‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 173 sur 200 · CHAPITRE X VI r · texte numérisé non relu

CHAPITRE X VI r

enfin, Finck, menaçant de tourner les Russes, les força à se replier derrière Kunersdorf. Le désordre s'introduisit une seconde fois dans leurs rangs , et Laudon fut obligé de hâter le pas pour venir occuper le bord du Kubgiund.

Dès cet instant, la fortune abandonna les drapeaux prussiens : ces bataillons, qui s'étaient si souvent couverts de gloire, lâchèrent pied, sans que la présence du roi et les dangers auxquels ils s'exposaient pussent les arrêter, et quoique la deuxième ligne, l'aile gauche entière, et le corps de Finck n'eussent pas encore été sérieu-

sement engages.

JNous avons dit que Frédéric ne présumait pas que des étangs arrêtassent sa gauche; car il est vraisemblable que son intention était de mettre cette aile en action , lorsqu'il serait temps de l'engager : cela ne devenant exécutable qu'en rompant par pelotons , et se reformant au-delà des obstacles sous le feu des batteries du Spitzberg, il n'en ordonna pas moins à la cavalerie , qui se trouvait à la gauclie , de charger. Le général Seidlitz et le prince de Wurtemberg défilèrent par sections entre les étangs, à gauche de Kunersdorf. Après s'être formés sous le feu de l'ennemi, ils avancèrent sur lui avec audace; mais la mitraille sema bientôt la mort et l'épouvante dans leurs rangs. Seidlitz fut blessé; le désordre s'introduisit, et lappaiition de quelques esca-

3g6 TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.

droiis russes et autrichiens , sur ses flancs , acheva la déroute de cette cavalerie qui vint se former derrière l'aile gauche : celle-ci se porta néanmoins en avant, et enleva Runersdorf dont le cimetière resta aux Russes. Elle attaqua ensuite le Spitzberg avec une grande bravoure , sous les yeux du roi qui accourut et harangua ses troupes, puis se hâta de retourner à l'aile droite, arrêtée par les alliés devant le Kuligrund (i).

Ici le combat recommença avec une nouvelle fureur; Frédéric conduisit lui-même les bataillons à la charge, tandis queFinck, se prolongeant à droite , cherchait à débusquer son adversaire de la hauteur d'EIsbuch.

L'ennemi , de son côté , avait massé toutes ses forces vers le Spitzberg, où linfanterie se trouvait sur quatre et cinq lignes à cause du peu de largeur du terrain. Tout dépendait de la prise du Kuhgrund : ce chemin creux , peut avoir quatre cents pas de long, soixante de large, et quinze à vingt pieds de profondeur, d'une pente trèsroide : l'infanterie prussienne s'y élança, etcher-

(i) Frédéric a rlonné clans ses œuvres une relation inexacte de cette bataille; il n'y est point question de ce ravin, qui eut tant d'influence; il dit aussi qu'on poussa l'ennemi jusqu'au cimetière des Juifs et au Judenberg, parce qu'il aura pris le Spitzberg pour le cimetière ; enfin il a beaucoup blâmé la charge de cavalerie exécutée à la gauche , taudis que Tempelliof assure qu'il en donna luimême l'ordre.

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