque ; il s'en tient à la lettre d'Aristée et se moque de ceux qui ont inventé rhistoire des cellules (1).

Il n'est plus nécessaire aujourd'hui de prouver que saint Jérôme a eu raison d'attribuer la traduction des Prophètes et des Hagiographes à d'autres interprèles que celle de la Loi, et de refuser à ceux-ci le privilège de rinspiration divine. Mais les renseignements fournis par Arislée touchant la version du Pentateuque ne sont pas non plus dignes de foi. Tout le monde reconnaît que la lettre d'Aristée n'est pas authentique. L'auteur de cette lettre est certainement un Juif qui s'est affublé d'un masque étranger afin d'écrire des choses flatteuses pour sa nation et propres à rehausser le prestige de la version grecque du Pentateuque. La question est uniquement de savoir si nous sommes en présence d'une fiction pure, ou bien s'il y a derrière cette fiction quelques éléments de réalité ; si le récit légendaire a été inventé de toutes pièces, ou bien si l'intervention de Ptolémée Phiiadelphe a été pour quelque chose dans la traduction de la Loi.

On peut faire valoir contre la seconde hypothèse le caractère de la version, qui était rédigée dans un idiome barbare et presque inintelligible pour les Grecs. Le nom de lahvé y était transcrit en caractères hébreux. Si les lettrés d'Alexandrie avaient voulu faire usage d'une œu-

(l) Et nescio quis primus auctor septuaginta cellulas Alexandriœ mendacio suo extruxerit, quitus divisi eadem scriptitarinty cum Ansixas,.* et.., Josephus nihil taie retulerint ; sed in una basilicacongregatos, contulisse scribant non prophetasse. Aliud est enim vatem, aliud est esse interpretem : ibi Spiritus ventura prœdicit ; hic erudi^ tio et verborum copia ea qux intelligit transfert, Nisi forte putandus est Tullius Œconomicum Xenophontis, el Platonis Protagoram, et Demosthenis pro Ctesiphonte orationem, afflatus rhetorico spiritu^ transtulisse. Praef in Pentat.

vre aussi étrange pour eux, ils auraient été obligés d'en remanier profondément la langue. On ne voit pas que cette version du Pentateuque ait eu sur eux la moindre influence.

D'autre part, le document apocryphe ayant été composé vers Tan 200 avant notre ère, cinquante ans environ après la mort de Philadelphe, il serait assez surprenant qu'on eût osé mettre en circulation un récit dont la fausseté pouvait être aisément constatée soit à Jérusalem, soit à Alexandrie. Aristobule (1) parle de la version qui a été faite par les soins de Démétrius de Phalère, mais son témoignage dépend peut-être du pseudo-Aristée. En tout cas, il est difficile d'expliquer pourquoi certains éléments du récit auraient été inventés : les indications concernant la date et le lieu de la version ne peuvent guère être contestées. Le Pentateuque a été traduit à Alexandrie sous le règne de Ptolémée Philadelphe. L'intervention officielle du roi et la mention de Démétrius de Phalère sont beaucoup plus sujettes à caution. On observe que le pseudo-Aristée paraît avoir eu pour but d'autoriser l'usage public de la version et qu'il a imaginé à cette fin les détails concernant le grand-prêtre et les interprètes (2). Les détails relatifs à Ptolémée et à son bibliothécaire n^ont rien à voir avec cette tendance de l'auteur et peuvent lui avoir été fournis par la tradition. 11 est vrai aussi que tout se tient dans la narration et que l'intervention du roi et de Démétrius peut avoir été inventée pour rehausser le prestige de la Loi aux yeux des Gentils, comme l'intervention du grand-prêtre l'a été pour aug-

(1) Fragment cité par Clément d'Alex. I Strom. 22 (P. g. 8, 893) it Eusèbe, Prœpar. ev. xui, 12 (P. g. 2i, 1097). (2J Bleek-Wellhausen, Einleitung t. d. A. T. (1886) 533.

menter aux yeux des Juifs Tautorité de la version grecque. Ptolémée Philadelphe aurait été mentionné parce que la version a été faite réellement sous son règne, et Démétrius de Phalère, parce qu'il personnifiait en quelque sorle les origines de la bibliotlièque d'Alexandrie (1). Le pseudo-Arislée se montre bien au courant des usages de la cour des Ptolémées ; il connaît aussi les choses juives et les coutumes du temple ; mais cette circonstance n'augmente pas beaucoup la crédibilité de son roman. II ne semble pas connaître de livre canonique autre que la Loi, ce qui s'explique par le temps où il a vécu. Tout cela ne l'empêche pas d'être un faussaire. Que l'on compare avec les données de la lettre apocryphe, les réflexions du traducteur de l'Ecclésiastique sur l'imperfection des versions grecques, et Ton percevra nettement la différence qui existe entre un témoignage historique et un témoignage légendaire, entre la manière de présenter les choses comme elles sont arrivées et la manière de les présenter telles qu'elles auraient dû arriver pour les besoins d'une thèse.

