‹ Histoire critique et législative de l'instruction publique et de la liberté de l'enseignement en France Par Henry de Riancey Depuis la révolution de 1789 jusqu'à nos joursChapitre 6 sur 82 · II. Travaux des Cinq -Cent s . — Arrête du Directoire · texte numérisé non relu

II. Travaux des Cinq -Cent s . — Arrête du Directoire

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du 27 brumaire an VI.

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« Au 18 fructidor an V, dit un auteur que nous nous plaisons à citer, la Constitution existait tout entière dans le principe fondamental de l’inviolabilité des représentants, principe posé dans toutes les Constitutions, et qui, dans la dernière, était garanti par le fameux rayon constitutionnel qui devait toujours séparer les troupes du lieu où siégeaient les représentants. Le rayon fut franchi en une nuit par 20,000 hommes. Le 19, de grand matin, les deux Conseils furent cernés par l’armée introduite. Les cfyefs de la majorité furent sur-le-champ arrêtés et, bientôt déportés ; les au-

ET DE LA. LIBERTÉ d’eNSEIGWEMENT.

très furent renvoyés chez eux et mis en surveillance. Quarante-deux journaux furent supprimés, et les journalistes déportés, au grand scandale de la liberté de la presse; les émigrés reptrés eurent un délai très-court pour sortjr, sous peine de mort; les prêtres furent astreints au serment de haine à la royauté sous peine de déportation; enfin, grâce à ces mesures peu libérales, et à quelques autres semblables, la Révolution reprit son cours naturel, auquel les deux Conseils avaient inutilement essayé d’opposer une forte digue. Dans ses plans d’éducation, elle va se remoptrer tout entière, et ramener, sous leCorps législatif et le Directoire, les beaux jours de la Convention nationale.»

Dans la première partie de son œuvre, le Conseil des Cinq-Cents, placé en face de la loi de brumaire, des écoles primaires et des écoles centrales; convaincu par l’expérience que l’instruction publique, malgré cette loi, était nulle, ne sut trouver qu’un moyen de sortir de ces difficultés, le moyen de tous les gouvernements faillies et incapables, l 'ajournement.

Ainsi, quand Roger- Martin \ ient déclarer au nom de la commission, le 27 brumaire an VI, « qqe depuis plusieurs années l’ignorance semblait se jouer des vains efforts qu’on fait pour la combattre;» quand il propose l’établissement d 'écoles secondaires pour combler le vide entre les écoles centrales et les écoles primaires; quand, s’inspirant du génie des conventionnels, il mêle aux premiers éléments de la géographie et de la grammaire , « le développement d’un catéchisme civique sur la mo-

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60 HISTOIRE DE l’instruction PUBLIQUE

raie et la Constitution, en y joignant la Déclaration des droits et un recueil bien assorti d’hymnes républicains , et qu’il propose la suppression de la moitié des écoles centrales , il se trouve bien dans l’Assemblée des membres qui, comme Baraillon , traitent le projet d’écoles secondaires de « conception indigeste et de cbaos inextricable, » qui le blâment comme constituant une dépense de

6.545.000 francs, et comme ressuscitant les écoles normales « qu’un trop funeste exemple doit faire oublier à jamais.» A son exemple, Pison du Galand rend, avec un rare bon sens, une pleine justice à l’ancien régime. « L’aucien régime n’avait guère d’autres écoles publiques que les collèges de Jésuites, diversement remplacés après la destruction de cet ordre; et telle province, divisée aujourd’hui eu trois départements , n’avait qu’un ou deux de ces collèges ; et cependant ces établissements suffisaient, sous le rapport de la grammaire, de la latinité, des belles-lettres, à l’enseignement de plus de

100.000 prêtres séculiers et réguliers, d’un nombre de magistrats non moins grand que le nombre actuel, d’un nombre infini de gens de loi, d’un nombre au moins suffisant de médecins. Nous n’avions que quelques écoles privilégiées de mathématiques et de génie civil et militaire , et nous n’avons

. jamais manqué d’architectes ni d’officiers. L’impulsion du génie, l’émulation de la gloire, et les avantages pécuniaires de l’art d’écrire, ne nous ont jamais laissé manquer de poètes, de littérateurs , de philosophes plus ou moins illustres. Une seule compagnie savante, l’Académie des sciences, à

ET DE LA L1DF.HTÉ ü’ ENSEIGNEMENT. 6l

peine stipendiée par le gouvernement, suffisait à la gloire et à l’avancement des sciences exactes. » Ce qui fait la plus amère critique du système présent et du projet de la commission.

