CHAPITRE IX
<iaDS tous les cas , ces marches sans combat dé-\ notent la faiblesse d'un chef d'armée , elles donnent la mesure de son énergie.
Résolu d'opérer offensivement, le marquis, devait au moins apporter de plus grands obstacles à la retraite de l'ennemi; il lui importait d'autant plus d'agir avec vigueur, qu'il savait que le duc serait joint par un corps anglais ; que si ce renfort lui arrivait sur la rive gauche du Rhin , on ne pourrait facilement le pousser au-delà de ce fleuve , et qu'il fallait par conséquent brusquer cette opération. La diversion du prince de Soubise dans la Hesse et l'expédition de Chevert visaient bien à ce but; mais ces mesures étaient incohérentes, tant que la grande armée ne lessecoudaitpas ; aucun projet ne réussit à la guerre , sans l'ensemble dans les mouvemens , sans l'accord qui doit en lier toutes les parties , et les conduire simultanément au même but. Cette grande maxime a toujours été négligée; elle rentre dans le principe général présenté dans le tome P'^, chap. VII , de mettre ses forces en action , au même instant ^ sur des parties isolées , ou faibles , d'un front d'O" pérations ou d'uTie ligne de bataille.
Le marquis de Goutades, outre sa supériorité, avait encore une chance en sa faveur; la ligne d'opérations du duc Ferdinand se trouvait en quelque sorte interceptée par les forteresses de Gueldres et de Wesel, qui étaient entre les mains
des Français : une victoire pouvait donc avoir pour eux des suites brillantes. La première marche du marquis, sur Bedbourg, annonçait des projets plus vastes; mais il ne fallait pas aller de là camper à Erkelens , pour se porter ensuite sur Dulmeu; en manoeuvrant rapidement à droite, on pouvait gagner ce point, communiquer avec la place de Gueldres , la soutenir , empêcher la réunion des Anglais, et surprendre le pontdeRliées. Le duc se serait trouvé dans la position de Mêlas à Marengo ; car il n'aui^ait plus eu de pont , et l'ennemi se fût emparé des deux rives du Rliiu et de sa ligne d'opérations (i).
La conduite de Soubise est bien plus répréhensible; oprès le combat de Sanderhausen , il n'avait plus d'ennemis devant lui, et il resta un mois entier au camp de Zweeren , près de Cassell Tandis que rien ne rempéchait de s emparer des évêchés de Munster et de Paderl)orn, même d© iout le pays entre leAVeser et le Rhin; d'opérer ensuite à la hauteur de l'armée de Contades, de se concerter avec lui , et de former une ligne intérieure, dont toutes les parties eussent été liées depuis Wesel jusques dauslélectorat d'Hanovre.
(i) Depuis que ce chapitre a été composé, des événemens bien, plus importans encore ont justifié celte vérité; je renvoie mes lecteurs à ce que j'ai dit au sujet de ce théâtre de guerre dans les chapitres XIV et XXXI..