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gieuse, mais sans appartenir spécialement à telle ou telle opinion ; et il explique l'article 69 de la Charte par l'obligation de faire des lois pour régler et diriger l'instruction. Puis, il déclare à la Chambre des pairs que renseignement philosophique ri a rien de contraire aux grands principes de notre religion ; et quant à la loi à faire, il ne veut prendre aucun engagement. La Charte lui en imposait bien , cependant ; et d'autres que M. Villemain en avaient bien pris !
III. Désordres à la Sorbonne. — OEuvres posthumes de Jouffroy. — Lettre de Msr l'évêque de Chartres. — Rapport de M. Villemain. — I L'Université et les Jésuites. — Le baccalauréat et l'école polytechnique.
Néanmoins le grand maître , grâces à ces expédients, achevait la session, et son budget était voté. Le monopole gagnait un an de plus. L'été de 1842 se passa sans graves incidents extérieurs. Dans l'intérieur de son gouvernement, le ministre eut à souffrir. A peine compterons-nous en effet pour une légère consolation , la publication que fit M. Rendu, membre du Conseil royal, sur les écoles secondaires ecclésiastiques, et qu'il nous suffira de caractériser en un mot : dans l'intérêt de l'Église , M. Rendu demande Yabolition des petits séminaires. Ce vœu occupe un volume entier de 5oo pages '.
1 Si le lecteur voulait une appréciation plus détaillée, il aurait la bonté de consulter l'examen que nous avons fait de ce livre dans l'Union catholique.
La Sorbonne fut le théâtre d'un véritable scandale. Le cours de M. l'abbé Dupanloup, professeur d'éloquence sacrée à la faculté de théologie, était suivi par un auditoire immense que charmaient l'admirable parole et la science élevée de l'orateur. Ces succès, dont la religion s'honorait, furent vus d'un œil jaloux. Une cabale fut organisée, et quelques sifflets se firent entendre, lorsque l'habile professeur, parlant de l'école voltairienne, lui appliqua le mot de Fénelon sur Spinosa : Cest une secte de menteurs^ et qu'il cita à l'appui la correspondance du patriarche des encyclopédistes. Au lieu de maintenir l'autorité du maître, au lieu de soutenir l'immense majorité des auditeurs, dont l'indignation faisait justice de ces scandaleuses menées, le ministre céda et suspendit le cours. C'était donner raison à la révolte et aux perturbateurs; il fut prouvé que toute la puissance du monopole restait désarmée devant quelques écoliers turbulents, et que l'Université ne savait faire respecter ni la robe du prêtre , ni la liberté du professeur!
Puis vint le triste épisode des œuvres posthumes de Jouffroy : M. Damiron accusé par M. Pierre Leroux, dans la Revue indépendante, d'avoir mutilé les écrits du philosophe que M. Yillemain avait offert pour modèle à toute la jeunesse française; M. Damiron confessant le fait, mais soutenant qu'il s'était cru substitué au droit de l 'auteur, et quil avait usé de ce droit comme en aurait usé l'auteur; tout le scandale enfin qui résulta de cette affaire, dont le retentissement n'est pas encore étouffé *.
1 Et cette anecdote qui n'a jamais été démentie: « Nous nous rappelons,
436 HISTOIRE DE l' INSTRUCTION PUBLIQUE
M. Cousin espéra se consoler et prouver son orthodoxie (il tient, comme toute l'Université, à passer pour excellent catholique), en publiant une édition des Pensées de Pascal, qu'il fit précéder d'une préface où il offrait l'apologie de la philosophie du xixc siècle. Cette tactique pouvait être fort habile. Par malheur, elle fut vigoureusement démasquée par Msr l'évêque de Chartres r, qui, rappelant les opinions non rétractées de l'auteur, demanda si les notions de la religion révélée n'y étaient pas formellement contredites à plusieurs reprises.
