‹ Histoire critique et législative de l'instruction publique et de la liberté de l'enseignement en France (volume 2)Chapitre 19 sur 30 · ET DE LA LIBERTE ©'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

ET DE LA LIBERTE ©'ENSEIGNEMENT

d'Avignon. 11 esterai queJà encore l'intérêt avait parlé plus haut que la conscience; il s'agissait toujours du rôle des bénéfices. Ce rôle, « qui était en souffrance depuis trois ans, fut conclu, du consentement unanime desfacultés et des nations. C'était le besoin du moment plutôt qu'un changement sincère de dispositions, qui avait réuni au désir des autres compagnies les nations de Picardie et d'Angleterre*. » On juge de la joie de Clément VII et de celle du roi « fort attaché aux principes de son père.» Celte satisfaction se témoigna par un renouvellement de privilèges. Clément confirma tous les actes des papes précédents , et accorda la jouissance des revenus de leurs bénéfices aux maîtres, tant qu'ils enseigneraient,etaux étudiants pendant sept années. Charles exempta V Université et chacun de ses col^ légesj « c'est à sçavoir les maistres, escholiers et bedeaux, et les libraires, )» des taxes établies sur le vin, le sel , les fruits, les denrées, etc. Puis, comme le roi paraissait en favorable disposition, l'Université obtint confirmation de ses privilèges royaux ; a La dite Université a esté multipliée et augmentée d'un moult grant nombre de supposts, par lesquels Nous et nos prédécesseurs avons esté conseillez et servis, nostre royaulme et plusieurs autres pais et nations honnorez et enluminez des sciences et bonnes estudes. » Si la royauté n'est pas ingrate, l'Université lutte de générosité. En i4i8, elle offre de venir au secours de l'État, «sous cette clause néanmoins , que l'exemple ne tirerait pas à consé*

' Crevier , t. III, liv. V, p. 49.

174 msTOiRE DB l'iwstructiok publique quence «.w De son côté, le roi refusa Toffre en partie. «Comme pour l'éminente et notoire nécessite de secourir à nostre royaulme ayons n'agueres imposé un ayde sur les vins de la ville et eslection de Paris, et notre très chère et très amée fille l'Université de Paris, gratieusement, volontairement et liberaument nous ait octroyé qulceluy subside soit levé sur ses supposts comme sur les autres , sans préjudice de ses privilèges, franchises, usages et. Kbertez, et que ce ne puisse estre trait à conséquence au temps advenir. Considerans le grand amour et affection que nostre dite fille a vers Nous et nostre seigneurie et la chose publique de nostre royaume.... Ordonons que les docteurs, maistres, régens, vrais supposts et estudians en nostre dite fille... les quatorze bedeaux des facultez et nations... avec les quatre principaux libraires... soient et demeurent francs et quites d'iceluy ayde. » L'impôt ne tomba donc que sur « le commun des clients de f Université , » ce même commun qui montait la gardé aux murailles du temps des Anglais.

Mais la grande affaire delà catholicité était toujours Fextinction du schisme. On ne peut méconnaître que rinfortuné Charles VI fût animé de quelques bonnes intentions. «Il aurait volontiers, disait-il, donné sa vie et sa couronne pour ramener la paix dans rÉglise. » L'Université se crut autorisée par ces paroles à travailler à la réconciliation générale. Elte n'épargna rien : mémoires au roi , lettres aux cbeux compétiteurs, appels à un concile général,

' Crevier,ibid., p. 56.

ET 9B LA LiHBKri i^'xmfiiairBMfiirr. ât^S tentativM de compromis, demande de oearfon tolontaire, eWe proposa tout ce qii*elle put inventer. Sans doute y un zèle louable entre pour quelque ckose dans ses efforts; mais elle n'est pas fâchée de prendre part à un débat où elle espère gagner de la popularité et de rimportancaj elle sent si bï«ï la vérité des reproches qu'on peut lui feîre à cet égard, qu'elle se défend et se disculpe d'avance : « On nous impute de prétendre tout gouverner à notre gré. Quoi donc? Dans un si grand péril, où les pierres mêmes devraient crier, faut- il que nous restions muet$? Pendant que tout pérît, quel remède restel>il, si les ignorants font le mal et que les savants gardent le silence? » Ce grand éclat déplut singulièrement aux oncles du roî. Quand les docteurs priésentèrent leur mémoire au duc de Berry , ce prince kfs accusa de témérité , et menaça de faire jefer à la rivière les chefs de cette cabale séditieuse. Au conseil du roi , le chancelier leur défendit durement de se itoêler davantage d*une affaire qui ne les regardait pas. De colère, lllniversité cessa ses leçons, sans discontinuer ses démarches.

tlle ne réussit pas mieux près des papes. Tandis que le souverain légitime, le pape de Rome, ne lui pardonnait pas son adhésion k l'intrus d'Avignon, celui-ci trouvait fort étrange qu'un corps de régents s'ingérât à lui dicter sa conduite. Le cardinal Kerre de Lune , élu après l'antipape Clément VII , liii répondît par des actes de sévérité , et priva quelques-uns de ses suppôts de leurs bénéfices. L'Université en appela de Benoît XIII au pape futur, unique , légitime et reconnu dé toute F Église. Be-

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noit cassa Tappel , parce que « il n*est jamais permis d'appeler du pontife romain. » L'Université réitéra: cette fois elle en appela au concile général. Puis elle se rapprocha plus intimement du roi , et à l'assemblée des prélats et abbés réunis à Paris en 1398 y elle fît adopter la détermination que la France se soustrairait à l'obédience de Benoit XIII. £n conséquence, le roi publia^ le a8 juillet, des lettres patentes qui défendirent à tous ses sujets de reconnaître l'autorité du pape d'Avignon , de lui obéir et de recourir à lui. L'ardeur de FUniversité dans cette aflfaire était-elle bien pure et dégagée de toute considération humaine? Et quand elle eut obtenu ce singulier résultat de faire décider une question de conscience p^ar une ordonnance royale, eut-elle à s'en féliciter? « Il est vrai, dit Crevier, de qui la vérité obtient toujours quelque loyal aveu , que dans le concile on lui fit de belles promesses. Â la sollicitation des princes, oncles et frère du roi, il fut dit que mille suppôts de l'Université seraient pourvus de bénéfices par ceux qui en avaient la disposition dans le royaume; que l'Université dresserait son rôle et le présenterait à quatre prélats qui furent nommés commissaires en cette partie. Le rôle fut dressé, présenté aux quatre prélats, et distribué par eux. Mais c'est tout ce qui fut exécuté de cette délibération, et l'événement nous montrera que, malgré son zèle à faire rendre aux ordinaires la dispensation des bénéfices, l'Université eut infiniment moins lieu d'être contente d'euî^ à cet égard que des papes '• »

• Liv.V,t. III>p. 175.

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