Luminâis s’élève énergiquement ensuite contre les abus des écoles centrales, « de ces quatre-vingtdix-huit écoles jetées brusquement sur le sol français, tandis qu’il n’y avait pas encore une seule école primaire d’organisée»; il bénit la commission qui a eu le courage de retrancher la moitié de ces vains arsenaux de charlatanisme et de pédanterie, regrette qu’elle n’en ait pas eu assez pour retrancher les deux tiers de ce qui reste, superfétation inutile, puisque dans toutes les écoles centrales chaque professeur, l’un portant l’autre, n’avait pas cinq élèves : « On vous a dit, continue-t-il, que les écoles centrales étaient en pleine activité : je le crois bien; mais c’est l’activité qui règne dans les tombeaux; la nature seule et le temps y travaillent à la destruction. Si, par activité, ou entend la nomination de*} professeurs à leurs places et le payement de leurs honoraires, je conviens qu’on peut leur reconnaître quelque activité; mais si, par ce mot, on entend la fréquentation des élèves, je soutiens, avec tous les hommes de bonne foi, que jamais mot n’a été plus mal appliqué. »

Et l'Assemblée, bien édifiée sur la nullité des écoles centrales, sur l’utilité des écoles secondaires, rejette les écoles secondaires, conserve les écoles centrales, et ajourne la question des écoles primaires.

Mais si les Cinq-Cents reculaient et n’osaient rien décider, le Directoire exécutif exécutait, et, sans at-

6a HISTOIRE DE L’iWSTRUCTION PUBLIQUE

tendre la délibération, inventait et appliquait des moyens de remédier à la désertion des écoles.

Le 27 brumaire, il prit un arrêté forçant :

i°Tous les citoyens non mariés qui solliciteraient des emplois, à joindre à leur pétition un certificat de fréquentation de l’une des écoles centrales de la République ;

20 Les citoyens, mariés et ayant des enfants, étaient tenus de joindre à leur pétition des certificats constatant que leurs enfants allaient aux écoles nationales.

C’était le baccalauréat de l’époque, étendu des enfants aux pères.

« Cet arrête eut d’heureux effets. Il envoya, pêlemêle, les enfants et parents aux écoles : ou vit arriver, à celles de Paris, quelques vieux commis de cinquante à soixante ans, qui se crurent obligés, en conscience, de fréquenter les écoles centrales, afin d’obtenir le certificat nécessaire pour conserver leurs places ou pour en obtenir de nouvelles (1). »

L’arrêté succomba soüs le ridicule. Mais le Directoire voulait, à tout prix, peupler ses écoles.

111. Discussion sur les écoles libres. — Arrêté du 17 pluviôse an VI.

À côté des écoles désertes du gouvernement, s’étaient élevés de modestes pensionnats, où des hommes, recommandables par leur moralité et leur

' Mémoires pour servir à l’histoire de l’instruction publique.

ET^DE LA LIBERTÉ l/ ENSEIGNEMENT. 63

savoir, usant delà liberté consacrée dans la Constitution , avaient réuni tout ce qui restait de jeunesse studieuse, et lui enseignaient, d’après les anciennes méthodes, les connaissances religieuses et intellectuelles, indispensables à l'homme. En vain, les écoles fastueuses de l’État offraient-elles un personnel nombreux et renommé de professeurs et de maîtres} en vain s’étaient-elles établies dans les bâtiments des anciens collèges, et s’y étaient-elles entourées de bibliothèques, de cabinets de physique, de laboratoires de chimie : tous ces brillants avantages ne séduisaient pas les pères de famille.

Le Directoire ne se dissimula pas ce pénible contraste, et il ne pardonna pas aux écoles privées leurs succès et leur existence. Il résolut de les anéantir. Le conseil des Cinq-Cents se chargea de porter les premiers coups. Le 12 vendémiaire, Chazcil dénonça «des maisons d’éducation où l’on élève les enfants des citoyens dans la haine de la

République » C’est la lime sourde attachée à la

base de la République pour fuser, et qui parviendra lentement, mais Sûrement à sa fin : « Vous avez vu, ajoute-t-il, de faibles insectes piquer les bourgeons les plus faibles des arbres à fruit, et y déposer les vers qui doivent croître avec eux et les dévorer. Voilà le travail d’un grand' nombre d’instituteurs du jour : ils dépôsent le ver royal dans les bourgeons de l’arbre de la liberté ! » L’orateur demande que les pensionnats soient mis sous la surveillance des autorités, et que les instituteurs qui professaient la haine de la République et de ses lois, soient dénoncés à l’accusateur public, et déportés

à perpétuité. — L’Assemblée ordonne le renvoi à uue commission.

