‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 107 sur 200 · CHAPITRE XIV, aSg · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV, aSg

donne aux Prussiens; la maison d'Autriche ne coopéra à l'invasion qu'avec une trentaine de bataillons : 4^ mille hommes restèrent en observation dans le Brisgau, sur le Rhin et en Flandre. Où se tenaient donc cachées les forces imposantes que cette puissance déploya dans la suite? Quelle destination plus utile à leur assigner que celle d'assurer les lianes de l'armée d'invasion? Ce système étonnant , que l'Autriche a payé d'ailleurs très-cher, n'expliquerait-il pas la résolution des Prussiens , de sortir , dès la première campagne , d'une scène où ils n'auraient jamais dû figurer ?

Si je me suis laissé entraîner à cette discussion étrangère à l'art, c'est qu'elle est étroitement liée avec l'existence d'un corps qui aurait dû, non pas couvrir le Brisgau , mais le flanc des Prussiens , en faisant face à la Moselle , et contenant Luckner au camp de Metz. 11 faut néanmoins convenir, que l'armée prussienne ne mit pas dans ses opérations toute l'activité nécessaire pour en assurer la réussite; elle resta huit jours dans son camp Je Kons assez inutilement; si elle avait prévenu Dumouriez aux Isletles, ou qu'elle eût tenté plus sérieusement de l'eu chasser,elle aurait eu encore tout l'avantage d'une masse concentrée contre plusieurs divisions isolées, pour les accabler successivement, et rendre leur réunion impossible. Je crois que Frédéric, en pareil cas, eût justifié le

propos de Dumouriez. Celui-ci disaità Grandpré, que s'il avait eu affaire au grand roi , il se trouverait déjà repoussé bien^loin derrière Châlons.

Les Autrichiens prouvèrent, dans cette campagne , cju'ils n'étaient pas revenus de la manie de tout couvrir pour tout garder. L'idée d'avoir 20 mille hommes dans le Brisgau , tandis que la Moselle et la Sarre , restaient dégarnies , démontre qu'ils ont toujours eu peur de perdre un village , et que ce système les a engagés à former ces grands détachemens qui plaisaient tant à la plupart de leurs généraux. Ils n'ont jamais pensé que les gros bataillons eurent toujours raison ; ils ont cru qu'il fallait occuper tout le développement des frontières , pour qu'elles ne fussent pas envahies, tandis que c'est un moyen de les rendre accessibles sur tous les points.

. Je ne m'étendrai pas davantage ici sur cette campagne. J'observerai seulement que Dumouriez abandonna sans motif la poursuite de l'armée alliée pour transférer le théâtre de la guerre, du centre à l'extrême gauche de la ligne générale d'opérations : d'ailleurs il ne sut pas donner un grand but à ce mouvement , et alla attaquer de front l'armée du duc de Saxe-Teschen , tandis qu'en <lescendant la Meuse sur Namur , avec sa masse , il aurait pu la refouler sur la mer du INord, vers iSieuport ou Ostende; et l'anéantir entièrement , par une bataille plus heureuse que celle de Jemmapes.

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