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qui lui rapportèrent, pour tout fruit de leur voyage, les atomes d'Epicure. Le général , devenu empereur , jeta lui-même tout au travers du chaos littéraire une partie de ces atomes , et le corps des inspecteurs parut.
« L'existence littéraire des instituts ( maisons d'éducation) fut violemment menacée, il y a un an ( 1 8i3 ). Napoléon, qui eût voulu tout concentrer autour de sa personne, et loger, s'il l'eût pu, toute l'Université, présente et future, au château des Tuileries , avait été induit à rendre contre les maisons des instituteurs un décret de clôture, qui eût achevé la perte des études.
« Les droits des pères de famille méconnus par la suppression des écoles ordinaires et à la portée de leurs besoins, et par l'obligation ou ils sont de payer un droit à la capitale , pour assurer à leurs enfants le privilège d'étudier en province ; un impôt énorme prélevé sur les maîtres, les disciples et les talents; la religion ramenée par un décret, comme elle peut être renvoyée par un autre ; l'émulation presque éteinte par cette unité et indivisibilité de la république littéraire, aussi ridicule que l'unité et indivisibilité de la république française ; les sources de l'encouragement taries pour tout le monde ; les instituteurs particuliers nullement surveillés pour le bien des études , mais vexés de toutes les manières pour le bien de notre petit royaume, » tels sont les résultats de l'Université r.
1 Pour prix de son courage, M. Du tac fut destitué le 5 octobre 1814.
Voici ensuite un anonyme qui fait appel au roi, et qui demande la destruction du monopole. Son ouvrage est intitulé : De la Fille légitime de Buonaparte , l'Université impériale et royale , protectrice de la confédération de l'instruction, médiatrice des 36 cantons académiques \
« De tous les points de la France, dit-il, les gens de bien, les âmes honnêtes, les pères de famille appellent de tous leurs vœux le moment où notre vertueux et légitime souverain va modifier, régénérer ce système d'instruction, qui, dans presque toutes ses parties, renferme quelques ramifications de l'extravagance du plus féroce des despotes. C'est donc un devoir sacré pour celui qui a blanchi dans l'enseignement d'indiquer les abus , et de faire connaître les moyens de les détruire. L'Université est, pour quelques hommes pusillanimes, un colosse qu'il leur paraît dangereux d'attaquer; mais, pour nous, ce colosse n'est pas celui de Rhodes, et nous ne croyons pas qu'il soit besoin pour le détruire d'un tremblement de terre ; la volonté du roi suffit. . . Ne craignons donc pas de publier sur les toits qu'un des plus beaux jours de la France sera celui où l'on verra s'écrouler « cette « éducation universitaire, qui marche en sens con- « traire de toute civilisation; qui exalte les tètes « quand il faut les calmer ; qui transforme nos pai- « sibles écoles en camps tumultueux et en arènes de « gladiateurs ; avec laquelle on apprend à ne connaî- « tre d'autre droit que celui de la force, d'autre vertu
1 ParM.-C. J. P. D. S. C. 1814.
« que la valeur, d'autre honneur que celui des armes; « qui tourne tous les sentiments vers l'amour de l'ina dépendance, vers l'irrévérence envers Dieu, envers « les parents, envers les vieillards, et qui, par une «réciprocité horriblement combinée, corrompait «les enfants pour en faire des soldats, et ensuite « en faisait des soldats pour les corrompre. «(Mandement de M§1 l'évêque de Troyes. )
« On a fait de l'instruction un monopole, et, pour établir cet affreux monopole, on a plongé dans l'indigence des milliers de pères de famille qui avaient blanchi sous le harnais. Des vampires universitaires, connus sous le nom d'inspecteurs, ont fait des visites domiciliaires, comme pour saturer leurs regards du spectacle de la misère de ceux qu'ils avaient immolés à leur voracité. Dans les départements, on a fait fermer avec rigueur les institutions, les pensionnats où les pères de famille trouvaient encore quelque asile pour les mœurs de leurs enfants. Pour achalander les lvcées, où règne la dépravation, on a persécuté, jusque dans les paroisses , des pasteurs qui voulaient instruire quelques-unes de leurs ouailles pour en faire des lévites ; on a fait graviter le monopole jusque sur de pauvres maîtres d'école de village, qui n'apprenaient de latin que pour servir la messe du curé. . . . On a vu des inspecteurs entrer par une porte, et les écoliers sortir par la fenêtre opposée. Ces pauvres enfants tremblaient d'être surpris un rudiment à la main !
« Les commis de cette singulière douane viennent périodiquement jauger les collèges et les ins-
titutions, pressurer les chefs, qui, à leur lour , pressurent les pères de famille. Ces rats d'école, pires que tous les rais de cave, n'épargnent rien pour empêcher la contrebande. Ils comptent et recomptent les élèves; ils questionnent, ils interrogent les professeurs et les maîtres, voire même la cuisinière, pour savoir bien au juste le nombre des contribuables. »
L'auteur demandait de grandes modifications relativement à l'instruction publique; mais surtout il réclamait la liberté de l'enseignement. « Rendez à de vertueux pères de famille le droit de former de bons citoyens; que les anciens instituteurs, que les maîtres de pension des grandes villes soient autorisés et conservés dans leurs fonctions après avoir rempli les formalités préliminaires. Il me semble, ajoutait-il , qu'il y a une grande analogie entre la liberté de la presse et la liberté de l'enseignement. Ce sont deux sortes de liberté qui peuvent aisément dégénérer en licence. Cependant, puisque notre généreux et bien-aimé monarque a bien voulu, dans la Charte constitutionnelle, accorder la liberté de la presse, sauf les modifications que demande la répression des abus, la monarchie universitaire ne pourrait-elle pas accorder la liberté d'enseignement, sauf les formules que réclame la prudence?»
