‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 18 sur 200 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

coucher du soleil , et continua sa marche, le 4 ^ jusqu'à Rheinberi^en ; l'arri ère-garde , sous le duc de Holstein, était à Klostercamp. Par cette brillante manoeuvre , le duc Ferdinand se tira d'embarras et recouvrit toutes ses communications avec le Rhin.

Ces mouvemens s'elFectuaient eu même temps que celui de Ghevert sur Wesel. Le général Imliot soupçonnant quel était son projet, se rapprocha d'abord de Rhées pour mieux couvrir le pont. Cependant ne voyant pas arriver l'ennemi, il reprend son camp de Meer le 5 juillet. A peine ses postes sont-ils placés qu'ils annoncent l'approche d'une forte colonne. Malgré les avantages dclénsifs de sa position, ce général juge sagement que s'il y attend l'ennemi , il sera sans doute battu, et que pendant le combat même l'ennemi pourrait hier sur son flanc et détruire le pont : alors il prend sans balancer le parti d'aller à la rencontre des Français, quoiqu'il n'eût que 3 mille hommes à opposer aux lo mille de M. de Chevert, et il les attaque avec autant de vivacité que d'audace. Cette résolution hardie obtint le plus heureux résultat. Chevert se retira après avoir perdu 4oo prisonniers, autant de tués et blessés, et n pièces de canon.

Il est incontestable qu'au moyen de sa grande supériorité sur les alliés, Contades aurait pu de- |,^plîer une division plus nombieuse pour cette

opëratioii. On ne devait pas mesurer la force de cette division à celle du corps chargé de coirvrrir le pont, mais bien à 1 importance de rexpéditiou et aux suites incalculables quelle pouvait entraîner. Il n'est pas moins vrai que Ghevert commit une faute grossière en employant toutes ses troupes pour attaquer le général Imhof; il fallait détruire le pont avant de songer à se battre , et pour y parvenir il convenait de faire marcher 3 mille hommes snrRhées, tandis quavec les 7 mille qui restaient on eût attaqué et contenu le général Imhof. Lors même que Ghevert aurait remporté la victoire, il n eut point réussi dans son projet, parce que le général ennemi pouvait se retirer, lever le pont et conserveries bateaux, qui assuraient le salut de l'armée alliée. On peut encore reprocher au général français de n'avoir pas renouvelé ses efîbrts après ce premier combat , se trouvant encore assez fort pour tenter quelque chose.

Ferdinand craignant qu'il n'en eût Tenvie , détacha , le 6 , la division Wangenheim au soutien du général Imhof; et marcha lui-même avec l'armée du camp de Rhinbergen , à Xanten ; Tarrièregarde , sous le duc de Holstein, à Sonsbeck. La marche continua , les jours suivans , par Galcar , sur Gviethausen , cù l'armée arriva le 8. L'arrière-garde se porta par la rive droite de la Niers et par Wées sur Glèves , afin de couvrir le liane

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droit et de protéger le passage. Le pont de Rliées étant impraticable à cause des inondations , on le rompit, et on en construisit un de loo bateaux, au-dessous d'Emmericli, vis-à-vis des hauteurs dEIten; un autre de 28 bateaux fut jeté près de Griethausen, où le passage était le plus facile. L'armée exécuta cette opération le g et le 10, sans obstacle; mais ne pouvant emmener les bar teaux, on les brûla. Dusseldorf, fut évacué en même temps, et la garnison se rendit à Lipstadt, afin de mettre cette place à l'abri de tout danger.

Après réchec essuyé par Chevert, M. de Contades ne crut pas devoir mettre de plus grands obstacles à la retraite des alliés , et ne quitta le camp dErkelens que le 8 juillet , pour prendre celui d'Alpenle 1 o; Tavant-garde, commandée par d'Armentières , se porta sur Clèves; Dusseldorf fut occupé après la retraite de la garnison. L'armée passa le Rhin le 1 1 et les jours suivans , et vint camper sur les bords de la Lippe. D'Armeutières passa à Wesel, et joignit l'armée.

Le duc Ferdinand alla camper successivement à "Willingen et Rosfeld , où il se réunit , le 21 , à la division anglaise , ce qui le mit en état de résister aux entreprises de l'ennemi.

Avant de suivre les opérations, je crois devoir ajouter quelques observations à celles qui ont déjà été faites. Malgrdles qualités qui distinguaient

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le marquis de Contades des généraux qui l'avaieut précédé, on peut lui reprocher des fautes essentielles et une pusillanimité inconcevable. Ses plans renfermaient de grandes vues; mais comme la plupart des généraux français de ce temps-là, il manquait d'énergie.

Il paraît certain qu'il ne recevait aucune instruction de sa Cour , et le système qu'il suivit lui appartient tout entier. Ses projets, d'acculer Ferdinand à la Meuse, de le cou])er de la ligne du Rhin , et de détruire le seul pont qu'il y eut sur cette ligne , lui font honneur; mais à quoi servent des plans bien combinés, lorsque le défaut de résolution et d'activité préside à leur exécution? Ce n'est pas du manque de courage dont il est ici question, c'est de la force d'ame, de l'énergie dans le caractère. Quel ménagement doit observer un général commandant une armée de 60 mille hommes aguerris contre un ennemi qui lui est inférieur de moitié? Est-ce la crainte de compromettre sa réputation ? Mais une telle crainte n'est-elle pas l'aveu le plus formel de sa niédiocrité? Les gens de l'art et la postérité n'en feront-ils pas justice , et ne le blâmera-t-on pas d'avoir manqué les occasions d'attaquer l'ennemi avec de grandes chances de succès , uniquement pour éviter un échec facile à réparer le lendemain au moyen de sa supériorité numérique ?

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