CHAPITRE XV
Préparatifs d'entrée en campagne ; opérations des années françaises et alliées ; combat de Bergen ; bataille de Minden.
JLiES armées passèrent tranquillement Thiver dans les cantounemens indiqués aux chapitres IX et XIII. Il y eut seulement en Saxe et sur le Rhin quelques mouvemens sans but, dont les principaux furent loccupation de Francfort , par le prince de Soubise, et celle d'Erfurt par le général Knobloch , de l'armée du prince Henri.
Les puissances belligérantes profitèrent de ce repos précaire pour s'apprêtera des combats plus sanglans : elles firent de nouveaux efforts pour compléter leurs armées, établir leurs dépôts , et mettre plus d'ensemble dans leurs plans qu'il n y en avait eu jusqu'alors.
La tournure de la guerre maritime entre l'Angleterre et la France , attachait de plus en plus le cabinet de Versailles au système d'alliance qui
semblait lui promettre un meilleur avenir, ne voyant de compensation pour ses colonies, que dans la ruine du roi de Prusse , el dans la conquête du Hanovre : il ne s'apercevait pas qu'eu reme'diant à un petit mal , il sapait dans leurs fondemens les intérêts nationaux, et donnait à la politique des gouvernemens européens, la direction la plus opposée à leur conservation. Nous l'avons déjà dit plus haut, l'alliance de la France et de FAulriche présentait des avantages; mais ce ne devait être qu'un traité de défense réciproque, tel quil le fallait pour diriger tous les moyens de la première vers une guerre maritime; et non une alliance d'invasion qui employât les armemens considérables de Louis XV, à rompre l'équilibre de l'Allemagne en faveur de la maison d'Autriche.
Le spectacle de la lutte victorieuse de Frédéric, avait dévoilé aux alliés tous les défauts de leurs plans : mais d'accord sur ce point , ils ne l'étaient guère sur les m.oyens d'y remédier. Le gouvernement français crut y parvenir et centraliser en quelque sorte les opérations des armées , en envoyant des hommes d'un mérite reconnu dans les camps des confédérés. M. de Montalembert fut envoyé auprès des Paisses , le comte de Montazet h. l'armée autrichienne , et le marquis de Caulaincourt au quartier-général. Ces généraux-ministres eussent atteint le but de leur mission.
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s'ils avaient eu des pouvoirs illimités cle tous les Souverains? Réduits au rôle d'observateurs et de conseillers , ils contribuèrent seulement à mettre plus d'ensemble dans les opérations.
L'Autriche, témoin impassible des efforts que les alliés faisaient pour soutenir une lutte qui la regardait bien plus qu'eux , trompée par les calculs d'une politique tortueuse, perdit les avantages qui lui assuraient la suprématie en Europe.
L'Angleterre désirait la prolongation de la guerre , et se trouvait en état de la soutenir ; ses ilottes victorieuses lui procuraient des ressources incalculables; ses armées et celles de ses alliés avaient à leur tête deux hommes d'une grande réputation , et dont les succès donnaient chaque jour plus de poids à ses prétentions. Le cabinet de Saint-James avait renouvelé les traités de subsides avec le roi de Prusse et les Hessois , et Ion vit bientôt l'armée du duc Ferdinand portée à -j o mille hommes.
A l'ouverture de la campagne , la position des armées françaises ne différait «uères de Tannée précédente; c'était une ligne d'opérations double , embrassée par des forces supérieures. Le marquis de Contades commandait l'armée du Bas-Rhin, vers Wesel. Le duc de Broglie commandait celle du Mein , et se liait avec l'armée des Cercles , qui occupait avec une forte division, depuis l'évacuation d'Erfurt par les Prussiens,
ï'évêclîé de Fulcle et plusieurs postes importans «ur la "Werra.