Le 9 frimaire, Garnier se plaint que « les enfants sont élevés dans les préjugés sur lesquels la su- .perstition et le despotisme avaient élevé leur trône. Une saine philosophie n’a point remplacé ces idées fantastiques, dont la superstition et l’hypocrisie entourèrent leur berceau. La haine de la royauté et de l’esclavage n’a pas encore agrandi leur âme C’est que la jeunesse est livrée à des insti-

tuteurs qui font filtrer dans ses veines le poison du royalisme Si le législateur ne s’empare de la gé-

nération qui croît, la révolution se trouvera arrêtée d’un demi-siècle » Garnier demande que la com-

mission d'instruction publique présente une loi pour mettre les écoles privées sous la surveillance, directe du gouvernement.

On voit le progrès : d’abord une simple surveillance des autorités, ce qui peut s’entendre, dans le sens de la loi de brumaire, surveillance des autorités locales. Ensuite, la pensée se formule: c’est maintenant la surveillance directe du gouvernement. Le monopole est en germe.

La commission acheva ce que les orateurs avaient à peine osé formuler.

Luminais s’étonne d’abord « qu’après cinq ans de république on ait fait si peu de chose pour l’éducation, » et il en trouve le motif dans l’établissement des maisons particulières encombrées de débris monarchiques. « Presque partout des instituteurs mercenaires, dès longtemps façonnés à des inclinations serviles, envieillis sous la rouille des préju-

ÉT bË LA LIBÉRÉ b*£îrSEiGïfÉMENt. 65 gés, ne se doutant pas même de la dignité de leur profession, plus, attentifs à un sordide intérêt qu’au doux plaisir de former des hommes libres et vertueux, laissent couler dans les cœurs les plus tendres de leurs jeunes élèves les poisons corrupteurs du royalisme et de la superstition. »

Suivait un projet de décret en neuf articles, qui abolissait de fait la liberté de l’enseignement :

Le premier article portait, que « tous les individus qui enseignent une doctrine, une science ou un art quelconque, sont sous l’inspection de la police, qui peut toujours leur défendre d’enseigner, lorsqu’ils professent des principes antirépublicains. »

L’art, a exige le serment de haine à la royauté et d’attachement à la République.

L’art. 3 veut que ce serment soit renouvelé tous les ans , à la fête de la Jeunesse. * * •

L’art. 4 exige, pour l’ouverture d’une école, une attestation de bonne vie et mœurs, délivrée par cinq citoyens honnêtes du canton, ayant occupé des places.

Les art. 5, 6, 7 et 8 fixent les modes de procéder pour obtenir la permission d’enseigner, et demandent le concours du jury d’instruction, de l’administration municipale, de l’administra» ion centrale et du ministre de l’intérieur.

Le Conseil les adopta sans discussion. Le neuvième article fut repoussé par la question préalable : il était scandaleux et déhonté.

« Nul, disait-il, ne peut enseigner la morale, ni

être chef d’un établissement particulier d’éducation,

s’il n’est marié ou veuf. »

Cholet cita l’article 3oo de la Constitution, et demanda la question préalable : elle fut admise, mais sous condition que la commission proposerait un nouvel article, tendant « à repousser de l’instruction tous ceux qui ont fait vœu d’observer le célibat. »

Luminais revint avec une rédaction à peu près identique à la première. Il rencontra une courageuse opposition dans François Elirmann. Les noms des hommes de bon sens et de principes religieux sont trop rares à cette époque pour ne pas les signaler.

« L’article est injuste, dit-il; la nature le repousse. Combien y a-t-il de personnes que l’âge et les infirmités empêchent d’entrer dans les liens du mariage!.... Combien y a-t-il de citoyens qui ue sont pas en état de nourrir et d’entretenir une femme! Si vous leur ouvrez forcément, malgré eux, le temple de l’hyménée, vous leur ouvrez en même temps

les portes de l’hôpital Je pourrais aussi parler

des prêtres et de la liberté des cultes; mais je sais que la matière est délicate..,. Néanmoins, je vous le demande, si un prêtre fait vœu de continence, le forcerez-vous à se marier? Et s’il s’y refuse, l’exclurez-vous, par ce motif, de l’enseignement? Excluriez-vous de l’enseignement un Fénelon, un Mably, par cela seul qu’ils n’ont point de compagne? Comme le projet est injuste et inconstitutionnel, qu’il est contraire à la liberté et à la politique , je demande l’ajournement. »

L’ajournement fut prononcé. C’était la seule solution que la faible et timide Assemblée osât donner aux questions insolubles.

