‹ Histoire critique et législative de l'instruction publique et de la liberté de l'enseignement en France (volume 2)Chapitre 9 sur 30 · ET DE LA LIBERTÉ I>*ÉNSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

ET DE LA LIBERTÉ I>*ÉNSEIGNEMENT

rieuse à plus d'un titre. Cétait d'abord une sorte d'école domestique; attachée à la cour, voyageant avec, elle, la suivant dans les provinces, et spécialement destinée au prince, à ses trois fils, et même aux princesses du sang royal. Puis on y admettait des personnages distingués, les conseillers et les ministres de l'empereur , tels que Adalhart , Angilbert, Éginhart, Riculf et Richbod; des femmes aussi, Gundrade, sœur d'Adalhart, et Richtrude, religieuse de Chelles. L'instruction était aussi étendue que variée : on y disait de la théologie, des commentaires sur l'Émture sainte, des traités dogmatiques, des livres de liturgie, de la philosophie, de la littérature, de la poésie. La parurent successivement les rénovateui's de l'enseignement, I-.eidr^de, archevêque de Lyon; Théodulf, évêque d'Orléans; Smaragde, abbé de Saint-Mihiel; Âdalhatt , abbé de Corbie ; Amalaire, prêtre de Metz ; Agobart, archevêque de Lyon; Raban Maur, abbé de Fulde et archevêque de Mayence; Angilbert, abbé de Saint-Riqùier; Éginhart, abbé de Seligenstadt; Anseghise, abbé de Fontenelle, etc. Avec te temps i'école s'agrandit, et ses disciples se multiplièrent. Puis, ils devinrent des maîtres à leur tour, et répandirent sur toute la surface de l'empire cette activité scientifique dont ils avaient reçu les prenaîers éléments.

. A l'école proprement dite était jointe une Aca^^ dérnie^ où les beaux esprits de la cour karolingienne se livraient aux délassements de la poésie et de la discussion ; où chacun prenait un surnom tiré de l'antiquité, et préludait aux réunions savantes des

86 HISTCHRE Dfi t!t»SfifiVf&tMV PVBLli^tiU

èget suivatitsi Ktarl s'était appelé Datid; Albtxltt^ Fbocus; Angilbebt^ Hrtmètie; RicUlf^ Daiti<^tàs^ GhislÀ^ Lucie ; et entre toUB (3eë châttipiotli de Ift littérature il s'établissait des assauts ctUelque péU grossiers ^ mais où Tesprit essayait ses forcés , re^ muait des idées^ et^sous utie forme puérile paHois; préparait sott esison tx Cétait ^ dit Alcuin y une nou^ t^elie j^ihànesy préfék^able à rancienne, autant que M doctrine de Jéstt&>Ohrist est supérîeube à la doctrine de Plâtob. :â

Assez vàgtienient cx^nstituée d'abord, bommë toute institution naissante^ l'École du palais fut ra* pidement assise sur une base régulièrei 11 suffît de connaître le génie organisateur de Charlemagne, pour penser qu'il ne laissa pas imparfaite une œuvre à laquelle il attacbait tant de prix, et dont les ré^ sultats prouvèrent l'immense utilité» Ainsi iMtudë des sept arts litératut y fut prescrite, et la médecittë n'en était pas exclue : Alcuin parle d'un édifice consacré dans le palais à la science d'Hippocrâte i Hippocratica tecta '. La dignité de chef de 1*É^ cole du palais était une charge importante, et il eët hors de doute que d'autres professeurs dussent être adjoints à celui qui la dirigeait. QubiqUe nbuâ ayons peu de ren^seignéments sur l^adtfiinistraliotl de cette étole^ il parait certain que là noàiinadoti d0 son directeur appartenait à l'empereur j le prini^ se imposait ensuite de tout le soio du régime intérieur sur Thomme qu'il Rivait choisi. La pluk grande indépendance régnait relativement aux mé*

« CiieVien Nht. de l'UhipeFtkédi Pàrh, lïip. 4j|#

ir toc il tiSÈiite i/^s«t6MiÉfei!r¥. ^7

dliodéâ; dif bu Voit ^ué le sA<icM8éar d'AleUin s'ëcàHa totftléfnent de celle qui âVait été 6uivib jusqu'à lui , ëân» c{tki» Itt ttioifldre réelallldtibtl Mt âfevéè ni par l'etapéreur, qui vivait ed<?ote (c'était en 600)^ tii pat* le^ autres maîtres qu'Alcuib avait

hèÈ Boitift quë tlb\iâ àvdnd bitë*, et dout tiou^ fturiotift p\i âtigritètiter eomitiérableiiietit hi Kstë, témoig;bëiit ii^ëez deft fitervices que fetidifi l'Éèi4e pdatiue à lli réligiuu et à la sbieuce. Ghàrieiuâgne âè bomà pas là M sbllteitude. L'Éeole palatine ëtatt ^ fondation direbtte i il en rétribuait les pro^^ fesftéurs, puisque Égirthàrt tie peut pài s'empâcfaer dfs dire qb'oti iitHivait cette bbarge un pbu onéreuse pobr le tté§ôv. Mais cette itîfctitàtion éiail ^^ialëmeiit un boui*s dé hautes études^ et^ si nous bsiotis le dire, utie èorte d^ëcde noroiale supë* rieure^ doht les leçons s'appliquait à des honimei dëjà instruits. Il fallait des écoles pbur la jeunesse et podr J'enfence : Cliarlemagné en établit, iudé^ pendammetit ttiéitie ée eelles que l'Église otrrril (tèirtbut à sa tbix.

OU pourrait aU premier abord è^étbUnel* dé tioun voii attribuer à Charlemagne des tentatives réelles d'instruction publique; op pourrait croire que nous cédons à des préoceupations d'un autre âge^ to lui prêtant des vues et des projets qu'il né devait ^s âvbir. Dh exahiéri attentif de l'hîsloiW à seul déterinihé iiotre conviction, et nous iië parlons que diaprés les faits les plus authentiques. Voici ^os autorités :

En 829, les iPères du vi* concile de Paisse prépo^

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cupaient vivemeal de Vétat des études. Charles n'était plus; mais son fils Louis le Pieux (Lodemg) manifestait le même empressement et la même £siveur pour les lettres. C'est vers lui que les prélats tournent leurs regards, c'est à lui qu'ils adressent leurs vœux : « Nous supplions instamment et avec at*deur Votre Altesse qu'à l'exemple de son père, elle établisse, seulement dans trois endroits les plus convenables de son empire, des écoles publiques , relevant de son autorité ; afin que Tœuvre de votre père et la vôtre ne soit pas dissoute, et ne périsse pas, ce qu'à Dieu ne plaise! par l'incurie et par la négligence. De cet établissement ,11 reviendra une grande utilité et un grand honneur à l'Église de Dieu ; et à vous, la grande récompense d'une éternelle mémoire ^ » Il s'agit bien évidemment ici d'écoles publiques, fondées par l'empereur, et placées sous son autorité directe : les termes sont exprès. Il ne peut pas être question d'écoles cathédrales ou d'écoles monastiques, puisque d'une part ces écoles existaient, que de l'autre elles relevaient de l'évêque ou de l'abbé, et qu'enfin le concile ne se serait pas borné à en de-

» «t Similîter obnixe ac ^uppliciter Vestrae Gelsitttdini suggeri* mas, ut morem paternum sequentes saltem in tribus congruentissimis Imperii vestri locis scholc^publioœ ex vestra auetcnîtate fiant : ut labor Patris Vestri et Vester per incuriam^ quod absit, labefactando depereat : quoniam ex hoc facto et magna utilitas et honor sanctae Dei Ecclesiae, et Vobis magnum mercedis emohimentum et mcmoria seœpiterna accrescet. » ConciL Parisiens. VI. Capit. XII , lib. 3. — Gonring , Antiquité Jcad, Suppien^nt,XXXlX.

ET D£ LA LIBEBT^É D^ENSp^lGIfEMENT. 89

mander trois pour tout Tenapire. Le titre seul.dVcoles publiques indiquait asse?, du reste, la penséedes Pères. L'obligation où ils se trouvent de recourir à l'empereur j de le prier de faire intervenir son autorité, dessine d'ailleurs le caractère de ceâ ètah blissemepts ; et il n'y a plus de doute, quand on les voit remettre au prince le choix des lieux où il les formera. De plus^ cette demande n'est pas une nouveauté; les prélats s'appuient sut l'exemple. de Charlemagne : ce qu'ils sollicitent, c'est, disent«>i]s a Louis^ l'œuvre de votre père, labqrpatrisy morem paternum. Comment ne pas se rendre à de pareils témoignages? comment ne pas croire que Karl avait créé quelques institutions d'instruction publique ? Rien au reste n'était plus conforme à toute sa conduite politique, rien ne rentrait mieux dans les plans de sa vie entière. Il avait toujours devant les yeux le modèle de cet empire romain qu'il avait ressuscité en Occident. Dans son administration, ses usages, sa cour, il essayait. sans cesse de l'imiter et de le reproduire. Peut-être se flattait-il d'avoir, dans son École palatine^ représenté V Auditoire impér rial de la ville éternelle : pourquoi n'aurait-iil pas songé à doter les provinces d'écoles publiques » comme celles de Constantinople , de Béryte , de Lyon? Pourquoi, l^i qui prodiguait les honneurs aux savants et qui les appelait des divers points du globe, pourquoi ne les aurait-il pas , comme les anciens Césars, préposés à l'enseigneipçnt donné sous son autorité, ex auctoritttfe vestra? Et quand il prenait soin de faire venir des n^itres de grammaire et d'aritboiétique d'Italie,, peut-on pjensei*

^ BftsTéiÀÉ IMe L'i*stilbt:1rîorr tcfaLiQtJE

qu'il lié led t*ëééHait pUâ |)our se§ icblés dé prëdi-

tebtioti?

MAis il y a dè§ {irétlves ^lus déciâivfes et plm directes encore: * Le glorieux Karl revenait du Gaule après une longue absence : il donna ordi% qu'on lui ameilât les enfàhts qu'il atàit confiés, diÛk l'école de Pàris^ à l'Ecossais Clément pour les ih&tfuiré) et qu'on lui ttibnttât leiir^ létii*eè, lëurà Vers, leurs poèmes ^ lëurà dtscôtirs^ leur^ pahégyrjques^ leurs copies^ afih qu'il pût juger de lebt talent et de leurs dispositions. Lorsqu'il eut Vu que Ibâ enfants de hiëdiôcre cotiditiôtl aVaiënt &it des progrès au-dessus de toute e^péraiice, et qlie lés nobles^ àU èodtràire, àvaiebt négligé là culture de l'esprit pour les atnilSemehts du côrpë ^ le sage prince^ à l'éxeniple du SouteHiiri JUg^^ leâ sépara ^ et (hiSQrit mettre les premiers à Sa dhoite^ leur dti : i:iCt)Uràg^i meSobërsenfktits! toUs avez été fidèles & mes ordres, vous avez bien mérité dé notre empire J le^ évéchés les plus illustres et leS plus riche» béiil^ fiées voiis Sèrëfit réservés. Je vous appellerai à là com* ; je i^hdisirai parisoi VoUs les ministres et léS fc»|)cttonnalre^, je vous inscrirai aU rang éeS juges et dçs magistrats.» Puis se tournant vers lés àùtréâ qui étaient à Sa gauche , et exprimant la colère par les traits de koh tisagé : « Quant à vous ^ délicats et mignons^ qui^ plèiils d'ime vaine cônfiànde dénS le rang et la richesse de vos parents^ avëî outragé notre Majesté, et qui, au mépris de noà Ordres, àVei préféré là paressé , le jeu , le luxe et les vices, aux vwtus et aux béllésJettrès, je voUs le dis, et j'feti jure par le Roi du tMf n'intehdèiii Hëii> ai grfreei

w tm tk !«»« fe'kirsHGftilHBi*. ^i *li heéiriëur, pis même une obttlë dé tttttë impë^ redr> dont vous dëdbighèz les ittjtthfctîôiis ; et je ïfertl de vollgdéé ekeMpies, ^ V^Us ttë foiii t'èpentet, k ^i \o^ ji'èipiet Vottië hëgligéncé pài^ tbtté dili^ gtéttce et pat- Vètl-ë ïêle '. ^

h y a plusiburë Ohoses à remarquer daHs èe téiéit^ Eti Ibi-théhie, il né peut s'applicjuér qu'à Un* ^cofe â laquelle CMHes poftait uhc âttétition totité kpëëiàlfe^. heé SoîriS dé i'ënipèretir, ce dé^îr dé c6h^ hàittélë^ progrès ééà ëtiidék, cfeteiattiéti des côtfiA p<*àltibhs, tlUiS <îè jUgëmëht^'ëV*k-é éfc àdlènnel, cet«è hfenltë leçon si ënët-giquètherit donnée , tout prolivfe ijli'll s^a^is^ait d*uiiè dëi ceiivres léhëriei du pribcfei sûi* latjuelle il fondait tes plus grande^ espérance^. ManiféâtëtiiéHl GHàrles ii'auMit pas fait, pour toute* lèk écoles càthédrâiéë et ttibnastiquës de Féinpirei ce titfîl fit polir ëdti éétJlë de Parl§. A conSidéte^ Son éttipre^keiheHt toiit pàtëHiel, ôtt se repbPtë iJktHi»ëilfettlënt àùx ilsitéi de hbuii XIV à Sâibt-Gjrr,' et de Napoléon à Ébouen.

