II
45û HISTOIRE DE l’iWSTRüCTIQn" PUBLIQUE
s’entassaient sans réponse dans les cartons du ministère , et l’Université ne semblait occupée qu’à cacher ses défaites et à profiter des derniers temps qui lui étaient encore accordés par la patience publique, pour appesantir le joug de son monopole. Loin de donner même une ombre de satisfaction aux griefs de l’épiscopat, elle prenait à tâche de répéter que son enseignement était irréprochable, b’axiome était difficile à admettre en présence des révélations de M. l’abbé des Garets, et d’une petite brochure qui parut vers cette époque sous le titre dé Qitéchisme de l’Université *, contenant, par demandes et par réponses, les professions de foi philosophiques et historiques des docteurs de l-État.
C’est alors que s’élève de nouveau la voix de pos évêques. S. É. MR1- le cardinal db Donald, archevêque de Lyon , exprime hautement son opinion dans une lettre au recteur de son académie.
Nous voulons la liberté d’enseignement telle qu’elle existe en Belgique. Nous la demandons , parce que l’article 69 de la loi fondamentale nous la promet, et que cette loi ne peut être une déception. Mais demander l’exécution de cette disposition de la Charte, çe n’est point appeler sur la tête de l’Université la destruction et la ruine, c’est demander qu’il soit libre à chacun d’enseigner, nou pas d’enseigner le vice, non pas de professer l’anarchie, non pas d’instruire la jeunesse sur les moyens à prendre pour pervertir la société et renverser toute subordination ; nous demandons la libre concurrence d’un enseignement religieux et savant.
Nous voulons que l’éducation de la jeunesse soit sous la
• Par un Montagnard Viraraia. Parts, cbex Martin, rue Parée Saint-Andrédes-Arts.
ET DE LA LIBERTÉ d’eNSEIGNEMEHT. 45 1 surveillance de l’autorité civile. Le gouvernement ne peut pa» abdiquer le droit qu’il a de Veiller à ce que les abus ne dénaturept pas la liberté d’enseignement ; mais ce droit doit s’exercer dans les limites de la constitution...
Que les élèves catholiques n'entendent que des leçons catholiques,, j’applaudirai à l’enseignement de vos écoles ; mais si un professeur, l’esprit infecté d’une philosophie sceptique ou matérialiste, venait distiller dans (je jeunes cœurs le poison de ses doctrines; s’il profitait de sa position pour ébranler l’autorité de la révélation et saper les fondements de la religion catholique, le silence ne pourrait convenir ni au ministère dont je suis honoré, ni à la dignité du siège que j’occupe. Je vous avertirais, M. le Recteur; et si la foi de mes diocésains catholiques n’était pas bientôt à l’abri de tout danger, je rei garderais dès lors la présence d’un aumônier dans vos collège^ comme une amère dérision, et je ne pourrais balancer un instant sur la mesure à adopter.
Cette mesure digne et ferme devient immédiatement une sorte de règle de conduite pour 1 épiscopat. M§r l’évêque de Langres, M8r l’évêque de Perpignan, Mer l’évêque de Châlons, s’associent à la pensée de l’éminent cardinal , et leur adhésion est connue de la France entière. A. cette nouvelle , le courroux des défenseurs de l’Université ne connaît plus de bornes. Le Journal clés Débats menace de reprendre les églises, et de retrancher du budget les trente millions destinés à l’entretien du culte, et le garde des sceaux défère la lettre de Me1- l’évêr que de Châlons au Conseil d’État. Le 8 novembre j843, une ordonnance paraît au Moniteur , déclarant que, dans la lettre de Msr de Châlons, « il y a abus. » Grande et belle victoire pour l’Université!
Elle tenait, ce semble, à justifier ce que, quelque temps auparavant, 1’illustre et vénérable doyen du
45a histoire de l'instruction publique Sacré Collège, S. É. le cardinal Pacca., avait dit d’elle : « A cette multitude d 'ennemis acharnés contre lui, le clergé voit se joindre l’Université, qui devrait être son alliée la plus fidèle1. »
Ainsi condamnée par l’épiscopat, l’Université ne pouvait espérer de trouver grâce devant les catholiques. La fin de l’année 1 843 fut une page douloureuse de ses annales, et ce n’était cependant que le prélude de- jours plus lamentables encore. De tous côtés l’opinion publique, froissée et irritée, se déchaîna contre elle ; la lutte se réveilla plus ardente qu’on ne l’avait jamais vue , et les fastes de la liberté s’enrichirent de nombreuses et d’éloquentes protestations.