Le Directoire fut plus énergique : quand il se crut autorisé par les premières démonstrations, telles insignifiantes qu’elles fussent, du Corps législatif, il prit, le 17 pluviôse, un arrêté dans lequel, .

a Considérant que la surveillance des écoles particulières devenait plus nécessaire que jamais pour arrêter les progrès des principes funestes qu’unfe foule d’instituteurs privés s’efforcent d’inspirer à leurs élèves, » il ordonua que les administrations! municipales fissent des visites imprévues, au moins une fois chaque mois, pour constater « si les mai, très ont soin de mettre entre les mains de leurs élèves , comme base de la première instruction , la Déclaration des droits et la Constitution , et les livres élémentaires adoptés par la Convention nés livres étaient pour la plupart à faire) ; si l’on observe les décadis, si on y célèbre les fêtes républicaines, si l’on s’honore du titre de citoyen, etc.

Tout cela n’était encore qu’un prélude.

IV. Nouvelle discussion sur l’instruction publique et particulière. — ajournement.

Au commencement de la troisième session (du 1" prairial an VI au icr prairial an VII), le Corps législatif, stimulé sans doute par les avis et l’exemple du Directoire, reprit la question de l’enseignement

68 HlSfOlKK DE t'iIîSTftOÙÏION PtTfiLlQÜË de fond en comble , et rivalisa avec les plus libérales créations de Danton et de Robespierre.

La scène fut ouverte par Roger-Martin, le 17 prairial. « Au milieu des plus éclatants triomphes du peuple français, la barbarie, s’écria-t-il, la barbarie est sur le point d’envahir ses plus brillantes conquêtes; l’empire de la philosophie est menacé... Ces maux prennent leur origine dans cette foule d’enseignements clandestins, où l’on conspire sans

cesse contre la raison et la liberté Le seul moyen

d’y mettre un terme , c’est $ élever, a côté de ces ateliers obscurs d’incivisme et de mensonge, l’édifice imposant de l’instruction publique. »

L’Assemblée ne s’empressa pas tout d’abord de 'voler au secours de l’empire menacé; il était beaucoup plus facile , en effet , de décréter que d’établir l’édifice de l’instruction publique. Si encore les orateurs s’en fussent tenus à demander qu’on IVlevâtà côté des écoles particulières , il n’y avait que l’effort d’une juste concurrence. Mais ce n’était pas ainsi qu’on entendait la liberté en l’an VI, et le plan général d’instruction publique présenté par Roger- Martin, et suivi des rapports particuliers sur les différents degrés d’instruction, offrit aux législateurs de cette époque l’occasion de demander, au nom de la liberté, une éducation commune et obligatoire pour tous les citoyens.

Le 19 brumaire, Roger-Martin était monté à la tribune, et exposant son projet, il avait partagé l’enseignement en cinq degrés :

i° Ecoles primaires de deux sortes : écoles ordinaires et écoles ren forcées ;

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a° Ecoles centrales perfectionnées;

3“ Lycées au nombre de cinq, formant chacun une association de trente professeurs , qui devaient porter l’enseignement des sciences, des lettres et des arts , au plus haut degré d’élévation ;

4° Écoles spéciales des beaux-arts, vétérinaires» de sourds-muets et aveugles , musées et conservatoires d’arts et métiers ;

5° Société nationale des sciences , belles-lettres et arts , sociétés d’agriculture et d’arts mécaniques.

Chacun de ces degrés devait être l’objet d’un rapport séparé.

Heurtaut - Lamerville commença par le rapport sur les écoles primaires. Son projet a six titres :

Le premier développe les écoles primaires et les rapproche des écoles centrales, et il établit des institutions primaires dans les communes les plus populeuses. Le deuxième traite de l’enseignement, il étend les bases de la loi du 8 brumaire. Il y aura deux instituteurs : l’un se chargera des élèves les plus tardifs, l’autre élèvera à des éléments d’instruction plus étendus les jeunes citoyens doués de plus d’aptitude. Le Directoire sera chargé d’indiquer à tous les livres classiques de la morale républicaine : « la Déclaration des droits , faite en présence de l’Être suprême , et mise en tête de la Constitution, nous a paru répondre à tout..» Le titre III change les dispositions de la loi de brumaire, et conduit au monopole, en formant un seul jury pour l’examen des instituteurs primaires et de l’école centrale, et en remettant le choix de ce jury

à l’administration centrale, et en l’enlevant aux administrations municipales. De plus, pour être instituteur, il faudra : i° être inscrit sur le registre civique; a° ri être ministre d’aucun culte. Le titre quatre a rapport au traitement des instituteurs. Le ■cinquième regarde les institutrices. Le sixième développe les moyens d’encouragement : aux élèves, ce sont les prix décernés sur l’autel de la patrie ; aux instituteurs , la perspective de devenir professeurs à l’école centrale.