Et en efFèt, l'éëole de Paris était uilë pépihièrë pdttk* les chargea et les dignités de là couronné} cf é¥àit dttë écttlë piiBIîquë et pHtiléglée: Qu'on se Ife Mp^èMë : d'abëi^d l'etnpéreùr a lai^tii^Mé désigUé le chef, il Fa accueilli ou il Fa appelé dé l6ih; iféit un homme de mérite, un homme de confiance.

Ohài]ëi a remis entré ^eS tnkitls Fë^poi^ dé là ^faératiëil nbuVëUé, Cièmenti Scoto tbmrhlseraîi Les études y étaieàt noinbretises et éleTées : oh y eti*

^ teonàch. Sândfi Ôaïli. ; tib. ï. — Àvêntiiii Annaïïum\^. tV.

ga HISTOIBE DE L tirSTRUCTf Olf P€BUQUE

peignait tout ce que comportait Féducation la plps distinguée de l'époque, jusqu'à la poésie. Les ordres fie l'empereur avaient présidé à tout. Il le déclare explicitement, à plusieurs reprises, comtemto décréta noslroj jussa nostra aspematiy nostram MajeS" tatem conspre^fistis. Puis le principe de réalité 4'admission ressort de toutes les circonstances ; il y a des nobles, des fils de haute lignée, dont les parents occupent les d^rés élevés de l'ordre social et sont maîtres de fortunes considérables ; il y a aussi des enfants de moindre condition, tenuioris fortunœ. Ainsi, école publique, école impériale, dont le directeur est nommé par le prince, et qui est l'objet des sollicitudes et des complaisances de son fondateur : certes, si tous ces caractères ne constituent pas une institution spéciale, un établissement d'instruction officielle , il faut renoncer à en rencontrer jamais. Reconnaissons plutôt que le génie de Charlemagne avait compris un des devoirs, et exercé un des droits les plus précieux de l'État ; et que tout en respectant, ainsi que nous allons le montrer, la liberté de l'Église et celle de ses sujets, il avait doté son empire naissant d'un moyen puissant d'émulation, d'un élément utile d'instruction et de savoir.

Mais l'empereur, tout grand qu'il était, ne pouvait pas tout faire. Et précisément parce qu'il était grand, il comprenait $a fiiiblesse, et ne rougissait pas de son impuissance. Or, l'Église était dépositfi^re de la force, de l'activité et des lumières. Charles le savait; il s'adressa à l'Église» « Charles, 4it

ET DE hk LIBERTÉ d'eNSEIGWEMENT. 9^

Ansegliîse, établît que dans tous les évêchës et monastères il y aurait des écoles, où les fils des hommes libres et des serfs apprendraient la grammaire, la musique et Tarithmétique. » Mais comment cette constitution de l'empereur fut-elle rendue? Était-ce un ordre émané de sa \olonté absolue, un décret arbitraire qui, bon gré mal gré, avec ou sans le consentement des intéressés, les obligeait à se conformer à sa décision, et portait une sanction pénale contre ceux qui ne s'y rendraient pas ? Ce serait faire injure à l'empereur, injure à son temps, que de le penser. L'Église n'était pas tellement asservie, qu'elle n'eût qu'à recevoir les injonctions de César, à obéir et se taire. Charles n'était pas assez oublieux des droits de la divine épouse de Jésus-Christ , pour vouloir lui ravir son indépendance et lui parler en maître. Non , cette façon d'agir est moderne, et le despotisme des barbares n'allait pas jusqu'à de pareils excès.

La fondation des écoles est prescrite par les Ca^ pitulaires. En voici les termes : « Constitutum est iit scholœ legentium puerorum fiant : psalmosj notas ^ cantus ^ compuium^ grammàiicam per singula monasteria vel episcopia discanl. Il a été décrété que des écoles seront ouvertes pour les enfants, et pour qu'ils apprennent dans tous les monastères et évéchés les psaumes, les notes, les chants, le comput et la grammaire '. » Puis : « Que les prêtres enseignent toujours au peuple chrétien le symbole, qui est le signe de la foi, et l'oraison donliilicale. Et nous vou-

« CapiUdariuni uénseghisi, lib. I, cap. 71.

04 HISTOmE PB L*qrSTOUCTION FUBIilQUE

Jpn? qij^ ceqi^ qvi^ ^égligept 4'apprm)dre ces cho$6s f ççoivwt une péqifeçpçe, soit par uu jeûne, soit p^ tputaqtre c^âUfqen^. En conséquence, il estjusl:? qije le^ fidèles» ^voient leurs fils au^ époles ou. au?^ mopastèr^^, ppu^ qu'ils y ç^pprenueuç e^^aç^enj^i^l; Ib, (pi cathqlique et Vofaison dominiçak, ^l q\\ih pui^e,9t en^iîigner Jeç î^Mtrfi^, nSjrmèaluni qi4Q4 ^^t

a,dffi,me(V]it ^açerd^Jfis pçfiuluru chmti^PikW^;, VQ^ lumusq^ç (it (ijisciplma^ cofidignani habeant , qi4 hœc cUscçrç negligunti siue m. î^^jnfïiixxy swe in cdia cc^li^atioi\^. f^rop(^ç^ dîgxmm ejif ut JUio^ ^m^ dpf^ent, qd sq^ola^, sivfi a^ rn^mousterio^ ^^fi<h^ ^^ f^oliçam Kççf^ disçant et orationem dp^tini^fimy ut aifpjf edocerç valeant % xt

Qir, qu'^ta\ept les Capitul^ires ^ ^ c?ft»irpeRï çeç^ déci^ipnsi spuv^raine^ étaient^eiUes^ )*eadue$? « C'était l'usage de ce te^aps^ dit Hiqcmar^ Vit lustre archevêque de Rei||is, de tp^jr cfe^que ^fr née deux as^^pjblées ; daps^ Tun^ ^ 4^m3 l'autre, pn soumettait à \^ délihératipp de§ &p?wds^, f^ en verti^ de$^. ordrçs^ di^ rai , îe^ î^^cjteç^ dç loi noïf\v^i^cçpiHé^(a^ qu^ 1^ rcH lu^-J3^lï^^ avait ir44igé$ p;^r l'in^piçati^m d^^^^^u, pu çlppt 1% i»é^5*s^t^ \\\\ avait pté ipîuû^iéç 4?p^ V^m^Y?^!^ ^xé^r niops. ^près avoir \eçu, fie;? cp^iwf^pftic^wwis, \^^ grand? W délibep^ie^t, ^p, deu^ o^ ^m JP»»

^ plus^ ^çlpq ViïPipftrtai¥5iP dfi* pQair^t tflft Ji^mi 4pijUnps à la réw?v;in di^^igqem-^ ét^i^fft 4iyi^ S« 4eu^ P^rtîe^^ d^ liçl}e jpf tft q^e Ie§ ^\^\»%f ||)8

• /éw/.,Ub, V, tit. gSu

al)}>és et les clercs élevés en (JUgnité piis^eqt fe réu^^ i^ir, $£|ps $iucun mélange de laïques. De même, les comtes et \^ autres principaux de l'État se sép^r^iept dès le pi^tin 4u reste de I9 multitude , jusr qu'à ce qv^e;^ le roi présent au ^se^if» \]s^ f^m^% toqs réuqis; et alprs les seigqeurs q-des^Uf dési*gaés, les clerpç de leur c6lé, les laïques du leur, s^ rendaieif t dans la salle q\n leur éffut assignée..., Lorsque les seigneurs laques çt ecclési4^tique« étaiept ainsi séparés de 1% multitifde, il deq^ei^r^t eq Içur pouvoir de siéger epsem^hle ç\^ séparément, s^qn I^ nat^rç des affaires qu'^1^ ayaient à traiter? ecclésiastiques, séculières qu mixtes^ Âi^^^P^. ss\i^ rexamejQ des affaires que le roi proposait à Iç^rs délibérations.... Des m^sagerst du palais, allait et venant, recevaient leurp que^^pns et rap pQftai^^ le§ réponses'; et au^i^n étranger n'iipprqcl^it de leHr réuuion jt|i^qH'^ Qe qi^ç Içif^ultat 4^ le^rs délihér^ti^^ put çtre mis sons les yei^^ dq grand prince, oui filoni^ f^X^ ^^ sag^e qu'il 9Y^t rççue d,e Die^, adoptait une r^olutiqi;^ ^ Ifiqi^ellç tpus obéissaiejçLt ^ m,

^lipsi^ pqur p;ïrler le laqgage ^^ notre te|;pp^,^ riqitiatiye appartenait au prince; la s^ctipulégi^ la^ve liï^ était ég^^ffll résqrv^ç; vf^m l« 4rpiM« 4élibératiQn était g^r^pti an* cprp^ 4^ i^^P y ?« clçrgé spécialement; et c'est i^ ce qui nous ifip^téresse P9A^ le momep^ Les é\éques, les. fd>bés et |es

f BÎDCiiiary (^p, délordine Paiatià, t. II, p. !^i-ai5. La Iraduiçtiw qM9 ^^y^ AuPUQns m orit» ia Bl. G»iz«itl d«M son

96 HISTOIRE DE l'iNSTRUCTION Pt'BLIQOE

clercs discutaient donc seuls s'ils le voulaient, réunis aux autres ordres, s'ils y consentaient ; ils étaient consultés, surtout lorsqu'il s'agissait de matières ecclésiastiques; ils délibéraient, en un mot. Sans doute, dans beaucoup d^ cas, le grand Karl était rame de ces conseils, le promoteur de ces décisions; mais cependant, quand il était nécessaire d'avoir l'appui et le consentement de l'Église , il savait parfaitement les demander; et l'Église, toujours attentive au bien des peuples, toujours jalouse de répondre à la confiance des monarques, l'Église, sans jamais sacrifier ses droits, apportait à la royauté son loyal et puissant concours.

Maintenant, appliquons à l'enseignement ces diverses observations, et voyons ce qu'étaient sous ce rapport les Capitulaires que nous avons cités. Émanant des grandes assemblées, contenant le vœu général, renfermant l'énoncé d'une résolution adoptée par la nation et sanctionnée par le roi, œuvre collective du pouvoir, le capitulaire posait les principes et remettait ensuite aux diverses autorités particulières le soin de les exécuter, chacune dans sa sphère. Ainsi, roi, nobles et peuple voulaient l'instruction , établissaient qu'elle devait être donnée , et la sollicitaient de ceux qui seuls la possédaient, des prêtres et des évêques , des maîtres de la doctrine enfin ; et l'assemblée des princes de l'Église consentait au désir de tous, et s'en faisait une loi: L'universalité de l'éducation était décrétée: le clergé séculier et régulier était chargé de la distribuer dans les évéchés et les moni^tères : ut scholœ legeruium puerorum fiant,... per singula monasteria vel èpis^

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copia discant. On allait plus loin , on traçait les bases générales de cette éducation : sjmbolum et oraiionem dominicam ; psalmoSy notciSy cantuSj com^ putum y grarnniaticam. C'en était assez : la loi était faite, le principe établi; quant à l'application, quant aax méthodes, quant à la direction intérieure, quant à toute l'administration réglementaire, les évéques dans leur diocèse, les abbés dans leur couvent, étaient libres de tout disposer comme ils l'entendraient. Leur adhésion répondait de leur sollicitude , et le roi ainsi que la nation pouvaient se reposer sur eux.

Ainsi faisaient-ils, et ils avaient raison. Le zèle n'a jamais manqué, dans les Églises de notre patrie , pour le développement et les progrès de l'intelligence. Alors, ou bien les évéques se réunissaient, et ils prenaient ensemble de nouvelles décisions , telles que celles-ci : « Nous avons décrété entre nous ^ (Tun commun accord y que chacun des évéques porterait dorénavant le plus grand empressement à l'établissement des écoles, et à préparer et à élever des soldats du Christ pour le service de l'Église. Et nous voulons, en témoignage du zèle de chacun de nous, que chaque fois qu'il se tiendra un concile provincial, chacun des recteurs des Églises présente ses écolâtres (maîtres d'école) au concile, afin que cela soit connu des autres Éghses , et que son habile dévouement au culte divin soit manifesté aux yeux de tous '. » Ou bien le roi lui-même, au

^ « Inter nos pari consensu decrevimus ut unusquisque Epkcoporum in scholis habendis et ad utilitatem Ecclesiaè militibus

98 HISTOIBE DE L'iKSTRUCTlOîr PUBLIQUE

nom de sa puissance executive, notifiait l'ayis et la

Christi praeparandis et educandis, abhinc majus $tadium adhibéret. £tin hoc uniuscujusque studium volumus probare ut, quando ad provinciale Episcoporum concilium conveotum fuerit, nnusquisque Keçtoram Scholastioos suos èidem conciKo âikssq fadat, quatenus «t eatemËookiftuf notum àtf et cfus so^. len ftudiuoa çii^ di^nnai eultMiu Qfaiiil^^$ fiât fûatiifi^tqm. «^ CepUuMtr^ Jnseghisi additionum, lib, U, cap. 5. r^us avQns hésité quelque temps sur le sens du mot rectores et aur celui du mot schôlasticus. On peut les expliquer par directeur d^école et écoliers, ainsi que l'a fait le D' Augl Theiner , dans son livre sur les InstkHtior{s d'éducsition ect^siiMstique, "Lit canon du concile obligerait alors les chefs d*école à présenter lei^rs élèves au cou* €çX^ provincial \ mesure $agQ et efi&cace 4an^ son principe , mais, il faut Tavouer, asse? difficile dans l'exécution. Cette difficulté de pratique d'abord, deux autres considérations capitales ensuite, nous ont déterminé à interpréter les deux mots en Htige, l'un par évéque, l'autre par écolâtre ou chef d'école. Le premier de aos motifs est tiré de ce qu'on trouve le mom de Hector réservé à l'évéque» dan^ ces temps surtout, rector Ecclesiœ : aujourd'hui epcore» les médailles frappées à Romç en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul portent pour légende: Rectores Ecclesiœ^ Quant au mot scholasticus, il est toujours employé pour signifier ^cô/(C^/>*<?, et presque jamais pour désigner les écoliers : ces derniers se nomment fcholares la plupart du temps. La se*oonde raison décisive se trouve dans un cai^on d*un autre cotk- 4sleti q\y^ nou^ citons plus loin, çt qui, se référant à celui-ci» en l'épète les termes^^et ajoute Rectores Ecclesiarum ; ce qui ne peut pas laisser dcf doute, et ce qui ne peut absolument s'appliquer qu'aux évéques. Il est enfin naturel de penser que les Pères prescrivaient aux évéques d'amener avec eux leurs écoldtres, le chanoine ou le prêtre qui remplissait cette charge dans leur cathédrale, et de le présenter au ccfficile. Cette présentation était le meilleur moyen de s'assurer de la capacité et du zèle des maîtres : elle prouvait bien mieux leur talent que la comparution de quelques élèves, et elle était beaucoup plus foeîle à obtenir.

