CHAPITRE XVII. 38l
Ses mstructions étaient précises : il avait l'ordre d'empêcher la réunion des ennemis , fût-ce même par une bataille ; son parti fut bientôt pris. L'occasion d'attaquer une armée en marche était belle ; et il devait espérer que secondé par des troupes raanoeuvrières,il gagneraitbientôt les têtes de colonnes. 11 ordonna donc de marcher sur-lechamp par lignes et parla gauche; la première dans la direction de Ray , la deuxième sur Mohsau. Les armées étaient séparées par un ruisseau marécageux qui coule de Kay vers l'Oder; et qu'on ne peut passer que près du moulin de ce village; le chemin, qui y conduit, est fort étroit et bordé de marais. Les têtes des colonnes prussiennes arrivèrent près de Kay à trois heures après-midi; la cavalerie de l'aile gauche se hâta de s'emparer de ce passage que les Cosaques occupaient déjà; elle y fut suivie par les 6 bataillons de l'avautgarde aux ordres du général Manteufel. Les Cosaques furent repoussés : la cavalerie prussienne, en débouchant du pont , se forma par escadrons , chargea la cavalerie russe , qui se montra entre Palzig et Kay, et la rejeta sur l'infanterie. Dans cet intervalle, l'avant-garde ayant aussi passé le défilé, et s'étant formée dans la petite plaine à mesure qu'elle arrivait , la cavalerie se plaça derrière elle sur deux lignes. L'attaque se fit avec vivacité, et les têtes de colonnes ennemies furent refoulées.
Cependant ces 6 bataillons donnèrent enfin sur ]e gros de l'armée russe. Le feu redoubla alors avec fureur; le général Manteufel fut blessé, et ses troupes furent forcées de se retirer avec perte , pour faire place à Taile gauche qui arrivait au soutien , la gauche en tête, sous les ordres du général Ilulsen. Cette infanterie marcha à l'ennemi avec audace, tandis que 20 escadrons longeaient, par leur gauche , le bois situé entre Palzig et Glocksen, afin de déborder la droite de Soltikof, et de la prendre à revers.
Le mouvement d'infanterie fut précipité; les bataillons marchaient en avant à mesure qu'ils étaient formés, et les Russes, dont le ilanc se trouvait déjà menacé , eurent assez bon marché de ces atla([ues isolées pour gagner le temps de se mettre en ligne , et de garnir de batteries for^ midables le cimetière et les issues de Palzig , qui couvrait leur centre. L'infanterie prussienne arriva, en effet, jusqu'auprès de ce village , malgré tous les efforts de l'ennemi; mais elle y fut acr cueillie par un feu de mitraille qui l'obligea à se retirer avec grande perte. Les bataillons rompus furent néanmoins remplacés par ceux qui passaient successivement le défilé , et la charge fut renouvelée de concert avec l'aile droite , qui réussit à se porter en avant, malgré les obstacles multipliés du terrain. Mais ce petit nombre de bataillons , toujours morcelé , fut débordé par les Rus-