CHAPITRE XV
Sans doute il importe que les bases d'un plan de campai^ne soient assises sur les principes , puisque c'est de là que dépendent les grands résultats : ainsi la marche concentrique de Napoléon sur Géra, en 1806, était par elle-même une victoire , car elle en assurait tous les avantages. Mais à quoi sert un bon plan , lorsqu'on s'écarte des principes dans l'exécution , et qu'aurait produit cette belle marche, si l'armée française, après avoir gagné les communications des Prussiens, fut restée à Salfeld et Schleitz, jusqu'à ce qu'ils les eussentrecouvrées en se portant à Géra , entre l'Elster et la Mulde? Un plan fondé sur les grands principes , et dont l'exécution s'y rattache sans cesse, produit les victoires remarquables, les résultats décisifs : telles fut les guerres de Napoléon avant qu'il fût enivré par dix ans de succès; telles furent aussi celles de ses ennemis , lorsquéclairés par l'expérience , ils surent faire l'application des principes quïl avait consacrés.
Une nouvelle preuve en faveur de l'application des principes, c'est la bataille de Waterloo. Napoléon ayant habilement concentré ses forces à l'insçu des généraux anglais et prussiens, eut accablé Bliicher à Ligny, si les ordi^es qu'il avait donnés aux corps d'armée de sa gauche , eussent été exécutés , et si le comte d'Erlon eût débouché par Bry , comme il le devait. Malgré l'inexécution de ces ordres, il remporta , le 16, une grande
victoire ; mais deux jours après il fut battu pour avoir méprisé son ennemi , et ordonné à Grouchy un mouvement contraire aux principes, tandis que les alliés laissant courir le maréchal, débouchaient sur les derrières de Napoléon par une marche hardie et des mieux combinées. S'il donna le 17 au soir, Tordre à Grouchy de se rabattre sur lui , comme on l'aflirme , il répara sa faute, et sa défaite fut alors le résultat des accideus fortuits qui empêchèrent l'exécution de ce mouvement. Ce fut un arrêt du destin qui fait si souvent la part de la victoire.
Quant au duc Ferdinand, Tempelhof a beaucoup admiré sa persévérance à rester aux environs de Lipstadt ; cependant cétait une faute tout comme la marche des Prussiens sur Gotha et Eisenacli en 1806. L'auleur allemand la justifie , eu disant qu'il voulait sauver le corj)s de Wangenheim, campé à Dulmen; mais, pour sauver un détachement qui ne court aucun danger, doit-on perdre ses communications et peut-être toute l'armée? Il paraissait bien plus simple d'envoyer à ce détachement l'ordre de se porter à man hes forcées sur Munster , Osuabruck ou Minden, pour lui donner ainsi une direction concentrique assurée vers les points où larmée devait se porter.
Ferdinand ne réussit que par un hasard sur lequel il ne pouvait compter , puisque le plan primitif des généraux français annonçait de plu»