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décision de l'assemblée aux chefs du clei^é, et les invitait à y déférer. C'est ce que nous voyons dans une Circulaire impériale adressée à Baudulf, abbé de Fulde. Cette pièce a pour npus un double intérêt : elle émane du prince, et elle contient de précieuses indications sur le genre; d'instruction que sollicitait l'empereur.

« Karl , par la grâce de Dieu roi des Frapks et des Langobards, patrice des Romains, à Qaudulf abbé, et à toute la congrégation , ainsi qu'à nos fidèles orateurs qui te sont confiés, Nous t'adressons un gracieux salut au nom du Dieu tout-puissant. Nous faisons savoir à votre Dévotion agréable à Dieu, que, de concert avec nos fidèles, nous avons jugé utile que dans les évêchés et les monastères confiés, par la faveur du Christ, à Notre gouvernement, on prît soin, indépendamment de l'ordre de la vie régulière et de l'obéissance à notre sainte religion, d'instruire dans la méditation des lettres, et selon la capacité de chacun , ceux qui avec l'aide de Dieu peuvent apprendre; de telle sorte que, comme la règle religieuse forme l'honnêteté des mœurs , ainsi l'application à enseigner et à s'instruire orne et dirige l'usage de la parole; et afin que ceux qui désirent plaire à Dieu en vivant bien , ne négligent pas non plus de lui être agréables en parlant bien; car il est écrit : « Vous serez justifié ou voqs serez condamné par vos paroles.» Ep effet, quoiqu'il soit meilleur de bien faire que de savoir, il faut cependant savoir avant de faire; aussi chacun doit apprendre ce qu'il désire accomplir... Or, durant ces dernières années, plusieurs monastères Nous

lOO HISTOIRE DE l'ïNSTRTTCTION PUBLIQUE

ayant adressé des écrits où on Nous avertissait que les frères dé ces communautés priaient pour Nous dans de saintes et pieuses oraisons, Nous avons remarqué que , dans la plupart de ces écrits , les sentiments étaient bons, mais les paroles incultes ; car ce qu'une pieuse dévotion dictait fidèlement à Tintérieur , une langue malhabile , et qu'on avait négligé d'instruire, ne savait pas l'exprimer sans faute. D'où il résulte que Nous commencions à craindre que , comme il y avait peu d'habileté à écrire, de même aussi la science nécessaire pour comprendre les saintes Écritures fût beaucoup moindre qu'elle ne devait l'être. Et Nous savons par expérience que, quelque périlleuses que soient les erreurs de mots, bien plus périlleuses encore sont les erreurs de sens. C'est pourquoi Nous vous exhortons non-seulement à ne pas négliger l'étude des lettres, mais à vous y exercer, dans ime intention humble et agréable à Dieu, pour être en état de pénétrer plus aisément et plus exactement les mystères des divines Écritures. Or, il y à dans les pages sacrées des allégories, des figures et autres choses semblables ; et il est hors de doute que celuilà seul les comprendra facilement et spirituellement, qui aura été d'abord pleinement instruit dans la* science des lettres. Que pour cette fonction on choisisse des hommes qui aient la volonté et la possibilité d'apprendre, et le désir d'instruire les autres ; et que cela soit fait dans une intention qui réponde à la dévotion qui dicte nos préceptes. Nous vous souhaitons, ainsi qu'il convient aux soldats de l'Éghse, que l'on voie en vous , à l'intérieur,

ET DE LA LIBERTÉ d'eNSEIGNEMENT. IOI

une dévotion parfaite, et que, par votre parole habile, voiis paraissiez de bons disciples; en telle manière que quiconque désirera vous envisager, à cause de l'amour de Dieu et de la noblesse de votre sainte vie , soit non moins édifié par votre aspect que par votre science, dont il aura eu la preuve en vous entendant lire et chanter, et qu'il s'en retourne en rendant grâce à Dieu dans sa joie,.... Ne néglige pas, si tu veux conserver notre faveur, d'adresser des exemplaires de cette lettre à tous tes suflfragants, tes coévêques, et dans tous les monastères. Salut au lecteur ^ »

Nous avons dû citer cette pièce presque tout entière à cause des renseignements qu'elle nous donne, et parce qu'elle est un des trop rares monuments de la législation relative à l'enseignement. Dégageons-la de tous les détails et de tous les accessoires , et elle nous apparaîtra d'abord comme un acte émanant simplement du pouvoir exécutif, et adressé aux évêques et aux monastères, c'est-à-dire, aux deux autorités les plus puissantes pour l'instruction; disons plus, aux deux seules autorités capables de faire et d'accomplir quelque chose en ce point. Ainsi considérée, cette pièce est précieuse, parce qu'elle marque positivement la limite où s'arrêtait l'intervention de la royauté. Avant tout , la lettre n'est écrite que comme résultat d'une délibération, d'uii accord

* Cette lettre se trouve dans Conring : AnUquit. Académie. Supplément. XXXV , p. 269. M. Guizot en a rapporté qne partie dans son Hist. de la cmlisathn. Elle est extraite de la collection des conciles du P. Sirmond, Sirmunki conciliorum GalL, t. II, p. lai. *

lOa HISTOIRE DE l' INSTRUCTION PUBLIQUE

commun : Una cwnjidelibus nos tris consideraUmus. Wous avons juge, de concert avec nos fidèles; et on sait que ce terme àe fidèles comprenait l'assemblée des seigneurs ecclésiastiques et laïques ; assemblée purement ecclésiastique, s'il s'agissait seulement des affaires de l'Église, assemblée qui décrétait ou préparait les lois. Ainsi que nous le disions , c'est la mise à exécution d'un capitulaire.

Ensuite, et même sous ce rapport il faut remarquer avec quelle précaution, avec quelle déférence le roi s'adresse au clergé : « Il nous a semblé bon et utile que la science et la littérature fussent pratiquées dans ri^lise, et que des écoles fussent établies. » Charles en déduit longuement les motifs : il présente l'affaire comme une question d'honneur et de conscience pour les évêques et pour les moines; il cite des textes de l'Écriture ; et quand il a pris la peine de formuler un long et habile préambule, que fait-il? Il ordonne? non, il exhorte : Hortamurvos. Il invite, il prie. Et en effet, il ne pouvait faire autrement, lui, respectueux pour les droits de l'ÉgUse, lui, enfant dévoué et sincère du catholicisme. Il savait bien d'ailleurs qu'une instance valait plus qu'une injonction , parce qu'on allait au-devant du désir, et qu'on aurait peut-être résisté à l'ordre. Aussi comme il se confie ! On choisira qui on voudra, la nomination regarde l'évêque ou l'abbé. Il conseille seulement que les élus aient volonté et possibilité d'appretidre, et capacité d'enseigner. iPas de défiance, pas de jalouse prétention ! il est sûr de ses évêques et de ses abbés, sur de leurs loyales et pieuses dispositions; la confiance excite

ET DE LA. LIBERTÉ d'eNSEIGNEMENT. Io3

)a confiance. Et TEglisey qui a toujours rendu des bienfaits, même à ses ennemis; l'Église, qui, selon le précepte de l'Apôtre, doit songer d'abord à ses eufantSj domestîcos fideij s'empresse de répondre au généreux appel du monarque. Dans ce mutuel et précieux échange de condescendances et de respects, dans cette union des deux puissances qui gardent chacune leurs droits en s'alliant pour le bien, l'aulorité royale étend sa paternelle influence , la religion répand avec plus d'abondance ses salutaires enseignements; la patrie grandit, s'éclaire, secivihse,et un siècle de gloire vient inaugurer de sa clarté naissante les destinées nouvelles de l'Occident.

L'Église seconda avec enthousiasme les vœux de l'empereur, sacré à Rome. D'un bout à l'autre de son immense empire, le mouvement fut général ; les fondations cl*écoles se multipliaient partout. Les cathédrales rivalisaient avec les monastères; l'activité gagna jusque dans les pays de conquête récente, jusque dans la Saxe.

Rien de plus admirable que Tempressement des évêques. Qu'il nous soit permis, pour en donner une iaée, de rapporter les efforts de quelques-uns d'entre eux : ces faits résument les tentatives de tous. A Lyon , l'archevêque était un élève de TÉcole du palais : né dans la Norique^ Leidrade avait été attiré dans la Gaule Pranque par Charlemagnë , qui lui avait successivement confié la charge de bibliothécaire et celle de missus dominicus dans des circonstances importantes. Élevé à la dignité d'archevêque d'un des sièges les

104 HISTOIRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE

plus illustres de l'empire , Leidrade justifia Testime du prince. Dans une lettre que nous possédons, il rend compte à l'empereur de tout ce qu'il a fait pour relever la foi et la science dans son diocèse : a II a plu à votre piété, ditil , d'accorder, à ma demande, la restitution des revenus qui appartenaient autrefois à l'Eglise de Lyon : au moyen de quoi , avec la grâce de Dieu et la vôtre, on a établi dans ladite Église une psalmodie, oii l'on suit, autant que nous l'avons pu, le rit du sacré palais, en tout ce que comporte l'office divin. J'ai des écoles de chantres y dont plusieurs sont déjà assez instruits pour pouvoir en instruire d'autres. En outre, j'ai des écoles de lecteurs qui non-seulement s'acquittent de leurs fonctions dans les offices, mais qui , par la méditation des livres saints, s'assurent les fruits de l'intelligence des choses spirituelles. Quelques-uns peuvent expliquer le sens spirituel des Évangiles ; plusieurs ont l'intelligence des prophéties, d'autres des livres de Salomon, des psaumes, et même de Job. J'ai fait aussi tout ce que j'ai pu dans cette Église pour la copie des livres \ » Ainsi, écoles de chantres, écoles de lecteurs, écoles où l'on expliquait les livres les plus difficiles de l'Écriture sainte ; c'étaient d'utiles et d'heureuses prémices.

L'évêque d'Orléans, Théodulf, alla plus loin. Il était étranger comme Leidrade ; il avait été son collègue dans les missions impériales; il était Goth de

' Traduction de M. Guizot dans son Hist. de la cmlis., t. II. Sancti Agobardi Op., t. IL

ET DE LA. LIBERTE d'eNSE^GNEMEWT. 1o5

nation et né en Italie. Nous avons de lui un capitulaire en quarante-six articles, sur les devoirs des prêtres. Son premier soin était d'inspirer aux clercs l'amour de l'étude, «afin , dit-il, qu'étant instruits euxmêmes, ils fussent en état d'instruire les autres. » On retrouve ici la pensée de l'empereur, et les mots mêmes des constitutions impériales. « Que les prêtres tiennent des écoles dans les bourgs et dans les campagnes; et si quelqu'un des fidèles veut leur confier ses petits enfants pour leur faire étudier les lettres, qu'ils ne refusent point de les recevoir et de les instruire; mais qu'au contraire ils les enseignent avec une parfaite charité, se souvenant qu'il a été écrit : « Ceux qui auront été savants brilleront comme les feux du firmament ; et ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la justice luiront comme des étoiles dans toute l'éternité '. » Et qu'en instruisant les enfants, ils n'exigent pour cela aucun prix et ne reçoivent rien, excepté ce que les parents offriront volontairement et par affection ». » Voilà donc l'application du principe, voilà les écoles pour l'enfance, les écoles

'■Daniel, c. 12, etc.

* Théodulf. , Capital., § ao. « Presbyteri per villas et vicos scholas habeant; et si quilibet ûdelium suos parvulos ad discen* daslitteras eis commeodare vult, eos suscipere et docere non renuant, sed cum summa caritate eos doceant, attendentes illud quod scriptum est : « Qui aiitem docti fuerint, fulgebunt quasi splendorfirmamenti; et qui ad justitiam erudiunt multos, fulgebunt quasi stellae in perpétuas aetemitates. » Cùm ergo eos docent , nihil ab eis pretii pro hac re exigant, nec aliquid ab eis accipiant , excepto quod eis parentes caritatis studio sua voluntate obtinuerint. »

ïo6 HISTOIBE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE

de campagne, les ëcoles du peuple, les écoles gratuites surtout; et ce sera un éternel honneur ipour le nom du saint évêque, de se présenter comme le promoteur de l'éducation offerte au nom de Dieu, et sans aucune récompense en ce monde.

Au reste, le zèle du pontife ne s'arrêtait pas là : il institua des édoles plus élevées et plus considérables, a Si quelqu'un des prêtres veut envoyer à Técole son neveu , ou tout autre de ses prfrents, nous lui permettons de l'envoyer à l'église de la Sainte-Croix (la cathédrale) , ou au monastère de Saint-Aignat), ou de Sâintrfienott, oudeSaint-Lifard, ou à tout autre des monastères confiés à notre gouvernement '. » îl faut remarquer ici que ces écoles dont parle l'évêque d'Orléans semblent plus particulièrement destinées au sacerdoce, ou du moins qu'elles sont plus spécialement ouvertes aux parents des prêtres; faveur bien juste et bien méritée, digne prix de leur dévoueitient à Dieu et à son Église.

