CHAPITRE XIV
tiir , qu'une invasion momentanée de la Bolie;ne n'entrait pas en balance avec les avantages de 1^ conquête de ce pays.
Mais lorsque le roi s'en fut rendu maître, jeîi l'y 56, rien ne l'empêchait d'entrer en Moravie l'année suivante , comme il le fit lorsqu'il n'était plus temps. Il livra inutilement les sanglantes batailles de Prague et de Kollin, tandis qu'en se portant alors de Neiss sur Olmutz , il eût battu Daun avant que le prince Charles arrivât à son secours ; et si ce prince était accouru pour couvrir Vienne et le Danube , Prague et toute la Bohême auraient été à la disposition des Prussiens , comme les opérations que nous avons rapportées <ians le chapitre X l'ont prouvé.
Il résulte de tout cela, que le roi choisit dans cette seconde campagne , une mauvaise ligne territoriale : les manoeuvres par lesquelles il en embrassa le développement , et que je nommerai lignes-manœuvres j étaient également hasardées; car elles étaient doubles ^ à une grande distance, comme la figure suivante le démontre :
.'"^'Un grand fleuve (l'Elbe) se trouvait entre le» (deux corps d'armée , séparés au moins de quinze marches; si les Autrichiens avaient occupé une dés deux positions A ou B , qu'ils eussent porté la iùnsse de leurs forces sur l'une des deux rives de TElbe , en C ou en D , en détruisant les ponts , et éclairant le cours de ce fleuve , on peut assurer qu'ils auraient accablé un de ces deux corps. Que serait alors devenu l'autre? n'aurait-il pas été forcé à la retraite, comme l'armée du Rhin le fut 'dans une situation absolument pareille en 1796?
La seide hypothèse , qui eût mis en défaut les dispositions de Frédéric, était le i^ssembleinent des Autrichiens ; maïs ils suivirent un système absolument inverse ; leur armée , vou-^ îanttout couvrir , forma quatre grandes divisions , dont les extrémités étaient beaucoup plus éloi*- ^nées que les deux lignes des Prussiens entr'elles. Ces quatre divisions formant ainsi ligne extérieure , leur réunion ne put avoir lieu que sur un "point concentriqiie , fort en arrière des frontières. Aussi Frédéric sut-il mettre à profit les fautes du maréchal Brown. Une preuve que ce grand homme regardait, en tout autre cas, une ligne double comme vicieuse, c'est qu'il a toujours blâmé les grands détachemens , et qu'il mit toute sa science à forcer les Autrichiens et leurs alliés àr suivre ce système.
Les ligues territoriales que le roi prit , dans les