‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 172 sur 200 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

diers prussiens s'élancèrent alors clans les fossés , escaladèrent les parapets, et s'emparèrent, en moins de dix minutes, de 70 pièces de canon.

L'aile gauche des Russes se trouvant ainsi refoulée ; tout le terrain entre le Mulilberg et Kunersdorf fut bientôt couvert de petits pelotons, comme cela arrive souvent dans leur armée. 11 ne manqua qu'une forte division de cavalerie pour charger , et la victoire eût été complète ; par malheur, cette arme se trouvait à Y^'ûe gauche , comme nous l'avons dit plus haut , et l'artillerie était encore en arrière , en sorte quon ne put tirer tout le fruit de cette glorieuse attaque. Si Ion avait placé de suite 3o pièces légères sur le JMuîhherg, et battu sur-le-champ les masses désorganisées de l'ennemi , les suites de cette canonnade eussent été incalculables; car il est ditlicile dimaginer une position plus propre à 1 artillerie; la pente du Midliberg vers Kunersdorf, est si douce , que les ricochets auraient parcouru deux mille pas sans s'élever au-dessus d'un homme , et l'ennemi , ne pouvant déployer plus de 2 régimens, eût été écrasé dans toute sa profondeur. Mais l'artillerie prussienne , trop iotirde , n'avait pu suivre son infanterie.

Cependant le roi tenant sa gauche refusée, fit soutenir ces deux brigades par l'aile droite qui couronna bientôt les hauteurs enlevées. Les grenadiers , que leur attaque avait mis un peu en dé-

sordre, se reformèrent aussitôt; les Russes profitèrent de ce moment pour faire avancer quelques bataillons , et rétablir l'ordre dans ceux qui avaient été dépostés. Les grenadiers à la vue du roi qui vint au milieu d'eux, et de la première ligne qui s'avançait , se jetèrent de nouveau sur Tennemi et le culbutèrent.

Malgré cet avantage , la marche des quatre lignes d'infanterie de la droite, ne s'opéra pas sans confusion. Les Russes eurent le loisir de tirer de l'artillerie de la droite, et de diriger les batteries du Spitzberg vers leur gauche : quoique pelotonnés , c'était des masses de braves résolus de ne point céder le champ de bataille. Leurs généraux garnirent d'infanterie et d'artillerie la plaine qui s'étend depuis le petit moulin jusqu'à Runersdorf , formant ainsi un crochet avec leur premier ordre de bataille, et présentant un front redoutable à la place du flanc qui tout à l'heure avait été surpris. Laudon, s'ébranlait pour seconder leurs efforts.

D'un autre côté, les Prussiens avaient mis leur gauche en mouvement : Finck avait passé le ruisseau, au gros moulin et à celui de Beckers. La canonnade recommença alors avec une plus grande fureur , et Frédér^p conduisit sa première ligne à l'ennemi. Celui-ci tint mieux qu'aux premières attaques; la fusiUa'iJje fut vive et opiniâtre; départ et d'autre ou brûla ses cartouches sans céder :

Page 1