Ces deux exemples nous suffisent pour montrer ^éducation épiscopale dans sa force et dans son èxtehsîon ; ce que nous pourrions ajouter ne ferait que représenter une même sollicitude et des soins* analogues. Les évéques rivalisaient d'ardeur et de sacrifices, et les conciles eux-mêmes stimtilaietit encore l'activité de tous i « 11 faut en effet , dîôâiéht

' Théodulï. Capit.f § i9* «Si quis ex presbyteris voluèrit nebotem suum, aut aliquem consanguineum ad scholam mitterQ in cclesia Sanctae Cruels y aut in monasterio Sancti Aniani ^ aut Sancti Ëenedicdy aut Sancti Lifardi, aut iû caeteris de his cœnobiis, quae nobis ad regendum doncessa ^unt, ei licentiam id fa-* ciendi concessimus. »

ET DE LA LIBERTÉ d'eNSEIGNEMENT. IO7

les Pères de Chàlons, que, selon le précepte de l'empereur "Karl , homme d'une singulière mansuétude, de force et de prudence, de justice et de tempérance, il faut que des écoles soient constituées, dans lesquelles l'habileté littéraire, les sciences et les explications des saintes Écritures soient enseignées, et que les disciples qui y seront élevés soient tels que le Seigneur puisse leur dire en vérité : Vous êtes le sel de la terre ». » Le concile de Mayence est aussi explicite : « Il est juste que les fidèles confient leurs fils à l'école ou aux monastères, ou au dehors aux prêtres, pour qu'ils apprennent la foi catholique et l'oraison dominicale *. » Ainsi , soit par ses plus illustres représentants, soit dans ses assemblées particulières , l'épiscopat se consacrait tout entier à l'instruction et à l'éducation.

Une institution qui favorisa singulièrement cette noble entreprise , ce fut la fondation des chapitres épiscopaux. Renouvelée de saint Augustin , cette pieuse pensée de réunir autour des églises cathédrales des prêtres vivant sous la même règle (chanoines, canonici^)j dans la communauté du travail

> ^ Oportcl enim^ èkirt Mmiiui Impêirâtot Katoivi»^ ttt itn^ûkns «aasuetuiUiiis, fortitùdmis et prudenttœ, justidae et teoiperantiae, pr»cepit, scholas constitui, in quibus UterarisB solertia disciplinae et sacrae Scripturae documenta discàtitur, et taies ibi erudiantur, qUibus merito dicatur a l)oîMa6 : f ôà tstîs sal terrae. a Condl.^ II Cabîtloneii's. , ^p, 14.

* « Dignutn est ut Môs suos douent ad scholan, stve ad «onasteria, sive foras presbyteris, ut fidem cathoUcam recte discant et orationem dominicain. » Concil. Mogunt.» cap, 4^.

^ De canon^ règle.

Io8 HISTOIRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

et de la prière, et sous l'œil de l'évêque, fut réalisée à Metz par saint Chrodeghang. Ce grand pontife avait été envoyé à Rome par Peppin ; c'est là qu'il soumit au saint-siége la règle qu'il avait composée; et le pape Etienne, lors de son voyage en France, la confirma de son autorité apostolique. Le concile d'Aix-la-Chapelle généralisa cette constitution claustrale j et l'étendit à tous les évêchés de France. Les chanoines offrirent, on le comprend, une admirable ressource pour l'entretien et la direction des écoles cathédrales : un d'entre eux fut choisi pour les présider, et il reçut le litre de scolastique ou écolâtre, Scholasticusj Capischola. Il estprobâble que cet écolâtre succéda aux fonctions qu'exerçait autrefois l'archidiacre, le primicier de l'école, tel que nous Favons trouvé sous la première race. Sa charge était jointe assez souvent à celle de grand chantre; c'est ce que nous verrons à Paris.

Ces écoles canoniales se divisaient en différentes classes, et elles étaient situées ordinairement dans le bas de la nef de l'église, ou dans \ atrium ^ ou mieux encore dans le cloître qui environnait la cathédrale. On assure même que le nom de pan^is^ donné à la place qui s'étend devant l'église, vient ^e ce qu'autrefois c'était locu-s parvis educandisj le lieu où l'on instruisait les petits enfants, /7«mj'/ttm'. Quoi qu'il en soit , il est certain qu'on y enseignait la grammaire, les arts libéraux, le chant, la psalmodie, l'Écriture sainte et le cérémonial. Le glorieux souvenir delà restauration des études s'est

• ' C*est ropinion du savant Jacq. Wats dans son Glossaire,

KT DE LA- LIBERTÉ d'eNSETGNEMENT. IOQ

perpétué jusqu'à nos jours dans les maîtrises et les psallettes ; faible mais respectable débris de la plus vénérable antiquité , et que l'empire de Napoléon aurait dû respecter, ne fût-ce que par honneur pour l'empire de Charlemagne !

A côté des écoles épiscopales paraissent ensuite les écoles monastiques; et, il faut le dire, les destinées de celles-ci furent plus brillantes epcore. Tandis, en effet , que le talent ou la volonté d'un évéque pouvaient quelquefois être les seules garanties de vie et de durée pour les unes, les autres pa^rticipaient de cette persistance et de ces traditions, de cet esprit de corps enfin qui se perpétue dans une communauté plus que partout ailleurs.

Que dans tous les monastères on trouvât des écoles pour la jeunesse et pour l'enfance, c'est un fait qu'il n'est pas permis de révoquer en doute; les monuments de l'histoire tout entière des ordres religieux Tattestent. « Dans ces temps, dit J. Trithèrae, et longtemps après , c'était une coutume fort célèbre des moines bénédictins, de posséder des écoles dans presque tous les couvents. A leur tête étaient placés , non pas des séculiers^ mais des moines distingués par leurs mœurs et leur érudition, et non -seulement habiles dans lès lettres divines, mais aussi instruits dans les mathématiques, l'astronomie , l'arithmétique, la géométrie, la musique, la rhétorique, la poésie, et toutes lesautres sciences delà littérature profane. Plusieurs

IlO HliSTOIRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE

d'entre eux étaient à la fois savants dans la langue romaine , et également dans les langues grecque , hébraïque et arabe, ainsi que le prouvent leurs ouvrages. Si par hasard un abbé n'avait pas ps^rmi ses moines un frère capable de diriger l'enseignement, il ne rouissait pas d'en demander un à un autre monastère ; mais on aurait eu honte de négliger l'instruction des moines dociles, et on ne négligeait pi lueurs ni dépendes pour leur apprcjndre convenablement les lettres et pour former leurs ^loeurs^ Âusn, dans tous les couvents de Gaule et de Germanie, choisissait-on des Scolastiques qui donr naient à tous les enfants les premiers élém^ts des connaissances, et ensuite faisaient passer dans des écoles plus élevées ceux de leurs disciples qui leur avaient paru les plus distingués. Ces écoles, d'un ordre supérieur, n'existaient que dans les monastères où le grand nombre des cénobites , les ricji^ ses et la renom^née permettaient de fonder deparçijsi établissements d'instruction' . » En examinant de près c^3 paroles , nous remarquons que l'éducation mopastique, fût-ePe même destinée aux jeunes cénobites, n'était pas uniquement r^gieuse, ais|isi au contraire qu'elle était essentiellement Uttérgire^ au moins dans le sens le plus étendu de ce mot à l'époque de Charl^a^£igne; qu'çn§uite elle était distribuée à toute la jeunesse laïque et ecclésiastique, et qu'enfin elle se composait de divers degrés,

* Joann. Trithemii Chronic. Hhsaugiens,^ apud ConriDg, c^. ê^ra iaudato, s^pL XXXII.

' J, Trithemii id.^ apud Bulla^um, op. ciu^o.

ET B^ %,k LIBEUTB Q ^SSIOIT^Eirr. III

Si maintenant il était nécessaire d'établir par de nouveaux &its la première de ces observations, nous pourrions invoquer à notre s^de les nombreux exemples que nous rencontrons à chaque page de nos apual^s. Qui ne sait que le célèbre Àlcuin, épuisé par ses travaux, et quittant T^co/^ ^/)a/<z;> qu'il avait d^*igée avec tfipt de gloire, se retira 4^ns Tabbayfi de Saipt-Martin de Tours, et y fonda upe écolç de* venue bientôt fameuse ? Depuis longtemps Alcuip 4ésirait le cç^me de la solitude. «^ Que vptre paternité le sache, écrivait-il à un archevêque; moi, votre fil^, je désire ardemment déposer le fardeau des affaires du siècle, et ne plus servir que Pieu seul* Tout )iomme ^ besoin de s^ préparer avçc vigilance à la rencontre de Dieii ; ^ plus forte raison les vieil-^ lards brisés par les années et les infirmités '. ^Maîs Charles pe voulait pas se priver d'un conseiller si habile et si s^ge; il résista pendant plusieurs années^ et même après avoir cédé il tenta plusieurs fois de rappal^r près de lui son <mi , spq maitre : « C'est une honte , écrivait-il , de préférer les toits enfuipé^ des habitants de Tpurs ap^p^l^is des Romains. » Alqpîn ne s^ laissa pas séduira : comment aurait-il pu quitter sa chère retn^ite , cette bibhothèque ^nriqhie par ses soins, et pour laquelle il avait enyoyé chercher des copies jusqu'à York; cette écol^ où il enseignait les hommes les plus épiin^nts de la génération pQuvelle, |laban-Mauf , ^nialaire , etc. ? «Moi, votr^ Flacpus, écrivait-il à Charlemagne, selon votre exhorta^tion et votre sage volonté , je

' Alcuini JEpUt. i68, 1. 1.

lia HISTOIRE PIS L mSTRUCTION PUBLIQTTK

m'applique à servir aux uns^ sous l'abri de Saint- Martin, le miel des saintes Écritures; j'essaye d'enivrer les autres du vin vieux des anciennes études; je nourris ceux-ci de la science grammaticale , je tente de faire briller aux yeux de ceux-là l'ordre des astres' . » On le voit , c'étaient bien là les éléments de toute l'activité intellectuelle du temps ^ et, pour ainsi dire, la répétition de l'École du palais.

La fondation d'Alcuin fut le modèle de toutes I^ autres. Raban-Maur restaura l'école de Fulde sur ce plan, et, grâce à ses soins, cette antique abbaye recouvra sa splendeur. De Fulde, les études passèrent à Reichenau, à Hirsauge, à Saint-Germain d'Auxerre. Dans le nord des Gaules, Corbie au diocèse de Beau vais, Saint-Vandrille près de Rouen, en Lorraine le Vieux-Moutier, fondé par Smaragde, encore un disciple de l'École du palais; près de Paris , Saint-Denys, que le pape Hadrien jugea digne de ses éloges; à Paris même, Saint-Germain des Prés ; à Luxeuil, à Hirsfeld, à Orléans, etc., etc., les sciences avaient de doctes interprètes.

De nombreux professeurs se partageaient les travaux. Ainsi l'école d'Amiens , fondée par saint Benoît, avait des maîtres distincts pour le chant, pour la lecture , pour la grammaire. Alcuin s'adjoignit Sigulfe dans la direction de Saint-Martin, et Sigulfe expliquait Virgile; à Fulde, Raban-Maur, modérateur de l'école, eut pour collègue Samuel, son condisciple à Saint-Martin. —

' Id., Epist. 38.

ET DE LA. LIBERTÉ Jj'EKSErCirEMEPrT. Il3

Quant à l'admission de tous les enfants indiffiéretnment dans les classes conventuelles, cet usage^ qne nous ayons déjà vu exister dès l'origine , est clairement démontré à Tépoque où nous sommes parvenus. «Les rois et les princes^ ditP^ Larigïûs % cttes^ùtrès nobles, livraient leurs enfants aùit moî^-* ûes'dansPînlérieur du cloître, pour qu'ils apprissent la criainte de Dieu et les lettres ; les uns, restant sous b règle ^ devinrent, grâce à la discipline et k la sdèpÉce, è^ hommes de iMiiUeté; les autres, rappelés parieurs piaiï«ite, ftffént d^abilès.ét de prudents" mbdériaieurs de la chose publique; » Lés anciennes écoles, surtout celles des bénédictins, ajoute un autre* éctivain ^, ét^ientpuWicJues, et avaient été créées par les personnages les plus saints; pour Dustruction de la jeunesse. «^ Les enfants, dit encore Bruschius ^, confiés dès leurs plus tendres aruiées aux monas* tères, ne s'astreignaient à aucun voeu; mais ils pou*vaient sortir quand ils le voulaient, soit pour se marier, soit pour suivre la côur des ^princes ou la cantère des armes. » C'est d'ailleurs ce que prouvé l'existence des collèges de l'abbaye dé Sâint-Riquier en Ponthîeu, où « les fils des rois, des ducs et des princes, avaient coutume de recevoir leur pire^' mière éducation ^.» • ^ '

Biais si la noblesse envoyait ses enfants dans les

écoles conventuelles > il ne feudrait pa^ croire que

' Pauli Langii apud Coarif^» j^tUp^f^ 0Ç0fié/lfiç.^ , sifp*y piem. XXXII.

* Aubert. Miraei, On'gin. monast. lib. II, cap. i. ? Brusolti. '//i iwo>i<»5f; ^ttgf^«i. à^ud BiiîTâÊiirii: 4 Hist.liUéraire^de la Franee^^it les Ôènédîodns , t. IV.

