‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 135 sur 200 · CHAPITRE XV. 02D · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. 02D

ilant l'action , méiitent, suivant lai, rattentiou de la postérité. Ferdinand s'y mouti e en général , qui counait les ressources les plus étonnantes de l'art. Ses manœuvres, pour amener l'ennemi au point où il désirait, sont des chefs-d'œuvre; rien ne prouve mieux la solidité de ses maximes, que l'idée hardie qu'il conçut de s' ciffaiblir pour cir e plus fort. La division en plusieurs corps de sou armée, déjà inférieure, avait en effet toutes les apparences d'une faute, et présentait trop d'avantages aux généraux français pour ne pas les engager à la mettre à profit.

A mon avis, cependant, il faut moins blâmer le maréchal de Contades d'avoir livré bataille, que de n'avoir pas connu son adversaire , et deviné le motif secret de ses dispositions fautives. On ne saurait trop le répéter , le premier mérite d'un général est de bien juger les lai eus et le caractère de son adversaire , de pénétrer ses vues les plus secrètes, et de saisir le but de ses opéralions.

L'ordre de bataille de l'armée française était excessivement défectueux. C'est un usaqe consacré de placer la cr;valerie dans la plaine , et 1 infanterie sur un terrain coupé; néanmoins cet usage doit être subordonné au grand principe de ne jamais morceler une ligne d infanterie , en la coupant par une arme, qui n'a pas de consistance par elle-même.

Le projet d'accabler vivement le corps de Waugeuheim était fort bon; mais ce n'est point par une canonnade qu'on force un général d'abandonner son poste , surtout lorsqu'il en connaît les effets. Les canonnades sont des complimens auxquels on répond sans peine; elles sont presque toujours aussi insignifiantes que celle de Minden : et l'on est obligé de mettre eil action l'infanterie , lorsqu'on veut frapper un coup décisif (i).

11 suit nécessairement de là , que celle-ci doit charger l'ennemi avec toute la promptitude possible , dès qu'elle est formée , sans s'amuser au feu de mousqueterie : pourquoi devrait-elle, eu effet, servir de point de mire à l'artillerie ennemie?

Une longue expérience a prouvé dailleurs , que le feu de l'artillerie est beaucoup moins meurtrier dans une bataille quon ne le pense communément ; cependant il faut distinguer l'effet physique de l'effet moral. Le prélude ordinaire d'une grande bataille est une vive canonnade ; on croit démonter l'artillerie ennemie, et faire

(i) Les canonnades sont devenues plus sérieuses depuis que ceci a été écrit. Les armées ont eu jusqu'à mille pièces qui ont vomi la mort dans des colonnes souvent trop profondes ; ainsi rartillerie a eu plus de part au succès des batailles, mais toutefois sans cesser d'êtie un accessoire.

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avancer Tinfanterie avec moins de danger ; mais on se trompe grossièrement. Tempelhof cite plusienrs exemples où des batteries de 20 à 3o pièce» ont canonné la sienne pendant plusieurs heures, sans atteindre ni hommes , ni chevaux , et à plus forte raison la ligne d'infanterie. Si Texpérience ne justifiait pleinement son assertion, on pourrait l'appuyer encore par des argumens tirés de la construction même des pièces, et de leur tir différent. Il est certain que si la centième partie des boulets dirigés sur des batteries, dans les combats delà dernière guerre , avait atteint leur but, il ne serait pas resté une pièce d'artillerie aux deux partis.

Le sort de la bataille dépendait du succès de l'attaque sur le corps de Wangenlieim; Gontades , qui l'avait pressenti, aurait dû tracer à sa ligne une direction telle quil eût pu soutenir vigoureusement le duc de Broglie , refuser sa gauche , £t engager ainsi son armée suivant la tournure qu'aurait prise l'attaque principale. ( Ployez chapitre T^II^ les réflexions sur l'ordre oblique de Leuthen.^) Cette disposition lui eût encore procuré plus de facilité pour s'avancer, car il n'aurait eu qu'à marcher par lignes et par la droite.

Les fautes les plus essentielles furent donc : 1" la lenteur du duc de Broglie , qui donna au corps deWangenheimle temps de revenir de sasurprise et de se former en avant du village ; 2° la Ion-

giieiir du cléploiemeiit des colonnes, qui dura quatre heures entières , au bout desquelles 1 infanterie n'était pas même en ordre.

La coniluite de Ferdinand, la sagesse de ses manœuvres, et la vivacité avec laquelle il se décida à faire attaquer la cavalerie française par son infanterie, méritent, au contraire, les plus grands éloges.

Eu traitant au chapitre V de la première partie, de rinlluence des ordres de marche sur les succès de Frédéric , et de la dilTérence qui existe entre ceux de ce prince et les déploiemensde Guibert, j'ai cité l'afTaire de Minden à l'appui de mes idées , parce qu'elle démontre plus particulièrement l'absurdité du système du tacticien français ; mais depuis lors les batailles de Prague, de Kollin, de Rosbach, de Leuthen, de Zorndorf, ont ajouté une nouvelle force à mon opinion.

Nous avons vu la longue instruction de Contades à ses généraux , pour leur expliquer le mécanisme de la composition , de la marche et de la formation des colonnes. Malgré qu'elles fussent au nombre de neuf, et composées de deux ou trois brigades au plus , elles employèrent quatre heures à se former imparfaitement; quoique les distances soient beaucoup plus faciles à observer, quand elles ne sont pas étendues. Comment Guibert se serait-il tiré de là, avec ses quatrecolon-

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