‹ Histoire critique et législative de l'instruction publique et de la liberté de l'enseignement en France (volume 2)Chapitre 11 sur 30 · IL LE DOUZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

IL LE DOUZIÈME SIÈCLE

Le zèle d'enseignement qui ai fait le caractère de répoque précédente porte ses fruits. L'Église perpétue et multiplie ses écoles; la science s'étend et s'élève. Les maîtres particuliers rivalisent les uns avec les autres, et commencent ces tournois dé la dialectique, non moins fameux que ceux de la chevalerie. La liberté encore protège les combattants et garde le champ clos. Seulement^ avant d'entrer en Uce, il fkut se faire rêCôntiâltre, il tout faire preuve dei catholicité, et dbtefiii* du hét^slut d'armes qtfil abaisse la barrière.

L'Église, en effet, et la société chrétienne dont

El DE LA LIBERTÉ î)'èNSEÎGNEMENf . 167

elle formé la tête et dont elle exerce la tutelle, ont senti le besoin d^lse^ de leurs droits. Si elles respectent Firid^pendance du professeur , si elles lui laissent la libre jouissance de ses facultés et de soh talent, si elles lui livrent le cercle immense de Tâctivîté humaine, si elles lui permettent d^enseigner de omni re scibili, elles né lui ont pas garanti, cependant, la literté religieuse. Elles ne lui ont pas permis, plus qu*à tout autre, d^attenter à Tunité de croyance et de foi; elles n'ont pas abdiqué là juridiction souveraine qu^elles gardent sur les manifestations publiques des doctrines. Toutes les fois donc qu'il voudra participer à ce ministère de la doctrine dont le dépôt a été confié au sacerdoce, comoie alors il ambitionne un poste danfe \ei fonctions du corps ecclésiastique, il ne devra pas s*étonner qu'on exige de lui quelque témoignage spécial de déférence et de dévouement; et, puisqu'il veut mettre le pied dans le domaine du Seigneur, c'est bien le moins qu'il en demande l'autorisation à ceux que le Seigneur en a constitués les gardiens.

11 est nécessaire de remarquer d'ailleurs que l^enseignement tout entier , ou du moins l'enseignement -supérieur, tend de plus en plu^ a devenir théologique; que, non content de parcourir les diverses branches des sciences profanes, il aborde de front les questions les plus hautes et les plus difficiles de la science sacrée; qu'en un mot, il pénètre jusqu'au fond du sanctuaire. Jamais l'accès de ce lieu redoutable n^a été livré à la multitude; c^est le devoir des lévites d'en protéger le seuil, et de

l68 HISTOIRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

se faire tuer à ses portes plutôt que d'en laisser violer la majesté, fût-ce même parle génie!

S'il n'avait jamais été question que d'apprendre aux enfants les éléments de la grammaire et de la rhétorique, ou même de les faire passer successivement par les sept chemins du trwium et du qua* drwium^ l'Église aurait fait, au xii^ siècle, comme auparavant. Elle s'en serait tenue à la surveillance des pères et des mères ; elle s'en serait remise aux sollicitudes des prêtres et des moines, et elle aurait béni les humbles et utiles travaux des instituteurs de l'enfance, sauf à réprimer les rares erreurs que lui eût signalées la voix publique. Mais il n'en fut plus de la sorte. Les professeurs se firent théologiens, et, qui pis est, théologiens à faux trop souvent. Or , nul n'est théologien , nul ne s'assied sur la chaire de vérité , s'il n'en a reçu le pouvoir de l'autorité spirituelle. C'est un principe élémentaire; on l'avait méconnu, l'Église le fît respecter. Voilà tout. Elle resta dans son droit et dans son devoir.

Et qu'on ne dise pas que la liberté d'enseignement fut atteinte par ce fait. Nullement. Que l'enseignement se tint dans ses limites, il y était pleinement et absolument libre. Que , s'il voulait , au contraire, faire des excursions sur le terrain de la religion, alors il devait naturellement se soumettre aux lois qui régissaient ce domaine, et que la force publique faisait respecter à l'égal des autres lois. Ce n'était pas l'Église qui empiétait sur lui, c'était lui qui voulait envahir l'Église. Il quittait son empire, où régnait l'indépendance : en passant les confins d'une puissance où^ de droit

ET DE LA LIBERTÉ d'eKSEIGNEMENT. 169

divin, domine un pouvoir souverain, qu*y avaitil d'étonnant à ce qu'il en respectât le régime, et * à ce qu'il prêtât, avant de franchir la frontière, le serment de vassalité ? Agir autrement, prétendre importer les licences de la pensée et de la science dans le royaume de la foi, c'eût été faire violence et injustice, c'eût été se révolter contre l'ordre social établi , c'eût été un crime de lèse-majesté divine et humaine; et le moyen âge ne l'aurait pas souffert.

Il faut se garder de calomnier cette époque : la nôtre aurait beaucoup à lui envier peut-être sous le rapport de la logique , de l'énergie , et surtout de la conscience intime de ce qu'on fait et de ce qu'on veut. Le moyen âge voulait l'unité catholique, çtil la maintenait avec tout Tappareil et toute la terreur de l'autorité publique; puis, dans cette atmosphère de foi, il voulait la liberté de la famille, la liberté de l'association , celle de l'enseignement, et il les maintenait en appelant à leur aide les foudres pontificales contre les rois et contre les grands qui les méconnaissaient. Quatit à nous, nous n'avons plus l'unité, et nous luttons pour reconquérir la liberté. Quelle situation est la meilleure?

§ I . Les écoles épiscopales et les écoles des cloîtres.

Tout en veillant de plus près au maintien de ses droits , le clergé n'en était pas moins dévoué à la propagation et au soutien des études. Il semble même qu'il redoublât de soins et d'empressement pour mettre à la portée de toutes les dasses Fins-

Page 1