Le duc Ferdinand ayant l'avantage d'une position centrale , tenta de faire face aux deux armées. Sa tâche était difficile ; en se portant en masse sur l'une d'elles, il s'exposait à une invasion dangereuse de la part de l'autre : le duc prit le bon parti, déformer une ligne d'opérations double et intérieure , renforcée au point décisif L'absence du maréchal de Contades faisant présumer que son armée ne se trouvait pas en mesure,rembarras du choix n'existait pas , et il était naturel de profiter de ce moment pour chercher à rejeter l'armée de Broglie au-delà du Mein , ou même du Rhin. Les alliés firent, à cet effet, les préparatifs nécessaires.
Le duc communiqua d'abord son plan au prince Henri , afin qu'il fit une petite diversion du côté de la Saxe, pour empêcherles troupes de lEmpire d'inquiéter Texpédillon : il laissa aux généraux Sakwille etSporken le commandement du corps d'observation du Bas-Rhin , et se dirigea, le 21 mars, avec les divisions du prince de Holstein et du prince héréditaire, sur Cassel , où le coi'ps du prince d'Iseubourg se réunit , le 24. L'armée arriva , le 3o, à Fulde , l'avant-garde à Gersfeld.
Sur ces entrefaites , le prince Henri détacha les fiénéraux Knobloch et Lindslet sur la Franconie, pour attirer l'attention des troupes de lEmpire .
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tandis que le prince héréditaire les attaquait du côté de laHesse.Ge dernier, dans son mouvement, s'empara de Meinungen et de Wasungen , lit 2 mille prisonniers , et détermina la retraite des Autrichiens sur Bamberg.
Le duc séjourna à Fulde, jusqu'au 10 avril , tant pour assurer ses communications par Cassel , que pour établir les dépôts nécessaires à son opération. La perte de ces momens précieux démontre les vices de ce système de guerre : elle donna au duc de Broglie le temps de prendre ses mesures. Les troupes françaises furent cantonnées de manière à pouvoir être réunies , dans deux marches , à Bergen; une chaîne de troupes légères s'étendait assez loin pour que le rassemblement pût s'effectuer à temps, et n être pas troublé.
Pendant que ces choses se passaient, le mar- ([uis d'Armentières , qui commandait sur le Bas- Rhin, se mettait en devoir de tirer d'embarras le duc de Broglie : il forma , sous les ordres du comte de Saint-Germain, un corps d'élite d'environ 10 mille hommes, qui se porta surlaLahn, mais qui arriva trop tard pour prendre part à Faction.
L'armée alliée partit enfin, le 10 , de Fulde , et campa ,1e 12 , à Windeken. Le duc de Broglie instruit, dès la veille, de ce mouvement, prit ses mesures pour recevoirle combat à Bergen QjL XXI , jt 2). Cette position était excellente; le bourg, qui couvrait la droite , est situé sur le revers d'une 2. 19
2gO TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.
chaîne de hauteurs , qui se prolonge à droite de la chaussée de Francfort à Bischofsheim , et qui est très-escarpée aux environs de Bergen. Une belle plaine , eu avant du bourg et à gauche descend jusqu'au bois de Wilbel ; mais elle estcoupëe transversalement par un chemin creux qui conduit à ce village. Bergen est entouré d'un mur et de jardins garnis de haies vives ; il fut occupé par 8 bataillons. On plaça, plus en arrière, lesrégimens de Piémont, Royal-Roussillon et Alsace; et, derrière ceux-ci , 4 bataillons suisses, avec les régimens de Rohan et de Beauvoisis , disposés en colonnes par bataillons, pour soutenir les troupes qui occupaient Bergen, ou filer à gauche et déborder l'ennemi. La gauche, formée par le corps saxon , se trouvait dans une position inabordable. Entre cette aile et la droite, on avait aussi placé 1 1 bataillons en colonnes. Une réserve intermédiaire de 32 escadrons fut établie , sur trois lignes, en arrière de la tour de Berg-Warthe. L'artillerie enfilait toutes les avenues par des feux croisés.
Le 1 3 avril, au point du jour, l'armée alliée s'avança sur 5 colonnes, directement sur Bergen, et se forma , entre huit et neuf heures , au revers des collines qui s'étendent entre Bischofsheim jusqu'à Wilbel. Pendant ce temps, le duc de Broglie, avait réuni ses généraux à la tour de Berg-Warthe , et leur donna ses ordres , en in-