Ainsi donc, selon toute vraisemblance, le pseudo- Aristée n'a pas menti en faisant traduire le Pentateuque au temps de Ptolémée Philadelphe (2). Il est beaucoup moins sûr que ce roi y ait été pour quelque chose. En l'absence de toute donnée positive, l'origine de la version s'expliquerait très facilement par le besoin

(1) D'après Hermippus (Millier, Fragmenta Hist. Grœc. III, 47), Démétrius aurait été banni d'Alexandrie après la mort de Ptolémée Lagus.

(2) L'opinion de Graetz {Jew. Quart, Review, III, 150-156), qui fait traduire le Pentateuque au temps de Ptolémée Philométor, est fondée sur une base très fragile (traduction de Lév. xxiii, 16, mise en rapport avec la division des Sadducéens et des Pharisiens). Le prologue deTEcclésiastique ne permet guère de placer la version du Pentateuque vers Pan 140.

qu'en avaient les Juifs d'Alexandrie. Cette version est rédigée dans la langpue populaire et mêlée d'hébraïsmes qui était la leur ; elle n'a d'abord servi qu'à eux. On peut croire que, dans leurs assemblées religieuses, les Juifs alexandrins lurent d'abord la Loi en hébreu, qu'une interprétation orale en grec devint bientôt nécessaire, et que cette interprétation, fixée par écrit, est la version dont la lettre d'Aristée veut exalter les mérites. Que Ptolémée Philadelphe ou son bibliothécaire aient désiré connaître la Loi mosaïque, cela est possible ; que leur désir ait amené la rédaction dont nous parlons, cela est possible encore. Faite nécessairement par des Juifs, cette rédaction ne pouvait être que ce qu'elle est. L'exemplaire de la bibliothèque d'Alexandrie n'aura pas été beaucoup lu. Chez les Juifs, la traduction écrite, quelle qu'ait été l'occasion réelle de son origine, a été sans doute employée d'abord dans l'usage privé, puis dans la lecture publique. Il est assez probable même que la lettre d'Aristée a été composée tout exprès pour justifier l'usage officiel de la version, soit en lui faisant délivrer indirectement par le grand-prêtre un certificat d'authenticité, soit en la présentant comme l'œuvre d'hommes spécialement assistés par l'Esprit saint.

Le nom de Septante, attribué par les auteurs ecclésiastiques à l'Ancien Testament grec, provient sans doute du récit apocryphe, le chiffre de soixante-douze ayant été arrondi en soixante-dix (1). Il est peu croyable que la version grecque ait été ainsi appelée parce qu'elle aurait été approuvée par un tribunal de soixante-dix juges, soit à* Jérusalem, soit à Alexandrie (2). Le pseu-

(1) C'est ainsi que le comprennent les Pères de l'Église.

(2) Opinion de Richçird Simon.

do-Aristée n'aurait pas manqué de faire valoir une telle approbation si elle avait existé. Or, il ne parle pas d'une sanction donnée iaprès coup à l'œuvre des interprètes par une autorité quelconque. Oîi a-t-il pris lui-même son chiffre de soixante-douze ? Ce ne doit pas être dans une tradition sérieuse, le Pentateuque n'ayant pas été traduit par un comité de soixante-douze personnes. Le nombre des interprètes paraît avoir été obtenu par une combinaison artificielle fondée sur le nombre des tribus israélites et destinée à faire valoir le mérite de la version. Mais cette donnée fictive n'a évidemment rien à voir avec les conditions historiques dans lesquelles Fœuvre de traduction s'est accomplie.

Il reste simplement que le Pentateuque hébreu fut traduit en grec sous le règne de Ptolémée Philadelphe. La version dont il s'agit doit être celle qui nous a été conservée dans la Bible grecque, et il n'en a pas existé d'autre auparavant. On ne saurait ajouter foi au témoignage d'Aristobule (1), quand cet auteur parle d'une version (2) qui aurait existé avant l'époque d'Alexandre : il veut expliquer les emprunts que Pythagore et Platon auraient faits à la loi de Moïse* Ce qu'il dit de la version consultée par les philosophes grecs n'est au fond qu'une hypothèse destinée à supporter une autre hypothèse.

(1) Supr, cit.

