II. Plaintes contre l'Université
A la chute de l'empereur, l'explosion longtemps contenue éclata ; ce fut un toile général contre l'Uversité. Elle fut attaquée de toutes les manières: lesévêques, du haut de leurs sièges épiscopaux, les publicistes les plus éminents , les pères de famille, les hommes politiques, se réunirent dans un concert unanime de réprobation; tous réclamèrent en faveur de la liberté violée, de l'autorité paternelle outragée. Nous devons reproduire quelques extraits des écrits publiés à cette époque; ils prouvent à la fois que la cause de la liberté n'est pas défendue d'hier; que si le monopole a continué son règne, s'il a persisté à violer tous les droits , ce n'a pas été sans de courageuses protestations. La justice outragée n'a pas attendu pour trouver des vengeurs.
Dans un écrit intitulé : De l'Université impériale, et portant pour épigraphe: Parcere personis , dicere de vitiis, M. l'abbé de Lamennais s'écriait :
« De toutes les conceptions de Buonaparte, la
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plus effrayante pour l'homme qui réfléchit , la plus profondément antisociale, en un mot, la plus digne de lui , je n'hésite point à le dire, c'est l'Université. Lorsque le tyran crut avoir assuré par tant d'horribles lois le malheur de la génération présente, il éleva ce monstrueux édifice comme un monument de sa haine pour les générations futures, et sembla vouloir ravir au genre humain l'espérance même.
« La charité même n'eut pas la liberté d'ouvrir des écoles gratuites , à moins de payer un impôt sur ses propres aumônes; encore se lassa-t-on bien vite de cette condescendance. L'éducation eut son tarif, ses douanes et ses objets prohibés. Tel maître, même en acquittant le tribut, ne pouvait enseigner que telle chose et jusqu'à tel degré. Des préposés veillaient à empêcher la fraude et à faire rentrer les droits, tant pour apprendre à connaître ses lettres, tant pour s'exercer à les former, tant pour décliner musa. »
Voici le tableau qu'il trace des lycées : « Chaque lycée offrait l'image d'une caserne : c'était la même discipline , à peu près le même appareil. Le bruit des armes retentissait sans cesse à l'oreille des élèves ; on imprégnait pour ainsi dire de sang leurs jeunes âmes. Les ordres les plus stricts prescrivaient de donner pour sujets presque exclusifs de thèmes et de versions les batailles de Buonaparte. Lui-même il disait : Tout Français est soldat , et, en conséquence, on lui fabriquait des soldats dans ses écoles, comme des canons dans ses fon* deries.
1ll\ lirSTOIRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
« Presque partout les exercices religieux étaient un scandale de plus. Dans une école spéciale, pour concilier les bienséances publiques avec la commodité particulière, on avait imaginé l'expédient de faire assister les élèves à la messe par députation. Ailleurs on a vu, avec une sorte d'épouvante, presque tout un lycée, les chefs à la tête, approcher à jour fixe de la table sainte, et recevoir le corps d'un Dieu sur cette même langue qui la veille prêchait l'athéisme. C'est ainsi qu'on prétendait répondre au reproche d'irréligion K
« De toutes parts l'opinion publique repousse cette institution condamnée par l'expérience. . . » Passant aux moyens de remédier au mal, l'auteur exprimait ce vœu si persévérant dans notre France, et que nous venons répéter après nos pères: «Qu'on supprime toute entrave, qu'on laisse une liberté entière , et l'on verra se former des établissements nombreux dont l'émulation garantira la bonté. . . Les parents, redevenus maîtres de disposer de leurs enfants qu'on les forçait de sacrifier 2 au Moloch de la France, cesseront d'être dans la cruelle nécessité de les abandonner à l'ignorance, ou de
a Note de l'auteur. « On représentait à un homme revêtu d'une haute place dans l'Université, que les parents, témoins de tous les désordres des lycées, ne se résoudraient jamais à y envoyer leurs enfants. Oh! répondit-il froidement, les parents se lasseront. Ce mot, où respire le génie de Buonaparte, n'appartient qu'à un individu qui certes, en ce moment, n'était pas l'organe des chefs de l'Université; mais il parlait comme la loi, et en dévoilait le secret. »
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consentir à leur perversion. Ce sont là des biens présents, certains, inappréciables. Le temps fera le reste -. »
« Rien ne doit être plus libre, disait un membre de l'Université , que l'étude2. On dit indifféremment les sciences , les belles-lettres, les beaux-arts, les artô libéraux. Or, il n'est pas une seule de ces dénominations qui n'exclue toute pensée de gène, de servitude, et, ce que l'on n'aurait jamais
dû dire, tout soupçon de fiscalité Chaque
père de famille est le directeur né de l'éducation de ses enfants , par deux raisons fort simples : il est père , et il paye. . . Toute entrave que l'on met arbitrairement à cette éducation, toute contrainte qui n'est pas nécessaire, sont une violation du droit commun; c'est la tyrannie, selon moi, la plus dangereuse; car elle s'en prend non aux corps, mais aux esprits; elle tue le génie et la morale publique, comme on a vu le gouvernement qui vient de finir, tuer en détail la religion chrétienne.
«Sous Buonaparte, la religion était, non dans l'État, mais à côté ; dans l'Université, la religion n'est qu'une quantité de plus, dont un simple arrêté peut faire évanouir le radical sans substitution.
«Le général du Directoire, Buonaparte, allant en Egypte, détacha vers la Grèce quelques savants,
1 De l'Université impériale, 1814, réimprimé dans le Ier volume des Mélanges de M. l'abbé F. de la Mennais.
a L'abbé Dutac, ancien professeur de philosophie, professeur au lycée Charlemagne : de l'Université ci-devant impériale.