CHAPITRE XX
ne pouvant couper les communications de Daun avec la Bohême oar la rive droite de lElbe ,
ne remplissait point son but. Il eût été préférable sans contredit de passer sur cette rive, et de venir camper vis-à-vis de Pirna, en jetant des ponts et poussant le corps de Finck sur la route de Dresde à Gisliubel; car sans courir de risque on devenait maître des communications directes de Daun , et de le prévenir sur les autres.
Supposant que le roi fût décidé à opérer sur la rive gauche, et à porter Finck sur Dippodiswalde , il devait au moins venir camper sur Textrème gauche de Daun , vers Tharandt et Rabenau , d'où il aurait couvert son détachement et menacé l'armée autrichienne de la serrer de plus près : d'ailleurs , dans cette position , Finck eût été à même de combattre simultanément avec le roi, si l'ennemi avait engagé une affaire sérieuse.
Je ne m'étendrai pas sur les détails du combat: Finck fit tout ce qu'il fallait pour être battu , puisqu'il confia la défense d'une des hauteurs à des hussards , comme si la cavalerie était susceptible de défendre des positions. U commit en outre la faute de faire face partout et de livrer un combat défensif , au lieu de prendre l'initiative pour accabler une des colonnes de l'ennemi. Un général qui , en rase campagne , prend position , se laisse entourer par des forces triples, en se conleutaiit d'opposer une faible division à chaque
4o8 TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES.
colonne , et attend ainsi un effort combiné de toutes les forces ennemies, pèche contre les premières règles de Tart; car c'est en s'unissant et courant au-devant d'une des colonnes d attaque, qu'on peut espérer de rétablir l'équilibre des forces et des chances , en rompant ainsi la violence et l'unité des mouvemens résultant d'un choc simultané. Des principes aussi simples n'ont pas besoin de preuves; cependant, s il eu fallait, qu'on ouvre Ihistoire de la campagne de 1796 en Italie. Les batailles de Lonato, deCastiglione, et de Rivoli surtout, démontrent clairement que Bonaparte ne remporta la victoire sur Wurmser et Alvinzy que pour avoir réuni ses moyens et tombé successivement sur les colonnes autrichiennes qui voulaient l'envelopper.
Passant maintenant à l'examen de la conduite des Autrichiens , il faut convenir que si les combinaisons de Daun n'eurent rien de grand, son plan fut pourtant mieux raisonné que ceux des campagnes précédentes, en ce qu'il reposait sur Je concert des mouvemens et la concentration générale des forces alliées. Les premières opérations furent plus sages que celles de Frédéric , et cependant leur exécution fut contraire aux principes. Le conseil aulique jugea prudemment qu il convenait d'attendre une armée de 60 mille Russes pour frapper les coups décisifs : le projet que Dann eut d'empêcher la réunion des forces de Frédéric, en marchant sur Marclissa, lui ferait