(2) Onadit qu'Aristobule ne parlait pas d'une traduction mais d'une simple communication des idées et des récits contenus dans la Bible. Cependant la traduction faite par les soins de Démétrius est mise en parallèle avec ce qui avait existé auparavant (StepfXTjveuTat YàpTTpo Ar^{ji7]Tp?ou 8t' iTspwv); seulement Aristobule donne à entendre que les anciennes traductions n'étaient pas complètes', celles de Démétrius étant ri oXï) eofXïjVEta xwv 8tà tou v<5(jtou Tràvxwv. Sur un passage (probablement altéré) du traité (post-talmudique) Masséket Soferim, où il est question de cinq traducteurs au lieu de soixantedix, V. Buhl, Kanon u. Text. d. A. T. 110.

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Le$ autres livras du canon hébreu ne furent traduits sans doute qu'après la Loi, successivement, par divers interprètes inégalement doués pour l'œuvre dont ils prenaient d'eux-mêmes l'initiative. On a pensé reconnaître dans le Pentateuque même la trace de plusieurs mains (1). H est du moins certain que le reste de la Bible hébraïque a été traduit livre par livre, et par des interprètes qui travaillaient indépendamment les uns des autres. Le prologue de l'Ecclésiastique nous montre quels motifs pouvaient déterminer les traducteurs : on voulait mettre à la portée des Juifs qui ne savaient plus ou presque plus l'hébreu, les enseignements contenus dans les Livres saints. Chacun travaillait sous sa propre responsabilité (2) et réussissait dans la mesure de ses connaissances et de son talent. Le traducteur de l'Ecclésiastique donne à entendre que les travaux de ses devanciers n'atteignaient pas la perfection (3).

La multiplicité des traducteurs est facile à prouver par la différence de leur style et des procédés qu'ils suivent en interprétant Phébreu. Il estévident, par exemple, que le traducteur des Psaumes n'est pas le même que celui de la Genèse, la versiop du Pentateuque étant littérale sans exagération, et celle des Psaumes étant d'une exactitude servile. Des passages entiers qui se trouvent en divers endroits de ^Écriture ou des mots qui revienneiït fréquemment ne sont pas interprétés de la même manière. Ainsi le traducteur du psaume rap-porté à la fin du second livre de Samuel (II Sam. XXII)

(1) Opinion de Frankei et d'autres critiques.

(2) 'AvayxatotaTov sOÉjjitjv xai aùxoç 7rpo(j£v£Y>tarf0at xtva oritouÔT^v xai cptXoirovfav tou fX£6ep[jL7)veuciai tt^vSe ttjv p(pXov, dit le traducteur de l'Ecclésiastique (proL).

(3) AÙTÔç ô vofjLoç xat cà TrpoçpTjXstai xaî ta Xotirà Ttov pipXta>v où [jiixpàv ïyti TTjv Stacpopàv ev lauxoTç Xe^ofAeva. Ibid,

a un autre^ vocabulaire que le traducteur de ce morceau dans le recueil des Psaumes. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un regard sur le premier verset commun aux deux textes :

(S. -ïS l'ûhBn) ^jiaSsD*) ^mivDi ^ySar mn^

11 noTM^ ^Tiap (S. ihSn) ^Sn

^yu;^ ppi ^JAQ

Dans la version des Psaumes (XVII héb. XVIII) nous lisons :

Kuptoc oxepitofjià jiou xat xaxacpuYïi (xouxat puotT); jjlou' ô 6e6ç (JLOU poTjôoç (Jiou, eXtciw 67C 'aùxov 67repaairi(JT'/i<; {xou xal xipaç <ja>TT^p?a<; fxou xal àvTtXTj'îtTtop fXOU.

Dans la version de Samuel :

Kupte, it^Tpa fxou xat ô^uptofxà [jlou, xat èÇatpoujxev6ç [le âfiot (1)* ô 6ê6(; [JLOU (puXaÇ etruat (xou, TteTtotOwç e'dofxat in 'autt}) (2)' 6Ttepa<Jict(TT7J<; [jloo xat xépaç atoTYjp^ac; [xou, àvTiXTiicxtop fXOU,

On peut constater des différences analogues dans la traduction des passages parallèles qui se rencontrent dans les Rois et les Chroniques, dans les Rois et dans Isaïe ou Jérémie, dans les Chroniques et dans les Psaumes.

La même locution a été comprise par un interprète

(1) Recension de Lucien : Kupioç (rrepewv [xe èx OXC^j^et&c fjioo, xat

(2) Lucien : ô 6e(i< fxoo itXàtmrjç jjlou, ffxeica<ïOijaofxat iv auT(J).