La discussion s'ouvrit par une violente diatribe de Duplantièr, qui, demandant X éducation commune , seule base inébranlable de la République , formula ainsi sa proposition : « Nulle personne que les instituteurs nationaux ne pourra enseigner les éléments de la morale. — Aucun établissement particulier d’instruction ne pourra recevoir les jeunes citoyens avant douze ans. — Tous les jeunes citoyens seront tenus, jusqu’à douze ans, de fréquenter les écoles primaires de leur arrondissement. »

Santhonax s’écria ensuite : « Vous n’avez qu’un moyen à prendre pour assurer le succès de vos institutions républicaines, c’est de forcer les enfants des riches à recevoir la même éducation que les enfants des pauvres... Je connais les droits des pères sur leurs enfants ; mais je connais aussi les droits de la République sur les citoyens. Ses droits sont les premiers de tous; elle est la mère commune. Quand il s’agit d’envoyer au combat la jeunesse française, vous ne consultez pas d’inciviques parents; qu’il en soit de même lorsqu’il s’agit de fonder l’éducation

ET DE LA. LIBERTÉ d’eNSEIGNEMFITT. 71

de la jeunesse républicaine ! » Le rapprochement était heureux; il sera fécond, et on ne s’étonnera pas de voir dans la conscription le modèle de l’Université.

Pour l’honneur de la France, il se trouva encore quelques hommes qui eurent le courage de flétrir de semblables doctrines.

Pison-du-Galand demanda un système d’éducation reposant sur la morale , et , à cette occasion , rendit hommage aux frères des écoles chrétiennes : « Je connais, dit-il, une commune de nl\,ooo âmes, où quatre instituteurs, sous le nom à'ignàrantins , subvenaient à l’instruction de la majeure partie de la jeunesse.»

Boulay (de la Meurtlie) attaqua l’éducation forcée : il soutint, avec Smith , « que l’ instruction, pour être utile et bonne, doit être libre... Ici, au contraire* ajouta-t-il, non-seulement on vous propose d’asservir les instituteurs, de les payer, mais encore de leur fournir des livres classiques tout faits, afin que leur ressemblance avec des machines enseignantes soit complète sous tous les rapports.... » Qu’on examine quelles sont les précautions sages et raisonnables pour empêcher que l’instruction ne tourne contre la morale et la République, et qu’après cela, on abandonne tout à la force des choses, à la concurrence, à la liberté.

Andrieux enfin combattit et l’éducation forcée : «Cette première instruction est un bienfait, n’en faisons pas un épouvantail! » et le privilège exclusif pour l’enseignement de la morale : « Quoi! penset-on faire de la morale un monopole ? U y en aurait

'Jl HISTOIRE DE l’iNSTRDCTION PUBLIQUE des bureaux, comme il y avait autrefois des greniers à sel ; et là, et non ailleurs, il en faudrait faire sa provision! Toute autre morale serait de contrebande ! » Puis l’orateur défend la liberté des méthodes : « Vous ne voulez pas vous en rapporter aux instituteurs eux-mêmes sur les principes qu’ils professent et qu’ils inspirent à leurs élèves; vous voulez gêner, proscrire, destituer; eh bien! vous aurez pour instituteurs des hypocrites et des valets, et alors, fasse le ciel que les enfants instruits par eux ne leur ressemblent pas! »

Ce discours termina la discussion : l’Assemblée ajourna, et les écoles primaires, pas plus que toutes les autres, ne reçurent d’organisation.

Au moins la liberté subsistait, et si les écoles publiques mouraient faute d’élèves, les pères de famille trouvaient dans les écoles privées les éléments de l’instruction religieuse que l’État ne voulait pas leur assurer.

Il ne fut pas question d’instruction publique pendant les six premiers mois de la quatrième session du Corps législatif commencée le i" prairial an VII. Le 18 brumaire jeta par les fenêtres les législateurs et leurs projets. Voici venir le Consulat.

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