H4 HISTOIRE DE l'iNSTRUCTIOIT PUBLIQUE

l'instruction qu'on y recevait fût un privilège de l'aristocratie. Loin de là: l'Église a des entrailles de mère pour les petits comme pour les grands , et ^le se plaît surtout à aider la faiblesse, à relever la pauvreté, à soulager l'infortune. Aussi était-ce un intiment admirable de la charité chrétienne qui savait dicté ce fameux capitulaire dont nous avons rapporté le texte, et qui voulait 4?s écoles pour les enfants d,es ^erfs comme pour l€|$.^f$pt6^ dea hom^ mes libres. Sublime Inspiration 4e la Sqi catholique^ 4e vaut qui il n'y a plus de Grec ni da barbare, de libre ni d'escUyei piais des frères eti Jfotre $^new Jésus^Christl

Il y avait donc des éc^es pour le peuple dam les monastères, des scholœ trmales y selon l'expression de l'époque. Ces scholœ trmcUes, ainsi nommées de ce qu'on y enseignait le trmum, la science élémentaire, étaient de deux sortes. Les unes étaient renfermées dans l'intérieur des cloîtres, et consacrées à l'éducation monastique , c'est-à-dire à l'édu* cation des enfants qui dépendaient du couvent ou qui se dévouaient à lui, des oblats. Ce détail ressort d'un capitulaire de Louis le Débonnaire, ainsi con* çu : « Qu'il n'y ait pas d'école dand l'intérieur des monastères , excepté pour les oblaU '. « Ces oblata étaient aussi appelés enfants de l'habit monacal , fifieri monadiici habitas. J^es autres éoolea étalant tenues àl'extérîeur, et recevaient toute la population hulque. L'instruction , on le conçoit, variait selon

' « Schola in monasteriis mm hab^atur, msi «orwi foi oblati »unt. » An^ghisi Capiu Uhm U aédHioft^ cap^ 4$i. .

£T Dfi liA LIB£Rt]é P^EITSBIGinSM K WT^ Îl5

les circonstances de temps et de lieux; mais partout elle était chrétietme, simple et solide; pai^toUt elle formait des fidèles pieuK let fenrents, des citoyens honnêtes et dévoués; partout elle apprenait à vme humblement ici-bas^ en vue de Dieu et derétémiték

Récapitulons maintenant l'œuvre de l'Emisé* L'épiscopat avait ^s écoles cathédrales, dirigées par l'évoque ou par le chanoine écolâtre. Sémiiiaireé pour le clergé) collèges pour les laïques, établiâse4 ments d'instruction supérieure et libérale, elles s'ouvraient pour toute la jeunesse^ depuis les fild d'empei^ur, puisque Lother fut élevé dans la cathé^ drale de Paris', jusqu'aux enfants des bourgeois dé la cité. De plus, Tépiscopat avait ses écoles de cam* pagne, tenues par le curé ou le prêtre ; éducation élé* men taire, qui ne pouvait être refusée et qui devait être gratuite. Les moines possédaient leurs écoles supérieures, tant pour les jeunes cénobites que poui^ ks laïques, princes ou citoyens, comme le prouve l'exemple d'Abbon , comme le démontre la muku tu de des écoliers de Fleury- sur -Loire, lesquels étaientau nombre de 5,ooo, et les six cents étudiants que nourrissait l'abbaye de Fulde. Us entretétudeut leurs éccdes inférteuresàu dedans et au dehors i oa# l'usage de séparer les laïques et le^ oblats s'étendit même aux classes des grands monaslêtès, oùl'i^ts-* ti*u€tion était plus forte et plus littéraire. Enfin, ils euvraient leurs écoles triviales pont les pauvi'ea et tes pàysatDfti

' GrMtr, iUft <j^ l'Univ. de Paris, tt

1 16 HWTÔIR» DB L'iirSTHUCriOÎT PUBLIQUE

Certes, à< voir Un pareil ensemble , on ne peut ^^eiriipépfaw d'Admirer «t de bënir la fécondité et les r0$6oUrees du catholidsttie^ iqui, pourvu qu'on lui assure là paiit> couvre un imaïense empire du plus cdicq^lèt'réeeàu d'édueatityn qu'on eàt encore rencontré dans le monde^ët qui, pour cette tâche, ne deiiicande rien que la liberté.

- Çhadêsy ^e son c6té^ suivait avec passion le développétbenitde ce merveilleux ti^Vait : iiexhor-" takt^lil; soutenait, il enooorag^it. Taotèty comme à Lyoq^ iiiSaisbiit restituer les revenus des églises, tàât4l SI renvoyait des mi^^^i'^ ^^ des livje^ tantôt il àdto^ail: des questions et sollicitait des répotises. Eoâa^ il récompenaait les phts dignes. C'est de hk j»orte qu'il octroya à Qsnabruck des immunités j^l <ies {privilèges. <c Nous accordons, dit-il, à L'ëyyéque et à ses successeurs , l'indépendance et l'e&^ptioB de toute autorité royale. S'ilarrive que l'empereur des Romains et le roi des Grec& veulent umr leurs ea&nts par le liea conjugal ^ l'évêque de datte Église, aura rhonoeuret la*charge de cette iiégociatiop,aiPL frais du roi ou de l'empereur. Et nDU^.étabU^^os içes cboaes, parce que nous avons m^n^é quQ dei^ .écoJjes greoqùes.et latines fussent lEotodé^ Q j^rpétultfi en ce lieu, et parce que nous avom la oolifiaaca jqu-'il $'y trouvera toujoursf des c)effcs;ins)mit9t dans l'une et l'autre langue '. m

A(V4C .tot>t;4e travaux ^t avec de pacdÛs appuis, b «î\(ilî^ti(Hl pff^nd.unè face nouvelle. Les traoes du règne de Charlemagne sont profondâs ^i'^lan^ cpiSi

dfmw auxj^cieâéesr et jiMl' j^tljif^ l^Aflwmivrft 9sA\h P9*|y ^Iî4f fir Viiftpulsi^îi partie tie 4|i «rtWî^WTffir wn«, il feutira 4e terriWe^ oJî>stacl^ , : , /

.Ou se tromperait gravement^ en effet^^i Y^xi pepr s?it jguel'ççuyre litt^wrei de;Vel»pere^^ i^ 4wW pas plus que sod eauyife' p0U|;i£|^; (je^lk ^t^^t assûse sqr de U'op solides Ic^d^mep-tStpoqr.*^^ facilement ^branl^e. Aq$çi; tandis que T^nit^ ppl^^^ tique -j si laboHeusemeal constituée ^ se l>ris9Ât ^pi^ le. sceptre débile des ILaroUngiens^ Ja glaU^id^ études se soutint d'abord ; et leis laéi^es priç^e^^ ^n*habiles àsauver l'intégrité de leur di.ad^oaÇr surent perpétuer la splendeur des let^riEis.G'est ce qi^e nous voyons pendant le règne de Louis le K^ç^^ de Charles le Chauve.

Les institutions d'insti^uqtion publique Çoripées par Charlemagne furent l'objet des soins = les pljuf zélés de ces deux princes. V École du paiais resta digpe de son fondateur et de son chef, Lf i^npinç Clément^ Claude, depuis évéque de Turjn \ ^Içlric^ depuis arclievéque de Sens; Amalaire^ ,jPfrétfe de l'église de Metz, occupèrent successivement yspu^ l'empire de Louis, la charge que le gran<^ AlwiP avait illustrée. Charles le Chauve était lu^i-ipeme élève de l'École du palais. Il y avait puisé l'aippiir de la science ; et rien, dans le cours de sa vie, si^ tristement agitée, rien ne put le détourner <^e ses ^pûts littéraires, rien ne put lui faire oublier Ja protection dont il honorait les savantSi C'çst ppur son éducation que Loup de Ferrières composa un Abrégé de l'histoire des epapereifrf. « Pn ^uejqne

lieu du monde que brUlâisètit d'habiles matti^, dit le moine Henri d*4uxerre^ vous les attirez dans voire royaume, pour y travailler à l'instruction publique '. » — La cour, ajoute un autre écrivain, était devenue comme une palestre et un gymnase pour toutes les parties de la sagesse. Aussi la tioblesse et tous les grands du royaume y envoyâien!> Hs leurs enfants s'y former iaux $ciences divines et humaines. » La réputation de l'École du palais et celle du prince se répandirent au loin ; Tbistorien Anastase le bibliothécaire félicita Charles de ses heureui^ succès; et les papes confirmèrent le titre de doctrinœ studiosissimus y que ses sujets lui avaient donné. La direction de l'école impériale fut confiée par lui à Jean Scot, puis à Mannon , qui la conserva jusque sous le règne de Louis le B^;ue.

Le nom de ce savant moine est le dernier que Ton trouve sur la liste des modérateurs de l'École palatine. En faut-il conclure que l'école disparut avec le démembrement de l'empire? Wous serions tentés de le croire, surtout si, comme cela nous parait probable, elle avait conservé son caractère primitif, si elle était restée attachée à la cour, et suivit le monarque dans ses voyages et ses expéditions.

A proprement parler, Charles le Chauve ftit le dernier successeur réel de Charlemagne, le dernier représentant de ses traditions et de sa puissance. Après lui, il n'y eut plus d'empire, plus de majesté, plus de cour. Les rois qui s'étaient taillé desroyaumes dans le vaste domaine de Charlemagne étaient trop

^ Crémier, BisU de VUnipers. de Paris, 1. 1.

n im tjL î^iBERTifi B'EwsMGireMEirT. 119 occupa à les défendre ou à se le^ disputer^ pour prétendre reconstituer la monnchie de leur aïeul, et ils devaient abandonner jusqu'à la pensée de faire revivre ses œuvres. C'est ce qui arriva pour FÉcole palatine : elle fut ensevelie sous les ruines du palais impérial. Il semblait que Charles le Chauve luimême le pressentit; car plutôt que de garder ses fils Lother, Drogon etPeppin près de lui, et de leur faire donner réducttion qu'il avait reçue lui-même, il envoya le premier au monastère de Saint-Ger^ main d'Auxerre , sous la discipline de Henri , et les deux autres au couvent de Saint-Àmand, où enseignait Milon, un des plus habiles personnages de son temps; ce qui y attira un grand nombre d'enfants de la haute aristocratie '. Privée ainsi de Féducation des princes, l'École palatine resta sans doute une sorte d'académie d'instruction supé*^ rieure, destinée à vivre tant que l'empereur régnant serait un protecteur des lettres, et condamnée à mourir du jour où l'indifférence du monarque, aidée des circonstances extérieures, la rendrait importune. Les malheurs de la France n'amenèrent que trop rapidement ces causes de dissolution.

Non pas aussi promptement s'éteignirent les autres établissements d'instruction publique dus au génie de Charlemagne. On se rappelle les sollicitations du concile de Paris en 819; on se rappelle avec quelles instahces les évêques demandèrent à Louis réta|>lissement ou le maintien de trois écoles publiques créées par l'autorité souveraine. Le vœu

■ Hist. littéraire ^iaFrance, t.V.

ducoacile fut s^i^s doate exAUcé;etl>i6n que 1,-1^ toire n^ bous ^^it pas conserve de documenU -^jeplicitesy nous, sommes autorisés à croire que spé* étalement l'École pub^liqu^ fondée à Paris reç^t^ de la part des emper;e^^s, de puissants encou* xagements, Vraisemblablement c'est cette écol^ qui y nn instant abandonnée ou tombée en déca* dence vers les premières aimées des successeurs de Charles le Chauve^ fut relevée par les soins et par le talent du moine Remy d'Auxerre. On voit cet homme éminent, après avoir restauré les écoles cathédrales de Reims, arriver à Paris, et y donner avec un succès prodigieux des leçons de grammaire, de dialectique , de musique et d'arts libéraux. C'est bien là le cours ordinaire des études tel que Cbarlemagne l'avait prescrit. D'ailleurs, l'école de Remy ne se rattachait aucunement à celle de l'évéché, ni à celles des monastères; elle en était parfaitement distincte '. Elle était publique, et elle avait tous les caractères d'un établissement supérieur , puisque les maîtres des autres écoles venaient s'y instruire, coaune fit Âbbon de Fleury. Enfin, la chaire de Remy fut occupée après lui par une succession de docteurs qui traversa les orages du ix* siècle, et salua l'aurore de la troisième race royale en France.

Il ne faut pas cependant se le dissimuler : là n'étaient pas la force et la vie des études. C'est l'Église qui seule les possédait réellement, parce que rÉglise a éminemment le génie de la conservation.

• Crevier, ^mA de VUnipers. de Paiis^j. L ,

GhurlqlP^gneravdit senti; il lui «va^ remis le dépèk ^ s^pemée^ et de ses nobles désirs, il hii avait i^uéiSOQ testament intellectuel. Exécutrice fid^, elle accomplit le legs; et tandis que tout Fédifiee bâti sur la puissance humaine s^croulart avec fraxîas^ r^difice élevé à l'ombre dé Fatitel resta loog* temps inébranlable^

A Texemple de son père, Lodewig adresse un noMe appel. aux évéqùes, et les évéqûés ne font jamais défaut à ses exhortations. « Le pieiix et orthodoxe prince, disent les Pères du concile de Paris en 8 19, lé seigneur Lodevrig, empereur cher à Dieu, a conseillé et ordonne que les recteurs des Églises préparassent et ékvassent, dans les %lises qui leur sont confiées, de courageux soldats au Christ, qui puissent trouver grâce devant Dieu. Mais, malgré ce désir et cet ordre du prince, plusieurs de ces pasteurs ont agi jusqu'ici mollement et avec négligence. C'est pourquoi nous avons unanimement pensé que chacun devait, en renonçant à cette torpeur et à cette indifférence, apporter une vigilance plus active à l'éducation et à l'instruction des soldats du Christ; et lorsqu'il se tiendra un concile provincial, tout recteur sera obligé, ainsi qu'on l'a déjà rappelé précédemment, de présenter au concile ses j'colastiqueSy afin que leur zèle pour le culte divin soit manifesté aux yeux de tous '• j» Mous n'avons pas

' « Jam dudum a pio et orthodoxo principe» doroino Hliftr dovico, Deo amabili Imperatore, jussum et admonitam est ut Rectores Ëcolesiarum la Ëcclesiis sibi commissis strenuos milites Christi, quibus Deus placari posset, pnepararent et edur lurent. . . Sed super luip ejusdem {Ndinçipis «doumtkme, mm

betoin d'ioflister. sur rémùladon qui devait nfttu* rellemetit résulter éùire les sooiastiques de cette âolennelle prësetitâtîoti, nous dirions presque de cet examen en plein concile.

