‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 17 sur 200 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Opérations des Français. — Seconde période.

Le duc Ferdinand avait poussé ses succès aussi loin que le permettait la faiblesse de son armée. Il était en possession d'une étendue de pays considérable , qui subvenait à tous ses besoins ; mais ses mouvemens ultérieurs se trouvaient gênés par les forteresses de Wesel et de Gueldres , encore entre les mains des ennemis. La possession de la première lui était surtout nécessaire , pour Je rendre maître des deux rives du Rliin , et le garantir des suites d'une défaite , si la fortune lui ^levenait contraire. D'un autre côté , le siège de cette place présentait des difficultés à cause du grand éloignement des dépôts d'où il fallait tirer tous les objets nécessaires, et il exigeait de plus un corps de troupes considérable pour le couvrir.

Les ministres anglais , persuadés que les vicioires du général prussien seraient aussi avantageuses à leur nation que leurs succès maritimes , avaient fait décider l'envoi d'un corps considérable sur le continent. Douze mille bommes délite, commandés par le duc de Marlborougb , étaient depuis long-temps embarqués et s'ils fussent arrivés au commencement de juillet , le duc Ferdinand se serait vraisemblablement maintenir sur la gauche du Rhin.

D'un autre côté, la France voyait enfin le maréchal de Belle-Isle à la tête du département de la guerre. Ses talens, son potriotisme parvinrent à cicatriser les plaies que Fadministration précédente avait ouvertes. L'armce fut rapidement réorganisée et portée à 80 mille hommes; le marquis de Contades en prit le commandement : celle du prince de Soubise fut mise aussi sur un pied respectable. La France entière fixait ses regards sur le premier, espérant qu'il effacerait, par ses exploits , les taches que ses prédécesseurs avaient imprimées à Thonneur national. Ce devoir était d'autant plus difficile à remplir qu'il laissait à la cour l'intrigue et Tenvie, deux ennemis encore plus redoutables que ceux qu il allait combattre.

Dès que Contades eut pris le commandement, il abandonna le système de ses prédécesseurs , et résolut de marcher à la rencontre des alliés , avant qu'ils eussent reçu des renforts suffisans pour mener à bien leur entreprise sur Juliers. Son plan était néanmoins d'éviter une bataille , qu'il ne lui convenait point de hasarder ; en conséquence , larmée quitta, le i3 juillet, son camp de Cologne , et vint se placer à Bedbourg , sur l'Erft.

Aussitôt que le duc fut informé de ce mouvement , il fit passer cette rivière , le i3 , aux corpss du prince de Holstein et du prince héréditaire j et les suivit le lendemain avec le reste de l'armée» dans l'intention d'attaquer les Français ; mais, les

trouvant trop bien postés, il se décida à repasser TErft pour camper à Nuys. D'Armentières , qui poursuivit l'arrière-garde , fut repoussé.

Le marquis de Contades résolut alors de manœuvrer en vue de couper l'armée alliée de la Meuse , d'où elle tirait toutes ses subsistances : cela n'était pas facile devant un général comme Ferdinand , qui pénétrait tous les projets de son adversaire et connaissait aussi ses moyens d'exécution.

Le duc prolongea sa direction à droite, pour s'opposer au passage de l'Erft, et porta son quartier-général à Bedburdick, le 17 juillet. Le long séjour des armées , ayant épuisé les environs , il résolut enfin de se rapprocher de la Meuse ; à cet effet, il renforça la garnison de Dusseldorf, qui allait être abandonnée à elle-même. L'armée partit dans la nuit du 24 au 25 , et vint occuper , le ^26 au matin , le camp de Wassenberg. Le duc marcha, le 3o, à Hellenrodt, en présence de l'ennemi, qui ne l'inquiéta point. 11 y reçut la nouvelle de la défaite du prince d'Isenbourg quit avait laissé pour couvrir la Hesse , circonstance qui aggravait le danger de saposition , et justifie ce que nous en avons dit.

L'armée de Soubise, qui se trouvait dans le comté de Hanau, avait d'abord été destinée à former le contingent que la coiu^ de France devait foumiir à TAutriche , en vertu du traité de Ver-

^O TRAITÉ DES CII-4NDES OPERATIOÎVS MILITAIRES.

sailles; mais on décida, avec le consentement du cabinet de Vienne , qu'elle opérerait dans la Hesse contre les alliés, devenus formidables depuis que le duc Ferdinand était à leur tête. Cette armée avait été portée à 25 mille hommes par la réunion de 6 mille Wurtembergeois. Le corps du prince disenbourg , détaché pour l'observer , était de 5 mille hommes.