L'auteur de l'extrait se récrie sur ce qu'on a taxé sa doctrine de panthéisme. Il assure du ton le plus ferme qu'il l'a au contraire toujours combattu. Consultons ses Fragments (préface, p. xl, prem. édit.) : « Le Dieu de la conscience n'est pas un dieu abstrait, un roi solitaire, relégué par delà la création sur le trône désert d'une éternité silencieuse... c'est un Dieu à la fois vrai et réel, à la fois substance et cause, n'étant substance qu'en tant que cause, et cause qu'en tant que substance, c'est-à-dire, étant cause absolue, un et plusieurs , éternité et
dit M. Pierre Leroux dans la Revue indépendante du Ier décembre 1842, qu'il y a longues années , causant avec M. Cousin de son apologie , non pas de Socrate, mais des juges de Socrate, étrange paradoxe écrit apparemment pour faire la nique à Platon et à Xénophon, nous lui rappelions cet acte irrationnel, qui nous paraissait un crime de lèse-philosophie. M. Cousin s'interrompit dans sa réponse pour nous demander : « Combien croyez-vous que la religion de notre pays ait encore à vivre ? Quelle durée assignez-vous au catholicisme en France , en Espagne, en Italie? — Ce n'est pas la question, lui dis- je, il s'agit de la philosophie, il s'agit de la vérité; les philosophes n'auraient jamais rien fait de bon s'ils se fussent interrogés ainsi1, en vue de la réalité, pour savoir ce qu'ils avaient à faire Quant à moi, reprit M. Cousin, je crois que le catholicisme en a encore pour trois cents ans dans le ventre (ce fut textuellement son expression). En conséquence , je tire très-humblement mon chapeau au catholicisme, et je continue la philosophie. »
1 Lettre au clergé de son diocèse; 24 décembre 1842. , j
temps, espace et nombre , essence et vie , indivisibilité et totalité, principe, fin et milieu; au sommet de l'être et à son plus humble degré; infini et fini tout ensemble ; triple enfin, c'est-àdire, à la fois Dieu, nature ^humanité. En effet, si Dieu n'est pas tout, il n'est rien ; s'il est absolument indivisible en soi , il est inaccessible, et par conséquent il est incompréhensible , et son incompréhensibilité est pour nous sa destruction. . . » Dieu est infini et fini tout ensemble ! Voilà assurément l'alliance de mots la plus monstrueuse et la plus révoltante dont il n'y ait peutêtre d'exemple. . . Dieu est triple , c'est-à-dire , à la fois Dieu, nature et humanité. La doctrine du Dieu-univers jaillit de ces paroles d'une manière si vive et si saisissante qu'elles ne demanderaient pas tin commentaire, même pour un enfant. . . Si Dieu n'est pas tout, il n'est rien; c'est là comme la devise et le mot d'ordre des panthéistes.
Ainsi en fait le courageux prélat pour la plupart des coryphées de l'éclectisme. En même temps un journal catholique de Lyon , le Réparateur, pour • suivait et complétait cette analyse, relevant, dans tous les ouvrages des professeurs de l'Université , les passages les plus contraires à la doctrine de l'Église , les passages où le dogme , la morale et l'histoire sont le plus ouvertement attaqués et défigurés.
Les défenseurs de l'Université s'aperçurent bientôt que ce terrain était désastreux pour le monopole. Que répondre à des citations, à des faits, à des livres signés de noms connus, placés entre les mains de tout le monde, autorisés, recommandés pour l'enseignement officiel? Les pères de famille s'alarmaient; des pétitions aux Chambres, des réclamations de toute nature arrivaient de tous les points du royaume. En vain les journaux dévoués
au parti éclectique criaient-ils à la calomnie ; personne ne les croyait : leur colère n'attestait que la faiblesse de leur cause, et il suffisait de dire aux divinités de l'Olympe universitaire le mot de Lucien : « Jupiter, tu injuries, donc tu as tort! »
La guerre tournait mal pour l'Université. Sous peine de la vie, il fallait qu'elle désertât le champ de bataille. Son habileté fut d'opérer une soudaine diversion ; elle fit appel aux passions populaires et aux préjugés voltairiens ; elle se posa en victime, et désigna à la haine publique , comme ses persécuteurs les jésuites! C'était une répétition de la
comédie de 1828, avec cette différence qu'en 1828 les jésuites dirigeaient bien réellement huit maisons d'éducation, et qu'en r84^, ils n'en possédaient aucune. L'honneur de l'invention appartient au grand maître. En pleine séance de l'Académie française, il avait donné le signal en exaltant Port- Royal et les jansénistes, et en lançant un trait d'amertume et d'indignation contre « cette société fameuse que repoussent également l'esprit de gouvernement et l'esprit de liberté. » Depuis ce jour on entendait périodiquement revenir quelque nouvelle agression. M. Mignet vint à son tour, et décocha sa flèche contre « cette société fameuse qui ne reconnaît d 'autre gouvernement que celui de Rome, n'a d'autre patrie que la chrétienté, et qui ne sort de sa mystérieuse obscurité que pour reparaître en dominateur;» telurn imbelle sine ictul Cependant l'exemple avait été relevé; il ne fut pas perdu.