On le voit 9 c'est toujours la ménif bonne volonté dans le cie^. En veut-on une preuve nouvelle ? Pendant les guerres qui ensanglantèrept le i!^e de Louis, plusieurs écoles avaient été détruites^ et l'ignorance faisait de nouveaux progrès. Le troisième concile de Valence s'occupe de leur établissement : On nous demande que , « selon l'exrâiple de nos prédécesseurs, nous traitions entre nous des é<x>les de lettres divines et de lettres humaines et de chant ecclésiastique, et, s'il est possible, que nous rendions à leur égard des statuts et des ordonnances; car l'interruption des études ^ laisfsé l'ignorance de la foi et l'absence de toute science envahir la plupart des Églises. Cela est juste: qu'il soit fait ain» ^. » Le malheur des temps pe ra^

jussione, a nonnullisKectoribus tepide et desidiose hactenus actUDi« Uode omnibus nobis visum est, ut abhînc postposita Co» t(u$ tot'ppris negUge^ti^ ab onmibos diligentior iQ ed«cita4il jet erudiendis militibus Christi et vigilaotior adhibeatur diligentia; et, quando ad provinciale Ëpiscoporum concilium ventum fuerit,uniisquisque Rectorum, sicut jamin praecedeatlbus înemoratum est, Scholasticos suos eidem concilio adesse tàtiat, ut'SUumsolersstudiuin circa cnltum divioum omnibus manifestum fiât. » Concili. Parisiensis VI, ca/i. XXX^ apudSiriiiondum, Colleet, toncil,

' ^ « Ut de scholis tara divin» quam human» litterâtur», o«c «iim et ecelesiastiese oantilenae, juxta exemplum pif»decessoriim wisti<oram aliq^idintemos tractetur, et, si potest fieri , statua- «or atqus ordinetur : quiâ ex hojus studii longa intermis^

ïT i>« ïiA tMBimS jf^svKfnmtÊtrt. tîi3 lentH ni Tardeur nî le courage. Ecoutez le coucile de Tulle sous Lother, fils de l'empereur Lother ^ en àS^ : « Comme les écoles d'Écriture sainte et de Kf térature humaine ont , dans lés précédentes àn-ï liées , et grâce aux soins des religieux empereur , répandu un grand éclat sur l*Église et raprpoHé d'admirables avantages pour la science, nous de-4 tons supplier nos pieux princes, et exhorter rnstamment nos frères dans l'épîscopat, afin tjue pari tout où le Dieu tout-puissant daigne accorder des hommes capables d'enseigner, c'est-à-dire, dbùérf d*une intelligence droite et fidèle , dés écoles publîi ques soient établies, pour que l'une et l'autre science, la science divine et la science humaine, produisent leurs fryitç pour l'Église de Dieu; car (ce qu'on ne saurait trop déplorer et ce qui est d'un danger extrême) la vraie et complète intelligence des saintes Écritures se perd à tel point, qu'à peine en retrouvet-on des vestiges. Aussi faut-il y apporter remède avec ïe plus grand empressement et la plus vive sollicitude '. w

sione pleraque Ecolesiarum De i loca tt ignoratttia fiiki ^^t tddsft 9ç{endae inopia invaiit, Placet ÇrinaUim, » Coi^cii. Yiiieiil. Jlf^ cap^ }3 (apno Domini 855), apud Coiiriiig,

' A XJt sch'olae sanctarum Scripturarum et humanae quoqu^ litteraturae, unde annis praecedentibus per religiosorum Imjjeratorum studium niAgna iiluminatio Ecclesiae et crudîtionis iitllr* tas processit , deprecandi sunt pii Principes nostri et onines fratres et Coepisoopi no^ri itistuntissînËe commônendi ut iibioqB'* que omnipotens Deus idoneos ad docendum , id est, fidelitf r et veraciter inteUigentes, donare dignatur, co&stituaDtiir ttbkpK sehelae publicee ut utriusque eniditionis et*dÎTina» videlwet et humanae, in Ecclesia Dei fructus valeat aoepeêc«fft. fyiàk

^4 Hl^?PO*W^\^l^^ïï^^^ PUBLIQUE

,/ Ces dolë9pc^>|ur9ot entei^doesy qon pas peut* ^tredu ppuypir, trop fs^^lp pour les satis&ire, mais 4e r^piscopat, qui recommençait sa tâche mal^é tous les oliistacles; qui ne se laissait rebuter ni par les désastres, ni par les guerres, ni par lesvioleti* ces. Parfois , il est ^rai , son r61e est rendu plus pénible; parfois, dans sa lutte avec l'ignorance ^ il reçoit quelques échecs; mais repoussé sur un point , il triomphe sur un autre. Au moment où il semble abattu, il se relève avec une énergie nouvelle; et, victorieux de ses ennemis, il ti*ansporte à travers les siècles le flambeau de la science et de la. civilisation, qu'il a tant de fois sauvé des fureurs de la barbarie*

Le plus rapide coup d'œil jeté sur les écoles épiscopales pendant le ix* et le x« siècle, fera ressortir d'une manière invincible les admirables résultats obtenus par les pontifes des Gaules. Les exemples de Théodulf et de Leidrade avaient eu de nom* breux imitateurs : la charge d'écolâtre fut brillamment remplie à Lyon par le docte Florus, que ses contemiporains nonunèrent le maître par excellence , magister. A Meaux , l'évêque Hildegher fît observer les capitulaires de Théodulf. A Orléans, l'un des successeurs de ce grand évêque, Gualther, renouvela ses ordonnances, et statua en

( quod nîrois dolendum est et peroiciosum maxime ) , divinoB Scripturae verax et fidelis intelligentia jam ita dibbitur, ut vix }«n extrema ejus vestigia reperiautur. £t idcireo ingenti cura et surnmia ^udio remedium procurandum est. » ConciL

KT DE LA Lllfiimi ^b-EVSEIGHEMEirr. Il5

outre « que chaque prêtre aurait près de lui un jeune clerc , qu'il élèverait dans la piété; qu'il ouvrirait une école dans sa paroisse , et veillerait aux mœurs et à l'instruction des enfants qui y seraient reçus '. » L'archevêque de Keims, Hincmar, l'homme peut-être le plus illustre de son siècle , ne devait pas négliger les études; aussi le voyons-nous soutenir l'école des chantres et celle des clercs de sa métropole , et leur donner de précieux développements. Elles devinrent même, vers la fin du x* siècle, les plus florissantes qui fussent dans le jroyaume : leur réputation, relevée après Hincmar par Remy et Hucbald, (ut portée au plus haut degré par l'illustre Gerbert, qui sembla résumer en lui toute la science de son siècle, pour la faire monter sur le siège de saint Pierre. Gerbert enseignait la rhétorique , les mathématiques , et toutes les sciences sacrées et profanes, jusqu'à la médecine. Recueillant et se procurant à grands frais les œuvres de l'antiquité , il réunit Cicéron, César, Pline, Suétone, Stace, Manilius, P. Aurelius, Claudius, Yictorin, la dialectique de Boêce, etc. Son habileté dans les sciences physiques était telle, que de son temps on le proclamait supérieur à Ptolémée dans l'art de l'astrolabe; à Alcandre, dans Fastrô- Bonie; à JuliusFirmicus, dans l'astrologie*. On alla plus loin , et les chroniqueurs le représentèrent comme un magitien et un sorcier, tandis qu'en réa-

■ ConctI. t. VIII. — Hist lin. de la France, t. V. . . ' Goill. Mali»f$bwfi de Be§iuhàgh^His$yUm^ lé Primée^

ia6 HISTOIRE DE l'îITSTRUCTION PUBLIQUE

lité il n'était a qu'un astre brillant dans tout Tunivers, par l'éclat immense de sa sagesse '. »

Si toutes les écoles cathédrales ne peuvent pas aspirer à la renommée de celle de Reims ^ cepeu-» dant celles de Metz, de Toul et de Verdun, cellesi ^e Liège, où Francon, « le très-docte Francon nour* rissait dans toute science une multitude de disci^ pies, » où l'évéque Évéracle envoyait lui-^inême des pièces de vers de sa composition auxmaitri^set^ausi élèves, pour exciter leur émulation; celle 4^ Stf as* bourg , qui fit donner à cette ville le surnoTU dLÛrbsdoctrinû /lorkia; celle de SenS} que dirig^^i^ Gerla,nd,v«> ih omrU génère ^cientiarumdocdssimus ^ celle d'Auxerre , où se succédaient des professeurs dignes de recevoir dans le néerologe les titres d6 doctoreximiuSjdoctor omni sçLpienùœ luce coruscifins; celle de Chartres enfin, où brillèrent ensemble et Fulbert et Hubert, les deux élèves du pape Silvéstre II , et les deux précepteurs du xi* siècle J toutes ces écoles soutiennent néanmoins avec hoilneur le$ traditions du grai>d règne. « L'admirable solticî* tude de Notger (évêque de Liège, contemporain de Charles le Gros ) pour l'éducation des enfants et pour l'instruction des écoliers, se témoigne par l'habitude où était ce prélat de se fair^ aocompa? gner, chaque fois qu'il se mettait en routa pour ijum longue ou pour une courte eî^cursiofi ^ par de jeunes écpUçrs. qui étaient placés sqqs Jsj discipline aévèr« de six chapelains. L'évéque faisait transporter à sa

^ ,^JiMa V9ç^vanfih%\xm Sapieàtîad nnçrito, qmé toto fadid!>st in mundo, — Helg. FUa RoberH Pu.

Sr BB liA. LIBEKTlé D'CNSEIGNEMJEirr. JtkJ

suite les livres et les objets nécessaires à l'étude* Il en résultait quç souvent ceux que Févéque avait ^nenés ^[ros&iers et illettrés revenaient savants^ ^ cap^ble^ 4^ surpasser leurs maîtres eux-mêmes ^-^^ ^Qus n'insistterôdâ pas davantage sur ces faits ; ils prouvent surabondamment la p^tmimence et )a tierce des étiide^ dans lefs églises iîatbédntl^s/ et îl$ s0«t tin magnifique bommage r^odu à la vérité et à la vitftlit4;des principes sui* JejjqUels était fonid^ l'^^n^e^nement eôdésiaâtiqge. Kooé ferons sw)^ ment observer que, peôdaût toUte^iette péàode ftu^i bien que durant les précédentes, les enfants des laïques fur^l^t reço^ cQDcurremment avec l^s jevi,nes gens qui sa destinaient aux fonction^ du siicerdoce^ at que* 1^ petites écoles, leis écoles du peyple et des Gampagoes,ne se viret)t pas plu^ négUgéces qu'aupa^ravalât. AToul^eUes existaient du tei^ps d'Ëinold^ et sQ maintinrent jusqu'à la fin du siècle ; on y admetr ta^it les enfants au moins dès Vàge de sept ans« On lit dans la vie deDadon^ évéque de Verdun, qu'il avait une grande attentiod à faire instruire ou à instruire lui-même les enftints. Svéracl^ ou Éracl^ évéque de Trêves, voulait que j pour se m^ttrci à la. pQrtée de ses- jeunes auditeur^j^ le professeur « tournât et développât les choises en cent façonsj jusqu'à ce qu'ils les comprissent^,)» lUculf, évéque de Soisson^ ordonnait par ses stiAutsau^ prétresdêsbti^ diocèse^ d'avoir un soin pftrUclllie^<lei^ é$olea qui Uw étai^ntcQi^ées; ettm rentxmti^. dom l'OM^dep

* " *ÈlUf. Yltcé NbtgeHf cîtée par Aub, liemkef Codex itoHà- Honum piarum»

1^8 HISTOIRE DE L'iIfSTRUCTÏON PUBLÏQtlÈ

ofBces d'Arras, ordo qui date de la fin du x* siècle, un article relatif aux petites écoles de grammaire et de chant, destinées autant aux clercs qu'aux enfants laïques. «Il faut les former avec un zèle spécial les uns et les autres dans les arts libéraux comme dans la science de la religion , afin de les rendre capa* blés du saint ministère, habiles à servir dignement Dieu, et d'être même utiles au peuple dans les af'^ faires temporelles. Rien ne contribue dafvantage à faire tomber l'épiscopat dans l'avilissement, que de négliger de former de tels ^ves^. »

Voilà l'œuvre desévêques. Les monastères main'» tenant : ils ne se dévouaient pas avec moins d'ardeur et moins de succès à répandre la science. Les abbayes de Fulde, de Saint-Gall, de Saint-Germain d'Auxerre, de Saint-Germain de Paris, de (îranfèl, d'Hirsauge, de Luxeu , de Reichenau , de Saint-Riquier, de Laubes, de Fleury, de Saint^Martin de Tours, de Blandenberg, de Stavèlo, d'Epternach, etc., etc., conservaient leur ancien éclat, ou se distinguaient à l'envi par les maîtres qu'elles possédaient et les. élèves qui sortaient de leurs cloîtres. A peine fondé , le monastère de Cluny devint , sous le gouvernement de saint Odon, {g^^}) une pépinière de saints et de savants. La réforme qui y ayait étési heureusement tetitée ayant ensuite été adoptée par une foule d'autres couvents, la doctrine qu'on y enseignait se répMidit avec lea^r^^ de l'itistitur} çt^Jtlçur faveur, les- écoles se multiplièrent^nçQre«

■ Hist. litt.p ibid., d'après les BolUndistes : Mkrt. ÏL^ p. 860.

