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aux talents l’appât de ses honneurs et de ses dignités; investie aux yeux des familles de la confiance et du respect que les institutions de l'État inspirent en France; sans rivale et sans contrôle, l’Université ne paraît-elle pas appelée à rallier sur les bancs de ses écoles la jeunesse tout entière, et surtout cette génération d’élite qui a besoin des lumières, etqui s’élance avec ardeur vers les foyers du savoir et de l’intelligence?
I)isons-le : comme constitution d’instruction publique, comme organisation des écoles de l’État, l’Université, qui semblait réaliser ce que toute la période révolutionnaire n’avait pu enfanter, l’Université fut saluée par les vœux de quelques hommes éclairés qui fondaient sur elle l’espoir d’une renaissance de l’enseignement officiel, et qui, ajoutant une foi trop crédule aux intentions avouées du pouvoir, s’imaginaient qu’elle allait ramener l’âge d’or de la religion et de la science.
Par quelle fatalité donc n’en fut-il pas ainsi , et pourquoi, dès l’abord, l’Université trouva-t-elle des résistances qu’elle ne crut pouvoir briser que par la violence, des oppositions dont la force brutale put seule avoir raison? C’est que, malgré les pompeuses promesses de son fondateur, malgré le fameux article qui l’obligeait à prendre pour base de son enseignement les principes de la religion catholique, et si l’on veut, malgré la volonté de l’empereur, que nous aimons à croire sincère dans le principe ’, l’enseignement n’était pas alors plus
1 M. Rendu, dans son livre de Y Instruction secondaire, raconte
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ET DE LA LIBERTÉ d'eNSEIGNEMEUT. I [\ÿ
catholique qu’il ne l’est aujourd’hui , la philosophie n’était ni plus morale ni plus chrétienne, la discipline ni plus sévère ni plus sage, les mœurs ni plus respectées ni moins outragées. Aussi la confiance des parents ne s’acquit - elle pas. Les familles honnêtes se tinrent éloignées; l’attrait des bourses 1 même ne les tentait pas. Elles furent beaucoup plus effrayées du mauvais exemple et des pernicieuses leçons données par la plupart de ces maîtres, qui, après avoir porté leur encens à toutes les divinités de la Convention et du Directoire, n’avaient conservé qu’une profonde indifférence et un égal mépris de toute croyance et de toute religion. Aussi préféraient-elles, depuis la naissance de l’Université comme auparavant , envoyer leurs enfants dans les maisons d’éducation particulières,
avec beaucoup de complaisance l'anecdote suivante : « Dans une des nombreuses rédactions où fut élaboré le décret organique du 17 mars 1808, le conseiller d’Ëtat rapporteur s’était servi de ces termes: « les pre'ccptes de la religion chrétienne. » Bonaparte, qui voulait unité et fixité dans les doctrines du corps chargé de l’éducation de la jeunesse , substitua aux mots trop indéterminés religion chrétienne, les mots plus précis : « nn.icioN catholique. » Soit; nous voulons que Bonaparte ait été de bonne foi. Mais d’abord, 11’est-il pas permis de croire que l’homme de 181 1, celui qui avait fait enlever le pape de-Rome, n’était plus l’homme de 1808 ? Ensuite, ces mots sont la con-
damnation la plus terrible de l’Université. Car on sait trop comment elle a manqué, comment elle manque chaque jour à cette prescription de son origine. Quel enseignement catholique, que celui de MM. Cousin, Villemain , Guizot, Libri, Michelet, Quinet, Lherminier, I.aroqne, Charma, Bouillier, etc., etc., de presque tout le corps enliu?
1 II y en avait i5o par lycée.
l5o HISTOIRE DE L’iWSTRUCTION PUBLIQUE dussent-elles y acheter la moralité et la sécurité au prix d’une instruction moins parfaite. « L’expérience prouvait encore, comme en l’an x , que la plupart des pères de famille voulaient que leurs enfants fussent élevés dans les principes de leur culte, et qu’ils préféraient les écoles salariées par eux-mêmes, où l’on enseignait leur religion, aux écoles gratuites qui ne l’enseignaient pas A plus forte raison , quand les écoles où l’on n’enseignait pas la religion n’avaient elles-mêmes plus l’avantage d’être gratuites! Comme en l’an x aussi, on pouvait dire avec M. Daru : « INe voyez-vous pas déjà les nouvelles écoles frappées de la même stérilité que celles qui les ont précédées? Peut-on penser que des parents religieux se sépareraient de leurs enfants et les confieraient pendant six ans à des instituteurs qui ne leur donneraient aucune idée de religion, eux qui ont mieux aimé faire des sacrifices ou les laisser sans instruction, plutôt que de les envoyer pendant quelques heures apprendre les sciences humaines chez un maître qu’ils soupçonneraient d’incrédulité ou d’indifférence? Que ce soit préjugé, fanatisme, obstination, hainede l’institution politique, le mot n’y fait rien. 11 suffit que la chose existe, pour se convaincre qu’on n’aurait probablement qu’un petit nombre d’élèves, et que par conséquent le but de l’institution serait manqué. » < ' h
C’est précisément ce qui arriva. Les lycées de l’Université restèrent déserts, comme ceux de Four-
1 Mémoires pour servira V histoire de V instruction publique .
croy. Seulement ce que la Convention, le Corps législatif et le Directoire avaient souffert , l’empereur ne put le tolérer; son amour-propre de fondateur, les intérêts de son pouvoir, les calculs de son ambition étaient froissés ou déjoués. Il voyait avec impatience les vastes bâtiments de ses collèges abandonnés ou occupés uniquement par ses boursiers , tandis que la foule des enfants se pressait dans les maisons privées.
Et ce qui surtout l’offensait , c’était le succès des petits séminaires ou écoles fondées par les évêques. Là encore il se retrouvait en lutte avec le clergé, avec cette mystérieuse puissance, la seule qu’il ne fût pas parvenu à faire fléchir, la seule contre laquelle il se trouvât faible. Là encore les prêtres avaient occupé l’esprit, ne lui laissant que le cadavre. Il s'en indignait, et son courroux croissait au moment surtout où il rencontrait dans le chef suprême de l’Eglise ce courage indomptable, cet héroïsme calme, cette invincible patience que la prison et les persécutions ne pouvaient abattre. 11 s était cru le maître de la religion parce qu’il avait relevé les autels ; il s’était persuadé que les ministres de Dieu lui devaient une reconnaissance sans bornes, et qu’en retour de ses bienfaits il pouvait empiéter sur leurs droits éternels; l’opposition contre laquelle il s’était soudainement heurté l’exaspéra. Déjà la résistance du pape et des cardinaux en matières religieuses l’avait profondément blessé, et la noble conduite des prélats, rassemblés à Paris en 1811, avait porté à un haut degré son irritation. 11 ne cherchait que les moyens
l5a HISTOIRE DE L’iNSTRUCTIOjy PUBLIQUE
de faire sentir le poids de sa colère; les vexations se succédèrent, et là où il n’osait pas employer la violence, il commença à frapper sourdement.
C’est dans une pareille disposition d’esprit que les plaintes de l’Université parvinrent à ses oreilles. Recteurs, proviseurs, maîtres de pension, préfets, apportaient leurs griefs : l’Eglise, disait-on, envahissait tout, dépeuplait les lycées, accaparait les élèves et refusait le joug. La lutte éclata; voici à quelle occasion.