BT DBS VERSIONS DE LA BIBLE 21

et ne l'a pas été par un autre. Rien n'est plus curieux à observer que leur attitude en face de certains mots difficiles. Ainsi, le nom divin niKax (n^n'^) a grandement éprouvé leur sagacité : dans Isaïe et dans le premier livré de Samuel, on s'est contenté de transcrire (xùptoç) Ua^acoô ; dans la traduction de Jérétnie, le mot niKnsr n'est pas représenté ; dans les petits Prophètes et les Ghtoni« ques, il est traduit par xavtoxparcop ; dans les Psaumes, par (xùptcx;) tôv îuvàfjwwv ; dans le second livre de Samuel etles livres des Rois,on trouve tantôt wavxoxpariDp, tantôt (xùptoç) Tûv 8uva[jLe(i)v. De même, le nom de nu; ou nur Sk, qui est traduit dans Ruth par 6 l)cav6<;(l), est traduit dans les Psaumes par à sxoupavtoç {Ps. LXVII, hébr. LXVIII, 15) ou ô OeoçTou oupavoU (Ps. XC, hébr. CXI, 1) ; dans la Genèse et PExode, où Temploi de n\rr Sx est particulièrement significatif, n^ est remplacé par un adjectif ou pronom possessif (2). Le fameux passage (Ea?. VI, 3) où Dieu dit : « Je suis apparu en El-Saddaï, à Abraham, àlsaac et à Jacob, et je n'ai pas été connu d'eux par mon nom de lahvé » devient dans les Septante : xac ôfÔTQv xpèç 'APpaà[ji. xal 'laaàx xal 'loxcijî, ôeoç m auTwv, xtX. L'interprète d'Ézéchiel (I, 24 ; X, 15) s'est contenté de transcrire le mot hébreu en lettres grecques, aaSaf, aaiiûd. Dans le livre de Job, où le mot if^ se rencontre fréquemment, il est traduit tantôt par xtjptoç, tantôt par itavToxpoTwp. C'est par des observations de ce genre que l'on démontre l'indépendance au moins relative des différents traducteurs.

Il est beaucoup plus difficile de déterminer avec précision l'époque et le lieu où les traductions ont été

(1) Même traduction dans Job XXI, 15 ; XXXII, 2 ; mais ces passages n'existaient pas dans le texte primitif de la version grecque.

(2) N(mbr, XXIV, 4, 10, on trouve simplement OecJç; de même, dans/*. XIII, 7,

faites. Bien que les Prophètes du canon hébreu et bon nombre d'Hagiographes aient été traduits avant TEoclésiastique, il est possible que certains livres moins importants de la dernière catégorie aient été traduits plus tard. La version de FEcclésiaste et celle du Cantique des cantiques, que caractérise une excessive littéralité, ne doivent pas être de beaucoup antérieures au commencement de Père chrétienne, et pourraient être moins anciennes encore. Des traductions successives ont pu exister pour les livres plus courts sans que les premières aient été conservées. L'ancienne version de Daniel, supplantée dans Tusage ecclésiastique par la version de Théodotion, ne nous est parvenue que dans un seul manuscrit. Des faits analogues ont pu se produire chez les Juifs hellénistes dans le premier siècle avant notre ère et dans le suivant, bien que le souvenir ne s'en soit pas gardé.

La souscription de la version grecque d'Esther désigne comme traducteur de ce livre un certain Lysimaque, de Jérusalem. La version aurait été apportée à Alexandrie par le prêtre Dosithée, la quatrième année du règne de Ptolémée et de Cléopâtre. On croit généralement que le Ptolémée dont il s'agit est Ptolémée Philométor (181-145 av. J.-C). On ne connaît pas même le nom de ceux qui ont traduit les autres livres,

On a observé (i) que, dans les trois documents anciens où l'on trouve des renseignements explicites sur les traducteurs des Livres saints, ce sont des Juifs de Palestine qui sont mentionnés. Les soixante «douze interprètes du Pentateuque sont censés venir de Jérusalem à Alexandrie ; le traducteur d'Esther vivait à Jérusalem ; celui de l'Ecclésiastique a fait sa version en Egypte,

(1) Buhl, op, ciL 124.

mais il élait né en Palestine. Selon toute vraisemblance, la plupart des livres furent traduits en Egypte, mais plutôt par des Juifs nouvellement arrivés de Palestine que par des Juifs nés dans Témigration. Ceux-ci devaient comprendre Thébreu moins facilement que les autres ne comprenaient le grec.