On laissa passer les premières émotions de la politique. A la rentrée des Chambres, le discours
du trône ne s'occupa pas plus de la liberté d'enseignement que si elle avait été réalisée depuis treize ans. En revanche, M. Villemain élabora un long et volumineux rapport sur l'état de l'instruction secondaire : c'est un dithyrambe en l'honneur des collèges royaux , c'est une négalion indirecte de la liberté, c'est un défi porté à l'opinion publique. A ce défi, M£r l'évêque de Chartres répliqua par une nouvelle série de Lettres sur les doctrines universitaires, où il faisait, avec raison , peser sur le corps tout entier la responsabilité des déplorables erreurs enseignées sous le couvert du monopole; et M§r l'évêque de Belley, l'un des doyens de l'épiscopat français, écrivit cette condamnation:
Mes frères, les ennemis de la religion sont encore debout. Il est un mal plus redoutable que celui de ces hommes obscurs {les colporteurs) ; ce sont les doctrines antireligieuses qui sont enseignées dans nos grandes maisons d'éducation par des hommes qui passent pour avoir des talents distingués. Le croiriez-vous, M. T. C. F., ces hommes poussent l'extravagance jusqu'à diviniser l'humanité, et même les créatures inanimées? (Le prélat expose quelques-unes des théories de l'incrédulité.) C'est déjà beaucoup, et beaucoup trop, ajoute M§r Dévie, que nos grandes écoles soient tenues par des professeurs de toutes les religions , et qui , pour l'ordinaire , n'en pratiquent aucune. Mais le danger devient plus grand pour vos enfants, si, aux premiers exemples de leurs maîtres, on ajoute un enseignement aussi pervers. Qu'avez-vous donc à faire, M. T. C. F.? éviter d'envoyer vos enfants dans ces écoles de pestilence, pour nous servir de l'expression de l'Écriture ] , et lever des mains suppliantes vers le ciel poirr demander à Dieu que, si l'on fait
» Ps. 11.
une loi nouvelle sur l'enseignement, ce soit une loi qui, en laissant la liberté sur beaucoup de choses, laisse à chacun la liberté de conscience; qu'il ne soit pas dit qu'on puisse enseigner toutes les religions, et qu'il n'y ait d'entraves que pour la religion catholique.
L'affaire devenait, on le voit, de plus en plus sérieuse pour le monopole. Ajoutez à cela que l'Université reçut un redoutable échec dans la séance du ier avril 1 843. Le grand maître prétendait astreindre les candidats à l'école polytechnique à être bacheliers es lettres. La prétention était absurde et ruineuse pour l'école; si absurde, que M. Dubois, membre du Conseil royal de l'instruction publique , n'hésita pas à la combattre. Eclairé par l'expérience de M. Àrago , le bon sens de la Chambre fit justice de ce nouvel envahissement. Il fallut ensuite toute la souplesse de M. Villemain , et les assurances réitérées qu'il donna sur la présentation prochaine d'un projet de loi, pour faire rejeter la proposition de M. de Carné tendant à l'abolition des certificats d'étude. Néanmoins les promesses de la Charte avaient été énergiquement rappelées au ministre par MM. de Golbéry, Desmousseaux de Givré, Baude, Reynard, Janvier, Schauenburg, Chasles, Clapier, Odillon Barrot, Taillandier, Durand, de ïracy, Monier de la Sizeranne, Isambert, Larabit, Combarel, de Tocqueville, Billault, Billaudel , Bureaux de Puzy, Berryer, Béchard, de Larochejaquelein, de Saint- Priest, de Fontette, de Panât, de Surian, de Larcy, etc. La partie était trop mauvaise; on en revint aux Jésuites.
ET DE LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT. 44 l