CHAPITRE XVIII
L'armée austro-russe campait vers Lossow, entre Francfort et Mulrose. Daun s'était porté , le même jour, à Tribel , pour se lier de plus près avec les Russes , et couvrir , en même temps , les entreprises de l'armée des Cercles contre laSa^e: y^
Buccow était à Lauban avec 20 bataillons et 3o escadrons :1e marquis d'Ainse, avec la réserve, à Rothenbourg : Deville àMarclissa , avec 12 bataillons et 25 escadrons, couvrant les communications de la Lusace avec la Bohême : Beck, avec ses troupes légères , vers ?saumbourg : Irlarscli en Haute-Silésie ; enfin Maquire et Welila réunis avec l'armée des Cercles , comme nous l'avons déjàdiî.
Après la catastrophe de Kunersdorf, lorsque les débris de l'armée du roi couvraient Berlin , séparés de la majeure partie de ses forces qui gardaient la Silésie; la chute de la monarchie prussienne semblait inévitable. Mais 1 Europe étonnée, vit Frédéric se relever sur ses ruines; et ses ennemis, grâces à l'apathie de leurs généraux, se trouvèrent, à la fin de la campagne, à peu de chose près au même point d'où ils étaient partis. Si Von recherche les causes de cette inaction, on ne lardera pas à s'apercevoir qu'elles proviennent; soit de la pusillanimilé des généraux en chef, gens d'honneur sur le champ de bataille et manquant dénergie au conseil; soit du vice inhérent à toutes les coalitions quand elles ne reçoivent pas l'impulsion du/i Jiommc de génie.
4lO TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.
L'armëe autrichienne, aussi belle que supérieure en nombre à celle qui lui était opposée, n'avait pas encore lire l'épée , que les Russes, victorieux dans deux sanglantes batailles, avaient perdu la moitié de leurs troupes. Quoique Sol tikof dût en partie le gain de la dernière à Laudon , il n'en découvrit pas moins l'arrière-pensée du cabinet autrichien; et, dès cet instant, il y eut, entre les généraux en chef, une froideur qui alla toujours croissant. Daun envoya dabord au maréchal Soltikof, son chef d'état- major, Lascy afin de combiner un plan d'opérations; mais ce général revint sans avoir rien terminé. Le maréchal russe déclara gue ses tj^oupes avaient assez fait , et que si l'intention des Autrichiens n était pas de le sacrifier j ils devaient pouî^suivre lei'oi avec leur ajvnée , et achever ce qu'il avait commencé. Que , jusqu alors , il laisserait reposer la sienne , à Guben >et se rapprocherait de l'Oder et des dépôts de Posen.
Daun^ pour éviter cet éloignement fâcheux, s'aboucha avec Soltikof, et l'on convint dans cette entrevue que Vannée russe resterait sur la rive gauche de l'Oder jusqu'après la prise de Dresde y à condition que les Autrichiens lui fourniraient des subsistances y que les deux armées m,arclieraient ensuite en Silésie ., et y passeraient l'hiver, si les Autrichiens parvenaient à s'emparer* de Neiss qu'ils comptaient assiéger.
Tandis que les coalisés subordonnaient ainsi
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leurs entreprises à la réussite d un cliëtif accessoire , et que Daun, au lieu de frapper des coups décisifs, couvrait toutes ses communications et craignait autant le roi battu que victorieux, Frédéric se mettait en devoir de profiter des momens précieux qu'il n'avait osé espérer.
Ce grand homme avait reçu la veille de la bataille , par un aide-de-camp du duc Ferdinand , la nouvelle de la victoire de Minden. Il le réexpédia après sa défaite, avec cette réponse remarquable: Je suis fâché de ne pas domier une meilleure répoTise à wi message aussi agréable; mais si vot^s trouvez les passages libres j et que vous puissiez arriver jusqu'au duc ; que Daun ne soit pas II Berlin et Contades à Magdebourg , assurez-le de ma part que nous n avons pas perdu grand' chose.
D'un autre côté les communications du prince Henri avec le roi, ayant été interceptées , il ne fut instruit du résultat de la bataille que le 18. Sa position était embarrassante, et il s'en lira avec beaucoup d'habileté; jugeant que le seul moyen de sauver les affaires était de se lier de nouveau avec le roi , et de s'établir, en traversant la Haute- Lusace, sur les derrières de Daun, afin de lui enlever ses magasins , et de pouvoir couvrir les provinces les plus intéressantes.
11 se fit joindre , en conséquence, par une division, et se dirigea, le 27 août, avec 3o bataillons et 58 escadrons sur la Lusace. Le général Zietheu
4l2 TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES.
avait suivi le i5, avec une avant-i^arrle , le mouvement que Daun avait fait sur Pribus, et il se trouvait, le 28, à Sagan. Le prince s'y porta le 29 , etZiethen marcha à Sorau.
Daun informé de ce mouvement, craignit que l'ennemi ne gagnât quelques marches sur lui , et ne l'empêchât de communiquer avec les Russes; jugeant ne pas avoir assez de forces pour s'y opposer, il prescrivit au général Buccow de quitter Lauban et de venir le joindre à Tribel , et au marquis d'Ainse de se rendre à Pribus; bientôt l'apparition de Ziethen à Sorau donna au maréchal des inquiétudes si vives, que, sans attendre ces renforts , il se replia derrière laNeiss , à Muska , où il joignit Buccow.
Ce faux mouvement aurait pu avoir des suites fâcheuses, car le général autrichien , parla perte d'une marche, découvrit le magasin de Guben , dont Ziethen se trouva parle fait aussi rapproché que lui. Heureusement que les Prussiens restèrent dans leur position, et que Daun informé de la faiblesse de Ziethen, retourna le 1''^' septembre, à Tribel.
Tandis que ces choses se passaient, les Russes qui étaient restés à Lossow , chassés parla disette de fourrages , et comptant trouver en Saxe toute espèce de ressources, se mirent enfin en marche le 2(3 août, pour sen rapprocher, et campèrent, le 3o , à Lieberose, Haddick à Lambsfeld. Daun ,