Le travail d'interprétation n'a pas porté uniquement sur les livres que la tradition juive postérieure a regardés comme canoniques, et pour certains livres du canon hébreu les interprètes se sont servis d'exemplaires notablement différents du texte transmis par la tradition de la synagogue. Il suffit de rappeler ici les différences qui existent entre le texte hébreu et la version grecque des livres de Samuel, des Rois, de Jérémie, soit pour le contenu, soit pour la disposition des parties (1). Ce qu'il importe surtout de signaler, ce sont les faits analogues auxquels on ajoute plus d'importance : et d'abord, les additions que présentent la version d'Esther, celle de Daniel, celle de Jérémie complétée par Baruch et PÉpitre ; puis, l'admission de livres entiers qui n'ont pas été reçus dans le canon hébreu. . Nous avons dit ailleurs (2) sous quelles influences le développement du recueil scripturaire, arrêté en Pa* lestine, s'était poursuivi en Egypte et dans le monde judéo-helléniste. Les livres et fragments deutéro-canoniques, écrits d'origine juive, ne sont pas entrés dans la Bible par suite de l'ignorance où auraient été les Pères de l'Église touchant le véritable caractère de ces documents. Ce ne sont pas des chrétiens qui ont rédigé le livre grec d'Esther, ni le Daniel des Septante, ou qui ont traduit Tobie, Judith, l'Ecclésiastique. Pour

(1) V. Hist. crit du texte de TA. T., p. iil et suiv.

(2) V. m^t. du canon de i'A. T., p. 60 et «liv.

ce dernier livre au moins, il est visible que l'interprète ne fait pas grande différence entre Tœuvre qu'il traduit et les Hagiographes du canon hébreu. Les motifs qui ontdéterminélatraductiondeslivreshistoriques, desPro phètes, des Psaumes, des Proverbes, ont déterminé la traduction de l'Ecclésiastique, du premier livre des Macchabées. Il n y b pas lieu, en général, de distinguer dans les origines de la Bible grecque un premier travail, officiel et autorisé, qui aurait abouti à la traduction des livres contenus dans le canon hébreu, et un second travail, d'un caractère tout à fait privé, qui aurait eu pour effet d'ajouter au précédent des éléments que les auteurs de celui-ci eussent été capables de répudier.

Les parties du livre grec d'Esther qui n'existent pas dans l'hébreu ne procèdent pas, ce semble, d'un original sémitique. Mais on ne saurait dire si les additions viennent du traducteur lui-même ou si elles ont été introduites après coup dans la version. Quoi qu'il en soit, ces additions sont anciennes, puisque Josèphe lisait le livre d'Esther comme il nous est parvenu dans la Bible ecclésiastique.

Les fragments de Daniel, qui n'appartenaient pas à la rédaction primitive du livre, ont eu néanmoins, très probablement, un original hébreu ou araméen. Dans les Septante, la langue des fragments est la même que celle du livreprotocanonique.il est donc probable que le même interprète a traduit le livre avec les fragments, vers le milieu du second siècle avant notre ère (1).

Le livre de Baruch comprend deux parties distinctes (I-III, 8, III, 9- V), provenant l'une et l'autre d'un original hébreu, mais traduites peut-être par deux interprètes différents. L'interprète de la première partie connais-

(i) Bludau, De alêx, intet^. L Danielis indole crit. et hermen, 1, 5«

sait la version greôque de Jérémie, mais il ne paraît pas devoir être confondu avec l'auteur de cette version (1). On ne saurait fixer d'une manière précise la date où ces traductions ont été faites. Les plus anciennes citations qu'on en possède se rencontrent dans Âthénagore et dans saint Irénée (2).

Il est probable que l'auteur de la seconde lettre qui est reproduite au commencement du deuxième livre des Machabées lisait en grec TÉpltre de Jérémie (dans la Vulgate, Bar. NI), àlaquelleil fait allusion. {llMach. II, 2-3).

L'existence du troisième livre d^Ësdras, qui est le premier dans la Bible grecque, montre bien que le même texte hébreu a pu être, dès les premiers temps, pourvu de plusieurs traductions, puisque ce livre reproduit simplement la fin des Chroniques et plusieurs parties des livres canoniques d'Esdras et de Néhémie, autrement disposées que dans la recension hébraïque. On y a inséré l'histoire des pages de Darius (III Esdr. III- VI) charmant récit qui a pu être composé en grec, comme on a rattaché aux livres primitifs de Daniel et d'Esther les additions deutérocanoniqoes. Ce travail parait indépendant de la version des Chroniques et d'Esdras- Néhémie, bien que selon toute vraisemblance, il soit d'une date plus récente (3).

La version grecque de Tobie et celle de Judith sont citées par les Pères apostoliques (4). Ces livres, qui ont été composés en hébreu, ont donc été traduits, au plus tard, durant le premier siècle de notre ère.

(1) Kneucker, Das Buch Baruch^ 76.

(2) V. Hist, du canon de VA. T., 74.

(3) Il ne paraît pas que ce soit une simple révision de la^ version primitive.

(4) V. HisL du canon de VA.T.li,

Le premier livre des Machabées, dont l'original hébreu existait encore au temps de saint Jérôme, a été composé vers la fin du second siècle avant notre ère, à une époque où la plupart des livres du canon hébreu, sinon tous, et le livre de TËcclésiastique étaient déjà traduits. Il ne tarda pas sans doute à être pourvu aussi d'une version greeque, puisque cette versio!n a été employée par l'historien Josèphe.

