CHAPITRE XVII
étangs dont nous avons parlé, et furent forcées de revenir sur leurs pas chercher des débouchés. Cet incident fut très-fâcheux , parce que la chaleur était excessive; que les troupes se harassèrent et qu'on perdit un temps précieux. Enfin , à dix heures , l'armée fut formée en bataille dans la forêt; la droite sur les hauteurs , près du ruisseau de Hunerflies , la gauche au bois : on plaça sans que l'ennemi s'en aperçut, une forte batterie sur le Kleistberg, à la droite.
Les Russes , occupés par les démonstrations de Finck sur les hauteurs de Trettin , ne troublèrent point ce mouvement, et lorsque les Prussiens parvinrent à la lisière de la forêt, ils se contentèrent d envoyer au-devant d'eux quelques Cosaques, croyant que ce n'était qu'un détachement chargé de faire diversion en sa faveur.
Frédéric fit alors avancer 8 bataillons , formés sur deux lignes en échelons devant l'aile droite, pour emporter les retranchemens et les batteries du Muhlberg. Toute la cavalerie fut rassemblée derrière l'aile gauche , à l'exception de quelques escadrons de dragons. L'armée se trouva en bataille vis-à-vis du flanc gauche de l'ennemi, vers onze heures et demie , que la canonnade commença; pendant ce prélude, on établit une batterie sur la montagne de Seidlitz. Tout ce tapage se réduisit à ébranler l'infanterie russe , parce que les batteries étaient trop éloignées ; celle du
Rleistberg, qui enfilait la ligne ennemie, et tirait à ricochets jusqu'à Runersdorf , causa seule du ravage dans ses bataillons.
Les Russes n'ont jamaismanqué d'artillerie; ils avaient, sur leur gauche, près de 100 pièces de gros calibre , et un grand nombre d'obusiers; ils répondirent au feu prussien avec une immense supérioi^ité, et s'efforcèrent de mettre le feu aux abatis ; rien ne saurait donner l'idée d'une scène plus épouvantable. Le roi ordonna , dans cet instant, aux grenadiers de s'emparer des retranchemens et des batteries du Muhlberg. Le général Schenkendorf avec la brigade de première ligne, et le général Lindstedt avec celle delà deuxième , les franchirent et pénétrèrent dans le vallon , entre les bois et les retranchemens, avec un aplomb difficile à dépeindre. Jusqu'alors, il est vrai , les grenadiers souffrirent peu , parce que les batteries ennemies mal disposées n'y atteignaient pas; mais lorsqu'ils eurent gravi la hauteur et furent à cent cinquante pas des retranchemens , ils l'eçurent des salves de mitraille et de mousqueterie qui semèrent la mort dans leurs rangs. Cette réception ne les déconcerta point; après avoir fait une décharge, ils croisèrent la baïonnette. La réputation d'opiniâtreté si justement accordée aux Russes , faisait attendre une résistance désespérée, lorsqu'au grand étonnement de tous, le désordre se mit dans leurs bataillons. Les grena-