L'armée de Soubise quitta ses cantonnemens dans les premiers jours de juin , et se rassembla à Hanau et Hoechst. Le prince d'Isenbourg, ne pouvant se mesurer avec de si grandes forces, se retira de Marbourg à Cassel et fut suivi par un corps de i4 bataillons, autant d'escadrons, et 28 pièces de gros calibre aux ordres du duc de Broglie.

Informé que l'ennemi se mettait en mouvement pour se retirer sur Minden, le duc de Broglie fit aussitôt passer la Fulde à ses troupes. Le prince d'Isenbourg, craignant d'être pressé trop vivement , crut devoir tenir ferme dans la position de Sandershauseu , dont il fut repoussé, après un combat meurtrier, où les alliés perdirent mille hommes, tués, blessés et prisonniers. Cet événement , qui , dans toute autre circonstance , eût été peu important , rendit les Français maîtres de la Hesse, et les mit à même de pousser leurs succès jusques dans le Hanovre et la Westphalie.

Ferdinand devait supposer que les ennemis

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sauraient en profiter, et il ne lui restait (l'autre parti que de les attaquer, ou de repasser le Rhin. Cette alternative, offrait peu de chances favorables; car Gontades, voulant éviter une bataille, prenait des positions pour ainsi dire inattaquables, et le Rhin afait été tellement enflé par les grandes pluies , que tous les environs , depuis Rhées, étaient inondés. Gontades ne fignorait pas , et forma un projet dont la réussite eut mis les alliés dans le plus grand embarras ; celui de surprendre la division Imhof, postée àMeer, pour couvrir le pont et les magasins de Rhées , et entretenir les communications avec le corps qu on attendait d'Angleterre. Le lieutenant -général Chevert, connu par son activité et sa bravoure , fut chargé de cette opération, et partit, le 3o juillet, avec la majeure partie de la division qui était restée près de Gologne, pour couvrir lepont jeté sur le Rhin , entre Mulheim et Deutz: il passa le fleuve près de Dusseldorf , fit mine d'assiéger cette place, et repartit brusquement le i^^ août; arrivé le 2 à Duisbourg , il changea de direction à di^oite, passa la Roer àMulenheim , et parvint le 24 à Wesel.

Pendant ce temps, Gontades manoeuvrait pour forcer le duc Ferdinand à repasser la Meuse, et le couper ensuite du Rhin. En conséquence , 1 armée française se porta du camp d'Erkeleus , à celui deDulmen, afin de s'assurer de la petite ri-

vière de Niers, que les alliés étaient forcés de traverser, au-dessus ou au-dessous de Gueldres, lorsqu'ils voudraient se rapprocher du Pdiin.

Informé à temps de ce mouvement, Ferdinand , résolut snr-le-champ de prévenir les Français à Dulmen, et de les attaquer s'il les rencontrait en marche; l'armée alliée partit après la retraite, et marcha sur trois colonnes par Bruggen : ici , Tavant-garde, conduite par le prince héréditaire, donna sur les grenadiers de France , commandés par le comte de Chabot, qui avait déjà fait occuper toutes les hauteurs par une chaîne de postes ; ceux-ci firent une résistance opiniâtre , mais inutile, et l'armée alliée gagna, à six heures du soir, avec beaucoup de peine , les plaines entre Wallmiel et Dulmen. Contades s'arrêta à Gladebach, et les deux armées se trouvèrent en présence.

Le 3 au matin , le duc fit ses dispositions d'attaque; mais l'ennemi ayant déjà pris une position plus reculée : le duc résolut alors de se rapprocher du Rhin. L'avant-garde partit après-midi pour Wachtendonk, petite ville située dans une île de la Niers , très-propre à couvrir la retraite , où Fennemi avait établi un poste de 5oo hommes. Le prince héréditaire trouva le pont levé, et pour ne pas laisser à l'ennemi le temps de se reconnaître , il s'élança dans la rivière. On sait qu'un tel exemple est toujours suivi avec enthousiasme; le poste fi-it enlevé , l'armée passa la rivière au

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