A ces traductions de livres anciens et nouveaux vinrent se joindre des livres composés en grec, tels que le livre de la Sagesse, le second et le troisième livre des Machabées, sans compter les versions d'apocryphes rédigés en hébreu ou en araméen et les apocryphes grecs qui n'ont pas été retenus dans le canon de l'Église. On ne saurait assigner une date précise à la composition des trois livres qui viennent d'êlre cités en particulier. Le livre de la Sagesse a dû être écrit entre Tan ISO et l'an 50 avant notre ère. Jason de Cyrène, l'auteur abrégé dans le second livre des Machabées, a probablement rédigé son histoire dans le dernier quart du second siècle avant notre ère ; quant au travail de l'abréviateur, on peut dire seulement qu'il a été fait avant la prise de Jérusalem par Titus (1). La date du troisième livre des Machabées, document tout à fait légendaire et conservé seulement dans le canon de TÉglise grecque, est pareillement incertaine. Très éloigné de Tépoque à laquelle son récit se rapporte (217 av. J.-C), il est antérieur à la ruine de Jérusalem. Nous mentionnons ici ces livres, bien qu'ils n'appartiennent pas à la version des Septante, parce que l'histoire de leur texte se confond

(1) On ne peut se référer, pour dater le second livre des Machabées, aux lettres qui sont reproduites dans les deux premiers chapitres. Ces lettres sont indépendantes du livre.

avec celle du texte de la version grecque et qu'ils font partie de l'Ancien Testament grec, autrement appelé Bible des Septante.

Les données que nous possédons sur les origines de cette Bible, sont comme on le voit, très incomplètes et passablement incertaines. Elles permettent néanmoins de dire que la Bible grecque ne pouvait pas être et qu'elle n'est pas, en tant que livre grec, un tout homogène, mais un agrégat formé de parties assez disparates, qui se sont groupées successivement et, à ce qu'il semble, sans le contrôle d'aucune autorité. Quelquesunes ont pu subir do notables transformations avant de prendre la forme définitive sous laquelle nous les connaissons. La Bible grecque a mis plus de deux siècles à se constituer, pour autant qu'elle a jamais eu des limites fixes avant d'être acceptée par TÉglise primitive (1). On ne doit pas oublier que la Bible, dans ces temps reculés, n^était pas un livre, mais une collection de rouleaux. Le catalogue des écrits bibliques n'étant pas autrement déterminé, ces recueils étaient plus ou moins complets, plus ou moins mêlés d'éléments nouveaux et même apocryphes. Ce fait, qui intéresse l'histoire du canon, n'est pas sans quelque rapport avec l'histoire du texte. Les gens qui accueillaient si aisément les livres nouveaux ne devaient pas être non plus très scrupuleux dans leur façon de conserver le texte grec des livres qui avaient été les premiers traduits de l'hébreu.

Le travail de traduction étant réparti sur une période asse5^ longue et ayant été abandonné, au moins d'une manière générale, à l'initiative privée, les conditions matérielles dans lesquelles se trouvait le texte des livres

(i) V. Hist. du cm. de VA, T. 62 et (58.

à traduire ont dû être assez variées; en d'autres termes, les manuscrits hébreux sur lesquels a été faite la version des Septante devaient être assez différents de forme et de valeur. Il semble que pour un certain nombre de livres, le caractère de ces manuscrits se rapprochait beaucoup de l'ancien type d'écriture, tandis que pour d'autres livres, il était plus conforme au type araméen des derniers siècles qui ont précédé Père chrétienne. Supposé que les manuscrits apportés de Palestine aient été sur parchemin (1), il est à croire que la plupart des copies du texte hébreu qui ont été faites en Egypte, et surtout celles des traductions grecques, étaient écrites sur des feuilles ou des rouleaux de papyrus. L'ordre des livres était purement idéal, puisque les ouvrages un peu étendus étaient écrits dans des rouleaux séparés. Il semble néanmoins que les Juifs alexandrins arrivèrent d'assez bonne heure à classer les livres bibliques d'après leur contenu : c'est ainsi qu'ils ont rattaché le livre de Ruth à celui des Juges, Baruch et les Lamentatations à Jérémie, et qu'ils ont placé Daniel parmi les Prophètes.