Enfin , on lit dans un écrit de la même époque, intitulé Mémoire sur /'Université : « Le corps enseignant réunit dans les mêmes écoles les enfants élevés dans toutes les sectes et sous la direction des mêmes maîtres; il confie l'éducation publique à des
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hommes de toute espèce. C'est un mélange de prêtres et de laïques , dont les uns ont été fidèles à leurs devoirs, et les autres les ont trahis avec scandale; il y a des prêtres mariés, des apostats, des intrus ; il y a des francs-maçons décriés, des déistes, des incrédules, des joueurs de profession, des banqueroutiers, des divorcés. Il est douteux s'il existe deux lycées qui n'offrent ce mélange impur.... Voilà pourtant cette Université qui a bien imprimé, en tête de ses lois, qu'elle prend pour base de son enseignement les principes de la religion catholique.
« Mais il n'y a point de catholique en France, pour peu qu'il soit éclairé, qui n'ait horreur de cette association monstrueuse. » On le voit, les plaintes des catholiques ne sont pas nouvelles, pas plus que la répulsion qu'ils éprouvent pour les écoles universitaires. tfDu moment qu'on a joui de sa liberté, continue cet écrivain, la désertion de ces écoles a été générale dans plusieurs provinces. »
Ainsi, réclamations contre le régime intérieur et la mauvaise éducation des lycées; attaques ardentes contre le monopole, contre la création du despotisme impérial; revendication des droits imprescriptibles de l'autorité paternelle ; appels courageux et unanimes à la liberté, qui seule peut sauver l'instruction, qui seule peut ramener l'ordre et la paix dans les études, qui seule peut rassurer les consciences et mettre l'éducation en harmonie avec les bases fondamentales de la société moderne; en un mot, tous les principes élémentaires sont rappelés, constatés, proclamés dès les premiers jours de l'ère d'espérance qui s'ouvre pour notre
ET DE LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT. Îi3 î
patrie. C'est un des faits les plus remarquables et les plus concluants de nos annales dans cette matière si grave et si importante , et nous le constatons avec bonheur.
À tous ces griefs , qu'y avait-il à répondre? Rien. L'Université savait trop combien ils étaient fondés; à peine essaya- t-elle de se défendre. On vit paraître une timide brochure, sans nom d'auteur, écrite en style d'apologie1. Il y a des louanges pour tout le monde : pour les anciennes corporations enseignantes d'abord : «Quel homme pourrait refuser une éclatante justice aux ordres religieux de la France? C'est l'Église qui fit naître parmi nous l'érudition et l'éloquence, qui ouvrit le passage de l'antiquité aux siècles modernes, qui rassembla les matériaux, et créa les chefs-d'œuvre; parmi toutes les gloires du siècle de Louis le Grand , celle de l'Église est la plus riche et la plus complète; à quelles autres mains pouvait-on confier l'instruction de la jeunesse; ils étaient les précepteurs de toute la nation. » A l'abri de ces panégyriques, et même d'un compliment sur l'ordre des Jésuites, « qui , par ses efforts , ses talents, ses vertus, ambitionna toujours la suprême monarchie de V opinion , » l'auteur crut pouvoir glisser la défense de l'Université; il la vante comme dépositaire de X unité d'enseignement , et comme une pépinière de grands hommes. « Pour que l'enseignement soit distribué partout d'une manière égale, qu'une juste réparti-
1 De l'instruction publique et de l'Université de France ; brochure in-8, chez Dentu, 1814.
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tion de lumière se répande sur toute la France, il faut établir un foyer commun. » Cet avantage, et surtout celui de maintenir l'instruction à la même hauteur, peuvent se trouver , avec une influence beaucoup plus étendue et bien moins arbitraire dans une corporation civile. « L'Université de France revendique une lointaine origine. » C'est « l'Université de Paris étendue à toute la France. » — «C'est ce qui s'appelle s'étendre! dirons -nous avec un spirituel écrivain. Mais , quand on gagne ainsi du terrain, quand, au lieu de régir le pays latin, on prétend régir la France entière, il faudrait proportionner les moyens au but : plus un corps est étendu, plus il faudrait resserrer les liens qui en unissent tous les membres; et c'est précisément tout le contraire qu'on voit dans l'Université de France : son relâchement est en raison directe de sa vaste étendue. Comment prévient-on la dissolution d'un corps d'armée ? par la vigueur et le nerf de la discipline militaire, qui est d'autant plus sévère et plus prompte, qu'elle est tout extérieure. Comment conserve- t-on des corps religieux? Par une discipline intérieure, d'autant plus forte qu'elle s'exerce sur les esprits et plie les volontés. 11 semble qu'une corporation aussi vaste que l'Université de Fiance, qu'on appellera civile ou non civile, devait choisir entre l'une ou l'autre de ces disciplines. Mais c'est en vain qu'on y cherche un ressort semblable; on n'y trouve qu'un principe d'ambilion , un but d'avancement , comme s'il s'agissait d'avancer les maîtres au lieu des élèves1. »
1 Le Génie de la révolution, t. III, p. 373.
Et ce fut tout; l'apologie resta obscure comme son auteur. Si la France ne goûta guère cette défense de l'Université, le gouvernement s'en soucia bien moins encore.