£T DE LA LIBERTJB BEKSElGNEMEfiT. ISIQ

C est ainsi que le bienheureux Guillaume releva l'école de Saint-Germain des Prés en y introdiusant la réforme de Gluny y et que celle de Saint-Pierre le .Vif, près d'Auxerre, reprit une activité nouveUe^ La grande illustration de l'école de Fleury datede qe moment f Anselle y dirijgeait les «[tudes sou3 le gpii^ vern^^nieiit de saint Odon ; et Abbotn lui-même, aprè^ ayoir enseigné à Paris et à Reims y recommençait se8 leçons aux élèves de sa communauté. On ajccourait des contrées lointaines pour l'entendre ; les évéqua^ d'Angleterre le supplièrent de porter parmi eu;x lalumièrede la science; et le ducdeGajscognç^oUicit^ comme une grâce qu'on lui accordât^ P^^ r son abbaye de la Réole, des moines de Fleury : Qyippe luçifemm famam de eorwn speciali schola et sihgulçiri converr satione audiercunusy « parce que , dit-il, nous avons appris l'étincelante renommée de votre précieuse écule et de voire admirable conduitc^J> A son retour d*\ugleterre, Abbon reprit sa cbaire; et la charge d'abbé, dout il fui bientôt revêtu, ne put le détourner deses fonctions de maître. 11 professait tous les arts libérauXj et donnait une application particulière a la rhétorique , k Ja dialectique, à Tastronomieetà la géométrie. La place d' Abbon était difficile à reinpUr: Fleury eut le bonheur de repcontrer, dans le moine ConsLantin, un digne héritier de ce célèbre docteur. Constantin était l'ami intime de Gerbertj scha/asltats adprime eruditiiSj miki^ guein amicitia conjunctissimu^^àii llllustre pontifa mi dulce solamen laborum Constuntine^ ajoute*

l3ô HISTOIRE DE L'iITSTRUCTIOTf PXTBtIQUE

t-il ailleurs. Cette affection profitait à la sienne; car il se faisait entre les deux amis un échange . de découvertes et de travaux dont les monuments noUs restent, et sont sans contredit les vestiges les plus curieux de l'érudition à cette époque. Cest 4 Constantin que Gerbert dédia son traité de la division des nombres , et qu'il adressa sa lettre sur la manière de construire les sphères. Luxeu continuait à réunir les élèves sortis de différentes Églises de France. De Besançon, de Lyon, de Châlons , de Mâcon, de Langres, de Strasbourg, on venait écouter les leçons de Constance, de qui Fon disait: Tu^ tnagister magistrorUrrij doctior doctissimis.

Que si, d'après ces détails et tous ceux qué^nouô renonçons à ajouter, il nous parait démontré que renseignement monastique ne dégénérait pas, il est aussi facile d'établir que le cercle des connaissances, loin de se rétrécir, tendait au contraire a s'augmenter. Ainsi, indépendamment des arts libéraux, qui avec l'instruction religieuse faisaient le fond de toutes les écoles, on ne négligeait pas l'étude des Pères, ni des conciles, ni de la liturgie. Pe plus, on s'exerçait à la poésie ; oh lisait et on expliquait les écrivains de Tantiquité.La langue grecque était l'objet d'un cours spécial à Saînt-Gall , à Saint-Martial de Limoges. Le docte Brunon, archevéqUe de Cologne, contribua puissamment à inspirer aux: Francs le goût de ce bel et antique idiome ; duc de Lorraine j frère et conseiller de la reine Gerberge , il mît à profit ses relations et son autorité pour rassembler les chefs-d'œuvre des classiques , et il établit une sorte d'académie composée des homcàed les

£T DE LA LIBERTE d'eNSEIGITEMEWT. ï5i

J)lus savants qu'il put trouver, dont les travaux étaient consacrés à la littérature grecque. Cest là que Gerbert puisa Tamour de cette étude. Saint Gérard de Toul (994) avait d'ailleurs donné asile à des Orientaux qui formaient dans son diocèse des communautés, où ils suivaient leur rit particulier : ces couvents, que l'on retrouve plus d'un siècle après, durent aider beaucoup à la connaissance de la littérature hellénique. Quant aux sciences mathématiques , bien qu'elles fussent encore dans l'enfance, il est certain cependant que les savants delà fin de cette époqtle, et Gerbert plus que tout autre, leur firent faire des progrès corisidérables. Des traités sur la sphère, la construction d'une horloge dont la position était réglée sur l'étoile polaire, l'invention des orgues hydrauliques , les écrits sur l'usage de l'astrolabe, ceux sur la division des nom-^ bres, les tables d'arithmétique ou JbacuSj des connaissances assez profondes en géométrie , mettent Gerbert au premier rang des mathématiciens , et témoignent de la variété et de l'importance de ses lumières. Or, Gerbert ne fut pas un génie isolé, devançant ses contemporains, et abandonné par eux dans les routes nouvelles qu'il traçait; à sa suite et k son exemple, plusieurs personnages distingués se livrèrent aux calculs et soulevèrent les problèmes de la science. Sans parler de l'art du comput ecclé*âiastique, que tous les clercs et les religieuses selles* mêmes savaient parfaitement, et qui devenait entre leurs mains la seule mais inébranlable base de toute chronologie ; sans parler des tables que dressa AbïSbtXj on iroit l'évêque Évéracle expliquer des ëclip-

l32 HISTOIRE DE ^^'instruction PUBLIQUE

ses, le mémeÂbbon composer des démonstrations astronomiques y Constantin continuer les découvertes de Gerbert^ Bernelin écrire sur les nombres, Remy d'Auxerre faire un traité sur la géométrie de Capella, et Adelbald en dédier un semblable àGerbert , etc..

Ces faits nous ont paru dignes detre rapportés, parce qu'ils combattent l'opinion généralement répandue de l'ignorance et de la barbarie où aurait été plongée la France dans ces temps reculés. Sans doute, et nous le reconnaissons, il n'est que trop vrai que les discordes civiles, les bouleversements politiques, les incursions des Northmaus, toutes les tristes circonstances enfin qui accompagnèrent la dissolution de l'empire karlovingien, eurent une funeste influence sur les études et sur les productions de l'intelligence. Les lettres veulent la paix et Le calme pour rester florissantes : elles périssent dans le tumulte des armes et dans le conflit des passions extérieures. Mais, il faut le proclamera la gloire de l'Église, partout où le catholicisme s'est établi, il a offert des asiles et des refuges j partout pu la croix a été plantée, elle a couvert de son ombre et de sa protection le foyer du génie et delà civilisation. Quelquefois le vent et la tempête font vaciller la flamme et atténuent sa clarté; mais elle est alimentée par le feu sacré de Tautel , et si elle semble s'éclipser, c'est pour reparaître bientôtplus brillante et plus radieuse.

Ainsi doDc^ la régénératiop àm h QmïfmfiÇM

' "Et t>E LA LIBERTÉ D'BNSEïGîrË5tffiirT; l33

ne s'est pas arrêtée après lui ; ainsi donc, TÉglisea achevé, soutenu, perpétué l'œuvre du grand empereur. Encouragée par lui, elle lui a rendu au centuple les faveurs qu'elle en recevait. Les faveurs ont cessé; l'empire, sur son déclin , n'offrait plus de secours et de privilèges. A peine quelque bon tou-^ k)ir comme celui de Charles le Chauve essayait-il de soutenir les restes d'instruction publique, et d'exciter le zèle de l'épiscopat. L'Église savait gré à l'État de ses éflForts et de ses désirs; elle se passait de ses secours et de ses privilèges, et mar« chait à son but, répandant sur son chemin la vérité et la lumière. Le plus précieux des biens , la plus féconde des ressources lui restait, sa liberté!

Oui, certes, sa liberté; etil semble même que l'Église a plus de force et plus d'énergie quand elle se retrouve seule avec cette indépendance , quand les appuis et les exhortations du pouvoir lui manquent. Si jamais princes s'étaient montrés respectueux envers les droits du catholicisme, c'était bien le grand Karl , c'était bien le pieux Lodewig ; leur sceptre docile s'est étendu comme une protection, et non comme un joug. Eh bien! quand ils sont descendus dans la tombe , quand l'égide a été retirée , quand l'Église n'a plus même ce doux lien de la reconnaissance, alors elle agit avec plus d'enthousiasme, avec plus d'assurance, avec plus de hardiesse. Elle se retrempe dans la réforme monastique , elle fait le dénombrement de ses forces, et elle compte uniquement sur elle-même ; elle n'a plus César, mais elle a Dieu; et aussi tandis qu'avec César elle avait produit Alcuin, avec Dieu elle produit Gerbert, Ger-

l34 mSTOIRE DS L'iNSTRUCTIOlf PUBLIQUE

bert qui surpasse Alcuin autant que la tiare sur* passe la couronne du diacre.

Et cette supériorité n'est pas seulement l'apanage de quelques hommes. Le génie est un privilège d'en haut, que les siècles reçoivent sans y contribuer, et dont ils ne peuvent s'enorgueillir que comme d'un présent et non d'une conquétç; mais nous voulons pËtrler dés masses, des populations, de la nation. Le niveau du savoir général était évidem* ment plus haut et plus large à la fin qu'siu commencement de la seconde race; les écoles, qui nais* saient à peine, s'étaient consolidées et multipliées; chaque monastère nouveau était un nouveau centre d'études, surtout depuis la réforme de Cluny ; chaquis église cathédrale avait recruté ou formé des maîtres; le titre d'écolâtre, qui se retrouve dans tous les chapitres, en fait foi. Depuis les cours supé» rieurs des grandes abbayes , depuis les cours ordinairs des communautés de second ordre,jusqu'aux écoles internes et externes, jusqu'aux petites écoles des campagnes, une vaste hiérarchie intellectuelle couvrait notre patrie, et distribuait dans tous les rangs l'instruction nécessaire à chacun, squs la $auvi3garde de la plus complète indépendance.

Il ne faudrait pas s'imaginer non plus que la science fût le domaine exclusif du clei^é. Elle étaiti nous le savons, une nécessité et un honneur pour lui ; et loin de nous la pensée de diminuer ici le mérite de tous les hommes illustres qui se renfermaient dans les monastères ou s'asseyaient sur les sièges épiscopaux! ^ais si elle semblait plus spécia*

EX DE hJL LlBERni B'EKSEiGVEMEITT. t3$

lement unie à la vertu et à la sainteté, si elle était rehausséepar la dignité du caractère sacré et qu'elle en parût la légitime et inséparable compagâe^ cch pendant elle s'alliait souvent aussi avec la pompi des grandeurs humaines. Nous ^vons vuaveoq.uelU sollicitude les empereurs et les rois, success0ur$ dtf Charlemagne, assuraient à leurs enfaûts l^s leçôQk et les modèles des personnages les plus distingtié«i soit à l'École palatine, soit dans les couvent ott dans les cathédrales. Cette noble coutume fut )9uî^ vie religieusement après eux , puisque Otionilï^t Robert le Pieux furent élèves du gran4 Gijrberti L'ignorance dès ce temps semblait une honte pour la royauté ; et la noblesse ne se faisait pas faute de le rappeler, avec toute la rudesse de sa franchise^ aux princes qui pouvaient l'avoir oubliée Quand Foulques le Bon , comte d'Anjou 9 répondait aux plaisanteries de Louis d'Outremer , qui se moquait de le voir chanter au lutrin avec les chanoines dt Tours : <c Seigneur, un roi lettré est un âne eo^ ronné , » la noblesse applaudissait. Non pa$ ^ si^n» doute, qu'elle fût elle-^m^me grandement instruite) ses habitudes de guerre la détournaient la plupart du temps des travaux de l'esprit* Mais elle envoyait $es fils aux écoles des couvents, sauf aies en retlt rer après les leçons élémentaires f mais elle tenait en véritable estime ces charges élevées du sac^r«» doce, pour lesquellei^ l'étude était un piédestal et un ornement nécessaires ; mais elle était fière des quelques hommes sortis de ses rangs et qui bril-* laient par leurs connaissances , tels que saint Gérald , comte d'Aurillac; Âbbon , père de saint Odon

l36 HÏ6TÔÏRE DE l'ijWSTRUCTION PUBLIQUE

de Cluny; Hugues, comte d'Arles et roî d^Italie; Guillaume y , duc d'Aquitaine, qui s'honorait du titre de grammairien, et passait les nuits à lire et à méditer, etc. La noblesse aussi portait re^ect et reconnaissance aux maîtres qui se dévouaient à instruire ses fils , comme le docte Rather, depuis évéque de Vérone, qui composa un traité de grammaire pour un jeune seigneur de Provence, dont il était le précepteur. Enfin , les mères ne dédaignaieïM pas l'instruction de leurs enfants ; et si tou tes n'avaient pas , comme la duchesse Dodana de Septimanie, le talent de composer pour eux des Maïiuels de conduite, la plupart au moins leur ret^ommandaient , comme elle, «de s'entourer de livres et de veiller à l'éducation de leurs frères '. » '-' Que si la noblesse profitait del'instruction oflerte par l'Église, le peuple s'y jetait avec bien plus d'ardeur encore. La science , voie des dignités et des honneurs, la science était sa seule ressource, la seule compensation de son infériorité, le seul espoir de son ambition. Avec la science , il entrait dans le premier ordre de l'État ; avec la science , il montait aux fonctions les plus saintes et les plus vénérées, et alors il marchait l'égal des seigneurs les plus fiers et lés plus puissants ; que dis-je ? il leur dictait des lois. Dans ce chaos politique, où se débattaient les derniers débris de l'organisation impériale, le rôle de l'épiscopat était magnifique, à le considérer seulement au point de vue matériel et humain. C'était la domination de l'ordre sur le dé-

• Mabillon , Mt. JSened.^ t. V.