Les traductions primitives, en effet, bien qu'elles fussent des écrits privés, ne tardèrent pas à se répandre, à se grouper, à prendre un caractère officiel ou quasiofficiel dans le monde judéo-alexandrin. Vers le commencement de notre ère, il y avait une Bible grecque, comme il y avait une Bible hébraïque, les contours de celle-ci étant d'ailleurs plus nettement tracés que ceux de celle-là. Les Juifs d'Alexandrie qui lisaient les Livres saints dans le grec furent amenés naturellement à exalter les mérites du texte dont ils se servaient. Nous avons vu comment le pseudo-Aristée s'y est pris pour autori-

(1) V. HUt. crit. du texte de VA. T., 99.

ser la version du Pentateuque. On en vint bientôt à regarder la version elle-même comme Tœuvre du Saint- Esprit. Puis on étendit aux autres livres de l'Ancien Testament les privilèges extraordinaires que Ton avait conférés d'abord à la version de la Loi. Il est probable que les écrivains ecclésiastiques n'ont pas été les premiers à faire bénéficier la version tout entière de l'inspiration attribuée d'abord aux traducteurs du Pentateuque, et que certains Juifs hellénistes lea auront précédés dans cette voie.

On ne sait trop comment les Juifs palestiniens appré-^ ciaient la version des Septante avant la naissance de l'Église chrétienne. Josèphe croit au récit d'Aristée ; il se sert de la version grecque ; mais Josèphe hellénise et n'est pas un témoin tout à fait irrécusable de la tradition judéenne. Il n'est pas démontré que la version des Septante ait jamais servi aux lectures publiques dans les synagogues de Palestine. En tout cas, il ne saurait être question d'un usage universel, puisque dans les synagogues de Palestine on lisait en hébreu les parschioth de la Loi et les haftaroth des Prophètes (1), avec une paraphrase en araméen. Que, dans certaines synagogues, la paraphrase ait été donnée en grec, pour lé besoin des auditeurs, et que les interprêtes se soient aidés pour cela de la version des Septante avant qu'il y eût d'autres versions grecques, rien n'est plus vraisemblable. Puisque le récit du pseudo-Aristée a été accueilli par la tradition juive et que les Juifs palestiniens n'avaient aucune raison sérieuse de combattre la version des Septante avant qu'elle fût devenue l'Ancien Testament de rÉglise chrétienne, on peut croire que, jusqu'à la fin du premier siècle de notre ère, cette version n*était

(1) V. nUU du texte de VA. T. 152,

pas regardée avec défayeur par les docteurs du judaïsme, bien qu'elle n'eût en Palestine aucun caractère officiel.

La Bible des Septante passa tout naturellement des mains des Juifs hellénistes à celles des premiers missionnaires de l'Evangile. L'usage d'une vemon grecque s'imposait dès que Ton avait dépassé le petit cercle parlant araméen où s'était enfermée la prédication du divin Maître. On se servit de la version qui était répandtfe chez les Juifs parlant grec. C'est à la Bible des Septante que se réfèrent la plupart des citations de l'Ancien Testament qui sont faites dans le Nouveau. La Bible des Septante devient la Bible de l'Église chrétienne. On attribue à la version grecque la même autorité qu'à l'original hébreu. Les récits fabuleux que les Juifs hellénistes avaient mis en circulation pour donner plus de crédit à la Bible grecque sont accueillis avec faveur, sans que l'inspiration des Septante soit néanmoins présentée comme un dogme de foi, au même titre que l'inspiration des Ecritures primitives. C'était une tradition que Ton était heureux de faire valoir contre les Juifs, lorsqu'ils voulaient écarter les interprétations chrétiennes des prophéties en s'appuyant sur le texte hébreu. On n'en tenait pas compte lorsqu'il s'agissait de rejeter une version comme celle de Daniel, jugée moins bonne que celle de Théodotion (1).

En crédit chez les chrétiens, l'ancienne version grecque tomba en défaveur chez les Juifs. Les controverses qui se produisirent bientôt entre les docteurs de l'Eglise et ceux de la synagogue attirèrent l'attention de ces

(1) Sur les raisons qui semblent avoir contribué à discréditer le Daniel des Septante chez les chrétiens depuis la fin du second siècle^ V. Bludau, op. cit, I, 35.

derniers sur les imperfections réelles de la version des Septante et sur les différences de toute sorte qui existaient entre la Bible hébraïque et la Bible grecque. Âkiba et ses disciples ne devaient pas estimer une traduction qui n^était pas toujours littérale et qui présentait, relativement au texte hébreu du second siècle après Jésus-Christ, un nombre considérable d'additions ou d'omissions plus ou moins importantes. Toutes ces divergences ne pouvaient manquer d'être regardées comme des défauts. On les remarqua d'autant plus volontiers que la version des Septante était devenue pour ainsi dire un livre chrétien. C'est pourquoi les Juifs l'abandonnent, et de nouvelles versions, conformes au texte reçu de la Bible hébraïque, apparaissent chez erux, à l'usage de ceux qui ne pouvaient entendre ou lire les Écritures qu'en grec. Alors on dit que le jour où les Septante avaient traduit la Loi était aussi funeste que celui où les Israélites adorèrent le veau d'or, et on ra^ conta que le monde avait été, à cette occasion, plongé dans les ténèbres trois jours durant (1).

L'œuvre des anciens traducteurs ne s'était pas gardée sans altération chez les Juifs hellénistes et elle subit aussi plusieurs modifications aux mains des chrétiens. L'obscurité de la version dans un grand nombre de passages était [une cause permanente de méprises ou de corrections volontaires. La comparaison du grec avec l'hébreu, chez les Juifs qui entendaient les deuxlangues, amena sans doute plus d'une altération dans le texte primitif des Septante. On peut expliquer ainsi l'existence de doubles traductions dans certains passages de la version grecque telle qu'elle existait avant Origène. Enfin, certains chrétiens ne se faisaient pas scrupule

(1) Sefer iora I, 8; MegilUU Toanit, XII> cités par Buhl^ 119.

d'insérer des gloses explicatives dans leurs exemplaires. La plus fameuse de ces interpolations est celle du psaume XCV (hébr. XCVI) v. 10 : « Le Seigneur a régnépar le bois, », (koTou ÇuXou, qui se i^encontre dans saint Justin (1) et dans plusieurs documents de la tradition ecclésiastique. De telles additions, qui paraissent avoir existé en assez grand nombre, ne parvinrent pas à s'im* planter iudiversellement dans la Bible de FÉglise. Il y en a cependant plusieurs dans la version latine de l'Ëc* clésiastique, par exemple dans le chapitre XXIV, qui remontent sans doute aux manuscrits grecs sur lesquels fut faite Tancienne Yulgate (2), et qui se sont ainsi conservées juscju'à nous, parce que le livre deutérocanonique où elles se rencontrent n'a été soumis dans Fantiquité à aucune révision critique. Ces additions auraient disparu (au moins pour un temps) si saint Jérôme avait corrigé la Vulgate de TEcclésiastique, soit sur Thébreu (3), soit sur les meilleurs manuscrits grecs du IV^ siècle. Avant cette époque, les travaux d'Origène avaient inauguré dans l'Église d'Orient un mouvement scientifique dont les résultats furent considérables.

§ 3. — Travaux critiques d'Origène.

Le grand docteur d'Alexandrie fut amené à réviser le. texte des Septante non seulement par la considération des variantes nombreuses qui s'étaient introduites dans les exemplaires de la Bible ecclésiastique, mais encore et surtout par le désir de marquer nettement le rapport qui existait entre l'Ancien Testament de l'Église et celui

({)C, Tryph, 73 (P. g. 6,645),

(2) Le commencement, du chap. XXIV (v. 3-6) est déjà cité par S. Cyprien avec les additions (Éd. Hartel, I, 62).

(3) S. Jérôme dit avoir vu le texte original de l'Ecclésiastique.

de la synagogue. Origènen'a pas eu Tintention formelle et exclusive de donner une édition correcte de la Bible grecque ; il a voulu montrer, dans l'œuvre gigantesque connue sous le nom d'Hexaples, Tétat respectif de la Bible juive et de la Bible ecclésiastique, de manière à fournir aux défenseurs du christianisme un ensemble complet d'informations certaines. C'est un intérêt de controverse plutôt qu'une légitime sollicitude pour la conservation du texte ecclésiastique dans son intégrité première, qui l'a déterminé à entreprendre son travail critique. .

Les Hexaples d'Origène reproduisaient sur six colonnes parallèles le texte hébreu de l'Ancien Testament, la version des Septante et les versions grecques qui avaient été faites plus récemment sur l'hébreu. La première coloniie contenait le texte hébreu dans sa forme originale, c'est-à-dire en caractères hébreux. La seconde contenfivit le même texte transcrit en caractères grecs, pour en indiquer la prononciation traditionnelle (1). Dans la troisième colonne, on trouvait la version d'Aquila, qui était la plus littérale de toutes les versions grecques alors existantes; dans la quatrième, celle de Symmaque. La version des Septante occupait la cinquième colonne, et la version de Théodotion, qui était, en certain sens, une révision des Septante, remplissait la sixième. Pour certainslivres,ily avait encore, semble-t-il, deux colonnes supplémentaires, contenant deux versions grecques anonymes et qui ont été désignées sous le nom de cinquième et de sixième . Eusèbe et saint Jérôme parlent d'une autre version anonj^me, dite septième, dont il ne reste presque

(1) Sur les règles suivies par Origène dans la transcription de rhébreu, v. Fïeld, Origenis Hexaplorum quse supersunt, proleg,

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