ET DÉ LA. LIBEBTfi D'ENSÊtGWEMèîrt^. ïS^

îibrdre, de Ja paix $ur le trouble /de Te^prit surle corps , de la croix qui sauve sur l^épëe qui tue. Or^ quelle admirable revanche pour ce pauvre peuple, battu, foulé aux pieds par les comtes et les ducs, livré eu pâture à une multitude dé souverains éphémères, que de se réfugier dans les forteresses du Seigneur, de ceindre la robe du moine ou de saisir la crosse pontificale , et de dominer au nom de Dieu par la double puissance de la vertu et du génie ! C'est ce que le peuple pouvait faire , c'est ce qu'il fit, et c'est ce qui jette un si vif intérêt sur les luttes trop dédaignées du x® siècle. L'Église alors sauva la dignité et la liberté du peuple, comme elle avait sauvé sa propre dignitc et sa propre indépendance, comme elle avait sauvé la liberté de l'enseignement.

La liberté de f enseignetnent subsista sous le sceptre des Karolingiens , et ce dernier trait achèvera le tableau de leur époque. Elle vécut dans les écoles publiques, où les maitres étaient rois, comme Alcuin, comme Clément, comme Aldric. Elle vécut dans les écoles cathédrales , où le scolastique, une fois reconnu digne de la confiance de son évêque, gouvernait ses maitres et ses élèves sans leur enlever l'indépendance de leurs méthodes et de leurs opinions; elle vécut dans les écoles monastiques, où 1 émulation était la seule loi , l'habileté le seul titre de faveur. Elle vécut surtout par la vaste concurrence qui animait , du nord au midi, de l'est à l'ouest, ces innombrables établissements; par ta concurrence qui attirait les auditeurs autour de là

i3$ QISTOIEB SXfi L'iVSTftUCTI^N Pm^LIQ^E

^«ire la plus Ulqstre , et l0s laissait libremep^pa^ »eT d'un^ éoole à l'autre avec le talent et ayec la renommée. Elle yécut dao^ la multiplicité des mo de» t à^^^ 1^ diversité des formes j dans la division infinie des pâtures d'enseignement* Elle vécut dims toutes ces fondations qui apparaissaient a la voiK d'un moine ou d'un évéque^ qui naissaiep): sUr toute terre sans aucune obligation préalable ft Mps formalité ultérieure* Elle vécut enfin dans l'absence complète de toute autorisation du pouvoir i^ivil^ dé toute contrainte quelle qu'elle fut) soit sous le rapport des connaissances à développer ^ soit soui le rapport des livres à prescrire^ soit sous celui des grades à posséder. Point d'entraves pour les mai* treS) point d'entraves pour les disciples* On enseignait où on pouvait , comme on voulait ^ pour l'amour de Dieu et des hommes; les hommes saluaient le dévouement par leui*s suffrages ^ et Dieu le bénissait en ce monde avant de le récompenser en l'autre I

Il y a même quelque chose de naïf et de con* fiant dîins l'exercice de cette liberté, qui l'atteste mieux que tous les discours. Le célèbre Raban- Maur avait ouvert une école; les moines s'irritent^ parce qu'ils trouvaient que dans son amour de la science il négligeait trop leui's intérêts temporels, et ils le chassent. Raban s'éloigne, et va recommencer fes leçons à quelque dislance , sur le mont Sainte pierre, et personne ne l'inquiète; tant la créatipq d'une école était chose commune, tant la liberté était passée dans les mœurs ! Sous Charlemagne i deux moines arrivept d'Ecosse, s'établissent à P^

ET P£ LA. LipcaT^ |>'BjrS1^6irEMXVTr i^g

ri&y et s'en yont par les carrefours, criant : Science à vendre ' / Ils ne demandaient pour prix qu^ la nourriture et le vêtement. Charles ep entend p4rler ; que fait-il ? Leur interdira-t-il ce commerce pou«yeau? ou leur ioiposera-t-il un tarif et un ckoit d'eph trée? Nullement* U fait comparaître les de^% étraiiigers devant lui ; l'un d'eux lui pl^it par son tf4eoU il le met à la tête de l'école publique qu'il avait instituée dans la ville, Quant à l'autre , après ?(yc»r enseigné à Paris, il alla, dit«*on, à Pavi^. Voilà U vérité de la situation. Nous le répéterons donc; epv seignait qui pouvait, et rois, princes et peuple, loip d'en être jaloui, en étaie^it profondément recQP* naissants.

Il faut noter une restriotioti. cependant, mais restriction commandée par l'ordre social à cette épo^»

' ti Duos ferunt monachos ex Hybemia sive Scotia, in Gallias delatos, se sapientiam venalem habere magna voce testantes, mercedis loco cibaria et vestiaria dun taxât petiisse; et istorum alterum qui Clemens nominabatur a Carolo Lutetitt retentum^eique ex omni ordine dvitatis traditos juvenes in dUv ciplioam. » Polydori lib. Y. — Le Moine de Saint-Gall e( un^ foule d'autres historiens rapportent ce fait. Crevier le traite de fable, je ne sais trop pourquoi ; car, quelques lignes plus bas , il cite tout au long le discours de Charles aux enfants de son ëcole publique de Paris ; fait qui , dans l'écrivain de Saint- Gall, est la suite de son récit et se rattache nécessairement â This* toire de ce Clément que l'empereur chargea de la directio)) de l'école. Si le Moine est croyable sur une partie du fait , pourquoi ne le serait-il pas pour l'autre? J'aime mieux prendre l'anecdote tout entière , d'autant qu'elle est parfaitement dans les mœurs de l'époque, qu'elle a été rapportée par un homme assez rapproché des temps qu'il décrivait, «t que plu** HBur9 auteurs graves n'ont pas fait de dU&CM|té df te répéter?

H 46 Ht STOIÎRÉ D^ iù'rtîrSTRUCTIOTr PUBLIQUE

que. Nous Favons dît ": tout citoyen alors étant nécessairement catholique , renseignement privé , comme renseignement public, était sous la surveillance de l'autorité ecclésiastique. L'écolâtre dans la cathédrale, le moine dans le couvent, le docteur de FÉcole palatine à la cour, l'instituteur privé dans ses leçons , tous étaient soumis au pouvoir de l'Église, tous relevaient de leur évêque, de leur abbé et du souverain pontife. Mais cette surveillance étaît*elle une condition spéciale pour l'enseignement? Point du tout ; elle suivait l'homme dans tous les actes de sa vie privée et publique. Elle le prenait au baplême, à l'instant où l'eau sainte le marquait du signe de la régénération et l'affiliait à la grande famille chrétienne ; et elle ne le quittait qu'à la tombe, après avoir marqué son corps expirant de l'onction du chrême, ou après l'avoir rejeté dans sa terrible sentence d'excommunication, de la terre bénite et sanctifiée ; et, durant cet intervalle de la naissance à la mort, chaque parole, chaque action du chrétien étaient déférées au tribunal permanent du sacerdoce. Si donc la doctrine émise au milieu de la société chrétienne était contraire aux lois et aux canons, à la discipline et à la morale de l'Évangile; si le scandale était public, la hiérarchie judiciaire établie au sein de l'Eglise instruisait, jugeait, condamnait. Quel que fût le rang ou l'autorité du coupable, il n'échappait pas; le plus obscur artisan qui aurait dogmatisé dans son échoppe, comme le roi qui aurait professé l'erreur sur son trône ; le moine sous $on kumble froc, comme l'évéque sous sa mitre y tous étaient placés sous la juridiction sou-

JET B£ LA LIBERTÉ D^tVSJUG^IMmj*. l^\

veraine; et du haut de la chaire pontificale partaient en dernier ressort ces terribles arrêts qui lançaient Fànathème^et retranchaient les condamnés de 1^ société des enfants de Dieu*

. Or , ce glaive salutaire qui frappe et qui guérit le criminel repentant, ce glaive spirituel planant sur la chrétienté entière, n'était, p^s suspendu plutôt sur la tête des docteurs que sur les autres; seule* ment, plus exposés par la nature de leur mission à commettre des fautes^ les maîtres étaient l'objet d'une surveillanceplus étroite. Mais, on doit le re** marquer^ dans l'origine et spécialement au temps^ où nous sommes parvenus, cette surveillance ne s'exerçait nullement par des mesures préventiyes^ La permission d'enseigner résultait du fait de l'en-^ seignement, et non pas d'un brevet ou d'une licence préalables. Le préjugé était en faveur de l'orthodoxie, et on était réputé chrétien et savant jusqu'à preuve contraire. Seulement, quand par malheur la confiance publique avait été trompée, le châti* ment était immédiat et exemplaire : l'école était fermée, et le docteur interdit. Nous en avons une preuve éclat;9nte dans la personne de Jean Scot. Cet étranger, homme d'une science incontestable et d'une vaste renommée, avait été élevé par Charles Je Chauve à la dignité de directeur de l'École pala7 tinç. A ce haut degré, l'orgueil s'empara de; lui; composant un traité contre Goteschalk, il dépassai le but, et, «disputant sur la prescience ou la prédesr tination divine, à l'aide de raisonnements purement humains et philosophiques, >> il affirma sur la liberté des opinions dang^'çysèçt^ I^ç çQÇçj^j^^^

l44 HISTOIRE I>£ l'instruction PVBLIQVE

trouble&civils augmentaient, la fidélité devenait plus rare, les prétendants plus nombreux; il y avait beaucoup de dévouements à acheter ou à rémunérer. L'abus des conimendes se multiplia à l'infini ; les comtes et les seigneurs se disputèrent les couvents comme des domaines. Hugues le Grand fut le plus riche abbé de France, et ce titre d'âtèée s'attachait même à son nom comme une désignation spéciale. «Or, quelle était la conduite de ces étranges prélats? Plus de rois ni d'empereurs pour leur ordonner de respecter au moins les observances des moines ; d'ailleurs les ordres des princes n'auraient eu ni valeur ni puissance. Les abbés en cotte de mailles, et portant l'épée en guise de crosse, introduisaient dans les couvents de tristes habitudes dç guerre, de chasse, dé débauche; il fallait recevoir dans ces demeures silencieuses les troupes bruyantes des hommes d'armes ; il fallait loger les chevaux et les chiens : les bibliothèques se transformaient en écuries, les réfectoires en salles de banquet, les cellules en casernes. Joignez à cela les courses des Northmans , les attaques de tous les partisans qui battaient la campagne. Les monastères s'étaient changés en forteresses , et quand on apercevait ai| loin la poussière des escadrons ou le dragon des barbares, les paysans se réfugiaient derrière les murailles, les portes étaient fermées; on courait ^ux armes, on s'apprêtait à soutenir un siège ou à ^ire une sortie. Le moyen donc qu'au milieu de scènes semblables, obligés de défendre leur existence et leurs biens sans cesse menacés, des gommes braves pour la pi tipa^t, élevés dan^ b^ caxjcips^

ET 1>E LA LIBERTE d'eWSBIGICEMEHT. l^S

habitués au maniement du glaive, ne cédassent pas à l'entraînement et à la nécessité ? Mais en même temps les règles étaient violées, les études rendues impossibles; on se battait au lieu de prier, on s'exerçait au lieu d'écrire; et bien souvent, quand il était question d'élire un abbé, on dut choisir le seigneur le plus brave ou le plus puissant du voisinage". »

D'un autre côté, les biens de l'Église ont toujours été l'objet de hautes convoitise^ : soit pour eux , soit pour leurs enfants, les grands ambitionnaient les mitres et les crosses, et la force ou l'intrigue réussissaient parfois à les obtenir. Delà de terribles désordres, la perte des couvents, l'affaiblissement du clergé, l'invasion de Tignorance.

Enfin les vagues terreurs de Yan mil, et cette appréhension qui tenait tous les peuples dans l'attente du jugement dernier, jetaient lin voile de tristesse et de découragement sur le monde.

Mais l'esprit chrétien vivait, l'Église avait des trésors d'espérance et de courage. Elle affronta les Northmanset elle les civilisa; elle affronta l'anarchie et elle ramena l'ordre dans la société; elle affronta l'ignorance qui reparaissait et elle en triompha. Ce sera l'histoire des siècles qui vont suivre.

En résumé donc, sous les deux premières races nous retrouvons, comme dans les époques antérieures , le double principe inscrit dans nos mœurs nationales : Yinstruction publique^ offerte par l'État

' Histoire du monde^ t. III.

i46 mtioims es l'instruction publique ou par le prince, encouragée et soutenue par VÉ^ ^[Use, ordinairement gratuite , toujours accessible à tous; et parallèleinent la liberté de V enseignement^ e'est-à-dire, le droit des pères sur Téducatiou de leurs en&ntSyl^ droit des maîtres a rindépendance, et le maintien d'une juste et légitime concurreDcé entre tous les instituteurs, sous la surveiUaoce ds l'autorité politique et religieuse.

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